‹ Histoire de la musiqueChapitre 13 sur 25 · I II · texte numérisé non relu

I II

Stanislas Mattei.

Marquis Gavalli.

Rossini entrait au lycée de Bologne, dans la classe de contrepoint du père Sta?iislas Mattei (1807) sans toutefois montrer un goût très prononcé pour les études scolastiques.

Ayant fait la connaissance du marquis Cavalli, imprésario qui dirigeait à la fois le théâtre de Sinigaglia et le Sa7i Mosc de Venise, il écrivit sur la demande de celui-ci (paroles et musique) un opéra bouffe, la Cambiale di Matrimonio^ qui fut joué en 1810 et qui lui fut payé 200 francs, somme qu'il envoya à sa mère. Mis en goût par ce premier succès, Rossini écrivit partitions sur partitions, exécutées tantôt à Bologne, tantôt à Venise : Vlnganno felice^ l'heureuse méprise (repris aux Italiens de Paris en 1819 et à Vienne en 1824), Ciro in Bahilonia^ joué à Ferrare. En 18 12, Rossini trouva moyen d'écrire et de faire jouer six opéras; en 18 13 il composa son premier opéra sérieux : Tancredi et \ Italienne à

Elisabeth Colbran.

Alger \ en 18 14 : Aureliano in Palmira et // Turco in Italia (opéra bouffe); en 181 5 : Sigismondo et Elisabeth d'Angleterre qui fut créée par M"*' Elisabeth Colbran femme de talent, et d'une beauté remarquable, pour qui Rossini écrivit neuf opéras parmi lesquels Otello, Mosc, jusqu'à Semiramide, et qu'il

épousa. Remarque curieuse : le Barbier de Séviîle fut vivement contesté à ses débuts à Rome (1816), et à Paris ensuite. Le même sujet avait été traité par Païsiello et l'impression de la soirée fut glaciale. En j8i6 le théâtre de Naples monta Otello avec la Malibra7i conim.e Desdemone et son père Garcia comme Otello. 1817 fournit la Cenerentola (Cendrillon), la Gai:^a Ladra (la pie voleuse) et Armida. En 181 8 Rossini fit jouer Adelaïda di Bor^os^na et l'oratorio Mosè in Caraffa. Egetto^ celui-ci en collaboration avec daraffa. L'année 18 19 vit naître trois opéras, une cantate d'ordre inférieur, et une belle œuvre : la Donna del Lago^ jouée à San Carlo de Naples et à Paris (1824). 1820 : Bianca e Faliero eiMaometto secondo, ouvrage qui se retrouve presque en entier dans le Siège de Corinthe.

La révolution de juillet à Naples arrêta un moment les travaux du maître, mais appelé à Rome par le directeur 'de l'Apollo, le ban- Torlonia. quier Torlonia^ il écrivit encore Matilda di Paganini. Sabran, dont Paganini dirigea les premières représentations. En 182 1 Rossini composa Zelmira^ et Semiramide^ partition que l'on entendit à Paris en 1860, à l'Opéra.

Ici s'arrête la carrière italienne de Rossini ; il partit pour Londres avec sa femme pour monter un ouvrage qui lui avait été commandé, la Figlia dell Aria, mais la pièce ne put être jouée à cause du mauvais état des affaires du théâtre royal. Rossini n'en fit pas moins une brillante saison, grâce à des concerts et à des leçons de chant. Cinq mois plus tard il était à Paris, investi des fonctions de directeur du théâtre italien.

Rossini eut comme tout autre ses détracteurs, on lui reprochait ses innovations, ses audaces; son principal antagoniste fut le mem- Berton. bre de l'Institut, Berton, auteur de Montana et Stéphanie qui lui donna le surnom de : il signor Vacarmini. Le théâtre italien périclitait entre ses mains inexpérimentées, aussi lui retira-t-on la direction de ce théâtre, mais pour le nommer intendant général de la musique du roi, et inspecteur général du chant en France, une sinécure.

Le Siège de Corinthe (1826) et le Comte Ory (1823) furent ses premières œuvres données à Paris. L'année 1829 vit le triomphe de Guillaume Tell qui fut représenté à l'Académie royale le 3 août. Depuis, Rossini n'a plus rien composé pour la scène.

En 1841 il publia son Stabat mater et une Petite messe solennelle. On connaît de lui quelques morceaux de piano, des chœurs, des mélodies pour chant.

Deux ans après la mort de sa première M'ie Olympe femme (1845), Rossini épousa M"^ Olympe Descuilhers j)escuilliers. Retiré dans une petite villa de Passy, il y vécut une existence toute familiale jusqu'en 1868, et mourut le 13 novembre des suites d'une opération pratiquée par le D"" Néla ton, aggravée d'une fluxion de poitrine ; son corps repose au Père-Lachaise.

Donizetti Gaetano Doni^etti^ né à Bergame le 25 septembre 1798, eut une vie très heureuse, son talent gracieux, à la portée du public, lui valut une réputation rapide. Il se fit connaître à Paris en 183 1 par Anna Bolena^ ayant pour M-»^ Pasta. interprètes M""^ Pasta, Rnbini et Lablache. Rubini. Gianni di Calais n'ajouta rien à sa réputation,

«„ « . . mais Af^r/;/<9i^<î/ïVro (1835) avec la jeune Gm/ M»^ Grisi. V ^ ^/ J

eut un succès incontesté.

Lucie de Lammermoor fut donnée à Paris deux ans après sa création à Naples.

Donizetti composa soixante quatre opéras et mourut à cinquante ans, les principaux sont : V Elisire d'' Amore^ Lucrciia Borgia^ Linda di Chamoîinix^ don Pasqtiale, Belisario, la Fille

Nourrit.

Bellini 1805-1835.

Zingarelli.

Donizetti.

Mercadante.

du Régiment^ la Favorite (1840) et Politito^ composé pour le chanteur Nourrit. Nommé compositeur et maître de la chapelle impériale de la cour d'Autriche, Donizetti quitta la France, mais il y revint en 1843, souffrant déjà de la maladie qui devait l'emporter. A la suite d'une paralysie survenue le 17 août, il fut transporté à Jory dans un état de démence complète. En 1848 un de ses neveux le ramena à Bergame, où il s'éteignit (8 avril).

La carrière de Bellini a été malheureusement brisée par une mort prématurée. Il est né le 3 novembre 1805. Fils et petit-fils de compositeurs de valeur, il fit ses études au Conservatoire de Naples, alors sous la direction de Zingarelli, auquel Donizetti et Mercadante durent aussi une grande partie de leur réputation.

Encore élève de cette école, Bellini écrivit un opéra : Adelson c Salvina. Barhaja, directeur de la Scala de Milan et du San Carlo de* Naples entendit cette œuvre, et en fut si charmé qu'il commanda au jeune auteurun opéra destiné au San Carlo : Bianca e Fernando, auquel succéda bientôt il Pirata qui, chanté par Rnhini, fut accueilli avec enthousiasme. Il fut donné à l'Opéra italien de Paris.

Il6 HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Les opéras : la Stratineira et Zaira ne réussirent point, mais : i Capulletti ed i Montecclii (1830) firent oublier les échecs précédents. La Somnamhula qui parut l'année suivante devint le grand succès de l'époque, succès dû LaMalibran. en partie au génie de la Malibran. La Norma qui suivit eut une chance égale. Après avoir fait jouer à Londres Béatrice di Tenda, Bellini se rendit à Paris, où il fut très gracieusement Rossini. accueilli par Rossini.

Le Théâtre italien monta les Puritain^ qui eut un succès égal à celui de la So?nnambuIa,

Bellini fut subitement enlevé, en pleine jeunesse, en plein succès, âgé de trente-trois ans, par une attaque de dysenterie, le 23 septembre 1835, alors qu'il était en visite chez des amis, à Puteaux.

Mercadante Saverio Mercadante est le compositeur dont 1795-1870. Yqs œuvres servent de transition entre les auteurs précédents et l'école créée par Verdi. Il naquit le 4 décembre 1796 à AUaiinera^ dans la province de Bari. Ses principaux ouvrages sont : Didoîie, il Giuramento (le serment), la Vestale^ Medea, Il devint aveugle en 1862, mais écrivit cependant encore un opéra : Virginia^ en 1866. Il mourut à Naples, le 18 décembre 1870, âgé de soixante-quatorze ans.

Verdi.

Lavigno.

Ronconi.

Derivis.

M"« Brambilla.

Victor Hugo

Guiseppe Verdi est le plus grand maître de l'école italienne. Son succès commença vers 1840 et ne s'éteignit à Paris qu avec la fermeture des portes de la salle Ventadour. Né à Roncole, près du bourg de Busseto, dans le duché de Parme, il était le fils d'aubergistes

de village.

Verdi ne commença ses études musicales qu'à l'âge de dix-neuf ans. En 1837 il voulut se faire admettre au Conservatoire de Milan, mais il échoua. Lavigno, maestro al cembalo, c'est-à-dire chef du chant, à la Scala, le prit alors comme élève. Six ans plus tard, ce même théâtre lui ouvrait ses portes en montant Oberto conte diSan Bonifaiio, qui fut accueilli avec faveur. Un giorno di regno (un jour de règne) fit fiasco et n'eut qu'une représentation. L'auteur prit sa revanche avec Nabiichodonosor (mars 1842) qui fut donné à Paris l'année suivante avec Ronconi, Derivis et A/ii^ Brambilla. Le 11 février 1843 toujours à Milan : / Lombardi, dont le succès fut effacé parle triomphe d'Ernani, qui fut joué . à Venise sous le nom de II proscritto, Victor Hugo s' étant opposé à laisser jouer l'œuvre sous le même titre que son drame, il se ravisa dans la suite.

Il8 HISTOIRE DE LA MUSIQUE

En 1844 Verdi donna à Rome : I due Foscari^ qui ne réussit pas ; Giovanna d'Arco eut le même sort. Al^ira (Naples 184^), Attila (Venise 1846), Macbeth (Florence 1847) ^^ ^ Masnadieri (les brigands d'après Schiller, Londres I 847) ne furent pas des succès décisifs. Verdi, doué d'une fermeté de caractère inébranlable, ne se rebuta pas ; il remania les Lombardi, qui se changèrent en Jérusalem^ opéra joué avec paroles françaises .à l'Académie royale de Paris (16 novembre 1848). Ce fut un succès. Verdi eut encore à essuyer plusieurs échecs : /"/ Corsaro, la Battaglia di Legnano passèrent inaperçus. En revanche, Lnisa Miller N2Xyx\ à l'auteur une ovation au théâtre de Naples (décembre 1849).

Rigoletto est le premier ouvrage qui valut à Verdi une renommée européenne. Monté à Venise le 11 mars 185 1, cet opéra fut joué aux Italiens en 1857 ; enfin M. Carvalho le fit entendre au théâtre lyrique avec des paroles, françaises. // Trovatore acheva de gagner tous les suffrages après avoir été acclamé au théâtre Apollo de Rome, le 17 janvier i^^}. La Traviata (Venise, mars 1853), continua ^^ série des triomphes du maître. Deux ans après, Verdi écrivait spécialement pour la scène française

les Vêpres Sicilien7ies^ représentées le 13 juin

Simon Boccanegra (1856) et Arnoldo fi8'57) n'eurent pas une grande réussite. Un Baïlo m

Roi Ferdi- Maschera, que la censure du roi Ferdinand de nand Naples avait interdit, fut représenté à FApollo de Rome. En 1862, Verdi, appelé à Saint-Pétersbourg, y fit donner la For^a del destino. Don Carlos^ opéra]en cinq'actes de MM. Méry et Camille du LocJe^ a été joué à Paris en mars 1867. Dans cet ouvrage, le maître commence à modifier son style, modification qui se fera de plus en plus sentir dans les œuvres suivantes. A la fin de l'année 1871, le 24 décembre, le théâtre du Caire monta Aïda^ œuvre commandée expressément par le khédive ; le livret est de Gliislaji:(07ii. Lorsque Aida fut jouée à la Scala de Milan, l'auteur dut paraître trente-deux fois sur la scène ! le public lui fit cadeau d'un sceptre en ivoire et d'une étoile en diamants. Verdi vint à Paris diriger cette œuvre à la salle Ventadour.

M-"" Stolz, M""" Stolz et Waldmann y firent une impres-

M-e wald- sion profonde.

Falstajf et Othello sont les deux derniers ouvrages du maître. Ils sont si récents qu'il est impossible de parler d'eux dans une histoire

de la musique, si abrégée que soit cette histoire, autrement qu'en citant simplement leur titre. Verdi, quoique mort en 1901, fait partie des musiciens modernes, ses dernières œuvres n'ont pas encore le recul voulu. Nous ne pouvons, en ce qui nous concerne spécialement, qu'admirer la carrière de cet homme de génie qui sut perfectionner toujours sa facture, épurer son goût, et travailler à une noble tâche, sans interruption, sans découragement et sans fatigue. Verdi est mort à Milan, sénateur, millionnaire, aimé et regretté de tous.

Il ne faut pas oublier la Messe de req^iiem que Verdi composa pour l'anniversaire de la mort Manzoni. de Manzoni, l'auteur des Promessi sposi^ le célèbre roman chrétien. Cette messe, quoique traitée d'une façon plutôt dramatique que sacrée, contient des accents sublimes et des larmes éloquentes et sincères. Avec Verdi finit V histoire du théâtre Italien.

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