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LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ALLEMANDE

J.-S. CACH ET H^EXDEL.

En Allemagne, comme ailleurs, lamusiquese développa d'abord à Téglise. Mais ici il faut signaler la répugnance que, dès Torigine, les Germains manifestèrent pourlelatin. Ils préféraient les chants en langue vulgaire. Si l'on excepte le Gloria tibi domine et le Kyrie, il fut difficile de leur imposer Tusage de paroles qui leur semblaient si étranges, si éloignées de leur langage; mais ils plaçaient le Kyrie à tout propos dans les offices, d'où vintTexpression « chanter des Kyrielles ».

Au XIII'' siècle, les Allemands eurent leurs trouvères, les Minnesœnger (chanteurs d'amour), des nobles qui se livraient sans étude à leur libre inspiration et dont les tournois artistiques sont restés fameux.

Au XIV* siècle, cet art de la chanson devint bourgeois entre les mains des J/ei5^er52n^er (maîtres chanteurs), qui formaient des corporationstrèsimportantesettrès fermées où les règles de la composition furent établies avec le souci étroit ae ne rien laisser au hasard, ni à la liberté du génie ;les «maîtres chanteurs » furent surtout des ouvriers habiles et appliqués.

La Réforme eut au xvi^ siècle une influence considérable sur l'orientation de la musique allemande ; elle donna naissance à un art religieux d'un caractère tout particulier. D'abord la coutume de faire chanter \a foule des fidèles dans l'église favorisa la formation

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d'un style monodique, accompagné d'abord par des harmonies vocales, plus tard par les accords dePorgue, d'un caractère très large et très simple, le style du Choral. Le grand réformateur Martin Luther (1483- 1546) était, même en dehors de l'église, grand amateur de musique: «La musique, disait-il, est le meilleur soutien des affligés ; elle rafraîchit l'âme et lui rend le bonheur. La jeunesse doit être instruite de cet art divin qui rend les hommes meilleurs; et je ne considère point comme un bon instituteur celui qui ne sait pas chanter. » Il composa, ou fit composer par son ami Johann Walther (1490-1570) des chants en langue vulg-aire qui parurent en recueil, en 1524, sous le titre de Geystlich Gesangk-Buchleyn. Le choral es! une forme d'art essentiellement populaire qui servira de point de départ à toutes les inspirations des grands maîtres de l'art religieux allemand. Mais ces maîtres ne se borneront pas à reproduire, à développer, à imiter les motifs de chorals. En vertu d'une des tendances fondamentales de l'esprit protestant, la tendance individualiste de réflexion intérieure et d'examen personnel, ils commenteront les textes religieux (Uttéraires ou musicaux), chacun de son point de vue propre, avec sa façon de sentir, avec son expérience de la vie, ses doutes, ses craintes ou ses espoirs. Ce ne sera plus Vart impersonnel du catholicisme, l'art de Palestrina par exemple, où l'individu ne se laisse pas deviner sinon pour se soumettre entièrement à l'autorité de l'Église et communier d'esprit et de cœur avec tous ses membres. L'art protestant sera en un sens moins mystique et plus humain.

Nous avons déjà vu (première partie, ch. IV) quels chefs-d'œuvre de musique religieuse avait produits, Landormy. — Histoire de la musique. 5

l.-^O HISTOIRE DE LA MUSIQUE.

dès le début du xvii^ siècle, Heinrich Schùtz, le « père de la musique allemande ». A côté de lui, et comme précurseurs du grand Bach, il faut citer les fondateurs du style d'orgue en Allemag-ne. D'abord c'est le HoUandais Jan-Pieters Sweelinck (1562-1621), org-aniste de la a Vieille ég-lise » à Amsterdam, qui donna les premiers exemples du grand développement que pouvait prendre \di fugue d'orgue, exemples qui ne furent imités et dépassés que bien plus tard par J.-S. Bach. Puis c'est ie Danois Dietrich Buxtehude, né à Elseneur, en 1637, mort en 1707 à Lubeck, où il occupait depuis 1668 le poste important d'organiste à l'église Sainte-Marie. En 1673, il eut l'idée d'organiser des Abendmusiken, c'est-à-dire des concerts qui avaient lieu l'après-midi, les cinq derniers dimanches avant Noël ; il y jouait de la musique d'église de sa composition, et bientôt on y accourut de tous côtés. J.-S. Bach se rendit à pied dArnstadt à Lubeck pour entendre Buxtehude et lui demander des conseils. Le génie de Buxtehude, qui a composé d'admirables cantates, se manifeste surtout dans ses fantaisies sur des chorals et dans ses compositions libres pour l'orgue. Enfin Johann Pachelbel (1653-1706), de Nuremberg, a donné plus de liberté, plus de souplesse à l'écriture de la musique d'orgue ; ses toccatas, ses chaconnes, ses chorals variés sont tout proches de la manière de Bach, et ils en ont parfois la profonde inspiration. Citons encore Froberger(de Vienne), élève deFrescobaldi, dont nous avons conservé les Diverse ingegnosissime e rarissime partite di toccate, cansoni, ricercari, capricci, etc. (1693 et 1696) ; et Kerl (1628-1693), maître de chapelle de la cour à Munich.

D'autre part Johann Kuhnau (1660-1722), qui précéaa

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