‹ Histoire de la musique moderneChapitre 30 sur 109 · QUATORZIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE

Boniface VIII, succédant à Célestin V, mort en 1296, cessa lui-même de gouverner TEglise en cessant de vivre Tan 1303. Il fut remplacé au pouvoir par saint Benoît XI, qui mourut en 1304. Son nom était Nicolas Boccacini; fils d'un notaire de Trévise; il ne rougissait pas de son origine obscure, et reçut devant toute la cour de Rome assemblée sa mère dont le costume annonçait presque l'indigence ; on pourrait remarquer qu'il attendit bien tard pour venir au secours de l'auteur de ses jours. Néanmoins , on doit le louer d'avoir aboli toutes les mesures arbitraires et vexatoires prises par Boniface VIII, et d'avoir gouverné l'Eglise avec sagesse. Son successeur fut Clément V; ce pontife siégea à Avignon jusqu'à sa mort arrivée en 1314. Il fut élu à Pérouse en 1305, et couronné à Lyon. C'est lui qui fixa la résidence des papes à Avignon, par amour pour la comtesse de Périgord, dont il était fort épris ^ on a prétendu, pour déguiser la véritable cause de cette résolution, que c'était par attachement pour Philippe-le-Bel , dont le crédit avait puissamment contribué à son élection, mais il est plus que probable, à part l'amour du pape pour la comtesse de Périgord, que c'était pour prendre solidement possession du comtat d'Avignon , afin de justifier, par l'application, le proverbe qui dit que possess-ion vaut droit, ce qui fait du droit divin par la grâce de Dieu tout pur. Clément V consacra le droit d'annates, c'est-à-dire le prélèvement, au profit de Rome, et à chaque vacance par décès, ou autrement, d'une année entière du revenu de chaque bénéfice de France, d'Angleterre, etc.^ et l'aff^aire était importante pour la caisse pontificale, car on sait assez de combien de milliers de couvents, d'abbayes, de chapitres canonicaux^ etc.,etc. l'Europe était couverte alors, et l'on devine aisément quels flots d'or devaient revenir dans les mains du saint-père. Un con-

cile fut convoqué par lui pour prononcer la suppression de l'ordre des Templiers , dont le procès durait depuis trois ans. Après Clément V, il y eut une vacance. Jean XXII fut son successeur, et tint le gouvernail des affaires de l'Eglise jusqu'en 1334, qu'il mourut. Jacques d'Euse était son nom, Cahors le lieu de sa naissance: il mourut à 90 ans. Il fut élu en 1316, et siégea à Avignon. Son penchant naturel le rendit favorable à la France. Les cardinaux furent attirés à Lyon sous divers prétextes-, une fois réunis , on les introduisit dans un couvent, et on leur signifia, de la part du roi je suppose, qu'ils n'en sortiraient pas qu'ils n'eussent élu un nouveau pontife. Quarante jours s'étaient écoulés, et ils n'avaient pu s'en-^ tendre^ pour sortir d'embarras, et surtout de prison, ils résolurent de s'en remettre à la décision du cardinal Jacques d'Euse, qui, assuret-on, se nomma pape lui-même, et fut confirmé par ses collègues. Jean XXII était vindicatif et d'une sordide avarice^ il fit brûler vif févêque de Cahors Géraud, qu'il accusa d'avoir voulu l'empoisonner 5 la vente des indulgences et des absolutions lui procura des sommes énormes, que l'on n'évalue pas à moins de vingt-cinq miUions. Pierre de Corbière, anti-pape, lui fut opposé, mais sans succès.

Benoît XII, qui mourut en 1342 , vint s'asseoir à sa place par droit d'élection, proclamé dans Avignon même, qu'il habita constamment* Ce n'était que le flls d'un pauvre meunier de Saverdun qui ne devait rien qu'à son propre mérite, aussi, comme il en connaissait le prix, il le préféra toujours par dessus toute chose.

Clément VI, son successeur, limousin d'origine, quitta le pouvoir et le monde en 1352. Ce fut lui qui acheta de Jeanne, reine de Naples, la souveraineté définitive du comtat d'Avignon, qu'avaient habité déjà plusieurs papes, et où il fixa son séjour: ce qui causa de grands troubles à Rome. Clément VI prétendait que ses prédécesseurs n'avaient pas su être pape^ quant à lui, il était despote, ambitieux, cupide, et surtout j>assionné pour les femmes: il était homme I...

Etienne Aubert, né dans le Limousin , fut élu après Clément VI sous le nom d'Innocent VI, et mourut en 1362. C'était un homme

pacifique qui fit constamment d'Avignon son séjour. Guillaume Grimaud, issu d'une maison noble de France, gouverna l'Eglise environ huit ans, sous le nom de Urbain V, et mourut en 1370. Il tint sa cour à Avignon; cependant il retourna habiter Rome en 1367 pour faire cesser les troubles sans cesse renaissants, causés par l'absence des papes de cette résidence. En 1370 il revint à Avignon, où il mourut presque immédiatement. Son caractère était juste, charitable et magnifique.

Grégoire X/ rétablit décidémemt le séjour des papes à Rome, et y mourut en 1378. Il s'appelait Pierre lîogfer; natif du Limousin, il avait été créé cardinal avant l'âge de dix-huit ans. Tous ses efforts tendirent à rétablir la paix entre les rois: il fit même une tentative infructueuse pour opérer la réunion des deux Eglises grecque et latine. Son élection l'appela au trône à l'âge de 47 ans à peine; c'est le dernier pape que la France ait donné à l'Eglise.

Urbain VI, nommé Bartolomeo de Prignano, né à Naples, fut son successeur, et cessa de vivre en 1389. Son élection fut orageuse parce que l'on craignait, s'il n'était pas du pays, que le nouvel évêque ne quittât Rome pour Avignon , comme l'avaient fait plusieurs de ses prédécesseurs. Urbain VI avait des vertus estimables, mais il était d'une excessive sévérité, d'une humeur sombre, féroce et dévote. Les cardinaux, mécontents de cette élection, se retirèrent à Agnani, et là ils prétendirent que l'élection avait été contrainte; ils Tannullèrent donc et nommèrent pour le remplacer Clément VII , qui ne gouverna pas. Urbain créa vingt-six nouveaux cardinaux pour remplacer ceux qui Tavaient abandonné, et en fit mourir quatre des anciens qui voulaient se défaire de lui. Il fut haï, poursuivi, errant, et mourut des suites d'une chute. Il céda la place à Boniface /Xqui termina le quatorzième siècle et commença le quinzième ; attendu qu'il ne mourut qu'en 1404. Sa famille était napolitaine et noble. Les droits à' Annales étaient d'un trop grand produit pour l'Eglise pour qu'il négligeât de les confirmer: c'est ce qu'il s'empressa de faire. L'avarice était sa passion dominante ; mais il était du reste excessivement indulgent pour les dérèglements de sa famille.

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Pendant le quatorzième siècle, onze papes seulement ont occupé la chaire de saint Pierre , y compris Boniface VIII, élu en 1296, qui ne mourut qu'en 1303, et Boniface IX, qui termina sa carrière en 1-404. Un seul anti-pape, Pierre de Corbière, est mentionné dans ce siècle.

Philippe- le-Bel, quatrième du nom , soixantième roi de France, en 1285, régna encore quatorze ans sur le quatorzième siècle, et ne mourut qu'en 1314. J'ai suffisamment démontré, je crois, que c'est sous ce règne qu'est né le théâtre en France, que c'est en ce temps que commença l'usage de jouer des mystères, dont le premier exemple fut donné dans une fête qui eut lieu lorque Philippe-le-Bel arma ses fils chevaliers. « Là vit-on Dieu, dit une ancienne chro- « nique , manger des pommes , rire avec sa mère , dire des patenôtres «avec les apôtres, susciter et jugier les morts: là furent entendus «les bienheureux chanter en paradis dans la compagnie d'environ «quatre-vingt-dix anges, et les damnés pleurer dans un enfer noir «et puant, au milieu de plus de cent diables qui riaient de leur «infortune... Là fut vu un maître renard, d'abord simple clerc, qui «chante une épître , ensuite évêque, puis archevêque, enfin pape,, «toujours mangeant poussins et poules, etc. Ces spectacles in- « décents et ridicules firent longtemps les délices des Français «assez simples pour s'en amuser dévotement». (Hist. de France, abbé Millot.) Philippe-le-Bel eut pour successeurs Louis X, surnommé le Ilutin, qui mourut en 1316; Philippe V, dit le Long, décédé en 1322 ; Charles IV, surnommé aussi le Bel, mort en 132^ -^Philippe VI, dit de Valois, qui cessa de vivre en 1350; Jean, qui mourut en 1364; Charles V, dit le Sage, mort en 1380; et Charles VI, dont le règne ne s'acheva qu'en 1422, dans le commencement du quinzième siècle. Louis-le-Gros avait, le premier, fait porter à la guerre l'oriflamme de Saint-Denis ; ce fut à la malheureuse bataille d'Azincourt, perdue par Charles VI , qu'il y parut pour la dernière fois.

/^ Il a été bien expliqué, et à plusieurs reprises, que depuis le commencement du treizième siècle jusqu'à la fin du quinzième il

{ régnait une obcurité profonde sur l'histoire de l'art musical; et je suis d'autant plus porté à regarder ce fait comme certain , que tous

les efforts faits jiisqu*ici pour percer cette obscurité et renouer la chaîne brisée de l'histoire, n'ont servi qu'à prouver l'incertitude, le vague, l'incohérence des matériaux sur lesquels on s'est appuyé jusqu'ici ; ce qu'avance l'un, un autre le combat, et si trois auteurs citent le même fait, chacun le rapporte différemment: le moyen alors de se former une opinion? Il paraît toutefois évident que la première révolution dans le système musical date de saint Ambroise, que l'on oublie, et de saint Grégoire, et que le grand mouvement vers le perfectionnement a été donné au neuvième siècle par Hucbaldus, dont j'ai cité Vorganum composé de quinze lignes, et dont les interlignes seulement paraissent lui avoir servi pour placer ses points, ou notes, ou newmes, ainsi que ^bt Francus , du même temps, inventeur des quatre premières figures de notes connues; et il fallait qu'il existât des notes au temps de Gui d'Arezzo, puisque l'on en , voit de cette forme □ sur sa main harmonique, avec cette différence ^*"vS,

que celles de Francus étaient noires et pleines, et que celles de J Guido sont vides et blanches. Aucune autre manière d'écrire la j musique n'étant donc connue avant cette époque, il faut admettre ^.^ nécessairement que les premiers hymnes en latin , composés vers / 355, ainsi que leurs mélodies, par M/mre, évêque de Poitiers au quatrième siècle, furent écrits suivant le système par lettres des / Grecs, et plus tard par celui des lettres latines , adopté par saint ^ Grégoire, système auquel il substitua , probablement et postérieurement, celui des neumes dont j'ai parlé ci-dessus, mais dont le dictionnaire de musique de J.-J. Rousseau, et celui de Bruxelles donnent une toute autre explication. Saint Ignace ordonna que ces hymnes de Tévêque Hilaire fussent chantés dans les églises : nouvelle preuve de l'intérêt que le clergé prenait à la propagation du chant dans l'exercice des cérémonies du culte. Il y a entre Vhymne, qui se rapporte aux personnes, et le cantique, qui se rapporte aux actions, une différence que peu de personnes apprécient, et qu'il est cependant bon de connaître. Il faut prendre, dans ce siècle, les renseignements comme ils se présentent, et là où on les trouve ainsi , je ne puis passer sous silence le nom de ^Tean Gerson, chancelier de Paris, né près de Réthel , en Champagne, en 1363, qui n

écrit sur la musique à plusieurs parties, déjà en usage de son temps: ce qu'il est important de remarquer^ mais si Ton s'en rapportait, dit-on, à ce qu'il a écrit, cette composition à plusieurs voix aurait été, peu de temps avant lui, totalement ignorée. 11 a décrit beaucoup d'instruments de musique, lesquels n'existaient déjà plus alors qu'il écrivait, et divers autres plus modernes mais également oubliés aujourd'hui : Jean Gerson mourut à 66 ans. Malgré son assertion touchant la musique à plusieurs parties, je crois, sur la foi de témoignages respectables, que, dès le douzième siècle, peutêtre même avant cette époque assez incertaine , on avait tenté ce nouveau genre de composition, à deux parties d'abord , mais que l'absence de tout moyen de publicité, de communication, a dû concentrer ces heureuses tentatives dans des sphères très circonscrites, et que partout ailleurs on a pu croire que ce que Ton ignorait n'existait pas. Le hasard seul a fait découvrir les œuvres des auteurs qui ont travaillé sur cette matière; quelques unes se sont présentées sans date, d'autres avec des indications qui intervertissaient l'ordre chronologique , les nombreux écrits qui les mentionnent le font assez connaître. On doit donc admettre cette croyance que, dès le douzième siècle, comme je l'ai dit, on connaissait la musique à plusieurs parties en harmonie consonnante ; j'ai sous les yeux un fragment de Sanctus qui prouve qu'au treizième siècle on écrivait déjà à trois parties, et même à quatre, ce que démontre évidemment un autre fragment de la messe de Guillaume de Machault , né en Champagne vers 1284. On croit que cette messe a été exécutée au sacre de Charles V, roi de France en 1364. G. de Machault était secrétaire de Jean de Luxembourg, roi de Bohême; il a composé des motets, des ballades et des chansons. Cette messe , 011 l'on remarque déjà l'emploi des dissonnances de seconde, de quarte, de septième , a été traduite en notes modernes par le savant M. Perne; cette œuvre est fort curieuse en ce qu'elle fait positivement connaître l'état de la musique à cette époque, ou en donne du moins des présomptions fondées.

11 a existé en 1326 un commentateur des écrits de Francus; il se nommait Uoherf Handelo; mais on ne sait ni l'époque, ni le lieu de

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sa naissance, non plus que celle de sa mort^ ce qui prouve de nouveau qu'avant le quinzième siècle il n'y a rien de positif, de rationnel , sur quoi on puisse asseoir un bon système d'examen , de comparaison et de jugement. Ce Robert Handelo a, dit-on, savamment écrit sur la mesure musicale, et mérité, à ce titre, d'être placé à côté de Jean de Mûris; mais les écrits de ces hommes laborieux et inventeurs ne sont, pour la plupart, ni traduits, ni imprimés^ on ne sait où les trouver, oii leur chercher des interprètes consciencieux^ il devient alors presque impossible de les apprécier à leur juste valeur. C'est vers le commencement du quatorzième siècle qu'un moine de l'ordre des frères mineurs, nommé Jacoponus, composa le texte et la première mélodie du Stabat Mater dolorosa , sur lesquels Palestrina , Pergolèze et Haydn écrivirent ensuite leur admirable musique. A la même époque environ, de 1400 à 1450, Guillaume Dufay, compositeur français, étendit de trois sons au grave le système diatonique de Gui d'Arrezo. Son exemple fut suivi par ses comtemporains, qui développèrent a l'aigu le même système ^ mais il me semble que cette extension ne put être tentée que pour les instruments , car il n'est aucune voix à laquelle elle fut applicable, excepté à celle de femme, et à l'aigu seulement.

Les instrumentistes étaient fort rares à cette époque , et l'instrument dont on s'occupait le plus , attendu son usage journalier, était l'orgue; l'un des plus anciens organistes que l'on connaisse, depuis l'introduction de l'orgue en France et l'invention du contrepoint , fut un nommé Francesco, aveugle, qui mourut en 1390. On attribue, d'une part, à Jean de Mûris, dont j'ai déjà parlé, l'invention de la mesure en musique; d'une autre part on croit que les moines imaginèrent ce moyen pour mettre de l'ensemble dans les chants qu'ils exécutaient en chœur dans leurs monastères. Une troisième version prétend que l'invention de cette mesure remonte à trois siècles avant Jean de Mûris. Un ouvrage que j'ai sous les yeux (Instructions du comité historique des arts et monuments) , affirme que la mesure en musique fut inventée au commencement du treizième siècle. Néanmoins, le manuscrit de Francus, de 1066 à 1083 , conservé à la bibliothèque Ambroisienne de Milan, et intitulé: yérs

Cantus mensurabilis , publié par l'abbé Gerbert, me paraît concluant et fixe, si je ne me trompe, comme je Tai déjà dit , l'invention de la mesure au onzième siècle 5 et, dans ce cas , c'est à Francus qu'il en faut rendre hommage. 11 se pourrait que des moines se fussent emparé de ce moyen pour leur propre usage, et que Jean de Mûris, à une époque postérieure , l'eut fait sortir de l'obscurité des cloîtres pour le produire et le propager dans le monde ^ s'il a surpris ce signe et l'a offert comme une règle dont la science était privée , il doit être regardé, si non comme l'inventeur, du moins comme le dispensateur, le propagateur de cette grande et utile innovation. Ce point éclairci, comme je le crois, reste celui des figures de notes à discuter^ j'ai cité les quatre inventées par Francus : la longue ■ , la double longue la, la brève ■, la semi-brève ♦, ainsi au onzième siècle il existait des figures de notes, à cet égard, plus de doute. Mais en existait-il avant? Je le crois et j'en ai dit la raison, et l'invention du contrepoint m'y autorise. Quelles étaient-elles? Combien y en avait-il? Je n'ai sur ce point aucun renseignement. Cela serait cependant d'une grande importance, car on n'a pu songer à systématiser la mesure qu'au moyen d'une certaine quantité de figures représentant différentes valeurs, et les points de Gui d'Arezzo, par leur uniformité même, s'opposaient à tout fractionnement, et s'il existait des notes du neuvième au dixième siècle , comme je le crois, pourquoi Gui d'Arezzo ne les a-t-il pas employées au lieu de ses points? Je ne sais qu'un moyen de sortir de cette embarrassante difficulté, moyen peu satisfaisant à la vérité, qui esquive la question plutôt qu'il ne larésoud, mais enfin c'est le seul qui me vienne en aide , et c'est que Ton ignorait en Flandre ce qui se faisait en Italie, aussi bien que le moine de Pomposa ignorait ce que l'on inventait dans les Pays-Bas ou en France. Ce qui est certain , et ce qui n'est pas moins embarassant, c'est que depuis le dixième ou le onzième siècle, les figures de notes, de siècle en siècle , ont varié de forme et de nombre^ j'ai reproduit déjà les quatre de Francus. On donne comme certain , sans fixer l'époque précise de leur adoption que, jusqu'au seizième siècle, il n'y eut pas d'autres figures de notes que les cinq suivantes, savoir: la double longue valant huit

mesures irrd , la longue de quatre mesures P, la brève de deux mesures n , la semi-brève d'une mesure <?, et la minime d'une demimesure o ^ nous n'avons retenu de ces valeurs que les trois dernières, les noires, croches, doubles, triples, et quadruples croches, sont d'invention toute moderne.

Mais à qui fut-on redevable de ces cinq figures de notes? quel théoricien , le premier, en a déterminé les valeurs et les rapports? C'est ce qu'il m'a été impossible de découvrir d'une manière certaine; je demeure sur ce point, comme sur nos noires, croches, doubles, etc., dans le doute le plus complet. Je ne puis donc rien dire de plus que ce que j'ai énoncé à l'égard des quatre premières figures , appelées i^ieds rhythmiques, attribuées à Francus, ou Franco, abbé d'Affligem en Brabant, et que l'on peut croire, par cette raison , être né dans ce pays. La messe de Guillaume de Machault, le Sanctus dont j'ai parlé , quelques chansons des douzième, treizième et quatorzième siècles parvenues entre mes mains, combattent bien faiblement l'assertion des écrivains touchant l'interruption affligeante d'environ trois siècles dans l'histoire de l'art musical ; ces production , que l'on pourrait opposer à leur opinion , ne sont que des résultats isolés, sans liaison, qui prouvent que Ton savait , que l'on pouvait déjà écrire à deux, à trois, et même à quatre parties, mais qui n'apprennent rien sur les principes de l'école d'alors , ses perfectionnements, ni sur ceux qui pouvaient en être les chefs. Ce système que j'ai taché de définir se trouve régularisé dans les écrits de Jean Tinctpr, chanoine et docteur à Nivelle en Brabant , où il naquit au quinzième siècle: il fut l'auteur d'un dictionnaire de musique, le premier de ce genre qui ait vu la jour, et qui est de 1470. Mais il n'indique pas non plus les sources où il a puisé ses éléments. Gafforio de Lodi , né en janvier 1451 , a éclairci , développé la doctrine de /. Tinctor, qui avait été maître de chapelle de Ferdinand roi de Naples; mais lui non plus n'a jeté aucune lumière sur ce qui fait en ce moment l'objet de mes recherches. Il suit de tout ce qui vient d'être dit que l'on ne sait précisément, et d'une manière certaine^ ni par qui , ni quand furent inventées les cinq figures de notes que je viens de tracer, ainsi que les silences qui

les représentaient : lorsqu'il y eut des silences. Nos livres de musique d'église, ceux du lutrin, sont écrits en notes noires, et non blanches, sur des portées à quatre lignes rouges^ mais je suppose que ce changement a été introduit pour rendre les figures plus lisibles et de plus loin: ce n'est, au surplus qu'une conjecture. Ailleurs, nouvelle version , nouveau nombre , nouvelles figures ^ je trouva la

maxime en , la longue c

, la brève □, la semi-brève ô, la minime 0 ,

la semi-minime majeure qui se figurait de deux manières 0 ♦ ? et la

semi-minime mineure , qui avait aussi deux figures ,0 4. Ces sept

dernières figures avaient des silences correspondants qui les représentaient^ le bâton qui comprend toute la hauteur de la portée à quatre hgnes valait une maxime |, celui qui n'en embrasse que trois valait une longue |, celui qui n'occupe que deux lignes valait une brève ■ (c'est celle que nous nommons aujourd'hui maxime, elle vaut deux de nos rondes , et représente deux de nos mesures actuelles). Le silence appelé ^awse valait une semi-brève -■•-, la demipause représentait la minime -— -, le soupir était pour la semi-minime majeure ^, le demi-soupir pour la semi-minime mineure */: comme je n'ai point trouvé de nom à ces silences, qui représentent assez exactement nos sept valeurs de notes actuelles , j'ai emprunté les nôtres pour pouvoir les quafifier. On vient de voir déjà trois systèmes différents de notation^ il faudrait, comme on le croira sans peine , les avoir tous trois parfaitement présents à la mémoire , savoir à quelle époque ils appartiennent chacun , connaître les valeurs des signes qui représentent les sons, celle des silences qui représentent les notes , pour être en état de déchiffrer la musique écrite dans ces temps de l'enfance de l'art , et de plus sur des portées à quatre lignes seulement, puisque, comme je crois l'avoir dit, ce n'est qu'au temps de Louis IX que la portée acquit ou reprit une cinquième figne, et avec des clefs absolument différentes des nôtres. On suppose que l'origine nominale , mais non figurée , de ces différents caractères, se trouve dans la langue grecque: cela se peut j mais y fut-elle réellement, elle serait toujours dépourvue de mesure fixe, régulière 5 il n'y aurait encore là ni phrase, ni

rhythme, ni carrure, ni mesure, ni harmonie: conditions sans lesquelles il n'y a point de musique. D'après l'opinion que j'emprunte à un ouvrage que j'ai déjà cité: «ce n'est guère que vers le «treizième siècle qu'elle a commencé à poser les premières bases «d'après lesquelles sa constitution actuelle la rend digne du nom «d'art (la musique), en se séparant de la poésie à la remorque de u laquelle elle se traînait péniblement » . {Instructions du comité historique des arts et monuments.) Ceci est une nouvelle confirmation de l'opinion que j'ai énoncé touchant l'absence totale, dans la musique antique, de toute autre sorte de mesure que celle qu'elle recevait de la poésie, soit grecque, soit latine. Mais si l'introduction de la mesure, en musique, est la cause principale de cette grande et heureuse révolution, elle remonte au onzième siècle, puisque Francus en fut l'inventeur. On a dû commencer par une espèce de rhythmopée, de barrage de mesure, soumis longtemps encore au rhythme donné par les paroles, et l'on comprend assez facilement par quels nombreux intermédiaires il a fallu passer pour arriver aux résultats pratiques actuels, et donc j'essaye d'indiquer les principales divisions, les points les plus saillants-, je prends le premier ton de l'église admis dans nos théories, et que je suppose noté à la manière des Grecs, suivant les indications que j'ai pu me procurer :

Suivant le système grec. . . F 4—9 ^i— i y <^ « 7 y « ^

Selonlesyst.deSl.Grégoire F D__F F. 0. . G E A ft F F n

Selon le système présmné de Guido d'Arezzo

Suivant la notation de Francus

Suivant la seconde notation

Selon la notation actuelle .

Clef d'itt Ire ligne.

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