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L'OPÉRA-GOMIQUE AU XVIII« SIECLE

C'est à partir de 1752 que le théâtre de l'Opéra- Gomique s'établit définitivement et pour une longue période de prospérité, d'abord sous la direction de Jean Monnet^ qui obtint le concours du peintre Fr. Boucher, du chorégraphe Noverre, des poètes Favart et Vade\ du musicien Dauvergne.

Sur le non veau théâtre, on joua des pièces en vaudevilles, avec divertissements, des ballets-pantomimes, des opéras-comiques. Les pièces que GilUer et Mouret avaient fait représenter au commencement du xviiie siècle n'étaient g'uère que des comédies mêlées d'ariettes. Pour la première fois les Tr^oqueurs, de Vadé et Dauvergne (1753), donneptun peu plus d'importance, à côté du parlé, au chant et à la musique.

Le succès du théâtre de TOpéra-Gomique alla grandissant, surtout à partir de 1762 quand il se fut réuni avec la Gomédie Italienne (fondée depuis 1719), qui avait accueilli si souvent des comédies mêlées de musique.

Les principaux auteurs qui lui fournirent leurs ouvrages furent : Laruette (1731-1792), chanteur et compositeur, ténor sans voix, qui se fit une spécialité des rôles de baillis, de pères, de tuteurs; Duni (1709- 1775), napoUtain, qui après de grands succès en Italie, notamment à la cour toute française alors de Parme, vint se fixer à Paris en 1757; son plus grand succès fut les Deux Chasseurs et la Laitière (1763) ; il collabora souvent avec Laruette ; Monsigny (1729-1817), aimable compositeur, sans grande science musicale, auteur de Rose et Colas (1764) et du Déserteur (1769) ; Philidor, né à Dreux en 1726, mort en 1795; d'une vieille famille de musiciens, les Danican ; c'est Louis XIII ou Louis XIV qui avait donné à l'un de

ses ancêtres le surnom de Philidor; François- André Danican Philidor cultiva la musique dans sa jeunesse, mais s'adonna ensuite surtout aux échecs où il devint le premier joueur du monde; à trente-trois ans seulement il se mit à écrire pour la scène de l'Opéracomique et il y triompha pendant dix ans. Ses ouvrages les plus remarquables sont Biaise le savetier (1759), le Jardinier et son Seigneur (1761), le Maréchal Ferrant (1761), Tom Jones (1765), qui renferme un quatuor a cappella et un septuor. L'harmonie de Philidor est déjà plus riche, ses morceaux mieux développés et il recherche les effets d'ensemble.

Enfin, voici le théoricien de l'école : Grétry (1741- 1813), l'auteur des Mé?noires ou Essais sur la musique (trois volumes imprimés en 1797 par arrêté du Comité d'Instruction publique) ; c'est un livre décousu, mais plein d'idées, très naturel, et très spirituel. « Vous êtes musicien et vous avez de l'esprit! », lui disait Voltaire avec un peu d'ironie. Dans ses Mémoires^ Grétry nous donne à la fois le récit de sa vie et l'exposé de ses théories. Il est né à Liège. A six ans, il était amoureux. Une troupe qui joue du Pergolèse lui donne le goût de la musique et il apprend à chanter à l'italienne : il y réussit à merveille. A dix-huit ans, il va en Italie, le cerveau bouillonnant de musique. Il écrit avant d'avoir fait des études sérieuses d'harmonie et de contrepoint (il n'en fit jamais, et c'est de sa musique qu'on dira : « Entre la partie de basse et celle du premier violon on ferait passer un carrosse à quatre chevaux », tellement la trame en était lâche). Il revient à Paris. Rameau l'ennuie ; mais il s'enthousiasme pour le

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Théâtre Français et pour les grands acteurs d'alors : « Leur déclamation me semblait le seul guide qui me convint, le seul qui pût me conduire au but que je m'étais proposé. » Il consulte M'^"" Clairon et note en musique « ses intonations, ses intervalles et ses accents ». Diderot Fengag-e à persévérer dans cette voie. G«^ctry reprend en somme les principes de Lulli ©t prépare directement Gluck. Il donne le ffuron{i7QS), àrOpéra,etàrOpéra-Comique Lucile (1769)^ avec son fameux quatuor : « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? », le Tableau parlant (1769), la Fausse magie (1775), Richard Cœur de Lion (1784). Il finit sa vie comblé de distinctions de toutes sortes : l'Institut l'accueille ; il est un des premiers chevaliers de la Légion d'honneur. Il meurt à l'Ermitage de J.-J. Rousseau, qu'il avait acheté.

Ses idées sur l'art musical, parfois un peu confuses, sont extrêmement abondantes : il a des vues intéressantes sur l'ouverture à programme, sur l'entr'acte servant de commentaire à une situation psychologique, sur la peinture des passions et des caractères par le moyen des' sons, et sur les matériaux et les procédés dont elle suppose l'analyse exacte.

Il rêve d'une tragédie musicale où le dialogue serait parlé, l'orchestre caché; d'un théâtre du peuple, de jeux nationaux. Il voudra introduire le chant dans l'enseignement primaire.

Il voit même au delà de son art si français, et hors de son pays : c'est ainsi qu'il admire sincèrement Haydn. Il est vrai qu'il s'étonne des développements sans objet et sans liberté de la musique pure ; il désire l'affranchissement de la symphonie et définit par avance le poème symphonique.

A la fin de sa vie, il s'effraye un peu de certaines nouveautés, et il écrit alors : « Que viendra-t-il après nous? Je vois en idée un être charmant, qui doué d'uninstinct mélodieux, la tête, et Tâme surtout, remplies d'idées musicales, n'osant enfreindre les règ-les dramatiques qui sont aujourd'hui connues de tous les musiciens, joindra au plus beau naturel une partie des richesses harmoniques de nos jeunes athlèiee Avec plus de certitude que l'enfant d'Abraham, soupirant après l'arrivée de son messie régénérateur, déjà je tends les bras vers cet être désiré, dont les accents aussi vrais qu'énergiques réchaufferont mes vieux ans. »

« Ce messie musical, dit M. Romain Rolland, nous le reconnaissons : Grétry, qui l'appelait de ses vœux, ne se doutait pas qu'il était venu. Il avait vécu, il venait de mourir, non loin de lui. C'était Mozart, dont le nom ne paraît pas une fois dans les Essais de Grétry. » Et l'opéra-comique français du xviii'' siècle n'annonce-t-il pas aussi Mozart? C'est déjà parfois sa grâce, sa naïveté, son aisance et son naturel, mais sans sa perfection et sa pureté, et sans sa profondeur.

Cependant le règne de Gluck était venu et beaucoup de compositeurs itahens établis à Paris, désespérant de se voir ouvrir les portes de l'Académie de musique, se tournèrent alors vers l'opéra-comique. Ce furent Blanchi, Prati^ Bruni, et bien d'autres ; des auteurs d'opéras-comiques de la fm du xviii^ siècle, ce ne sont pas les meilleurs, il s'en faut; et il convient surtout de noter ici les noms d'un Allemand, né àFreistadt(Palatinat), Schwartsendorf, dit Martini, qui donna le Droit du Seigneur en 1783,

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