IX« Symphonie, op
Xlle quatuor, op. 127 \ rXVe quatuor, op. 132 1 ( Grande fugue, op. 133 ^ 26. XIIIequatuor,op. 130 (Lessix derniers quatuors.
( XlVe quatuor, op. 131 ] ( XVIe quatuor, op. 135 /
Les deux Soiiates pour violoncelle et piano op. 102 sunt des œuvres rudes, pleines de violence, tournant souvent court. Il faut sig-naler le magnifique adagio de la seconde, et son final fugué, nouveauté qui va se présenter souvent dans les dernières sonates de piano.
Dans les cinq dernières sonates pour piaîio, Beethoven varie sans cesse les formes de sa composition. Tantôt il introduit une marche à la place du scherzo, tantôt il supprime une des parties constitutives de la sonate, ou il renverse l'ordre habituel des mouvements. Parfois apparaît une fugue libre à laquelle il donne toujours un intérêt dramatique ou de sentiment, et qu'il emploie comme contraste à la méditation, comme marque de décision, comme symbole de l'organisation de la vie et de l'action. Enfin il crée une nouvelle sorte de développement qu'on a appelé la grande variation et qui convient admirablement à son dessein de rejeter toute entrave, d'écrire en liberté. La variation classique consistait à broder autour d'un thème toutes sortes d'ornements sous la parure desquels il était toujours facile de reconnaître le motif initial. Dans la grande variation au contraire, le thème subit tellement de transformations qu'il en devientpresque méconnaissable : tantôt la ligne mélodique est conservée, mais le rythme profondément modifié, tantôt un fragment de la mélodie sert de point de départ à une inspiration nouvelle; quelquefois un seul élément rythmique du thème, ou encore sa trame harmonique sans son tissu mélodique, rattache par un lien subtil le motif initial aux improvisations sans cesse renaissantes dont il est l'occasion
Au point de vue de l'expression, Beethoven va, dans ses dernières sonates pour piano, des rêveries les plus
abandonnées aux affirmations les plus volontaires. II nous donne encore une fois dans ses œuvres l'imag-e de sa vie : il nous dit tour à tour sa détresse et son espoir, il nous montre à nu sa grande âme, toujours prête à se laisser aller aux sombres pensées et se reprenant toujours.
De sa Messe en ré^ Beethoven a dit lui-même que c'était « son œuvre la plus accomplie ». C'est, en tout cas, Tune des plus colossales et des plus hardies. En 1818, son élève Farchiduc Rodolphe avait été nommé au siège archiépiscopal d'Olmiitz. Il devait en prendre officiellement possession le 9 mars 1820 : Beethoven voulut écrire une messe pour cette cérémonie solennelle, mais en 1820 le tiers de l'œuvre à peine était mis en partition, tellement les proportions qu'elle prenait peu à peu dépassaient lespré visions de l'auteur. Elle ne fut terminée que dans l'été de 1822 et ne fut envoyée au cardinal-archevêque que le 19 mars 1823. Dans cette messe, comme dans ses autres ouvrages, Beethoven a mis tout son cœur. Ce n'est pas qu'il fût positivement pieux. Catholique, mais non pratiquant, il avait toujours pris beaucoup de libertés à l'égard des dogmes de rÉghse. Mais il était naturellement religieux. Tout d'abord il avait voulu écrire une œuvre de caractère nettement liturgique. Dans son journal de 1818, il note : « Pour écrire de vraie musique d'église, parcourir les vieux chorals d'église,... chercher aussi quelque part comment sont les versets, dans les traductions les plus exactes, avec la prosodie complète des vieux psaumes et chants de la chrétienté catholique. » Mais il renonça bientôt à suivre la tradition. Comme il le disait en 1824 à l'organiste Freudenberg (de Breslau) : « La pure musique d'église devrait être
exécutée seulement par les voix, sauf un Gloria ou un texte qui lui ressemble. C'est pourquoi je préfère Palestrina : mais c'est une absurdité de Vimiter sans posséder son esprit ni ses conceptions religieuses. » Encore une fois il veut être avant tout sincère, et c'est sa pensée personnelle qu'il veut exprimer. Il en résulte que sa messe a un caractère plus humain que mystique. Ce sont les émotions de l'homme en présence de l'idée religieuse, et surtout ses émotions, à lui Beethoven, qu'il cherche à traduire musicalement; et de tels accents manquent du caractère anonyme et surnaturel qu'ils doivent avoir pour représenter la parole de Dieu ou la voix de l'Ég-Use. C'est une messe de concert.
Jamais aucun travail n'avait absorbé Beethoven comme la composition de la Messe en ré : « Dès le début, dit Schindler, tout son être parut se transformer, ce que ses vieux amis surtout remarquèrent; et je dois avouer que ni avant, ni après cette époque, je ne l'ai vu dans un pareil état dedétachementabsolu des choses de la terre. » Certaines pages, son Credo par exemple, lui coûtèrent une peine inouïe. Il trépignait, hurlait dans le feu de l'invention : on le trouvait chez lui suant sang et eau, livide, décomposé. La Messe en ré fut publiée en 1827 par souscription, au prix de 50 ducats. Sept souscripteurs seulement répondirent à l'appel de Beethoven, parmi lesquels l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le roi de France. La cour d'Autriche, Cherubini, Gœthe feignirent d'ignorer la requête du vieux maître.
On a dit de \di Syinphonie avec chœurs diQ^ee\ho\Qn qu'elle est « l'œuvre de toute sa vie ». Il ébauche le thème du fmal dès 1795 dans un lied intitulé Seufzer cines Ungeliebten und Gegenliehe: il 4e reprend et
le développe en 1808 dans sa Fantaisie pour piano, chœur et orchestre: il en donne en 1810 une nouvelle version dans le lied Mit einem gemalten Band. D'autre part, ridée de mettre en musique VHymne' à la joie de Schiller le préoccupe de bonne heure; on îrouve plusieurs essais sur des thèmes différents dans ses Cahiers d'esquisses de 1798, de 1811, de 1814, de 1822. Enfin dès 1816 Beethoven projetait d'écrire pour la Philharmonie de Londres deux symphonies de dimensions inusitées et d'un caractère tout nouveau. En octobre ou novembre 1823, la Neuvième symphonie était à peu près terminée, sauf le final. Il pensa un instant à un final purement instrumental, qui devint le dernier mouvement du Quinzième quatuor o^g. 132. Il ne se décida qu'après bien des tâtonnements à introduire 1 Hymne à la joie de Schiller et les voix humaines à la fin de sa symphonie.
En février 1824, l'œuvre étaitcomplètement achevée. Beethoven s'adressa à la société viennoise des « Amis de la musique » pour obtenir son appui financier dans l'organisation d'un grand concert, où il désirait faire entendre des fragments de la Messe en ré et la Symphonie avec chœurs. Il reçut une réponse négative. Alors il proposa La première audition de ses œuvres nouvelles à la cour de Prusse. Mais un groupe de riches amateurs lui fit parvenir une adresse en le priant « d'épargner cette honte à la capitale et de ne pas permettre que les nouveaux chefs-d'œuvre sortent du lieu de leur naissance avant d'être appréciés par les nombreux admirateurs de l'art national », et ils lui assuraient leur concours financier. Beethoven fut profondément touché. Le concert eut lieu le 7 mai 1824 : ce fut un long triomphe. Le public marquait à tout
moment son enthousiasme, et la séance se termina par une ovation délirante.
Ainsi Beethoven avait enfin magnifiquement réalisé ce projet de toute sa vie : célébrer la Joie, la Joie conquise sur la Douleur, la Joie qui afi'ranchit Fhomme et le rapproche de Dieu. « Au moment où le thème de la Joie va paraître pour la première fois, dit M. Romain Rolland, l'orchestre s'arrête brusquement; il se fait un soudain silence ; ce qui donne à l'entrée du chant un caractère mystérieux et divin. Et cela est vrai : ce thème est proprement un dieu. La Joie descend du ciel, enveloppée d'un calme surnaturel : de son souffle léger, elle caresse les souffrances ; et la première impression qu'elle fait est si tendre, quand elle se glisse dans le cœur convalescent, qu'ainsi que cet ami de Beethoven « on a envie de pleurer, en voyant ses (( doux yeux ». Lorsque le thème passe ensuite dans les voix, c'est à la basse qu'il se présente d'abord, avec un caractère sérieux et un peu oppressé , Mais peu à peu la Joie s'empare de l'être. C'est une conquête, une guerre contre la douleur. Et voici les rythmes de marche, les armées en mouvement, le chant ardent et haletant du ténor, toutes ces pages frémissantes, où l'on croit entendre le souffle de Beethoven luimême, le rythme de sa respiration et ses cris inspirés, tandis qu'il parcourait les champs, en composant son œuvre, transporté d'une fureur démoniaque, comme un vieux roi Lear au milieu de l'orage. A la joie guerrière succède l'extase religieuse ; puis une orgie sacrée, un défire d'amour. Toute une humanité frémissante tend les bras au ciel, pousse des clameurs puissantes, s'élance vers la Joie et Tétreint sur son cœur. »
Le prinze Galitzin avait commandé à Beethoven trois quatuors; Beethoven se mit à l'ouvrage, et l'inspiration lui vint si abondante, si variée, si riche, qu'il eut bientôt la matière de six œuvres nouvelles. Depuis quatorze ans (1810), Beethoven avait cessé d'écrire pour quatre instruments à cordes. Ses dern iers quatuors restèrent longtemps une énigme pour le public et même pour les artistes. De plus en plus on en admire aujourd'hui la grandeur sereine ou la vie passionnée sous l'enveloppe austère d' une merveilleuse polyphonie. Rappelons le tendre «rfa^zo à 12/8 duXIP Quatuor^ écrit d'abord pour une sonate à quatre mains, qui ne fut jamais achevée ; la poignante cavatine du XITP dont Beethoven lui-même disait : « Jamais une mélodie sortie de ma plume ne m'a fait un tel effet et causé une si profonde émotion » ; la fugue du début du XIV*; le XV" (avec son chant de reconnaissance à la Divinité par un convalescent), au sujet duquel Beethoven écrivait à son éditeur : « Le quatuor que je vous envoie vous prouvera que je ne veux pas me venger de vos procédés et que je vous donne au contraire ce que je pourrais offrir de meilleur à mon meilleur ami. Je puis vous assurer, sur mon honneur d'artiste, que c'est une des œuvres les plus dignes de mon nom. Si je ne vous dis pas la stricte vérité, tenez-moi pour le dernier des hommes »; enfm l'andante du XVI* Quatuor, le « chant de paix », le « doux chant de repos », qui, selon Nohl, serait la dernière pensée musicale du Maître.
Huit jours avant sa mort, Beethoven écrivait à son ami Moschelès, à Londres : « Toute une symphonie esquissée estdans mon pupitre, ainsi qu'une ouverture^
et aussi autre chose. » Nous avons conservé quelques courtes esquisses de cette Dixième syynphonie qui devait commencer par « des chants religieux dans les anciens modes » et se terminer par « une fête de Bacchus ». D'autre part, Beethoven projetait d'écrire de la musique pour la Mélusine de Grillparzer, pour le Faust de Gœthe, une ouverture sur le nom de Bach^ un oratorio biblique, Saûl et David^ sans doute à la manière de Hœndel, qu'il admirait beaucoup.
Mais les forces l'abandonnaient. Il rêvait de partir pour le sud de la France : Sûdllches Frankreich dahiiil dahin 1 — « Partir d'ici!... une symphonie, puis partir, partir, partir... L'été travailler pour le voyag-e... Parcourir l'Italie, la Sicile, avec quelque autre artiste ! » Le 1" décembre 1826, en revenant de Gneixendorf en voiture découverte, il prit froid : une congestion pulmonaire se déclara; elle fut enrayée en six jours; mais survinrent alors des troubles digestifs et de la circulation, et une hydropisie : ce fut une débâcle de tout l'organisme. Le tempérament athlétique de Beethoven résista trois mois. Le 26 mars 1827, il succombait enfin un jour d'orage, pendant une tempête de neige, au milieu des éclats du tonnerre. Son neveu n'était pas auprès de lui : ce fut un étranger, un musicien, Anselm Hiittenbrenner, qui lui ferma les yeux.
Telle fut cette destinée tragique.
Le drame de la vie de Beethoven est passé tout entier dans son œuvre. Nous retrouvons chez la plupart des grands musiciens du xix^ siècle cette disposi tion à chercher en eux-mêmes, dans leur histoire personnelle, dans leurs rêves, leurs désirs, leurs
craintes, leurs joies et leurs souffrances, la principale matière ou l'objet le plus important de leur art
LECTURES RECOMMANDÉES
Ouvrages de critique et d'histoire : Romain Rolland, Vie de Beethoven (Hachette). — Richard Wagner, Beethoven, traduction française (Fischbacher). — Jean Chantavoine, Beethoven, un volume de la collection des « Maîtres de la musique » (Alcan). — Victor Wilder, Beethoven (Charpentier). — Prodhomme, Les Symphonies de Beethoven (Delagrave). — H. de Curzon, Les lieder et airs détachés de Beethoven (Fischbacher). — Raymond Bouyer, Le Secret de Beethoven (Fischbacher). — W. de Lenz, Beethoven et ses trois styles ^LegouiX). ■ — Vincent dIndy, Beethoven, collection «Les Musiciens célèbres» (Laurens).
Textes musicaux : Beethoven, Œuvres, éditions Breitkopf et Peters. — Un choix de lieder a été publié avec traduction française de Jacques d'OffDël (Fromont).