SYMPHONISTES : WEBER, SCHUMANN, MENDELSSOHN, SCHUBERT
Nous allons reparler maintenant des symphonistes, car la nomenclature des artistes virtuoses nous entraînerait trop loin de l'époque de Beethoven, la dernière dont nous ayons eu à nous occuper.
Beethoven. Beethoven, le soleil, aura comme satellites: le pittoresque Weber, le poétique Schubert, le limpide Mendclssohn et le douloureux Schumann. Aucune époque n'a produit dans le même pays, dans aucun art, une pareille succession d'hommes de génie. Les efforts héroïques, et le besoin d'affranchissement qui suivirent les funestes guerres napoléoniennes, firent vibrer aussi chez un peuple si éprouvé, les cordes de l'enthousiasme artistique. Le génie de Wcber s'éveilla en 1 813 au moment où un élan de haine et d'indépendance sou-
Weber.
Schubert,
Mendels-
sohn.
Schumann
Weber.
Weber 1786-1826.
François- Antoine Weber.
levait les fils de Germanie contre la domination française.
Charles-Marie-Frédéric- Auguste, baron von Weber, est né le 18 décembre 1786 à Eutin, dans le duché de Holstein. C'était un enfant souffreteux, qui ne sut pas marcher avant l'âge de quatre ans. Son père, François-Antoine, était un cerveau brûlé, qui après avoir été conseiller et juge de district auprès de l'Electeur de Cologne, tomba d'échelon en échelon jusqu'à être obligé de faire vivre de son petit talent de musicien sa femme et ses huit enfants dont il avait dissipé le patrimoine. On le voit tour à tour jouant du violon dans un théâtre, directeur de spectacle, maître de chapelle de l'évêque de Lubeck, en dernier lieu artiste nomade.
Il se maria pour la seconde fois à l'âge de cinquante ans, avec une jeune fille de seize ans; enfant gâtée, habituée au confort et aux petits soins, elle mourut d'une nialadie de langueur peu de temps après la naissance de Carl-Maria. Cette continuelle vie errante eut naturellement une influence déplorable sur la santé de l'enfant. Cependant le père Weber Sennefelder. fit en 1799 la connaissance de Sennefelder, l'inventeur de l'art de la lithographie, qui
Tassocia à ses travaux. Charles-Marie s'adonna tout entier à cette intéressante innovation, mais ces velléitésn'eurentqu'une courte durée , arrêtées net par la brouille des deux associés. Cette brouille valut au monde Obéron le Freychutz et Euryanthe.
On peut dire que Weber fit lui-même, son éducation musicale, ses professeurs changeaient à chaque nouvelle résidence et son père était incapable de lui enseigner quoi que ce soit. En 1800, à quatorze ans, Weber n'en composa pas moins un opéra, das Waldtnœdcheii (la fille des bois) qui fut représenté à Munich la même année. Cet ouvrage fut monté à Vienne, traduit en tchèque pour le théâtre de Prague, et mis à la scène à Pétersbourg.
L'année suivante Weber donna une œuvre nouvelle Peter Schmoll et ses voisins qui fut jouée à Augsbourg, sans grand succès.
En 1804 on offrit au jeune musicien, alors âgé de dix-huit ans, la place de directeur de la musique à Breslau. La nomination d'un si jeune homme fut considérée par les artistes comme un passe-droit et les indisposa contre lui. Weber eut le tort d'aggraver cette situation délicate par ses manières tranchantes ; il eut
delà peine à conserver son poste pendant deux ans. Ce fut à Breslau qu'il composa Rube^ahl. En 1806 il se fixa enSilésie, à la petite cour du prince Eugène de Wurtemberg. Les événements de la guerre amenèrent bientôt la suppression de la chapelle et du théâtre du prince. Weber se rendit alors à Stuttgart. En 1809 il habita Darmstadt où il trouva son Vogler. vieux maître Vogler et l'intimité de quelques jeunes gens, parmi lesquels le jeune Meyerbéer. Il composa pendant cette triste époque l'opéra Abou-Hassan pour le théâtre grandducal. Appelé à Prague pour diriger l'Opéra allemand, il composa une cantate Kajnpf luid Sieg (combat et triomphe) à l'occasion de la bataille de Waterloo.
Poussé par l'enthousiasme patriotique, il s'associa alors aux inspirations poétiques de Th. Kbrner. Théodor Kôrner, le Rouget de Tlsle allemand.
Adjudant aux chasseurs noirs de Lutzow, celui-ci tomba frappé à mort le 26 août 1813. Kônier laissa des poésies brûlantes de patriotisme que Weber mit en musique. Ces hymnes arrachèrent les étudiants à leurs vieilles universités pour les jeter à la conquête de l'indépendance. Dès lors le nom de Weber devint
Kind.
Berlioz.
Eimble.
Georges Smart.
populaire. En 18 16 il quitta Prague pour fonder une scène d'opéra allemand à Dresde. Ce fut là qu'il composa le Freischuti sur un livret bien imparfait de Kind. Cet ouvrage donné à Berlin le 18 juin 1821, plaça son auteur à la tête de tous les compositeurs lyriques de l'école allemande. Il fut donné à Paris, à TOdéon d'abord, et bien plus tard, en 1841, à l'Opéra, avec des récitatifs intercalés par Berlioz.
Le FreiscJmt:{ fut suivi de Préciosa^ dont le sujet est tiré d'un conte de Cervantes. Euryanthe vint l'année suivante. — M. Kimble^ manager du théâtre de Covent-Garden, commanda à Weber la musique sur le livret d' Ohéron , avec l'obligation de livrer la partition le printemps suivant. Weber accepta malgré l'avis des médecins qui lui conseillaient le séjour de l'Italie. Il partit pour Londres, où il fut reçu chez son ami Georges Smart., le chef d'orchestre de Covent-Garden.
Obéron fut joué le 12 avril 1826 avec un succès prodigieux. A la fin delà représentation, le public, debout, acclamait l'auteur en agitant des mouchoirs. Le 5 juin on trouvait Weber mort dans son lit, tué par l'excès de travail et la maladie de poitrine que le climat de rx\ngleterre n'avait pu qu'aggraver.
Fr. Schubert François Schubert fut le grand poète de la
musique, le chantre des douleurs intimes.
Jamais on n'aurait pu supposer une âme aussi profondément artiste dans l'enfant de onze ans, vêtu d'une veste de paysan, qui se présentait les yeux effarés, la chevelure en désordre, le 9 octobre i8o8, au conservatoire de Vienne. Né le 31 janvier 1797 à Lichtenthal^ un des faubourgs de Vienne, Schubert appartenait à une modeste famille d'instituteurs. Son père et ses trois frères Ignace, Ferdinand et Charles étaient tous maîtres d'école. On devine ce que pouvait être, il y a plus de cent ans, en Autriche, la position de fortune d'un homme voué à la carrière pédagogique. Dans cette humble famille régnait l'amour pur de la musique. Le soir, père et fils exécutaient des œuvres de musique de chambre ; Fraiu^, le plus jeune, était aussi quelquefois admis à faire partie de ces exécutions improvisées.
Il avait reçu les premières notions musicales dans sa famille ; un certain Michel Holzer lui enseigna le peu qu'il savait.
L'année suivante Franz entra comme soliste à la petite église de Lichtenthal.
Présenté au Conservatoire de Vienne, il eut d'abord à vaincre les moqueries de ses cama-
rades, amusés par sa tournure pataude et son air effaré ; mais bientôt ce sentiment peu charitable changea du tout au tout, à la suite des chaleureuses félicitations décernées au nouvel Salieri. élève par Salieri qui présidait le concours d'admission, et qui devint son professeur de composition.
En 1813, au moment où la mue le rendit impropre au service de choriste de la chapelle de la Cour, il dut, privé de ce moyen d'existence, retourner dans son village, où il exerça le métier d'aide-instituteur pendant trois ans.
La privation de musique, l'impossibilité de composer, l'énervement résultant pour lui de l'enseignement, et la présence d'une bellemère qui avait remplacé une mère tendrement aimée, firent prendre à Schubert la détermination de quitter l'école et de se vouer entièrement à la musique, quels que pussent. être son avenir et les risques à courir.
Schubert partagea alors son temps entre le travail et les douceurs de l'amitié. Peu d'hommes ont produit une pareille quantité d'œuvres, aucun homme n'a moins recherché la gloire et la fortune. Son amitié avec le Vogl. chanteur Vogl (alors dans tout l'éclat du succès), épris des lieder du jeune auteur, fut
pour lui un bonheur. Schubert a laissé à la postérité un nombre prodigieux de mélodies pour chant ; nous en connaissons plus de six cents, et la mine des mélodies encore inédite n'est pas épuisée. Tous les poèmes lui étaient bons, les courts comme les longs ! Schiller, Goethe, Dorner, Walter Scott, Muller, Schober furent pillés ; quelques auteurrs inconnus, Mayrhofer. comme l'excellent ami Mayrhofer chez lequel Schubert vivait, se taillèrent une réputation dans la musique de leur collaborateur.
La fièvre et l'exaltation du travail usèrent rapidement une constitution qui paraissait cependant robuste. Dès 1824, Schubert souffrait déjà du mal qui devait l'emporter quatre ans Kùpelwieser plus tard ; il l'écrit à son ami Kiipelwieser.
Il travaillait plus que jamais et ce redoublement d'ardeur hâta l'épuisement des forces. Il mourut le 19 novembre 1828, entre les bras de son frère, suivant à un an près dans la tombe Beethoven auprès duquel il demanda à être enterré... Schubert était inconnu...
Quarante ans plus tard, le 15 mai 1872, on inaugurait à Vienne un monument élevé en l'honneur du grand compositeur. Ce fut une fête solennelle à laquelle prirent part des députations musicales venues des quatre coins
de l'Allemagne. Le festival Schubert produisit 20.000 florins, plus que l'auteur n'eut entre les mains dans le courant de sa vie !
L'œuvre de Schubert, recherchée patiem- Liszt. ment par ses admirateurs, Lis^t en tête, est colossale, surtout quand on pense à la courte existence de l'auteur. Elle comporte 600 mélodies pour chant divisées soit en cycles^ tels que : la Belle meunière^ les Lieder^de voyage^ les Cha7its ossianiques^ les Poésies de W aller Scott, le Voyage d'hiver, les Chants du cygne ; où en mélodies séparées, telles que : VAve Maria, V Adieu, la Jeune mère, le Roi des Aulnes, Marguerite au rouet, les Plaintes de la Jeune fille, V Éloge des larme:, la Jeune religieuse.
Des quinze opéras de Schubert, aucun ne fut représenté de son vivant, à l'exception de la Harpe enchantée et de Rosemonde qui tombèrent, à cause de l'extrême faiblesse des livrets. Les autres opéras furent donnés à des époques plus ou moins éloignées. On exécuta à Francfort le Frauenhrieg (la croisade de dames) en septembre 1861.
Alfonso et Estrclla avait été monté à Weimar en 1854.
Schubert laissa un grand nombre d'œuvres
Mendelssohn.
Haendel.
Bach.
Mendelssohn 18091847.
Moïse Mendelssohn
Abraham.
Mendelssohn
Bartholdy.
symphoniques et de musique de chambre.
Nous possédons huit symphonies dont une inachevée (la plus importante, celle en ut majeur fut exécutée à Leipzig en 1839, sous la direction de MeiidelssolDi) ; un grand nombre de quatuors, quintettes, sonates, trios; un recueil d'œuvres de piano ; et enfin dix messes complètes dont les plus remarquables sont celles Qnfa et en sol.
Le bon, l'humble, l'infatigable et l'enthousiaste Franz Schubert est certainement un des personnages les plus sympathiques de toute l'histoire de la musique.
De même que l'existence de H œ^ideî forme un contraste frappant avec la vie modeste de 5^c7/, de même la richesse et la chance qui furent l'apanage de la 'vie, trop courte aussi, de MendelssoJm, semblent rendre plus touchante encore l'humilité du sort de Schubert.
Petit-fils du célèbre philosophe israélite Moïse Mendelssohn , Félix Mendelssolin-Bartholdy est né à Hambourg le 3 février 1809 ; mais en 181 1, lors de l'occupation de Hambourg par les Français, son père Abraham Mendelssohn (qui s'était fait luthérien) quitta cette ville pour se fixer à Berlin. Sa mère, fille d'un banquier, Bartholdy, était une femme
Berger.
Zelter.
gracieuse et spirituelle qui joua un rôle prépondérant dans la société berlinoise.
Doué dès le plus jeune âge des plus extraordinaires dispositions musicales, "Mendelssohri vécut dans le milieu le plus favorable au développement de ses facultés natives. Il eut Berger et Zelter pour professeurs, l'un de piano, l'autre d'harmonie et de contrepoint. A huit ans le jeune prodige déchiffrait tout ce qu'on voulait, et écrivait correctement un devoir d'harmonie surune basse donnée. Doué de toutes façons il terminait à seize ans ses études littéraires et scientifiques; à dix-sept ans, il publiait sous ses initiales F. M. B. une traduction en vers de VAdrienne de Térence. Il parlait couramment le français, l'anglais et l'italien, peignait avec goût, était bon cavalier, amateur d'escrime, et fort nageur.
Son professeur Z^/Z^r le conduisit en 1821 a Weimar où il le présenta à Goethe qui fut émerveillé du talent de ce jeune musicien de douze ans. Trois ans plus tard Mendelssohn M"»" Bigot, vint à Paris, où il prit des leçons avec Af'"" Bigot, célèbre pianiste de cette époque, et avec Cherubini. CIienibi?n'.
A son retour il fit représenter à l'Opéra de Berlin les Noces de Gafnaclie, mais mécontent
Goethe
Fanny Mendelssohn.
Thorwaldsen,
Léopold Robert.
Famille Vernet.
Berlioz.
de son œuvTe, il la retira et n'écrivit plus pendant deux ans que des quatuors avec piano, des sonates, et des lieder.
Toute sa famille était musicienne dans l'âme.
Avec l'aide de ses sœurs Fanny et Rebecca, et de son frère Paul, le jeune Félix organisa des concerts dominicaux, concerts à orchestre qu'il dirigeait grimpé sur une chaise. La première symphonie en ut mineur a été écrite pour ces auditions.
V Ouverture du songe d'une 7iuit d'été est datée du 6 août 1826. Il avait donc un peu plus de dix-sept ans quand il composa ce chefd'œuvre de grâce et d'originalité.
La courte carrière de Mendelssohn ne fut plus qu'une succession de triomphes. Sa fortune lui permettant de voyager à sa fantaisie, il visita l'Angleterre et l'Ecosse (1829) d'où il rapporta X Ouverture de la grotte de Fingal. Puis il passa à Munich, Salzbourg, Lintz et Vienne, d'où il se rendit à Rome avec trois amis, peintres de l'école de Dusseldorf. A Rome il fit la connaissance du statuaire Thor- "ivaldsen, de Léopold Robert, de la famille Vernet, et de Berlioi^ qui tous furent charméspar son esprit et son talent : puis il revint à Paris
après avoir parcouru toute l'Italie et la Suisse
Paris était musicalement de cinquante ans en retard sur l'Allemagne, on commençait à peine à connaître les symphonies de Beetho-
Boccherini. ven et encore étaient-elles très discutées. Les amateurs de musique de chambre en étaient encore au maigre régal des quintettes de Boccherini.
Mendelssohn revint en Allemagne où il habita près de trois ans Dusseldorf, il y dirigea en chef d'orchestre émérite les concerts symphoniques, la société de chant, le théâtre et la musique d'église. Il emporta de son séjour à Dusseldorff : son Oratorio de Saint-Paul, y Ouverture de la belle Mélusine, et bien d'autres œuvres.
A Leipzig, il fut appelé à diriger le? célèbres concertsdu Gewandhaus .\S\imYQr?>\\.é de Leipzig lui conféra le titre de docteur en philosophie et beaux-arts, et le roi de Saxe le nomma maître de chapelle honoraire delà Cour.
Il épousa en 1837 une charmante jeune fille, Cécile Cécile Jeanrenaud, fille d'un pasteur de Franc-
Jeanrenaud. fQj-^ et partit avec elle pour Londres où il était appelé à diriger sa troisième symphonie {V Écossaise) aux concerts philharmoniques.
Reine Victoria.
Prince Consort.
La jeune reine Victoria et le prince consort reçurent les jeunes époux de la façon la plus aÔable.
En 1841 le roi de Prusse l'appela à Berlin, au poste de directeur général de sa musique. Il composa pour la cour les chœurs grecs à'Antigoîie et à' Œdipe roi^ et la musique à' A t ha lie.
Le Songe d'une nuit d'été., dont il avait écrit l'ouverture, fut composé en 1844 et exécuté pour la première fois à Londres aux concerts philharmoniques. Ces mêmes concerts eurent aussi l'année suivante la primeur de l'oratorio Elie qui fut joué ensuite au festival de Birmingham. Ce travail acharné ne pouvait être que dangereux au jeune compositeur, dont la constitution était extrêmement délicate ; la mort de sa chère sœurFanny fut aussi pour lui un coup si pénible que sa santé s'en altéra rapidement. Il essaya de prendre quelque distraction en faisant un voyage en Suisse, mais la direction du concert du Gew^andhaus l'obligea à revenir à Leipzig où il reprit ses occupations absorbantes. Son opéra posthume : le Retour de V étranger (die Ruckkehr aus der Fremde), qui fut donné à Paris au théâtre lyrique en 1855 sous le nom de Lisbeth (tra-
Robert Schumann 1810-1856.
J. Barbier, duction de/. Barbier), date de cette époque.
Le 9 octobre 1847 Mendelssohn fut frappé d'une congestion chez un ami, en dirigeant l'exécution de fragments de son oratorio Elle, mais il se remit de cette alerte et il se disposait à partir pour Vienne, lorsque des attaques successives le terrassèrent. Il succomba le 3 novembre n'ayant pas encore atteint sa trenteneuvième année.
L'existence entière de Robert Sclmmann n'est que lutte perpétuelle entre ses aspirations, et la réalité toujours contraire à ses désirs; Schumann eut à lutter pour devenir artiste, à lutter pour se faire comprendre, à lutter pour la femme aimée, et à lutter enfin avec la folie qui eut raison de lui.
Robert Schumann est né àZwickau en Saxe. Son père était libraire. Sa mère voulait faire de lui un homme de loi, aussi ne put-il se livrer comme il aurait voulu à son goût musical; il fut néanmoins question de l'envoyer à Dresde sous la tutelle de Weber mais ce projet fut abandonné.
Envoyé à l'université de Leipzig à dix-huit ans, pour étudier le droit, il resta toujours l'étudiant le plus réfractaire aux Institutes et aux Pendectes. Hésitant entre la poésie et la
Schumann.
musique il passait son temps à travailler huit heures par jour et à écrire des vers ou des
Jean-Paul lettres à \2i Jean-Paul Richter. Romantique il aimait Byrofi, et leslieder de Schubert étaient ^^°^" sa passion. Schumann hésita longtemps entre le désir d'obéir à sa famille qui voulait faire de lui un homme de loi, et le besoin instinctif, la vocation définitive qui le poussait vers la musique. Il écrivit enfin à sa mère, en lui expliquant nettement la situation (son père était mort en 1826). Celle-ci demanda
F. Wieck. conseil à F. IVieck, célèbre musicien et professeur qui la décida à laisser embrasser à son fils la carrière de son choix. Schumann devint l'élève et le pensionnaire de l'habile artiste. Ayant entendu à l'âge de neuf ans, le célèbre
Moscheles. Moschelès, son rêve était de devenir à son tour un grand pianiste. En outre il était devenu éperdûment amoureux de la fille de son Clara Wieck. maître Clara Wieck, et celui-ci lui avait déclaré qu'il ne la lui donnerait en mariage que s'il devenait un grand virtuose. Aussi Schumann se mit-il à travailler avec rage, sans relâche, et en se servant de procédés tels... qu'il contracta une paralysie de la main droite.
Ayant perdu l'espoir d'être un grand pia-
niste, il se donna comme mission de devenir un grand compositeur, et il se mit à étudier l'harmonie et le contrepoint avec la même Chopin. ardeur. Inspiré par l'admirable Chopin dont la nouvelle étoile commençait à briller à l'horizon,* ses premiers essais en composition furent des pièces pour piano (publiées plus tard sous le titre : les Papillons^ opus. 2), suivies d'un Allegro et d'autres petites œuvres. Schumann se rendit compte de la faiblesse de son éducation musicale, il eut le courage de reprendre l'a b c, de son art, sous la direc- H. Dorn. tion de H. Dont, et cela sans repos, sans sortir jamais; ses récréations consistaient à raconter des terrifiantes histoires de revenants aux enfants de Wieck qui l'adoraient.
Sa première symphonie fut jouée dans sa ville natale en 1832 dans un concert donné par Clara Wieck. la toute jeune Clara Wieck, déjà remarquable exécutante. La symphonie n'eut qu'un faible succès. L'Allemagne était alors sans l'influence Rossini. de Rossiiiiet de Her{; Mendelssohn et Chopin Herz. n'avaient pas encore opéré la salutaire réaction qu'on leur dut plus tard. Schumann fut le précurseur de cette réaction en fondant avec J Knorr <\^Q^(]}^Q'i^TSi\s^Ludwig Sc1uinhe,Julius Knorr, F. Wieck. F. Wieck et d'autres, un journal musical la
Neîie Zeitschrift fur Musik qui devait avoir plus tard une si haute importance.
La critique saine, robuste, de cette nouvelle feuille, gagna tout de suite les sympathies du public. L'œuvre littéraire de Schumann est très importante, elle le place au premier rang des véritables et si rares critiques musicaux. De 1834 à 1839 ^^^ œuvres se suivent toujours de plus en plus géniales. Ce sont les Etudes symphoniques^ le Carnaval., les Concertos, les Sonates^ les Davidsbtmdler, la Kreisleriana, les 7iovelettes, etc.
Wieck ne donnait toujours pas son consentement au mariage de sa fille.
Après avoir remporté un succès d'enthousiasme au concert du Gewandhaus avec la symphonie en ut majeur, Schumann eut recours aux moyens légaux et put enfin épouser sa fidèle fiancée. Hélas! sa joie devait être de courte durée; travailleur infatigable, il fut repris par une maladie nerveuse à laquelle il avait déjà été sujet en 1833. ^^^ accès de plus en plus fréquents finirent par troubler ses facultés mentales, en 1854 cette exaltation cérébrale devint une véritable folie. Le 7 février, à minuit, Schumann quitta inopinément son salon et courut se jeter dans le
Rhin. On le sauva mais sa raison était perdue sans retour; interné dans une maison de santé près de Bonn, il s'éteignit deux ans plus tard le 29 juillet i8')6.