‹ Histoire de la musique moderneChapitre 4 sur 109 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

tant de mœurs opposées, de coutumes diverses, de religions enne* mies, de langages incompatibles, de dominations antipathiques, de mille efforts renouvelés pendant plusieurs siècles par la grande nation gauloise impatiente de s'affranchir du joug romain (qu'elle supporta cinq cents ans), pour se régénérer et prendre une'assiette indépendante et stable dans le monde européen : ce sont ces causes, révélées par l'histoire, qui m'ont conduit à parler du clergé.

Plus j'ai médité ce vaste sujet de mes constantes études, plus j'ai senti la nécessité, avant de commencer l'exécution de mon projet, de m*en écarter quelques instants, et de rechercher ce que l'antiquité grecque et romaine nous a transmis sur la naissance de ce bel art, ses progrès et les merveilles que la religieuse Asie, l'Egypte son héritière, ont associées de tous temps aux fêtes publiques, à la vie des peuples, à l'art de la guerre, surtout au culte de la divinité^ merveilles qui faisaient les délices des plus grands princes, et que César comptait au nombre des plus beaux ornements de ses fêtes et de ses triomphes. D'autres avant moi ont eu le désir de surprendre en quelque sorte la musique à son origine: je ne me flatte pas de posséder leur savoir, leurs talents-, mais après avoir lu ce qu'ils ont écrit, j'ai pensé que la matière n'était peut-être pas épuisée \ ils ont fait une ample récolte de connaissances, je le reconnais avec bonne foi , mais je demande la permission de glaner après eux dans les vastes champs qu'ils ont moissonnés. Comme l'art antique conduit naturellement à l'art moderne, je dirai ce qui me paraîtra nécessaire, ce qui me paraîtra le plus intéressant sur le premier, ce que j'ai pu savoir 5 mais je n'ai point oubhé que le second est l'objet spécial de mon ouvrage: j'y reviens donc.

Je me sui^s Hvré dans cet écrit, je dois en convenir, à beaucoup de citations, de réflexions et à quelques digressions^ j'ai cru qu'il ressortait de cet immense sujet beaucoup de choses qui exigeaient des explications nombreuses, des commentaires raisonnes^ j'ai pensé, en outre, qu'Userait bien de semer quelque intérêt, quelque variété, sur une narration assez étendue qui pouvait, parfois, présenter de l'aridité, et, en général, courir le risque de tomber dans une fatiguante monotonie. On me reprochera quelques répétitions,

mais j'ai été contraint de revenir sur les mêmes questions, sur les mêmes sujets , par de nouvelles lumières et par des détails qui ne m'étaient point encore parvenus au moment où mon travail était déjà très avancé.

Si le lecteur remarquait avec défaveur quelques critiques un peu vives, un peu trop chaleureuses , je le prierais d'observer que la haute estime que mérite l'art musical ainsi que ceux qui le professent avec dignité , la vive affection que je ressens pour cet art tout de sentiment, ne m'ont pas permis de rester toujours dans les bornes d'une parfaite et impassible modération, surtout lorsque j'ai vu un assez grand nombre de personnes persévérer dans cette opinion injurieuse que la musique n'est qu'une aimable futilité, un simple art d'agrément. Les anciens , nos maîtres , ne pensaient point ainsi -, la musique était considérée par eux comme une partie essentielle et indispensable de l'éducation de la jeunesse. Les plus grands philosophes la connaissaient, la pratiquaient, et ils l'ont qualifiée du titre i\'étude morale, de science encyclopédique, comme si elle résumait en elle seule toutes les espèces de connaissances humaines. Les écrivains les plus distingués, les plus illustres poètes ont exalté son utilité et chanté ses charmes ainsi que ses bienfaits. Chez tous les peuples de l'antiquité elle fut constamment associée aux solennités du culte religieux , quel qu'il fût, à toutes les pompes des fêtes publiques, à tous les plaisirs de la vie, parce qu'elle parle à l'âme, ennoblit la pensée , développe la sensibilité , parce qu'enfin elle est en quelque sorte le langage des anges.

Ce que l'on me pardonnera le moins, je le crains, c'est d'avoir osé frapper d'un blâme sévère le faux goût qui juge si souvent sans entendre et condamne sans comprendre -, la protection accordée sans discernement comme sans mesure^ le monopole, l'égoisme, l'intrigue partout florissante aux dépens du mérite modeste et dédaigné. Je n'ai touché qu'avec réserve ces point délicats, et cependant on m'accusera sans doute encore de trop de témérité^ mais la gloire de Tart, la juste considération due à l'artiste , également méconnues en mille circonstances diverses par tant de décisions, de laveurs, de jugements au moins étranges, ont blessé ma conscience, excité

mon zèle et dicté mes paroles; je n'ai fait que céder à un sentiment d'équité en m'élevant contre tout ce qui froisse à la fois notre nationalité et la raison, dégrade Tun des plus beaux arts, et rabaisse injustement ceux qui le cultivent avec honneur.

J'ai indiqué la substance de cet ouvrage, autant du moins que le permettait l'étendue raisonnable de cet avertissement ; si , parfois, on y découvre quelques lumières, si j'ai dit quelque chose de vrai , d'utile ou de neuf, je m'applaudirai de mon travail, quelque faible qu'il puisse paraître sous le double rapport de la composition et du style. D'ailleurs, j'ose espérer que mes critiques les plus sévères ne méconnaîtront pas les intentions qui ont présidé à la rédaction dé ce livre inspiré par le seul amour de l'art, et par le désir de le voir rétabh dans le haut rang que l'antiquité païenne, et ensuite le christianisme, lui ont assigné.

Revu par M. Tissot, membre de l'Institut national de Fraïïce.

DE LA

DEPUIS LE PREMIER SIECLE DE L'ERE CHRETIENNE

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