‹ Histoire de la musiqueChapitre 16 sur 25 · BERLIOZ, WAGNER, CHOPIN, LISZT, RUBINSTEIN, RAFF, BULOW, BRAHMS · texte numérisé non relu

BERLIOZ, WAGNER, CHOPIN, LISZT, RUBINSTEIN, RAFF, BULOW, BRAHMS

Voici à peu près terminé le rapide aperçu historique du théâtre musical et de ses différents genres. Nous ne pouvons guère aller plus loin sans changer notre rôle purement et impartialement historique en celui de critique, ce qui serait absolument contraire au cadre de ce modeste ouvrage. La musique moderne ne peut être comprise dans un abrégé historique ; cependant noire œuvre n'est pas terminée, il nous reste à nous occuper des deux génies qui brisèrent les vieux moules et ouvrirent la route à toute l'école moderne ;

Berlioz, nous voulons parler de Berlioz et de Wagner.

Wagner. Ces deux colosses eurent des prédécesseurs que nous ne pouvons pas passer sous silence non plus.

Nous avons aussi à jeter un coup d'oeil sur

les efforts musicaux de Tétranger, de façon à conduire le lecteur au bout de cette étude, et à le laisser continuer sa route tout seul, sans l'abandonner, désorienté et hésitant. Nous terminerons cet abrégé par Vhistoirc des concerts à Paris. Ayant Tait avec soin l'historique des théâtres, il est naturel que nous agissions de même pour les symphonistes et que nous nous rendions compte des phases par lesquelles a passé l'éducation musicale si répandue de nos jours.

Frédéric-François Chopin, né en Pologne, le i^' mars 1810 à Zela-Zowa-Wola, près de Varsovie, était fils d'un professeur du lycée de cette ville : Nicolas Chopin (Français établi en Pologne depuis sa jeunesse) et directeur d'une institution où des jeunes gens de bonne famille terminaient leur instruction. Sa mère était polonaise et noble ; il tint d'elle la nature sensitive du slave. Doué dès l'enfance d'un tempérament musical merveilleux, il travailla d'abord avec un bohémien Twyny, Joseli Elsner puis continua ses études avec Joseh Elsner^ directeur de l'école de musique de Varsovie. Chopin se fit entendre en public à neuf ans, il exécuta un concerto de sa composition et fit une improvisation sur des motifs donnés.

Chopin. 1810-1849.

Nicolas Chopin.

Twyny.

A dix-neuf ans ses voyages de virtuose le conduisirent à Paris où il fit la connaissance Liszt. de Lis{t qui devint par la suite son grand ami. Quoique Chopin n'ait jamais composé d' œuvres autres que des œuvres pour piano, il peut compter parmi les auteurs les plus géniaux et les plus originaux. Doué d'une souplesse et d'une personnalité qui font de ses plus petites compositions de vrais petits chefs-d'œuvre, et malgré les hardiesses, les harmonies inusitées jusqu'alors, Chopin reste l'auteur distingué par excellence. Sous le titre modeste ai Études et Préludes^ il écrivit des œuvres qui touchent au génie. Nous retrouvons ces mêmes qualités d'extrême personnalité dans ses sonates^ ses concertos (cependant inférieurs aux œuvres purement fantaisistes) ainsi que dans ses célèbres ballades^ polonaises^ valses, mazurkas, berceuses, nocturnes, etc. D'une nature ultra-nerveuse et toujours maladive mais adorablement sympathique, Chopin fut entouré toute sa vie d'affection et d'admiration. Il mourut à Paris, à peine âgé de quarante ans, le 17 octobre 1849. Liszt Fran{ Lis{t a joué dans la musique un triple

1811-1886. rôle, celui du pianiste par excellence, celui de compositeur encore trop peu connu chez

Schubert.

Wagner.

Adam Liszt.

Prince Esterhazy.

Czerny.

Saliéri.

nous qui ne connaissons guère qu'une partie de ses œuvres pour piano, et enfin celui d'initiateur.

Le prodigieux élan musical des soixante dernières années est dû en partie à Liszt qui, mettant de côté tout amour-propre d'auteur, consacra sa vie et sa haute influence à faire valoir ses confrères, fussent-ils antérieurs à lui, comme Schubert ou ses contemporains, comme Wagner.

NéàRaiding,enHongrie,le 22 octobre 1811, il reçut les premiers principes musicaux de son père Adam Lis:{t^ musicien au service du prince Esterha:{y. Franz joua en public à neuf ans. Etonnés par ces dispositions, quelques nobles proposèrent à son père de fournir une pension suffisante pour parfaire l'éducation musicale du jeune prodige ; Adam Liszt abandonna alors sa situation chez le prince, et se dévoua entièrement à l'éducation de son fils. Installé à Vienne, Liszt travailla le piano avec le célèbre Czerny ^ et la composition avec le vieux Salien\ dont nous avons déjà vu le nom tant de fois; il fut mis en rapport avec ^c/^wbert^ ce Schubert qu'il devait en quelque sorte ressusciter plus tard. En 1823, le père et le fils vinrent se fixer à Paris. Le Conservatoire

Paér.

Reicha.

n'admettait pas d'étrangers à cette époque, et Cherubini ne voulut pas faire d'exception en faveur du jeune Hongrois, qui n'en fit pas moins ses études avec Pacr et Reicha^ tous deux professeurs au Conservatoire. De 1825 jusqu'en 1827, époque de la mort de son père, Liszt commença ses grandes tournées de concerts par l'Angleterre et la Suisse ; partout il fut l'objet des démonstrations les plus enthousiastes. Fixé à Paris avec sa mère, il fut bientôt l'homme du jour, le pianiste le plus adulé. Beau, généreux, aimé de tous et de toutes, il prit Paris d'assaut. On peut parler sans indiscrétion de ses succès féminins ; sa liaison avec la comtesse d'Agont fait partie de l'histoire puisqu'il en eut deux filles dont une devait M-»" Wagner, devenir Af"^ Wagner. A ses débuts en 1824, dans un concert que Liszt donna au théâtre Italien, l'orchestre resta tellement abasourdi qu'il oublia la rentrée du tutti après la cadence.

Après vingt-cinq années de voyages et de triomphes, Liszt se fixa en 1849 ^ Weimar, où il accepta la place de chef d'orchestre du théâtre de la cour.

Cette petite cour était alors un véritable Goethe, foyer artistique, Gœthe et Schiller y vécu- Schiller, rent, Liszt en fit un des centres musicaux

Comtesse d'Agout.

It^Ô

Wagner.

Berlioz.

Schumann.

Schubert.

de TAllemagne. Ayant pleins pouvoirs, il fit exécuter une quantité d'œuvres nouvelles parmi lesquelles Taiiîihattser ei Lohengrin^ de Wagner ; Benvenuto CelUm\ de Berîio{, Geiioveva, et la musique de Manfred^ de Schumann ; Alfonso et Estrella^ de Schubert. On devait plus tard, à sa demande, monter sur Saint-Saëns. la scène Samson et Dalila, de Saint-Saëns^ œuvre qui n'avait encore été entendue qu'à Tétat d'oratorio.

Liszt commença par ne produire que des transcriptions^ précieuses au point de vue du mécanisme moderne du piano, puis il vola de ses propres ailes, des ailes d'aigle ; après un certain nombre d'œuvres pour piano, telles que ses concertos, ses fantaisies^ ses quinze rapsodies^ il composa ses poèmes symphoniqnes pour orchestre, des messes^ son miracle de Sainte- Elisabeth ^ etc., toutes œuvres presque inconnues du public français. Le caractère de Liszt était essentiellement généreux, sa bienfaisance inépuisable. Weimar devint la Mecque des pianistes ; tous profitaient des leçons du maître, leçons pour lesquelles il n'acceptait aucune rémunération. Après avoir gagné des millions, il vécut les dernières années de sa vie avec la modeste pension qu'il

^[ Grand -duc Charles Alexandre.

devait à la bonté du grand-duc de Saxe-Weimar, Charles-A lexandre.

Après avoir été quelque peu Saint-Simonien, Liszt devint un catholique fervent ; il le resta toute sa vie, il prit même les ordres à Rome. Ses dernières années se passèrent alternativement à Pesth, à Weimar et à Rome; il mourut en 1886 à Bayreuth, pendant les représentations wagnériennes.

Antoine Rubinstein doit être cité immédiatement après Lis:^t car ils représentent à eux deux le couple de virtuoses le plus grand qui ait jamais existé. Dire lequel fut supérieur à l'autre est impossible ; tous deux eurent du génie, tous deux furent des musiciens accomplis ; par contre, leurs tendances diffèrent absolument. Liszt aida puissamment à Téclosion de la musique moderne ; Rubinstein lantagoniste de Wagner, se refusa à quitter la grande route tracée par les Beethoven, les Schumann et les Mendelssohn ; il fut néanmoins un puissant compositeur, et si l'originalité n'est pas sa principale qualité, il compense ce défaut par une fougue géniale et une limpidité qui a son charme aussi. Son principal mérite est d'avoir été le véritable créateur de l'école russe qui a tant progressé

Glinka.

Nicolas Rubinstein.

Antoine

Rubinstein.

Villoing.

Liszt.

Moschelés.

Dehn.

Grandeduchesse Hélène.

depuis ; GUnka l'avait précédé il est vrai dans cette voie, mais l'impulsion puissante fut donnée par Antoine Rubinstein et par son frère Nicolas qui, lui aussi, fut un virtuose de premier ordre et un musicien patriote.

Antoine Rubinstein est né le 30 novembre 1829, à Wechwotynez, près de Jassy, en Moldavie, de parents d'origine juive. Son éducation première fut assez négligée ; son père, fabricant de crayons, s'étant fixé à Moscou, il n'eut comme professeurs que sa mère et un maître nommé VilJoincr. Ses extraordi-

naires dispositions lui permirent cependant de faire une tournée à l'âge de dix ans. A Paris, Lis^t s'intéressa vivement au jeune prodige et lui donna des leçons. En 1842, Moschelés le prit sous sa protection à Londres. Rubinstein visita ensuite la Hollande, l'Allemagne et la Suède. En 1844 il se rendit à Berlin, appelé par Meyerbeer, où il continua ses études avec le célèbre professeur Dehn. Revenu à Pétersbourg en 1848, son succès n'eut plus de bornes ; il devint le protégé de la grandeduchesse Hélène, et écrivit à son instigation trois opéras en un acte : le Circassien, le Chasseur sibérien et Tom le fou. Après huit années de séjour à Pétersbourg, occupées

principalement à composer, Rubinstein se rendit en Allemagne où il accrut encore sa réputation de virtuose et de compositeur. 11 fit entendre sa célèbre symphonie r Océan, son oratorio le Paradis perdu, ses concertos en fa et en sol. En 1861, il dirigea lui-même à Vienne son opéra allemand : Die Kinder der Heide, et plus tard son autre opéra allemand Feramors. Il s'était cependant fixé à Saint- Pétersbourg en 1858 avec le titre de directeur impérial des concerts, et une pension à vie. Il Cari y créa en 1862 (en association avec Cari Schuberth. Schuberth), le Conservatoire, et fonda la Société de musique russe; puis il recommença ses tournées triomphales dans toutes les capitales de l'Europe et de l'Amérique du Nord. Atteint de la cataracte, Rubinstein voyagea encore quelques années, donnant des concerts malgré sa quasi-cécité, grâce à sa prodigieuse mémoire ; puis il revint à Pétersbourg qu'il quitta pour des raisons d'ordre intime ; et se fixa à Dresde; mais.il revint à Pétersbourg, et mourut dans sa villa de Peterhof en 1894. 11 laissa un nombre considérable d'œuvres de musique de chambre : sonates, trios, quatuors, quintettes ; des opéras : le Démon, les Macchabées, Néron; des orato-

Thalberg 1812-1871.

rios ou opéras sacrés : la Tour de Baheï ; U Paradis perdu; un Album de danses poptilaires ; les Soirées de Saint-Pétersbourg^ e| une quantité de mélodies pour chant.

Nous nous contenterons de citer quelques noms des grands virtuoses, favoris du publi< pendant la majeure partie du siècle deri nier.

Sigismond Thalberg^ né à Genève en 1812, fils naturel du prince Dietrichstein^ épousa h fille de Lablache en 1845 ' ^a carrière fut triomphale ; il se retira près de Naples et mourut en 1871.

Charles de Bériot^ mari de la Malibran, grand violoniste belge, agréable compositeur,} auteur d'une célèbre méthode.

Henri Vieuxiemps, célèbre violoniste belg( qui obtint des succès prodigieux dans toute l'Europe et l'Amérique, en même temps compositeur de talent.

Hubert Léonard^ violoniste belge, né âi Liège, grand virtuose et surtout grand professeur, chef d'école, compositeur, auteur d'é-^ tudes et de la gymnastique du violoniste.

Ignace Plej'el, pianiste compositeur, né près] de Vienne (Autriche), fondateur de la célèbre' fabrique de pianos.

De Bériot 1802-1870.

Vieuxtemps 1820-1881.

Léonard 1819-1890.

Pleyel 1767-1831.

Servais 1807-1866.

H.Wie-

niawski

Sivori 1815-1894.

H. Herz 1805-1888.

Baillot 1771-1842.

Rode 1774-1830.

Ealkbrenner 1784-1849.

Zimmer-

mann

Alkan 1813-1888.

Servais^ célèbre violoncelliste belge, professeur au Conservatoire de Bruxelles, grand virtuose, compositeur démodé.

Henri Wieniawski^ admirable violoniste, polonais, le Rubinstein du violon, compositeur original et spirituel, un des plus grands artistes du siècle.

Camille Sivori^ célèbre violoniste italien, né à Gênes, élève de Paganini, fut un spécialiste de la virtuosité transcendante.

Henri Her^^ grand pianiste, compositeur, fondateur de la fabrique de pianos qui porte son nom.

Baillot^ célèbre violoniste français, connu surtout comme professeur, fondateur de l'école française.

Rode^ élève du grand Viotti, continuateur de l'école, auteur de concertos renommés et de caprices, né à Bordeaux.

Kalkbrenner ( Frédéric-Guillaume), iphniste né à Cassel, grand virtuose, a laissé des compositions estimées.

Zimmermaitn, né à Paris, pianiste, célèbre surtout comme professeur, beau-père de Gounod.

Alkan, né à Paris, pianiste, admirable musi-

Ritter 1836-1886.

Lefébure-

Wély ^817-1870.

Lemmens 1823-1881.

Alard 1815-1888.

cien et virtuose, compositeur puissant et original.

Th. Ritter, né à Paris, pianiste attitré des concerts Pasdeloup, charmeur quoique puissant, compositeur de morceaux à ej(f€t démodés.

Lefébîire-Wely, organiste, né à Paris, compositeur, joué dans tous les concerts d'orgue.

Lemmens, organiste, né à Anvers, virtuose remarquable, compositeur fécond.

Alard {Delphin), né à Bayonne, violoniste français, élève d'Habeneck, professeur du Conservatoire, eut une influence considérable sur l'école moderne du violon, laissa de nombreuses compositions, bien démodées depuis.

Tausig [Charles), né à Varsovie^ un des pianistes les plus étonnants de l'époque, élève de Liszt, se fît une réputation universelle.

Tulou, né à Paris, flûtiste impeccable, professeur au Conservatoire, auteur d'une quantité d'œuvres pour flûte; quoique excellent exécutant, Tulou n'a jamais voulu admettre la flûte métallique de Boehm, actuellement universellement répandue, et préconisait avec entêtement l'ancienne flûte en bois.

Nous n'avons pas la prétention de nommer ici tous les noms des musiciens ou des vir-

Tausig 1841-1871.

Tulou 1786-1865.

tuoses dont les noms ont été plus ou moins célèbres dans le courant du xix^ siècle ; ce serait empiéter sur le rôle des dictionnaires musicaux. Nous tenons simplement à faire comprendre les progrès de la musique à travers les âges, et nous arrivons actuellement à une période si riche en musiciens de toutes sortes et de toutes nationalités, que nous ne pouvons que citer ceux qui jouèrent vraiment un rôle de premier ordre, en laissant de côté toutes les célébrités vivantes, comme ne faisant pas encore partie de l'histoire de la musique. Avant de jeter un rapide coup d'oeil sur le développement musical des différents pays, sur les progrès des écoles russes, Scandinaves et autres, il nous faut revenir aux maîtres allemands et continuer l'énumération des auteurs appartenant à Vécole romantique, successeurs des M'eber, des Meiidelssolui, des Schubert, des Schumann et des Lis{t.

Nous trouvons en premier lieu :

J. Rafif Joseplî-Joachim Raff, né le 27 mai 1822, à

Lachen (Suisse), de parents v^^urtembergeois ; fils d'un organiste, il fut élevé en Wurtemberg, à Weisenstetten, mais son éducation musicale fut fort précaire car ses parents le vouaient à l'enseignement primaire. Il tra-

vailla presque seul et parvint à envoyer quelques compositions à Mendelssohn qui non seulement l'encouragea de toutes ses forces, mais lui fit éditer ses premières œuvres chez les célèbres éditeurs Breikopf et Hœrtel, de Leipzig. Il reçut aussi l'approbation de Liszt, ce qui le décida à abandonner définitivement l'enseignement. La mort de Mendelssohn et de réditeur viennois Mecchetti qui lui avait promis sa protection, l'obligea, faute de res- Bulow. sources, à retourner à Weisenstetten. Bulow, cependant, s'intéressa à lui, il joua de ses œuvres dans un concert, à Stuttgart, et fit admettre au théâtre de cette ville l'opéra que Rafï venait de composer, le Roi Alfred (der Konig Alfred), opéra qui ne put être joué en \ raison des troubles de 48 et 49.

L'année suivante,. Raff suivit Liszt à Weimar ; écrivain de valeur, il devint collabora- \ teur à.Q\2iNene Zeitschrlftfûr Mnsik. Liszt fit représenter le Kœnig Artluir à Weimar, mais.; l'œuvre ne plut pas. Devant cet insuccès, Raff comprit que son talent était plutôt celui d'un symphoniste, il écrivit on:{e symphonies, dont 1 l'une, intitulée « Im Walde » (dans la forêt), est restée un modèle du genre descriptif ; il laissa encore deîix suites d'orchestre, une suite

italienne, cinq ouvertures^ des marches^ de nombreuses œuvres pour piano ou violon et orchestre^ huit quatuors à cordes^ un sextuor^ un octctte^ pour cordes aussi, un quintette et deux quatuors avec piano, quatre trios, cinq importantes sonates pour piano et violon, quantité d'œuvres pour piano et orchestre et piano seul, une masse de lieder, de chœur, de trios, quatuors vocaux, etc.

De 1856 à 1877, Raff habita Wiesbaden, qu'il quitta, appelé à Francfort à la direction du Conservatoire Hoch. Il mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante, le 25 juin

Stephen Relier, quoique né à Pesth, en Hongrie, passa la majeure partie de sa vie à Paris. Comme Chopin, il n'écrivit que pour le piano, mais ses œuvres sont de premier ordre ; c'était un vrai poète du piano, ses contemporains ne l'ont peut-être pas apprécié à sa juste valeur.

Johannes Brahms fut le plus important symphoniste de son époque. Fils d'un contrebassiste du théâtre de Hambourg, il vit le jour le 7 mars 1813. Enfant prodige comme pianiste, Marxsen. il travailla la composition 2i\Qc Marxscn, musicien hambourgeois renommé. En 1847, ^^

Stephen

Heller.

J. Brahms

l66 HISTOIRE DE LA MUSIQUE

donnait déjà des concerts; en 1853 il commença une série de tournées avec le violo- Remenyi. niste hongrois, quelque peu tzigane : Remenyi^ mais la vie nomade en compagnie d'un déséquilibré cessa bientôt de lui plaire, il revint à Hambourg, où il composa des œuvres pour Liszt. piano qui furent très remarquées par List{, par le grand maître de violon Joachim, et prin- Schumann. cipalement par Schiimann^ qui vit en Brahms son successeur et qui en fit son élève et disciple. Brahms continua en effet dans la voie tracée par son maître. Sans être aussi poète peut-être, il est plus musicien, et sa supériorité se remarque surtout dans ses œuvres orchestrales. Après avoir été quelques années chef d'orchestre à la petite cour de Lippe, à Detmold, Brahms se fixa en 1862 à Vienne, sa seconde patrie. Il fit bien quelques absences à Zurich, à Baden-Baden, à Heidelberg, mais Vienne resta toujours sa ville préférée.

Le public allemand ne commença à comprendre le génie de Brahms qu'après l'exécution de son Requiem allemand (i868j. Son nom devint rapidement populaire en Allemagne ; alors qu'il était encore presque ignoré chez nous, ses symphonies et ses œuvres de musique de chambre le classaient comme le

premier musicien symphoniste de son pays et de son époque. Il laisse un bagage considérable, quatre symphonies^ une sérénade, une ouverture de fête académique^ une ouverttire tragique, deux concertos pour piano ^ un pour violon^ un double concerto pour violon et violoncelle^ une quantité d' œuvres pour chant et orcliestrc, deux sextuors et deux quintettes à cordes, un quintette avec clarinette, trois quatuors à cordes, iin quintette et trois quatuors avec piano, quatre trios avec piano dont un avec cor, iin trio pour piano clarinette et violoncelle, de^ix sonates pour violoncelle et trois pour violon etpiano, deux sonates pour clarinette, instrument qu'il affectionnait comme Weber, une quantité d'admirables lieder, des d a lises hongroises qui ont fait le tour du monde, etc.

H. de Bûlow Hans, Guido, de Biilou\ pianiste, compo- *' siteur, chef d'orchestre, est né à Dresde le 8 janvier 1830. Il commença ses études musi- Wieck. cales avec Wieck, le beau-père de Schumann, mais sa famille l'obligea à faire ses études de droit à l'Université de Leipzig, ce qui ne l'empêcha pas de travailler le contrepoint avec

Hauptmann. Hauptmann (1848). Excité par les événements politiques, il collabora dans VAbcnd-Post de

Berlin et devint Tardent défenseur des idées de Wagner. Wagner, dont la brochure « l'Art et la Révo-: lution » venait de paraître.

A la suite d'une représentation de Loliengriii^ à Weimar, Bûlow se décida à ne plus mettre de freins à sa vocation musicale ; malgré l'opposition de sa famille, il partit pour Zurich, où il retrouva Wagner, qui s'y était réfugié après avoir été banni de sa patrie comme révolutionnaire. Il travailla quelque temps avec le maître et s'essaya au métier de chef d'orchestre aux théâtres de Zurich et de Saint-Gall. Puis, sur les conseils de Wagner, il se rendit à Weimar, où il devint l'élève fa- Liszt, vori de Liszt, et bientôt un virtuose accompli. : Après quelques brillantes tournées en Alle-

Kullak. magne, il succéda à Kiillak comme professeur au Conservatoire Stem de Berlin. En i8')7, il

Cosima. épousait une fille de Liszt, Cosima, qui devait Mme Wagner, devenir plus tard M""^ Wagner.

Louis II Le roi de Bavière Louis II ayant couvert Wagner de son illustre protection, Bûlow fut appelé à Munich, où il devint chef d'orchestre de la cour et directeur de l'école royale de musique sous le patronage anonyme de Wagner.

Divorcé en 1869, de Biilow quitta Munich

de Bavière.

ir

et vécut à Florence ; mais son esprit vagabond lui fit quitter cette ville pour entreprendre de longs voyages dans toute l'Europe et en Amérique du Nord. En 1880, il devint intendant de la musique à la petite cour du duc de Meiningen. Au bout de peu de temps, l'orchestre très ordinaire de Meiningen devenait un véritable orchestre modèle, avec lequel il fit des tournées triomphales; l'exécution des œuvres de Beethoven devint sa spécialité et fit courir toute l'Allemagne.

En 1885, il quitta de nouveau ce poste, et nous le retrouvons baguette en main à Pétersbourg et à Berlin. Bûlow s'était marié en se-

f Duc de irMeiningen.

-M"« Marie condes noces avec M^^^ Marie Schlan^er, en •9 * 1882. En 1888 il se fixa à Hambourg, où il di-

rigea les concerts d'abonnement jusqu'au moment où l'état précaire de sa santé l'obligea à chercher une amélioration au Caire; mais il y mourut quelques semaines après son arrivée, le 12 février 1894.

Bùlow avait une nature agitée, névrosée, la réputation d'un mauvais caractère ; il avait l'esprit mordant et l'ironie facile. Cependant il fût un véritable missionnaire de l'art; si son goût le portait de préférence vers les maîtres classiques, il n'en jouait pas moins tout ce que

jyo HISTOIRE DE LA MUSIQUE

la jeune génération produisaitde remarquable. Nous Tavons vu faisant entendre des œuvres de/, i?^^, alors auteur inconnu. Virtuose de premier ordre, mais gardant toujours le respect de son art, aidé par une mémoire prodigieuse, Bûlow reste une des grandes personnalités musicales de ces derniers temps.

Berlioz Louis-Hector Berlioi fait en réalité partie

des musiciens modernes. Ses œuvres répandues tardivement sont encore pour beaucoup des nouveautés, malgré les exécutions qui se multiplient chaque année, et qui n'ont pas encore fatigué l'enthousiasme du public. Le temps, ce niveleur incomparable, fera la juste balance entre l'incontestable génie et les imperfections d'un des plus grands maîtres de la musique, qui parvint à créer de toutes pièces un art et une orchestration nouvelle, tout en permettant quelques fois à son imagination touchant souvent au sublime, de dépasser les limites d'un savoir tâtonnant et gêné par la nouveauté de la conception. — Berlio^ vit le jour à la Côte Saint-André, dans l'Isère, le II décembre 1803. Son père, médecin, aidait l'e plus grand désir de voir son fils lui succéder, mais si Schumann travaillait le piano six heures par jour pour se consacrer à l'étude du

droit, Berlioz apprit Tanatomie dans le traité d'harmonie de Rameau, et, étudiant à Paris, prépara ses inscriptions à l'Opéra.

Berlioz a décrit lui-même, et si spirituellement ! les luttes qu'il eut à soutenir avec son père pourréaliserson désir deseconsacrerentièrement à la musique, désir devenu impérieux après une audition des Dauaïdes, de Gluck.

A la suite de la lettre qu'il écrivit à son père , lettre dans laquelle il lui signifiait ses intentions d'une façon irrévocable, Berlioz entra au Conservatoire dans la classe de composition

Lesueur. de Lesueiir.

Lesueur le dépeint comme un garçon paradoxal, impétueux, éloquent et rebelle à toutes les traditions ; néanmoins le maître portait un vif intérêt à cet élève peu ordinaire et avait avec lui de longues conversations musicales dans le Jardin des Tuileries.

Les premiers essais du jeune Berlioz en fait de composition furent : une scène pour voix de basse, dont les paroles étaient d'un de ses

Gerono. camarades de classe, nommé Gerono, qui écrivit aussi le livret d'une cantate : Le passage de la mer Roîigre. Ni l'une ni l'autre de ces

oeuvres ne fut entendue du public. Puis suivit une messe qu'un amateur généreux fit exécuter

à l'église Saint-Roch, mais dont l'auteur brûla la partition.

Peu de temps après, Berlioz concourut, sans succès, pour le prix de Rome ; son père crut le soumettre en lui coupant les vivres, mais sans y réussir. Le jeune artiste fit ménage commun avec un ami, et sut se procurer quelques ressources en donnant des leçons de guitare, de chant (!) et en faisant les remplacements dans les chœurs du théâtre des Nouveautés,

En 1828, il composa une cantate: Orphée déchiré par les Bacchantes^ dont le texte avait été donné par l'Institut.

Le jury la trouva trop difficile d'exécution, mais Berlioz finit à force de démarches, et Cherubini. contre la volonté même de Cherubini, par la faire exécuter dans la salle du Conservatoire. En 1830 il parvint non sans peine à décrocher le prix de Rome. En Italie il fit la connais- Mendelssohn sance de Mcndels§ohn et de Lis^t. Ce dernier Liszt. écrivait au sujet de Berlioz : « C'est une véritable caricature, sans trace de talent, il se croit le créateur d'un nouveau monde! » - Inutile de dire que Liszt changea radicalement d'opinion et qu'il devint un admirateur convaincu et un intime de la « véritable caricature ».

Revenu à Paris, Berlioz connut et devint Henriette amoureux d'une jeune actrice anglaise Henlûi son. yi^fiQ Smithson, qui interprétait alors, sans grand talent, Shakespeare à l'Odéon. Il en devint fou au point d'inquiéter ses amis, Chopin et Liszt, qui le suivirent toute une nuit dans la crainte d'un suicide. Malgré l'opposition des deux familles, la ténacité de Berlioz l'emporta, le mariage eut lieu, mais l'union fut, hélas ! des plus malheureuses.

Berlioz dirigea quelques concerts dont les recettes furent assurées par le concours toujours désintéressé de Liszt. En 1834 la société du Conservatoire fit entendre Sarah la baigneuse et la Belle Irlandaise. Ce fut le signal de la lutte entre les deux camps qui s'étaient formés dans le public. L'un accueillit ces œuvres à coups de sifflets, par des grognements, des huées et d'autres aimables plaisanteries de ce genre ; l'autre, enthousiaste, devint une pépinière de disciples et de fanatiques. Berlioz donna de nouveaux concerts ; Paganini^ Paganini. l'avare Paganini (!) lui envoya vingt mille francs pour lui faciliter son entreprise. Les feuilles illustrées consacraient au compositeur leur première page, il y était représenté tantôt frappant sur des chaudrons, tantôt dirigeant

un orchestre de chiens ayant tous une casserole attachée à la queue; spécimens remarquables de l'esprit français. Ce fut la célébrité.

Berlioz composa Roméo et Juliette^ qu'il dédia à Paganini, puis il commença une série de tournées triomphales à l'étranger. En Allemagne, en Russie, en Belgique, en Danemark, en Suisse, en Autriche, partout il trouva le même enthousiasme. A Vienne les dames portaient des bijoux Berlioz. Encore grisé de ces succès, il revint en France en 1846. Le 6 décembre eut lieu la première audition de la Damnation de Faust^ à l'Opéra-Comique, sous la direction de l'auteur, devant des banquettes vides; l'œuvre tomba à plat.

Pour calmer les brûlures de son amourpropre froissé on tendit à Berlioz la croix de la Légion d'honneur, on lui avança un des fauteuils de l'Institut, mais les Troyens (exécutés en 1863), firent un fiasco complet; la presse, toujours hostile, réédita ses phrases éternelles sur la musique savante^ et le public ignorant décerna une fois de plus à l'auteur la palme du martyre, palme qu'il porta du reste avec la plus mauvaise grâce possible, car il ne cessa de se plaindre, souvent à tort, et son caractère s'aigrit de plus en plus ; l'état

de sa santé se ressentit de cet énervement continuel ; malade, il languit encore quelques années, puis mourut le 8 mars 1869.

Le mécontentement était passé chez Berlioz à l'état chronique; en lisant ses mémoires on se rend compte de l'esprit inquiet, soupçonneux, qui était la dominante de son caractère. D'une sensibilité extrême pour tout ce qui touchait à son amour-propre, les moindres blessures se cicatrisaient difficilement. Tous les artistes doués d'originalité, parlant une nouvelle langue ont eu à lutter contre la routine du public et la mauvaise volonté des collègues ; ces luttes empoisonnaient l'existence de Berlioz qui, très orgueilleux, aurait voulu voir le monde entier agenouillé devant son génie. Il eut pourtant des chances inespérées. Tout jeune, un amateur fait exécuter une messe de lui à Saint-Roch ; simple élève au Conservatoire il obtient du ministre la salle et peut faire entendre une cantate avec orchestre ; en 1847, *^^ ^^ nomme bibliothécaire au Conservatoire, il garde ce titre et en touche les émoluments jusqu'à sa mort. Des admirateurs lui font des dons -- , d'argent. En 1836, le ministre de l'Intérieur,

rin. M., de Gasparin charge Berlioz d'écrire,

moyennant une somme de trois mille francs un Requiem^ pour le service funèbre des victimes de la Révolution de 1830, cette œuvre est exécutée aux Invalides l'année suivante. Enfin si le succès ne répondit pas à ce qu'il attendait de la part de ses compatriotes, Berlioz connut les triomphes à l'étranger ; il eut chez lui tout ce qu'un musicien peut obtenir, cinécure, ruban rouge, uniforme à broderies vertes; plus d'un s'en serait contenté.

Berlioz laisse un bagage important de critique musical. Il collabora longtemps à la Revue européenne, au Courrier de V Europe, à la Galette musicale qï au Journal des Débats. Indépendamment de ces articles, il a publié des Mémoires, les Soirées de Vorchestre les Grotesques de la musique et A travers champs. Depuis sa mort on a publié des correspondances nombreuses^ et j'ai tout lieu de croire que ces lettres ne sont pas épuisées. Les principales œuvres du maître sont, dans le genre symphonique : la symphonie Harold, la Symplionie fantastiqtie , les Ouvertures des Francs- Juges, du Roi Lear, le Carnaval romain Liszt. (œuvres transcrites pour piano par Liszt) ; dans le genre opéra : Benvenuto Cellini, les Troyens, la Prise de Troie, Béatrice et Béné-

dict (représenté à Bade en 1862) ; et enfin les admirables drames lyriques : Roméo et Juliette^ \zDaimiation de Faust et V Enfance du Christ. Wagner Richard Wagner est né en 18 13, à Leipzig, où son père était greffier à la police, le petit Wagner n'avait que quelques mois lorsque son père mourut. Sa mère se remaria et épousa à Dresde un acteur doublé d'un peintre de portraits, nommé Geyer^ qui mourut lui-même alors que son beau-fils n'avait encore que sept ans. Wagner avait une sœur qui travaillait le piano avec un professeur Gottlieb Millier; celui-ci voulut aussi tenter l'éducation musicale du frère, mais il abandonna bientôt son projet, l'enfant était réfractaire à tout enseignement ; il se contentait, au lieu de travailler les études prescrites, de retrouver sur le piano des bribes d'ouvertures ou de morceaux d'orchestre, en se servant de doigtés « qui faisaient dresser les cheveux sur la tête de son professeur ». Wagner n'était pas né pianiste, il l'avoue lui-même en donnant pleinement raison à son professeur; mais il était musicien ; tout jeune il avait déjà des idées révolutionnaires pour l'époque. Il détestait l'opéra italien , dont les paroles lui paraissaient stupides.

A neuf ans, il entra dans la Kreii^schule de Dresde, où il fit ses études classiques tandis que sa sœur Rosalie (plus tard M""^ Oswald Marbach) débutait comme cantatrice au théâtre royal.

A onze ans, il fit un poème à l'occasion de la mort d'un de ses condisciples. Ce poème eut les honneurs de l'impression. Grisé par ce succès il se mit à écrire une tragédie dans le genre Shakespearien (mélange de Hamlet et de roi Lear), dans laquelle il faisait mourir tant de personnages avant le dernier acte, qu'il fut obligé de les faire réapparaître à l'état de revenants pour terminer sa pièce. Sa famille se fixa à Leipzig. Wagner qui essayait un peu de tout, composa une ouverture qui fut jouée dans une audition sans importance, le jeune auteur fut très offusqué par l'hilarité du public, hilarité causée par un roulement de tambour qui revenait fortissimo toutes les trois mesures avec une fâcheuse persistance.

Wagner suivit alors un cours de contrepoint Weinlig. chez Weinlig^ qui reconnut à son élève des dispositions de tout premier ordre ainsi qu'un indomptable entêtement à ne vouloir apprendre que ce qui l'intéressait tout particulièrement. Cet intérêt se porta principalement sur

Beethoven qui devint son Dieu ; à dix-huit ans personne, parmi les musiciens, ne connaissait et n'avait autant approfondi les œuvres du maître. A vingt-trois, Wagner fit un pèlerinage à Vienne, où Beethoven avait vécu une grande partie de sa vie, mais il n'y fit qu'un court séjour, écœuré en constatant la vogue extraordinaire de la pièce à la mode : Zampa.

En 1833, Wagner fit jouer au Gewandhaus de Leipzig une ouverture et une symphonie.

Ces œuvres furent bien accueillies, mais cette tentative n'eut pas de suite, Wagner était né pour l'opéra ; il entrevoyait déjà le futur drame lyrique dans lequel devaient se fondre tous les éléments artistiques que le théâtre peut donner : la musique, la poésie, le décor et l'action. Comme Beethoven, Wagner eut trois périodes ; la première, encore intimement liée à l'opéra dans sa forme connue, donne : les Fées et Rien^l ; la seconde déjà personnelle fournit : le Vaisseau fantôme^ Tannhauscr et Lo Jiengr 171 ; enfin la troisième, dans laquelle le génie du maître rayonne de toute sa nouvelle clarté et qui comprend : T?'istan, les Maîtres chanteurs^ V Anneau des Niebelungen^ ou la Tétralogie (composée elle-même d'un

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prologue et de trois pièces : le Reingold^ la V^alkyrie^ Siegfried la Qœtterdœmmerun^ (ou le Crépuscule des Dieux) ^ et Parsifal.

Wagner, n'ayant aucune fortune accepta pour vivre le poste de directeur musical au théâtre de Magdebourg (1834).

Après deux années de séjour, il quitta Magdebourg pour Kœnigsberg où il épousa une Mina Planer, tragédienne réputée : Mina Planer puis, après un an il fut appelé à Riga, où il commença;' Rien^i d'après une nouvelle de Bulwer.

Il s'embarqua à Riga pour la France, mais le bateau sur lequel il avait pris passage, un bateau à voiles, eut à essuyer une forte tempête qui le jeta hors de sa voie ; il erra pendant près d'un mois.

Des impressions de cette traversée mouvementée provient l'idée première du Vaisseau^ fantàme. Débarqué à Boulogne, Wagner y Meyerbeer. connut Meyerbeer auquel il fit les honneurs des deux actes terminés de Rien^i. Meyerbeer charmé et intéressé lui donna une quantité de lettres pour les éditeurs, directeurs et musiciens parisiens; ces recommandations ne furent pas d'un grand secours, car Wagner réduit à la misère, fut obligé pour vivre, de s'abaisser aux plus basses besognes musicales (jusqu'à

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faire des arrangements pour cornet à piston). Après deux années d'inutile séjour à Paris, il se rendit à Dresde (1842) où on lui joua Rienii avec un succès qui motiva sa nomination de Capellmeister du théâtre royal.

Il ne s'arrêta pas en si bonne voie, le Vaisseau fantôme dont les grandes lignes étaient déjà indiquées, fut terminé en sept semaines et exécuté sous la direction de l'auteur. Un abîme existait déjà entre Rien^i et cette dernière œuvre.

Le public désorienté ne fit pas absolument un mauvais accueil à la nouvelle pièce, mais il ne comprit pas. Ce genre nouveau le sortait trop de ses habitudes; plus d'airs ni de trios ni de quatuors ; le rôle de l'héroïne Senta ne comporte dans toute l'œuvre qu'un seul numéro où elle chante, absolument seule, la courte ballade.

Monté à Berlin, le Vaisseau fantôme fit fiasco. Le Tannhauser fut exécuté le 19 octobre 184s, le public, plus accoutumé au genre nouveau du drame lyrique, fit à l'œuvre un succès enthousiaste. De cette époque datent les grandes luttes musicales qui remuèrent le monde civilisé tout entier ; Wagner avec son tempérament porté à la combativité se jeta

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avec ardeur dans la mêlée ; il défendit ses convictions avec acharnement. Les affaires de 1848 et de 1849 ^^ trouvèrent tout prêta se rallier au parti révolutionnaire, il écrivit une brochure : VArt et la Révolution qui fit sensation, mais qui le fit condamner à Texil. Wagner se réfugia à Zurich où il vécut une dizaine d'années, pendant lesquelles il composa Loliengrin et commença Timmense travail de la Tétralogie.

Ayant envoyé la partition de Lohengrin à Lis^t, à Weimar, celui-ci monta la pièce aussitôt; la première eut lieu le 28 août 1850; Wagner se débarrassait de plus en plus de la défroque du vieil opéra ; il en résulta une forme nouvelle entièrement différente de l'opéra de l'ancienne école. Lis\t avait déjà fait exécuter le Tannhauser à Weimar, un groupe d'ardents admirateurs de Wagner était né; Lohengrin fut donc acclamé. De nombreuses scènes allemandes suivirent l'exemple donné; l'étranger suivit le mouvement plus tard. Wagner resta quinze ans sans rien faire entendre de neuf, mais il n'en travaillait pas moins.

En 1859 ^^ visita l'Italie qu'il adorait tout en

«/r j w X détestant sa musique. En 1860, M"^^ de Metter- M"* de Met- ^ '

ternich. nich intrigua auprès de l'empereur pour faire

monter le Tannliaiiser à l'Opéra de Paris. Wagner accourut mais il ne trouva que mauvaise volonté; la façon dont l'œuvre avait été imposée à l'Académie royale déplut au parti libéral, la politique s'en mêla ; Wagner toujours combattif défendit son œuvre avec aigreur dans les journaux; bref la représentation eut lieu; elle fut sifflée dès le début, et la toile tomba sans qu'on ait pu entendre une note.

Le talent, ou plutôt le génie de Wagner entre dans sa troisième période avec Tristan et Iseulde^ œuvre entièrement neuve de forme, libérée de toutes les méthodes et des traditions anciennes. Elle déconcerta tellement les chanteurs de l'Opéra de Vienne qu'ils la déclarèrent inchantable, ils oubliaient un acte aussitôt qu'ils en étudiaient un autre ; l'ouvrage fut mis de côté après plus de cinquante répétitions. Grâce à l'enthousiasme artistique Louis II et à la protection de Louis II, roi de Bavière, de Bavière, ^^j devint l'ami le plus fidèle et. le disciple le plus fervent de Wagner, Tristan fut donné Ludwig à Munich le lojuin 1865 avec Lud-ivig Schnorr

Schnorr. gt; sa femme dans les deux principaux rôles. M'"® Sclmorr

Quoique les Maîtres chanteurs n'aient été ni

terminés ni entendus avant Tristan, leur con-

ception date de l'époque de Lohengrin. L'auteur y pensa et y travailla pendant plus de vingt ans. Terminés en 1867, la première exécution eut lieu à Munich le 21 juin de l'année suivante.

Le texte complet de F Anneau des Niebelungen avait déjà paru sans musique en 1853, mais quel théâtre eût été capable de monter une œuvre pareille, quatre opérasofïrantlesdifficultés les plus insurmontables de chant, d'orchestre, de mise en scène? Jamais œuvre pareille n'avait encore vu le jour de la rampe. L'ami de Wagner, Louis II, devait lever toutes ces difficultés. A peine fut-il monté sur le trône qu'il invita Wagner à venir se fixer à Munich, puis il lui fit cadeau d'une villa au bord du lac Starnberg, un des plus pittoresques de la Bavière. Tout souriait de nouveau à Wagner: il venait d'épouser en secondes noces la fille de Cosima. Liszt, Cosima^ divorcée d'avec son premier H.vonBûlow mari H ans von Billow, et il voyait se réaliser enfin le rêve des vingt dernières années de sa vie : l'exécution de sa Tétralogie, composée d'une trilogie et d'un prologue. Ce prologue {le Rheingold) fut donné à Munich au théâtre royal le 22 septembre 1869, avec un succès tel que l'on s'occupa de suite à réunir les fonds

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nécessaires à la création d'un théâtre spécial où devaient être exécutées les œuvres de Wagner, mais qui devait être aussi une sorte de temple de l'art allemand ; les représentations solennelles musicales et dramatiques devaient être périodiques bien qu'à plusieurs années d'intervalle les unes des autres. Ce théâtre devait être une institution nationale, destinée à mettre en lumière les chefs-d'œuvre scéniques des maîtres allemands.

En 1871 Wagner s'établit à Bayreuth ; il choisit l'emplacement du temple projeté, et le jour de la Pentecôte, le roi Louis posa la première pierre du « Festspielhaus ». Ce même jour eut lieu un grand concert dirigé par Wagner. L'orchestre était composé des premiers instrumentistes et musiciens allemands. HansRichter (Le célèbre i?/V///^r, le grand chef d'orchestre, tenait la partie de timbales.) La construction fut vivement élevée, grâce aux fonds qui affluaient de toutes parts. Les associations v^agnériennes qui avaient poussé un peu partout en Allemagne, fournirent à elles seules 900000 marks. Les trois premières représen-^ tations du cycle complet eurent lieu du 13 au 30 août 1876, en présence de l'empereur Guil-

Empereur lanme P% du roi de Bavière et de l'élite du

monde artistique de toutes les nations.

de Bavière. ^a dernière œuvre de Wagner, Parsifal^ fut donnée encore sous la direction du maître eir juillet-août 1882 ; la première représentation eut lieu le 26 juillet. En 1883 se forma le Allgemeiiier Richard Wagner-Verehi en vue d'assurer l'avenir du théâtre de Bayreuth, devenu dans un but de spéculation peut-être maladroit, le temple exclusivement voué au culte vs^agnérien ; ce Verein fut créé après la mort de Wagner, qui, usé par une existence fatigante et par les répétitions de Parsifal^ était allé mourir à Venise (1883). Son corps fut ramené à Bayreuth et enseveli près de sa villa Wahnfried.

Wagner laisse de nombreux écrits (trop longs à énumérer ici) dont l'ensemble forme

Fritzsch. .dix volumes publiés chez Frit^sch à Leipzig.

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