‹ Histoire de la musique moderneChapitre 16 sur 109 · SEPTIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE

Le sixième siècle finit par la mort de Frédégonde, reine de France, femme de Chilpéric I*^ Cette femme délivra la terre de sa présence l'an 597. Le septième siècle commence sous les auspices de Brunehaut, fille d'Atanalgide, roi d'Espagne, femme de Sigebert, l'un des quatre fils de Clotaire P'', quatrième fils lui-même de Clovis. Enfin, l'an 613, l'humanité fut vengée par le supplice de cette seconde furie échappée de l'enfer pour désoler la France , triste fin d'un siècle à peu près perdu pour les arts et la civilisation ^ plus triste commencement d'un siècle encore plus pauvre, encore plus déplorable que le précédent.

Saint Grégoire^ dont il a été longuement parlé dans le chapitre précédent, gouverna pendant quatre ans encore l'état et l'Eglise qu'il avait si vaillamment défendus. Autant par l'effet de son habileté, qui sut profiter des circonstances, que par les orages suscités en Italie parles Lombards; il accrut considérablement la puissance des papes. Dès cette époque, ils visèrent constamment et marchèrent presque la tête levée à la souveraineté temporelle absolue et indépendante.

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Sabinien succéda à saint Grégoire et termina son règne de deux ans Fan 606. Dans un moment de disette, il fit ouvrir les greniers de réglisç au peuple, mais il taxa le blé à un prix exhorbitant, ce qui fit hautement murmurer le peuple indigné de cette fiscalité^ c'est probablement ce qui donna lieu à cette raillerie satyrique et populaire, devenue proverbiable en Italie par la transmission orale de génération en génération , et qui est parvenu jusqu'à moi : 0 Madona! quanta eccelentissimo è il cuore del papo Sabinieneo ! quando fà indurir deU'ova, ai poveri regala l brodo; ce qui veut dire: 0 Vierge Marie I l'excellent cœur que celui du pape Sabinien! quand il fait durcir des œufs, il donne le bouillon aux pauvres.

BonifacelII succéda à Sabinien, et n'administra l'Eglise qu'un an environ: il mourut en 607. Boniface était né à Rome-, c'est lui qui obtint de l'empereur d'Orient Phocas que le titre d'évêque universel ne serait désormais donné qu'au seul évêque de Rome. Tl était profondément jaloux de la renommée de saint Grégoire, et voulait faire brûler ses écrits; heureusement il n'en eut pas le temps. L'usage des cloches remonte à cette époque ^ ce pape ordonna que le peuple serait appelé à la prière et au service divin par une cloche, qui n'était alors qu'une grosse sonnette , laquelle serait placée dans une petite niche située au-dessus de la porte de chaque église. Voilà l'origine des cloches de toutes grosseurs , des carillons inventés postérieurement par les Allemands, ainsi que les horloges à sonneries. Ce fut par Jean XV, pape en 986, que fut établi l'usage de bénir les cloches.

Saint Boniface IV succéda à Boniface III, et mouruten 615.' 11 était fils d'un médecin de Valéria.Les arts lui doivent une bien vive reconnaissance; c'est lui qui eut l'ingénieuse idée de dédier à tous les martyrs le panthéon qu'Agrippa, né l'an de Rome 690, désigné pour succéder à^Auguste, avait fait construire en l'honneur des douze grands dieux; par ce moyen, il réussit à le soustraire aux fureurs destructrices, dévotes et vandaliques de son époque.

Dieudonné /^% évêque sage et vertueux, succéda à Boniface IV, et mourut la mè^e année, c'est à dire en 615.

Boniface F jouit plus longtemps de sa succession , car il ne mourut qu'en 624, C'est sous le pontificat de ce pape, napolitain do nais-

sance , que fut créé ce droit formidable , ce droit monstrueux , justement aboli depuis longtemps, et qui ne se retrouve heureusement nulle part 5 je veux parler du dangereux droit d'asile dans les églises, droit qui s'étendit bientôt à certains monastères, à certains palais, à certaines terres; droit qui soustrayait arbitrairement tous les genres de criminels à Faction de la justice, qui ne pouvait plus les atteindre dès qu'ils avaient touché du pied ces asiles prétendus sacrés et inviolables , et toujours saints : quiconque eût osé porter la main sur un assassin réfugié dans l'un de ces asiles eût été frappé de malédiction et lapidé par le peuple. Malgré tout ce que ce droit avait à la fois d'absurde et de révoltant, il fut opiniâtrement défendu parBonifaceV. Ceci me rappelé une anecdote, qui servira du moins à en caractériser le côté ridicule. Les femmes d'une certaine classe n'ont pas à Rome et en Italie la liberté de se promener le soir comme à Paris ; un jour que, pour quelque tapage nocturne, on avait résolu de faire dans la nuit suivante de nombreuses arrestations, quelqu'un de la police prévint l'une d'elles, car ces dames ont toujours des amis partout I Aussitôt l'alarme fut donnée, et, avant l'heure indiquée pour se saisir d'elles, toutes se réfugièrent au palais Poniatowski, situé dans l'un des beaux quartiers de Rome, et qui était en possession de ce droit; là elles réclamèrent asile et du pain. Il fallut aller réveiller le prince, vieillard vénérable de soixante-dix ans, et l'avertir de ce qui se passait. Il se leva en toute hâte, leur fit donner des aliments, et courut chez le sénateur conter l'aventure et faire révoquer l'ordre d'arrestation , trop heureux de pouvoir les renvoyer chacune qhez elle , et de se délivrer des marques non équivoque de leur gratitude. Ce fait eut lieu , je crois, en 1809.

Honorius /«'' prit la place de Boniface V, et mourut en 638. Fils du consul Pétrone, et originaire de Campanie , il fut anathématisé par le concile tenu à Constantinople en 680, comme ayant été monotheliste, c'est-à-dire ne croyant qu'à un seul dieu. Les jésuites ont fait son apologie, bien qu'il paraisse qu'il uiait la Trinité.

Séverin, mort en 640, parvint au pontificat, qu'il perdit bientôt, puisque la mort l'enleva la même année: il ne régna que deux mois et quatre jours, après une vacance de près de vingt mois dont on TomeI. n

n'explique pas la cause: Séverin était, dit-on, très vertueux.

Jean IV, né à Salone en Dalmatie, prit la place de Séverin , et ne la garda que peu de temps, puisqu'il mourut en 642. De grandes sommes furent dépensées par lui pour racheter des captifs; ces actions honorent sa mémoire. -

Théodore, né à Jérusalem, fils d'un évêque du même nom, et grec d'origine, fut élu après Jean IV et mourut en 649. Je ne m'explique pas comment il pouvait être à la fois né à Jérusalem et grec en même temps; selon toutes les règles du bon sens, c'est le lieu delà naissance qui décide la nationalité, et Jérusalem, ville de Judée, en Asie, n'était point grecque. Théodore, au demeurant, grec oa judéen, fut fort ardent contre les hérétiques.

Saint Martin I" prit possession du trône apostolique après Théodore, et mourut en 655. Il s'avisa de se révolter contre son souverain ^ l'empereur Constance, qui en fut tellement irrité, qu'il le fit condamner à Constantinople, le fit enlever ensuite et conduire à Cherson^ en Tauride , ou il mourut en exil.

Eugène P^ lui succéda, et mourut en 657; il était romain de naissance. Son zèle s'épuisa en vains efforts contre les hérétiques, dont le nombre augmentait chaque jour.

Au milieu de ces discordes sans cesse renaissantes , Vitalien remplaça Eugène, et mourut en 672: 11 était né à Signa, dans la Campanie. Il sut maintenir avec une grande fermeté la discipline ecclésiastique, chose qui ne fut jamais facile. On prétend qu'il était bon musicien, qu'il chantait fort bien, et qu'il introduisit dans les éghses le chant à plusieurs voix concertantes ; mais cette innovation , dont le lieu positif, l'auteur, l'époque sont parfaitement inconnus, et dont il ne resta après lui aucune trace , ne mérite pas la moindre croyance.

Dieudonné II régna après Vitalien , et cessa de vivre en 676.

Donnus Z*^"" prit la place de Dieudonné, et l'occupa jusqu'à sa mort arrivée l'an 679. C'est lui qui fît paver en marbre la cour de l'église Saint-Pierre, et réparer les monuments publics; les choses utiles qu'il fit recommandent son nom à la reconnaissance publique.

Saint Agathon succéda à Donnus P% et mourut en 682. Le premier

il s'affranchit du tribut que chaque évêque de Rome payait à Tempereur au jour de son élection. Le système d'indépendance, comme on voit, marchait à son but ayec une rare patience et une égale persévérance. C'est, au surplus , le seul titre de saint Agathon à une mention historique.

A cet évêque , si utile à la cause de la puissance sacerdotale, succéda Léon II, homme fort instruit, éloquent, né eu Sicile, et qui mourut en 683. Il défendit avec vigueur, contre Vexarque de Uavenne, la portion de pouvoir et d'indépendance acquise au siège de l'évêque romain dès le temps de saint Grégoire, et fortifiée, étendue dans l'ombre et le silence par ses successeurs. Léon II était bon musicien ; il perfectionna le chant de l'égUse et composa même plusieurs hymnes sacrés. Son mérite, ses vertus, ses bienfaits lui méritèrent les regrets du peuple romain. Un auteur a avancé quelque part que Vitalien avait étabh les orgues dans les églises dès l'an 660, mais aucun de ses survivants n'en fait mention , et d'ailleurs il est certain que l'orgue ne fut connu en Europe qu'en 757. Les chrétiens étaient dans l'usage depuis fort longtemps de s'assembler dans les églises, la nuit qui suivait chaque veille de fête, pour chanter des cantiques^ mais comme ils avaient abusé delà manière la plus scandaleuse de ces assemblées nocturnes , elles furent toutes supprimées, à l'exception de celle de la veille de Noël, par le pape saint Damase, qui mourut en 384. Ainsi donc, avant comme après lui, jusqu'à la seconde moitié du huitième siècle, on chanta des cantiques, des hymnes dans les églises, cela est vrai, mais sans accompagnement, ou du moins et bien certainement sans orgues.

Saint Benoît II prit , après Léon II , le gouvernail des affaires de l'Eglise, et les administra jusqu'en 685, qu'il mourut.

Saint Jean F fut élu après lui, et ne conserva le pouvoir que peu de temps 5 il mourut en 686. C'était un homme prudent, zélé et savant 5 il naquit à Antioche. Après sa mort, il y eut quelques troubles dans l'Eglise; deux anti-papes, Pierre et Théodore, se disputèrent le pouvoir; il en résulta une vacance qui fut bientôt terminée par l'élection de Conon, qui mourut en 687. C'était un

vieillard doux, paisible, originaire de Thrace, s'occupant peu des affaires auxquelles il paraîtrait qu'il ne s'entendait pas beaucoup.

Saint SergiusP^'le remplaça, et\int clore le septième siècle, puisqu'il ne cessa d'exister qu'en 701. Depuis saint Grégoire, dont la longue carrière se termina Tan 604, jusqu'à saint Sergius I" qui finit la sienne , comme je viens de le dire, ce siècle a vu arriver sur la chaire apostolique vingt-un papes et deux anti-papes : ce nombre est prodigieux. Sergius était né à Palerme en Sicile-, des persécutions dirigées contre lui le tinrent éloigné de son siège pendant sept ans. Il paraît que c'est à son retour qu'ail institua l'usage des processions les jours de la Présentation et de l'Assomption ^ je ne discuterai point ici sur les avantages et les inconvénients de ces processions qui pouvaient avoir, dans leur temps, leur utilité-, toutefois cette utilité, de nos jours, est assez difficile à comprendre et à expliquer. C'est aussi à Sergius que l'on doit la coutume de chanter VAgnus Dei au moment de la consécration.

Je n'ai rien omis de tout ce qu'une investigation aussi patiente que laborieuse a pu me fournir de renseignement sur l'état des choses , de tous les côtés où je pouvais espérer de rencontrer quelque lumière, et la sécheresse même des résultats prouvera suffisamment^ je le pense , que c'est au seul malheur des temps qu'ail faut s^en prendredu triste passage fait à travers ce siècle, entièrement perdu pour les arts et le bonheur de l'humanité; ce siècle, plus ignorant, plus superstitieux, plus sombre encore sous les rapports pofitiques et nationaux que nul sous le rapport artistique.

En eff*et, de l'atroce supplice deBrunehaut, attachée, dit-on, par les pieds à la queue d'un cheval fougueux, et traînée en cet état dans la campagne par ce terrible animal jusqu'à ce qu'elle eut rendu le dernier soupir, depuis cet acte de féroce justice, qui date de l'an 613, nous avons parcouru de sinistres années, et nous sommes arrivés à Pépin, maire du palais , sous le fantôme de roi Thierry, qui termine à peu près le septième siècle. C'est à l'histoire politique qu'il faut aller demander les instructions spéciales qu'elle seule peut fournir sur des faits dont le récit et la discussion ne sont pas de

mon ressort, que je ne saurais promettre ni accomplir convenablement, et qui d'ailleurs occuperaient dans ce livre une place tout-àfait insolite. Il est déjà si dangereux de parler de ce qu'on sait à peu près, qu'Userait d'une témérité condamnable et inopportune à la fois de se permettre d'élever la voix sur des matières aussi graves, et sur lesquelles malheureusement tant de célèbres écrivains sont souvent si peu d'accord: par prudence, comme par nécessité, je m'abstiens totalement.

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