CHAPITRE XV
MUSIQUE MODERNE, DELIEES, GUIRAUD, CHABRIER, GODARD, BIZET, C. FRANCK, LES MUSICIENS ÉTRANGERS, l'ÉCOLE ANGLAISE^ SCANDINAVE, RUSSE, BELGE, ITALIENNE.
11 ne nous reste plus qu'à jeter un coup d'œil sur l'ensemble de la musique et sur son mouvement ascendant, en France ainsi qu'à l'étranger, en saluant les tombes de quelques grands disparus, en montrant notre reconnaissance aux maîtres reconnus que le monde musical a le bonheur de posséder, et en portant notre espoir et nos encouragements aux jeunes dont certains noms seront entourés d'une auréole prochaine.
La France a subi des pertes douloureuses dans les personnes de Dclibes, de Lalo, de Guiraud, de Biict, de Chabn'er, de Godard; tous morts à peu de distance les uns des autres; d'autres encore ont quitté ce monde
Léo Delibes
Le Couppey, Bazin.
Adam.
sans avoir pu donner tout ce que l'avenir nous réservait de leur part. Morts il y a si peu de temps, ils appartiennent déjà au passé et nous devons ranimer en quelques mots leur souvenir.
Léo Delibes (1836-1891) eut des commencements très modestes; né à Saint-Germaindu-Val, dans la Sarthe, nous le trouvons en 1848 enfant de chœur à Téglise de la Madeleine, il entra au Conservatoire et devint l'élève de Le Couppey^ de Baiin et âHAdam. Il commença sa carrière de compositeur par des ballets qui lui valurent une prompte célébrité. Ses principales œuvres sont : la Source^ Coppelia^ Sylvia et les opéras-comiques : le Roi l'a dit^ Jean de Nivelle (qui dut son succès momentané au talent charmeur de M"^ Bilbaut-Vauchelet, plus tard M"^ Nicot), Lahmé et enfin Kassya œuvre posthume inachevée.
Edouard Lalo (1830-1892) né à Lille, commença par composer des œuvres de musique de chambre qui le firent peu connaître, simple altiste il faisait peu parler de lui; s'étant lié avec le violoniste Sarasate, il lui dut en partie sa réputation, car le grand violoniste rendit populaire sa Symphonie espagnole^ sa Suite norvégienne et son Concerto en fa. Il avait une
Mlle Bilbaut- Vauchelet.
Ed. Lalo 1830-1892.
Sarasate .
E. Guiraud.
Marmontel.
Barbereau.
Halévy.
E. Réty.
belle œuvre dramatique en portefeuille, un opéra en trois actes, le Fiesqiic^ dont le public connut et applaudit de nombreux fragments, mais qui ne fut jamais mis en scène. Le roi d' Ys, valut enfin à Lalo une réputation bien méritée quoique tardive. Cette belle œuvre, jouée à rOpéra-Comique futsuivie d'un ballet à rOpéra, Namotina\ on lui doit encore des trios, des sonates, un concerto pour violoncelle, etc.
Ernest Guiraud (1837-1892) est né à la Nouvelle-Orléans (Louisiane). 11 fut au Conservatoire élève de Marmontel^ de Barbereau et à' Halévy. En 1839, dès sa première année de concours, il obtint le prix de Rome à l'unanimité. Détail curieux, son père l'avait eu en 1827, trente-deux ans auparavant. Professeur d'harmonie au Conservatoire, il fut nommé professeur de composition en 1881. Il mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante au Conservatoire même, dans le cabinet du chef du secrétariat, Emile Réty.
Guiraud très pris par le professorat ne laissa qu'un nombre d'œuvres restreint. On peut citer : Sylvie, en prison^ le Kobold^ le Forgeron de Gretna Green (ballet), M'''^ Turlupiu., PiccoUno, des suites d^orchestres, une can-
(j. Bizet 1838-1875.
Zimmermann.
Marmontel.
Halévy.
M-"* Galli- Marié.
tate le Feu, et un petit traité d'orchestration, Georges Bi{et (1838-1875) né à Paris, appartient (ainsi queLalo) à une école déjà avancée; l'influence de Wagner et du Leitmotiv, commence à se faire sentir ; élèy e de Zi?n m ermann, de Marmontel et à'Halévy (dont il devait épouser la fille) il conquit son prix de Rome en 1857. Sa mort prématurée (il mourut à trentesept ans) priva le monde musical de chefsd'œuvre certains, car sa dernière œuvre Carmen, lui réserve une place marquante parmi les gloires françaises. Malgré le talent des interprètes, l'admirable Galli-Marié en tête, Car- ;?/^;2 n'obtint pas à Paris un succès réel : le sujet efïarouclja quelque peu \-q public pudique de rOpéra-Comique, mais l'enthousiasme se réveilla plus tard, lorsque ce même public eut constaté l'accueil triomphal fait à cette même œuvre partout à l'étranger. Carmen eut la vogue de Mignon et de Faust et le succès de cette œuvre maîtresse est loin de diminuer. Carmen avait été précédée par : Les Pêcheurs de perles, la Jolie fille de Perth,Djamileh, et V Artésienne. Bizet écrivit encore l'ouverture de Patrie et un cahier de vingt mélodies. Il mourut à B'ougival, après une courte maladie.
E. Chabrier 1841-1894.
B. Godard.
Reber.
Colonne.
Emmanuel Chabrier est né à Ambert en 184 1. Docteur en droit à vingt ans, puis attaché au ministère de l'Intérieur, il n'étudia d'abord la musique qu'en amateur. Mais il rattrapa vivement le temps perdu ; on ne lui connaît pas de professeur. Doué d'une intelligence vive et lucide, il apprit néanmoins tout ce qu'un musicien doit savoir; son orchestration est d'un coloris endiablé, comme le prouve son poème symphonique Espaha. Son premier ouvrage fut un opéra bouffe VEtoiley puis parurent successivement la Sulaiiiite^ le Roi malgré lui et Gwendoline qui fut donnée à l'Opéra. Chabrier frappé de congestion cérébrale put encore assister à l'exécution de son œuvre, mais il mourut peu de mois après la première représentation (à Paris 1894).
Benjamin Godard, né à Paris en 1849 ^^^ un auteur extraordinairement fécond ; ce fut son tort, car s'il laissa des œuvres de tout premier ordre, une quantité d'autres ne firent que nuire à sa réputation ; il commença par être violoniste, ses études d'harmonie avaient été dirigées par Reber, Enfant prodige il débuta de très bonne heure; en 1878 il remporta le prix de la Ville de Paris avec le Tasse qui fut joué par Colonne, avec un succès éclatant. Ses
principales œuvres théâtrales sont : Jocelyn^ le Dante ^ Pedro de Zalameo^ les Guelfes^ la Vivandière. On lui doit une quantité d'œuvres de musique de chambre, des concertos de violon et de piano une symphonie gothique^ une symphonie légendaire^ une symphonie orientale., vingt-quatre études artistiques pour piano, une masse de morceaux de piano, de violon, des mélodies pour chant, etc., etc. Godard mourut d'une maladie de poitrine, à Cannes, en 1895.
Nous terminerons ces« mémentos » biographiques par un étranger, bien musicien français quand même, car il passa sa vie en France, et se considérait lui-même comme
César Franck Français; nous voulons parler de César Franck 1822-1891. . , .\., ^ .^ Q . , ,.
qui, ne a Liège en Belgique en 1822, vint des
sa première enfance à Paris. Elève au Conservatoire il travailla le piano avec Zimmermann et le contrepoint avec Leborne. A. Thomas lui confia la classe d'orgue en 1872. Homme simple, modeste, musicien dans le sens des grands maîtres anciens, vivant pour son art, Franck devint bientôt, et presque sans s'en douter, chef d'école. Organiste à l'église Sainte -Clotilde, il était entouré chaque dimanche d'une garde de fervents dis-
ciples qui devaient plus tard, après la mort du maître, fonder une école nouvelle, une chapelle d'adoration mutuelle dans laquelle César Franck est élevé au rang de dieu, mais dans laquelle, le fils, le saint esprit et beaucoup de saints sont aussi représentés... ou tiennent à l'être. Les œuvres les plus renommées de Franck sont les oratorios : Ruth, Rédemption, Rebccca Jes Béatitudes, les Bolides, des messes, des offertoires, des pièces d'orgue et de piano, un quintette pour piano et cordes, un quatuor à cordes, un trio, une sonate pour piano et violon, etc.
La France, entrée dans l'arène musicale bien après l'Italie et l'Allemagne, n'a joué longtemps qu'un rôle secondaire. Il fallut l'Allemand francisé Gluck, les Méhul, les Grétry, etc. pour la sortir du flon-flon des bergeries et des divertissements poudrés. Elle a bien rattrapé le temps perdu, car elle possède à son tour de grands maîtres de l'opéra, et de grands symphonistes. L'école française est en pleine floraison, elle possède une école moderne, et des pionniers qui la devancent, suivant en cela l'éternel rénovation de l'art qui meurt quand il est stationnaire. Le drapeau musical Reyer. français est porté haut et ferme par : Reyer,
Saint-Sîëns.
Massenet.
Paladilhe.
Th. Dubois.
Widor.
Vincent d'Indy.
Gabriel Fauré.
Bruneau.
Messager.
Coquard.
Bourgault.
Ducoudray.
Duvernoy.
Lenepveu.
Pessard.
Erlanger.
Charpentier.
Debussy.