SOL
LA
SI
quatre cinqiiièmca-
-trois quarte-
UT
V9 Vs V4 Va Vs Vm V2
Je doit dire maintenant (ce que je crois avoir suffisamment développé dans mon Traité d'Harmonie, que l'on peut consulter) que l'harmonie se divise en deux grandes catégories : l'harmonie naturelle ou diatonique , et l'harmonie dissonante, laquelle est de deux espèces, savoir: l'harmonie dissonante sans préparation et avec résolution, et l'harmonie dissonante avec préparation et résolution. La septième dominante, la septième de sensible et la septième diminuée s'attaquent sans préparation et se résolvent^ la septième de seconde doit se préparer et se sauver : les deux neuvièmes sont dans des conditions exceptionnelles auxquelles participe la septième de sensible; elles peuvent, ou non, être préparées, mais elles doivent toujours être résolues en descendant d'un degré. Tout accord dissonant se prépare par un accord consonnant , et se résoud en descendant d'un degré sur un accord consonnant. C'est tout ce que je crois utile de dire ici sur ceite matière.
Je saisis, un peu au hasard, j'en conviens, l'occasion de signaler une erreur assez répandue même parmi les artistes. A propos du mot italien andante, je trouve, dans un ouvrage didactique justement estimé, une rectification importante que je transcris^textuellement à l'appui de mon opinion particulière, dans le but de redresser un jugement manifestement faux et commun ^ beaucoup de personnes qui prétendent que andantino est plus lent que andante: ce qui est positivement contraire à la vérité. «Andantino est le diminutif d'awiidante. Pourquoi a-t-on imaginé les diminutifs? C'est pour apporter «un tempéramment dans les mouvements, multipHer les diverses «modifications, et les séparer par des nuances imperceptibles. Ces «diminutifs ont une signification différente selon la nature du
•«mouvement. Est-il îent, vous diminuez sa lenteur^ est-il vif, vous « diminuez sa vitesse. Ainsi , par la même raison que Vallegretto est «moins animé que Y allegro, Yandantino est moins lent que Yaniidante; il doit être conduit avec un peu plus de prestesse que Yan- ^\dante pour lui faire tenir le juste milieu entre ce mouvement et ^<Y allegretto. Cette observation est d'autant plus essentielle que beau- « coup de musiciens , et Rousseau lui-même , donnent à Yandantino « plus de lenteur qu'à Yandante , en le rangeant dans la catégorie «<de Y allegretto: ce qui est une erreur.» {Diction, de Mus, modem. ^ Bruxelles, 1 vol. 1828.) Je reviens à Nicolas Gombert, dont on se souvient sans doute que j'ai déjà parlé -, ce musicien composa, en 1550, des motets à plusieurs voix, ce qui prouve qu'à cette époque la musique d'église avait déjà fait de grands progrès ; mais toutes les choses humaines sont soumises aux mêmes vicissitudes -, il est rare qu'en dépit des systèmes les mieux raisonnes, les plus sagement conduits, l'envie de se singulariser n'entraîne point quelques esprits peu judicieux dans des écarts , des excès également réprouvés par la raison et le goût : c'est ce qui arriva en musique lorsque la science fut découverte-, on s'y appliqua avec ferveur; on la déifia, on voulut la faire briller partout, toujours, chacun voulut faire mieux , ou plus que ses émules 5 on chargea, on surchargea la musique de combinaisons abstraites, d'ornements d'une difficile exécution, plus difficiles encore à comprendre; delà durent naître l'abus du savoir, la corruption du genre qui perdit sa dignité en perdant sa belle simplicité, et par conséquent tout caractère de naturel et de vérité. Claude Goudimel, de Besançon, l'un des plus grands musiciens du seizième siècle, ne goûtait nullement ces fausses idées sur le vrai bien. Elève de l'école franco-belge, il fut le maître de Palestrina, fondateur de l'école romaine: je l'ai déjà dit quelque part: j'ai publié, dans un ouvrage récemment édité, des renseignements sur Palestrina qu'il serait inutile de reproduire ici. Goudimel éiaii huguenot, et périt malheureusement en 1572 dans le massacre de Lyon, ordonné par Mandelot, gouverneur de cette cité pour Charles IX, père de la Saint-Barthélémy. Goudimel avait mis en musique à quatre voix les psaumes de David. Cet habile maître était doué d'un jugement sain,
imbu des véritables principes de la science , telle qn^elle existait alors, et connaissant les ressources qu'elle offrait au génie, ainsi que la juste économie de ses richesses. C'est dans ces sentiments qu'il enseigna au jeune Palestrina les secrets que lui avaient révélés sa première éducation , ses études laborieuses et sa raison. Palestrina sut profiter de ses sages conseils et les mettre en pratique^ il sauva ainsi la musique du bannissement et d'un interdit perpétuel , dont la menaçait le pape Marcel, en lui rendant ses formes sages, nobles, sévères et convenablement appropriées à sa destination. Jusqu'à cette époque , les musiciens flamands et français occupèrent dans l'Europe entière toutes les espèces d'emploi : le meilleur chanteur de la musique de Charles IX , celui qui avait la plus grande réputation à la cour, et qui joua le rôle de Mercure dans la fête que ce roi donna quatre jours avant la boucherie de la Saint-Bar thèlemy, était un français nommé Etienne Leroy. Si quelque doute pouvait s'élever sur la véritable origine de la science du contrepoint, et pour ainsi dire de la musique moderne en général , on pourrait facilement le dissiper en consultant la Description des Pays-Bas, par Luigi Guicciardini^ né à Florence e nl523, mort à Anvers en 1589. On y voit formellement affirmé que l'invention du contrepoint figuré est due aux flamands^ leur école est la première, cela est certain, qui se soit formée en Europe et se soit posée comme maîtresse en l'art de la composition à plusieurs parties. Il faut que cette vérité soit trois fois authentique, puisqu'elle n'a jamais été combattue par aucun écrivain de quelque sens et de probité. C'est également vers 1550, qu'à l'imitation de l'Académie musicale, fondée à Paris par Batf, on eut à Ferrare l'idée, qui ne se réalisa que postérieurement, de former des réunions musicales appelées académies en Italie, et concerts en France. Ces réunions eurent Ueu dans les premières maisons de Ferrare; elles furent encouragées par le grand duc régnant alors, amateur passionné de musique et musicien lui-même, qui entretenait auprès de lui un grand nombre d'artistes compositeurs, chanteurs, exécutants sur toutes sortes d'instruments, français ou flamands, qui avaient encore alors un très grand succès et une supériorité incontestable: ce qui est positivementaflirmé dans un ouvrage
publié par Annibal Melone, célèbre maître de contrepoint, qui vivait à Bologne dans cette même année 1550. La musique française et flamande avait acquis, comme on le voit, de vastes développements et une prééminence bien marquée en tous lieux-, cette supériorité se soutint jusqu'à l'apparition des fondateurs des quatres écoles d'Italie : celle de Rome par Palestrina, né en 1529-, celle de Lombardie par Claudio Monteverde, né à Crémone en 1570 j celle de Venise par Adrien Villaert , né dans le seizième siècle , Zarlino son élève , et Benedetto Marcello^'né en 1686-, et enfin celle de Naples par Durante^ né en cette ville en 1693 : je prie instamment le lecteur de remarquer ces dates historiques, de se les rappeler, et de comparer-, la plus ancienne de ces quatre écoles ne remonte pas au-delà de la fin du seizième siècle, cela est de la dernière évidence.
Monteverde fut l'un des premiers maîtres de son temps-, il était de plus fort habile sur la viole, que l'on estimait beaucoup alors et qui était, je présume, le même instrument que nous nommons aujourd'hui alto ou quinte; il entra d'abord comme violiste au service du duc de Mantoue. Il étendit le domaine de l'harmonie par Taddition de la quinte diminuée, de la septième de dominante, de la septième de sensible, et de la neuvième majeure dominante, attaquées sans préparation. Il introduisit en outre l'usage des dissonances doubles et des notes de passage dissonnantes par degrés conjoints , probablement comme on les pratique aujourd'hui. Il composa beaucoup pour l'église, pour le théâtre et pour la chambre, et eut une grande part à l'invention du genre dramatique en Italie, attendu qu'il fut l'un des premiers qui composèrent, en 1600, des opéras; il écrivit cette même année celui d'Ariane, dont les récitatifs surtout furent trouvés fort supérieurs à ceux de ses émules-, ce qui le prouve, c'est que ses ouvrages furent représentés sur tous les théâtres d'Italie pendant plus de cinquante ans. Celui d'Ariane fut, à ce que l'on prétend, le premier , ou l'un des premiers de ce genre qui furent représentés à Venise. On croit que Monteverde mourut vers 1651. Le premier ouvrage de cette espèce, joué à Rome en 1600, était d'un compositenr romain nommé Cavalière. Dans l'origine , l'opéra n'avait lieu en Italie que pendant le carnaval. Saint Philippe de Neri imagina , pour
dédommager les Italiens d'une si longue privation de spectacle , de faire composer des oratorios sur des sujets saints , ce qui procura l'avantage d'entendre de la musique toute l'année. On ne faisait point payer à la porte des églises pour voir les représentations de ces espèces de nouveaux mystères, que Ton transporta bientôt sur les théâtres, mais on recommandait instamment aux personnes qui entraient de ne point oublier le tronc, qui était toujours grassement rempli et produisait d'excellentes recettes.
L'imagination en France ne bornait pas ses elForts au seul perfectionnement de la théorie musicale 5 on a vu qu'un pauvre tonnelier s'était occupé avec succès de perfectionner le mécanisme de l'orgue ; voici venir un moine^ né à Auxerre, dans le seizième siècle, qui fut l'inventeur du serpent, instrument qu'il fît connaître dans les concerts qu'il donnait chez lui. Cet instrument a rendu de fort grands services à TEglise, où il a été longtemps seul en possession du droit d'accompagner les chantres au chœur. Ce moine se nommait Edme Guillaume; il ne se doutait pas que son invention, singulièrement perfectionnée, jouerait un jour, sous le nom d*ophicléïde, un rôle si utile dans nos musiques de régiments, dans nos églises et dans nos théâtres. Edme Guillaume^ que les uns disent avoir été moine, les autres chanoine , trouva le moyen de tourner un cornet et d'y appliquer une embouchure ^ ce cornet, ou serpent, fut perfectionné après la mort de son auteur; il avait six trous qui lui donnaient l'étendue d'une dix-septième. Le son avait de l'éclat, de la rondeur, mais il était rarement juste. L'instrument se composait de deux pièces de bois de noyer fort minces accolées en regard l'une à l'autre de manière à former un tube rond, effilé à une extrémité, vers l'embouchure, et grossissant peu à peu jusqu'à l'autre extrémité; il était recouvert d'un cuir très fin, ou d'une peau de chagrin. Etant redressé, il avait six pieds de longueur; son extrémité inférieure avait environ trois pouces de diamètre: la courbure était obtenue au moyen du feu. J'ai parlé déjà, on se le rappellera sans doute, de la guiterne, qui n'est autre que la guitare; un nommé Guillaume Morlaye, qui jouait fort bien du luth, fit, dans ce siècle, une espèce de méthode pour la guiterne, ou guitare. Ceci tend à
justifier ma conclusion que la guitare, ou guiterne, la cythare moderne, le luth, le théorbe, différaient fort peu l'un de l'autre, au moins pour la qualité du son et la manière de les jouer. Le théorbe, dit-on , est de l'invention d'un nommé Bardella qui vivait au temps de Galilée. Les dames de la cour de Louis XIV étaient très adonnées à l'étude de cet instrument fort à la mode alors; le père de Ninon de Lenclos donnait des leçons de théorbe ; Ninon elle-même était très habile sur cet instrument , depuis longtemps tombé dans le plus parfait oubli. Dans le nombre assez grand d'instruments inconnus aujourd'hui, il en est un nommé vélocidéros, ce qui signifie, m'at-on dit, violon de fer; cet instrument vient d'Allemagne; il est de forme circulaire, de quelques pouces d'épaisseur, creux et ayant une table d'harmonie en sapin percée d'un œil au milieu; sur les bords du cercle , auquel s'adapte un manche en forme de poignée , sont plantées une grande quantité de fiches rondes d'acier de diverses longueurs; sur ces fiches, on promenait un archet qui en obtenait des sons fort agréables. Cet instrument fut acheté par un amateur nommé Letor, pour la somme de 300 francs; il en a fait faire un semblable pour M. Savard, savant professeur de physique au Collège de France. Les compositions de Guillaume Morlaye ont été imprimées à Paris en 1550. Les écrits, les compositions, les œuvres quelconques des écrivains, des compositeurs, des érudits, des savants (et je ne parle ici que de ceux qui ont spécialement voué leur plume à l'art musical), ont trouvé en tout temps, pour quelque œuvre que ce fût, sans hésitation, et à plusieurs éditions au lieu d'une, des libraires, des graveurs, des imprimeurs, des amis protecteurs efficaces des arts et des artistes, empressés de coopérer à la pubfication de leurs productions,. en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Suisse, en Italie; mais en France!... les arts sont fort peu de chose, et dans un temps où tout retentit de paroles libérales , d'amour pour les lumières , pour les progrès de la civilisation , les artistes ne jouissent en France d'aucune considération : et les musiciens moins encore qu'aucune autre catégorie de gens de mérite , de génie et de talents. Louis XIV faisait servir Molière assis à sa table; aujourd'hui , le veau d'or, substitué sur l'autel
d'Apollon, est la seule idole que Ton reconnaisse et que l'on encense. En France, tout est marchandise, objet de lucre et de convoitise-, on s'inquiète peu de ce que vaut une œuvre : c'est la moindre de toutes les considérations; mais on calcule ce que coûtera sa publication , et swrtow^ ce qu'elle rapportera (1). Lsl faveur publique est-elle le prix du mérite réel ? Pas le moindrement du monde : ce n'est que la pâture de la vogue. Avec trois ou quatre salons dévoués quand même, dix ou douze énergumènes proneurs fanatiques, deux ou trois feuilles quotidiennes soumises à d'invincibles arguments, on fabrique radicalement un grand homme, lequel, fort souvent, se résume en un album, création inconnue aux Grecs mêmes, qui naît au jour de l'an et est octogénaire au jour de l'an suivant; ou bien encore par quelques chansons au Vaudeville, quelques vaudevilles à rOpéra-Comique, quelques quadrilles au grand Opéra, aspire au premier rang, et s'y pose] en attendant qu'on l'y admette... La société est ainsi faite: lutter de raison, de logique, de goût, de bon sens contre elle, c'est s'exposer à être écrasé. En Allemagne, autrefois, c'était fort différent: l'instinct, l'organisation, le goût, le sentiment, la réfl^exion, l'oreille, l'éducation, tout était musical dans ce pays. Le plus humble maître d'école devait être en état d'enseigner, aux enfants qu'il était chargé d'instruire , les premiers éléments de la musique, en même temps qu'il leur faisait connaître les premières lettres de l'alphabet. Il résultait de ces dispositions que, dans aucune ville, village, bourg ou hameau, le voyageur, homme de goût, n'était assailli par les discordants et désespérants orgues dits de barbarie, les dégoûtantes crieries de cabaret appellées chansons (selon certaine méthode en grande vogue en ce moment), les hurlements atroces des gens du peuple et des gens ivres, les vociférations des ouvriers sortant des bouges à débits de vin , les cris sauvages des enfants mêlés à l'aboiement des chiens, aux jurons et aux
(1) Je dois signaler ici une honorable exception en faveur de M. Richault, éditeur et marchand de musique , chef de l'une des premières maison de commerce de Paris et de l'Europe, aussi artiste par son intelligence qu'éclairé par son jugement. Sa maison est sans cesse ouverte au mérite, et il ne se refuse à aucun sacrifice pour le produire et le faire connaître.
fouets assourdissants des charretiers, aux clameurs déchirantes de l'odieux cor de chasse, des cloches, au tumulte incessant d'un million d'individus, parlant, sifflant, fumant, jurant, se heurtant, courant à travers la pluie, les boues, la neige, la grêle, le vent, le bruit, pestant à toutes les minutes du jour, de la nuit, et circulant sans être brisés , comme par miracle I au milieu de vingt mille voitures, gendarmes, charrettes, équipages, éclaboussant, ou écrasant insolemment le pauvre piéton : ce portrait, fait d'après nature , me donnerait aussi le droit de dire à ce voyageur: «Voilà Paris, «que vous en semble?» Les Allemands sont les créateurs de la musique instrumentale, et les inventeurs d'un grand nombre d'instruments de musique : c'est à eux que l'on doit l'introduction dans les orchestres des clarinettes et des cors. On leur doit également beaucoup d'excellents ouvrages didactiques et historiques sur la musique. L'Allemagne, si féconde en beaux génies, en musiciens célèbres, en littérateurs de l'ordre le plus élevé, a mis au jour avec un empressement, une Ubérale persistance, que l'on n'imite point en France, une grande quantité de bons ouvrages de tout genres, que la vie d'un homme suffirait à peine pour énumérer et classer. Compositeurs , poètes, prosateurs, théoriciens , controversistes , savants étrangers ou nationaux, tous, et en tout temps, trouvèrent des presses prêtes à reproduire leurs œuvres et à encourager leurs efforts pour faire jaillir ou répandre la lumière. Ce sont ces nobles et généreuses dispositions qui furent les causes fondamentales de ces nombreuses et riches bibliothèques musicales où se forme ordinairement cette érudition solide et étendue, ce goût épuré qui nous manquent assez généralement. La gloire et les progrès de l'art, l'avantage et la réputation des artistes , voilà les mobiles principaux dont furent constamment animés les publicateurs allemands, belges et flamands. C'est de cette manière qu'agissait Georges Rhaw, né en Franconie, vers 1490 5 après avoir longtemps exercé la noble profession de compositeur, il établit en 1530 une imprimerie à Wittemberg, et y pubha une grande quantité d'œuvres musicales: jusqu'à cette époque, on ne gravait pas la musique, on l'imprimait, comme toutes les productions littéraires; Jean Otto, de Nuremberg, mort Tome II. g
en 1560, fut, à ce que Ton assure, le premier imprimeur de musique connu en Allemagne. L'invention des caractères mobiles de Jean Gottloh Emanuel Breitkopf, né à Leipsick au mois de novembre 1719, ne fut réellement qu'un perfectionnement, attendu qu'elle est de beaucoup postérieure à celles de Georges Rhaw , et de Jean Otto : ce Breitkopf avait pour émule un nommé Reinhard , né à Strasbourg, vers la fin du seizième siècle, lequel inventa la manière de stéréotyper la musique. Le premier livre composé et publié en Allemagne, à Leipsick en 1517, fut écrit par un nommé A. Ornithoparcus; à ce nom d'André Ornithoparcus , ou de Vogelsang , sur lequel je n'ai rien pu savoir de plus, vinrent se joindre ceux de Etaples, de Jacques Lefèhre, qui furent également des musiciens théoriciens fort estimés en France, vers la fin du seizième siècle. Je me suis arrêté avec quelque insistance sur l'Allemagne , mais je devais payer ce juste tribut à Tune des terres classiques de l'art musical, dont la constante protection des princes gouvernant ce pays a si puissamment développé les progrès et le perfectionnement : ce devoir m'a peu coûté à remplir.
' J'ai recueilli, on s'en souvient, les noms de beaucoup d'auteurs d'anciennes chansons; il en est dont les noms sont oubliés, et dont les chants se sont cependant conservés traditionnellement dans la mémoire de génération en génération 5 parmi ces derniers, j'en puis rappeler un qui a écrit un grand nombre de ces productions naïves et légères, dont le hasard m'a fait retrouver le nom, et que j'inscris scrupuleusement dans cet écrit : il se nommait Dominique Phinot, et vivait vers 1550 5 mais c'est tout ce que j'ai pu savoir sur ce ménestrel du seizième siècle , et j'en ai quelque regret. On s'occupait encore plus de chant que de théorie alors , et Ton composa longtemps avant que le système musical fut complètement organisé : je n'en citerai qu'un exemple entre autre; la gamme même n'était pas encore entièrement fixée , puisqu'il lui manquait la syllabe si, inventée par ternaire, professeur de Paris, dont j'ai déjà parlé; cette innovation avait été précédée par la syllabe 6i, qu'avait adopté Erycius Puteanus^ ou Henri Dupuy ^ né à Venloo, en 'novembre 1574. Tous deux eurent pour but de compléter la gamme, jusque-là imparfaite ; toute-
fois, le si a prévalu et est demeuré dans la pratique: cette explication était nécessaire pour éclaircir le doute né de Terreur où l'on était tombé en attribuant le si seulement à ces deux individus. Le seizième siècle fut d'ailleurs fécond en inventions utiles ou en ingénieuses applications^ on croit que ce fut un compositeur romain de la fin de ce siècle qui introduisit dans les églises de ce pays le chant à plusieurs parties harmoniques : il se nommait Paolo Quagliati. Cette opinion est contraire à celle que j*aj émise ailleurs-, mais dans le dolite et dans l'impossibilité de constater laquelle des deux est la véritable, je m'abstiens de prononcer sur l'authenticité de l'une ou de l'autre. Emilio Rossi, maître de chapelle à Lorette, vers 1530, eut la gloire d'être le premier, ou Tun des premiers, qui, en Italie, mit en usage et sut tirer parti des fugues, canons, contrepoints, inventés en Flandre ^ ce qui prouve évidemment que ces inventions étaient fort antérieures à l'époque ou vivait E, Rossi, et qu'en Italie, à cette époque, on n'en avait aucune idée. Ces combinaisons, au surplus, sont nées dans les écoles franco-belges, comme on le sait positivement maintenant j mais l'abus irréfléchi que l'on fit bientôt de ces diverses richesses ne tarda pas, comme je l'ai déjà dit, à leur attirer le blâme universel , et à les exposer au danger d'une proscription générale.
. C'est aussi vers la fin de ce siècle que s'ouvrit à Hasset^ ou Hasselt^ jolie petite ville de Hollande sur le Wecht, à deux lieues de Zwol (il existe une autre ville du même nom dans le pays de Liège , sur laDemer), un collège de musique sous l'invocation de sainte Cécile; ce collège fut fondé par Hermann-Van^der-Ryst ^ néàDiest, en Belgique, en 1550. Ces établissements, auxquels on donna postérieurement le nom de conservatoires, nous laissent dans l'incertitude sur la priorité appartenant, soit à la France, soit à la Belgique, soit enfin à l'Italie. Cependant, je ferai remarquer que les écoles de chant, fondées par Charlemagne à Soissons, à Metz, et jusque dans son propre palais, sous la direction d'Alcuin^ son précepteur, et du diacre Rotlan, au huitième siècle! me semblent décider nettement la question de priorité à l'avantage de la France, puisqu'il est positivement et matériellement reconnu qu'à cette époque il n'existait,
en aucun lieu, aucune école semblable. Les drames fleuris, introduits, comme je l'ai déjà dit, dans les églises d'Italie, par saint Philippe de Néri, né à Florence le 21 Juillet I5l5, fondateur de Tordre des Oratoriens, commencèrent dans sa chapelle, et cette nouvelle espèce de mystères, d'un tout autre ordre de conception, prit, à ce qu'il paraît, une. place importante dans le monde musical sous le nom d'oratorios , par allusion à la chapelle des Oratoriens de saint Philippe de Néri. Ce moine mourut à Rome en 1595, et fut fait saint en 1622. Une tentative de drame de cette espèce , sous le titre de la Confession de saint Paul, avait déjà été faite: je crois l'avoir signalé quelque part-, mais il ne parait pas qu'elle ait eu le moindre succès.
On a pu voir que, depuis Clovis, tous nos rois, ou presque tous , furent musiciens, ou du moins amateurs véritables, si non éclairés, et protecteurs déclarés de cet art, encore dans son enfance, et des artistes qui le cultivaient-, il n'y avait point de solennité , de fête , de circonstance de quelque éclat, sans que la musique ne vînt y mêler ses charmes mélodieux ; et cependant ce n'est que sous le règne de Louis XIV que le goût ou la mode de cet art pris un réel ascendant au sein de la nation^ aussi ne s'aperçoit-on que trop à la manière dont on la sent, dont on en raisonne, dont on la juge, que nous sommes encore bien jeunes en musique!...
Des voix s'élèvent, dit-on, et réclament l'invention de l'imprimerie de la musique en faveur d'un nommé Ottavio Petrucci, de Fossombrone , qui vivait vers 1500 ; je n'ai , à vrai dire, aucun motif pour repousser formellement cette prétention, et je l'enregistre, comme je l'ai fait à l'égard de beaucoup d'autres , remettant à un autre temps à décider entre plusieurs prétentions, à laquelle appartient en dernier ressort le droit d'imposer silence aux autres. Cette fameuse note, ou syllabe si, n'a-t-elle pas aussi été attribuée à un moine espagnol, nommé Piétro d'Urena^ qui vivait dans le Milanais au seizième siècle? On a donc pu se tromper une fois, deux fois, trois fois: dequel droit voudrait-on exiger que je m'exposasse à tromper le lecteur une quatrième fois en lui affirmant un fait dont je doute moi-même? Ce que je sais avec certitude, je l'énonce avec fermeté et conscience -, ce dont je doute, je raconte et je m'abstiens
d(B prononcer. Est-ce ignorance? est-ce timidité? est-ce prudence, ou probité? je n'en sais rien : le public en décidera souverainement, car je ne lui suppose pas Tenvie de m'épargner. Je le laisse en même temps le maître de décider si le luth est effectivement un instrument connu des anciens, comme je le crois, puisqu'on en faisait usage avant César, comme l'affirme Juste Joseph Scaliger fils, né à Agen, au mois d'août 1540, et qu'il était connu au temps de Clovis ; j'ai dit sur cet instrument tout ce que l'histoire et mes recherches m'ont procuré de renseignements, je ne me suis pas chargé de fournir au lecteur son extrait légal de naissance. Un objet plus important, exposé d'une manière phis positive, t'est \e premier opéra qui ait été imaginé, c'est-à-dire le premier drame qui ait été mis en musique, en Italie, pour être chanté du commencement à la fin sans aucune interruption: ceci mérite une très sérieuse attention. Cet opéra fut composé, paroles et musique, par Orazio Vecchi, poète et maître de chapelle à Modène, vers 1590, et né à Milan. Cet ouvrage, intitulé ï Anti-Parnasso , fut représenté à Modène en 1597, et imprimé ensuite à Venise: V Académie des Philharmoniques de Bologne en possède un exemplaire. Tout ce qui avait paru sur la scène jusqu'alors, mystères, ballets, drames, oratorios, n'était donc que des compositions informes, sans unité, sans ordre , divisées et mêlées de chants, de dialogue, de danses, qu'accompagnaient les instruments tant que l'on ne parlait pas.
J'ai déjà dit quelques mots sur les académies musicales, ou concerts, fondés à Paris parlai:/ dans la maison de son père, au faubourg Saint- Marcel, auxquels Charles IX et Henri III, son successeur, grands amateurs de musique tous deux , assistaient régulièrement une fuis par semaine; cette création du seizième siècle fut imitée à Ferrare, à Vicence et à Bologne. Je n'aurai pas nommé cette dernière association philharmonique, dont j'ai l'honneur d'être membre, sans dire quelques mots sur cette société justement célèbre, à laquelle les plus illustres artistes ont, de tout temps, tenu à honneur de se faire agréger, et dont l'existence s'est maintenue avec éclat jusqu'à nos jours malgré les vicissitudes des révolutions et des guerres. Ces académies, ou concerts, se composaient d'uhe certaine quantité d'ha-
biles artistes, se réunissant à des jours déterminés pour exécuter entre eux, ou pour leurs amis invités à ces réunions, ou, plus tard, pour un public composé d'amateurs éclairés et payant un certain droit d'entrée, une suite de morceaux choisis. Il paraît certain que la première réunion de ce genre eut lieu à Vicence, en 1543, sous le nom ôi* Académie des Philharmoniques; de Vicence elle passa à Vérone. En 1565, il s'en forma une nouvelle, qui, plus tard, fut réunie à la première. Celle de Bologne date de 1662, et a fini par prendre le titre di^ Académie des Philharmoniques de ^o/o^ne, qu'elle conserve encore aujourd'hui. Celte académie possède une galerie fort nombreuse et fort intéressante de portraits de presque tous les artistes nationaux et étrangers qui ont l'honneur d'y être admis comme membres (ainsi que je le fus le 12 mars 1809), et une très riche bibliothèque; elle est en outre parfaitement administrée, et a servi de modèle à toutes celles qui se sont formées depuis en Europe presque partout, excepté à Paris où il n'y en a jamais eu , et ou toute réunion de ce genre ne saurait être durable.
L'imprimerie de la musique a été, comme je l'ai dit, attribuée à plusieurs individus. Eh bien! il en a été de même à l'égard du canon ^ dont l'invention a été mise sur le compte de trois personnes, de Jean Okenheim, que j'ai déjà nommé, d'un autre compositeur nommé Bird, et enfin d'Adrien Willaert. La seule chose positive que je crois entrevoir dans cette alternative, c'est que cette invention, quel qu'en soit le véritable auteur, est du même temps et de la même école, je veux dire du quinzième siècle et de Vécole flamande. Les chants d'église à quatre et cinq parties, dont l'usage avait été attribué à Paolo Quagliati , de Kome , le fut également à un habile violoniste nommé Alessandro Romano^ dit délia Viola, lequel était au service du pape Pajl III, en 1549. Quoi qu'il en puisse être de cette double assertion, il n'en est pas moins vrai que la musique, soit à l'église, soit à Técole , soit au théâtre , n'a commencé à sortir de sa grossière simplisilé, de son enfance antique, que dans le seizième siècle; tout s'accorde pour le démontrer, et, s'il faut de nouvelles preuves pour convaincre les esprits difficiles, je leur dirai que Giuseppe Zarlino, néàGioggio, près de Venise, au commencement de ce seizième
siècle, eut, le premier, l'idée de préciser la diiYérence d'ua demi-ton entre une tierce majeure, qui contient deux Ions pleins, et une tierce mineure qui n'en contient qu'un et demi-, cette différence matérielle exista de tout temps, tout le monde devrait la connaître aujourd'hui* et cependant on n'avait jamais songé à la constater théoriquement avant Zarlino, maître de chapelle à Saint-Marc, de Venise. Tl composa un opéra d'Orphée qui fut joué à Paris par une troupe de comédiens italiens que le cardinal Mazarin y fit venir, et dont j'ai déjà parlé; Zarlino mourut en 1599: il était élève de l'école flamande , je l'ai déjà fait remarquer. Je leur dirai en outre que ce n'est qu'au seizième siècle que prit naissance l'usage de diviser l'octave en deux portions inégales, Tune de la tonique à la quinte en montant, appelée division harmonique, formant ce que l'on nomme encore aujourd'hui dans le genre scolastique, ou de l'église (dans le plain-chant et dans le contrepoint), le mode authentique, comprenant les cinq premiers degrés de la gamme; l'autre de la quinte à l'octave, en continuant de monter, appelée, comme elle l'est encore dans l'école du contrepoint, division arithmétique, comprenant les quatre derniers degrés de la gamme: ces dénominations d"* authentique, d'arithmétique, déplaçai, c'est-à-dire du premier au quatrième degré, n'ont été conservées que dans l'école du contrepoint. Je leur dirai encore que le goût de la bonne musique en Italie ne date véritablement que du commencement du dix-septième siècle, et que c'est à Monteverde, né à Crémone en 1570, que l'on doit faire honneur de cette heureuse révolution; que c'est Ludovko Fiadana, seflon le dictionnaire des Musiciens, Viana selon J.-J. Rousseau (je ne sais lequel fait erreur de nom et de date), qui, en 1600, commença à mettre en pratique son utile invention delà basse continue et chiffrée, c'est-à-dire d'accompagnement*, cette basse s'exécutait, et a continué à être traitée de la même manière par les violoncelles, les contrebasses, pendant toute la durée d'un morceau, et faisant entendre une partie de basse tout à fait indépendante et différente de la voix appelé basse chantante; que Pietro délia Valle, né en 1586, poète distingué et voyageur célèbre, assure que de son temps, et cela était fort remarquable alors! il y avait à Rome trois artistes distingués: Marco Fratrinelli pour la viole, Orazio pour la
harpe, et Michel-Ange pour le violon 5 que, sous le nom de motet, on comprenait dans ce siècle ce qu'il y avait de plus recherché, de plus savamment composé à Taide de toutes les ressources de Tart. Les compositeurs des treizième et quatorzième siècles n'entendaient, par ce mot de motet, qu'une seule partie que nous nommons nous hautecontre; mais un peu plus tard on l'appliqua à toute composition écrite pour l'église sur des paroles latines , pour une seule voix et dans une dimension assez restreinte ; plus tard, on lui donna les développements que je viens de signaler. Voilà, suivant ce que j'ai pu recueillir, la véritable situation de l'art musical au seizième siècle, et à quels titres il l'emporte sur les précédents par les découvertes, les inventions, les perfectionnements, qui datent positivement et seulement de cette époque.
r-iSg^Q^J^Qi