LA MUSIQUE ALLEMANDE, BACH, HAENDEL, HAYDN, MOZART, BEETHOVEN
.as. Au xvii^ siècle, Pretorins et Schut^ s'étaient itz. consacrés à la tâche d'importer en Allemagne l'école italienne. Le trait d'union des écoles allemandes et italiennes est représenté surtout nn Fux. pavJoJiajin Fiichs ou Fiix qui mourut à Vienne elenka. en 1741. Son œuvre fut continuée par Zelenka Poglietti. ^^ PogUctti^ auteurs de compositions fugales qui devaient servir de point de départ au génie de l'immortel Sébastien Bach. Fux écrivit à Vienne sa f/iessa ca/io/iica et dédia à Charles V son traité de contrepoint gradus ad parnassum (1725) qui servit à l'instruction de Haydn, Mozart et Beethoven.
Le premier maître du style nouveau fut
Heinrich Karl Heinrich Gratin (1710-1759) qui écrivit
1710-1749 trente opéras et l'oratorio la Mort de JésuSy
joué encore fréquemment en Allemagne ;
mais son génie très réel fut noyé dans l'ombre colossale de son contemporain S. Bach.
J.-S. Bach Jean Sébastien Bach (i68=^-i7=io), né à Eise-
1685-4750. 1, T • ^ - T Al.'
nach en Turinge, ou son iperejeaii Amaroise
^■•^^^o^^Q Bach était musicien de la cour et de la ville,
Bach. '
appartenait à une famille nombreuse dont
tous les membres étaient musiciens de profession ; l'ancêtre Bach, meunier, venu par hasard de Hongrie, jouait du luth en regardant tourner sa meule. A l'époque où la réputation de Seb. Bach était à son apogée, il n'y avait pas moins de- trente Bach occupant des situations d'organiste en Turinge, en Franconie et en Saxe. Orphelin à dix ans, Sébastien fut adopté par son frère Jean Christophe, organiste dans la petite ville d'Ahrdruff. Doué d'une jolie voix d'enfant, il devint choriste à l'Ecole latine de Luneburg, qu'il quitta pour aller travailler à Hambourg avec le grand organiste Reinhen^ jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Après avoir joué du violon dans la chapelle du grand -duc de Saxe- Weimar, il obtint la place d'organiste à la nouvelle église d'Arnstadt. Ses appointements étaient de 250 francs par an ; quelques leçons lui permirent de vivre tant bien que mal. On raconte que Bach demanda un congé à son
Jean
Christophe
Bach.
Reinken.
pasteur pour aller à Lubeck entendre le célè- Buxtehude. bre organiste Biixteliiicie; il fit à pied les soixante lieues qui le séparaient de cette ville. Bien accueilli par le maître, Bach resta absent quatre mois. Fort mal reçu à son retour par les autorités de son église qui du reste lui témoignaient leur mécontentement à propos des « extravagances » qu'il se permettait dans les chorals, Bach donna sa démission et fut engagé de suite à l'église Saint-Biaise de Mulhouse où sa première occupation fut de réparer l'orgue de ses propres mains, travail qui rentrait du reste dans les attributions des organistes de l'époque. Il se maria la même année (1707) et eutde ce premier mariage huit enfants. Il quitta Mulhouse au bout de peu de Duc temps pour Weimar où le duc Guillaume lui
Erne^t"^ duc °^^^^ ^^ P^^^^ d'organiste de la cour. La femme de Saxe- de Bach mourut en 1720. Un an et demi plus Weimar. ^^^^ -^ épousait une de ses élèves qui lui donna à son tour treize enfants. Il abandonna Wei- Prince mar pour Côthen, où le prince Léopold d'And'Anhalt- halt-Cothen lui offrait une position acceptable Cbthen. de chef d'orchestre (il y composa son « clavecin bien tempéré ») puis il se fixa enfin définitivement à Leipzig, comme maître de chapelle de \ église Saint-Thomas ; il avait alors quarante-
huit ans (1833). C'était bien là l'existence qu'il lui fallait, l'atmosphère dans laquelle son merveilleux génie pouvait se développer à son aise. C'est à Leipzig qu'il composa la colossale Passion d'après saint Mathien, écrite à deux chœurs et à deux orchestres, la Passion d'après Saint-Jean^ moins développée et antérieure à la première ; la Messe en si mineur et un nombre considérable de cantates. Un des événements les plus impT^rtants de sa vie si calme d'habitude fut Frédéric sa visite au roi Frédéric le Grand qui le traita avec les démonstrations du plus profond respect.
Bach ne sut jamais ce qu'était la richesse; jamais il ne sut tirer profit de l'amitié des nombreux princes, ses admirateurs; il était simple, bon et modeste. Ayant perdu la vue peu de temps avant sa mort, il supporta cette épreuve avec patience et il mourut doucement au milieu des siens, à Tâge de soixante-cinq ans, laissant à la postérité l'œuvre d'art la plus formidable, œuvre qui, encore actuellement, est considérée comme la base même de la musique. Bach était austère, content de tout, heureux par son art ; il composait comme un autre respire, c'était chez lui une nécessité et une joie.
le Grand.
Tout autre fut la carrière de Gcorges-Fré- Haendel. dcric Haëndel^ né à Halle dans la basse Saxe, le 23 février 1685, la même année que Bach. Son père qui était médecin, s'opposa d'abord à la vocation musicale de l'enfant et contrecarra par tous les moyens les goûts et les aspirations du génie futur, en bannissant de la maison tout instrument, en défendant de conduire son fils à tout endroit où il eût pu trouver l'occasion d'entendre de la musique, fût-ce même de la musique militaire... l'enfant découvrit une vieille épinette dans le grenier et travailla pendant que le reste de la maison dormait. A sept ans, il jouait remarquablement. Le père ne connut le talent de son fils que plus tard, lors d'une visite qu'ils firent Duc de Saxe- chez le duc de Saxe-Weissenfels. L'enfant Weissentels . g^ croyant seul ne put résister à l'envie d'essayer l'orgue de la chapelle ducale. Découvert et amené tremblant devantson père et le duc, celui-ci plaida sa cause et obtint du père Haendel qu'il lui fît donner des leçons par Zockau. Zockau, organiste de la cathédrale de Halle; celui-ci, par la suite, dut avouer que l'élève en savait plus long que le professeur. Haendel avait alors onze ans.
Il apprit entre temps le clavecin, le violon
et le hautbois, son instrument favori ; à Attilio Berlin, il travailla sous Attilio et Bunon-
Bunoncini. cini; revenu à Halle il continua ses études jusqu'en 1703, puis il devint violoniste à
Buxtehude. TOpéra de Hambourg. Buxtehude étant mort et sa place vacante, Haendel posa sa candidature,'mais il la retira quand il apprit que la main de la fille du défunt faisait partie de la position.
A son premier opéra Almira (1705) succédèrent A^^>d?w QiDaphnis et Florinda. Le jeune maître se rendit à Florence, où il produisit RoderigG. A Venise, où il rencontra Scarlatti on monta son Agrippine. A Rome le cardinal Pamphili lui dédia des vers dans lesquels il le compare à Orphée.
'A son retour en Allemagne, l'électeur de Hanovre, plus tard Georges P' d'Angleterre, lui oflFrit la place de maître de chapelle avec un traitement de quinze cents ducats. Haendel accepta à condition d'avoir un congé qui lui permît de visiter l'Angleterre. Il débarqua à Londres (en 17 10) où il devint le favori de la haute société. On donna de lui Rinaldo et Armide, épisode tiré de Jéru^lem du Tasse. C'est dans cette œuvre que se trouve l'air si connu : Lascia ch'io pianga.
Roi Georges P
Haendel revint à Hanovre mais il obtint un nouveau congé et retourna à Londres pour écrire deux chants de grâce à l'occasion de la paix d'Utrecht, un Te Deum et un Jubilate.
Rien d'aussi grandiose n'avait encore été entendu. La reine gratifia l'auteur d'une pension de mille livres sa vie durant ; deux autres pensions identiques lui furent accordées encore, l'une par le roi, l'autre par la princesse royale.
L'exécution du premier Oratorio de Haendel : Esther, fut le grand événement de l'histoire de la musique en Angleterre, le pays de l'Oratorio par excellence ; néanmoins le succès ne répondit pas à l'attente de l'auteur; dépité, il partit, pour l'Irlande où il fit donner Le Messie^ « au bénéfice et pour la libération des pauvres prisonniers détenus pour dettes». Cette fois le succès fut complet. Il revint en Angleterre pour ne plus quitter ce pays. Comme Bach, il devint aveugle et eut à subir inutilement l'opération de la cataracte, mais il eut le temps de composer encore d'autres oratorios et de faire d'importantes corrections et additions à ses œuvres. Il mourut subitement, le 13 avril (1759) en revenant d'un concert; de
pompeuses funérailles lui furent faites à l'abbaye de Westminster.
Emanuel Charïes-Philippe-Bmanuel Bach^ le plus
*^ * • connu des fils célèbres du grand Sébastien, forme le lien, la transition musicale entre Bach et Haendel d'un côté, Haydn et Mozart de l'autre. Il inventa la technique du piano, et fut le prédécesseur des Clémenti, desHummel et des Liszt. Une partie de sa vie fut consacrée à mettre en ordre les œuvres de son père ; auteur charmant et populaire, il est mort à Hambourg en décembre 1788.
Haydn ♦ Joseph Haydn (i^' avril \']-i,i-->,i mai 1809)
1732-1809. g^^ dix-neuf frères et sœurs, il était le second enfant de cette nombreuse famille. Ses parents habitaient Rohrau en Autriche, et n'étaient que de pauvres travailleurs. Sa mère aurait voulu le pousser vers la carrière ecclésiastique, mais son père, mélomane, accepta la proposition que lui fit un parent, nommé Fr a )ilih, de se charger de l'éducation musicale de l'enfant. Joseph partit pour Hambourg où son cousin lui enseigna les premiers principes de son art.
G. Reuther. G^^;^^é?5i?^///77^r,maître de chapelle de Saint- Stéphane à Vienne, le fit venir et l'engagea parmi ses choristes. C'était un enfant, malin
Marie- Thérése.
et toujours prêt à se rompre le cou. Grimpé un jour au faîte du nouveau palais alors en construction, il ne sut plus comment en descendre ; ce fut l'impératrice Marie- Thérèse qui, l'ayant aperçu dans cette position critique, le fit chercher et reconduire chez son maître. Un autre jour il s'amusa à couper la queue de la perruque d'un de ses condisciples. Comme il avait perdu sa jolie voix, Reuther profita de cette gaminerie pour le mettre à la porte.
Sans ressources, Haydn coucha dans un grenier, puis il chercha des leçons et se tira d'affaire; il avait le talent de se faire partout des amis.
• En 1752, il composa sa première messe et mit en musique un opéra-comique de Félix Kiiri^ travail qui lui fut fort bien payé. Voulant travailler avec Porpora,le vieux chanteurcompositeur, il s'engagea chez celui-ci comme valet. Gluck remarqua les dispositions du serviteur de Porpora et lui conseilla d'aller étudier en Italie, mais ses moyens ne le lui permettaient De Furnburg pas. Un riche amateur, de Furnburg, l'invita à habiter sa maison de campagne, Haydn accepta et en profita pour se faire la main en écrivant un grand nombre de quatuors à cordes.
F. Kurz.
Porpora.
Gluck.
Il fut ensuite engagé comme directeur musi- Comte cal chez le comte' Mory^in, où il composa sa *'*^* première symphonie (17^9). En 1761 il devint Prince chef d'orchestre du prince Esterha{\\ qu'il ne Esterhazy j^y^^^ p^^g quitter. Ce fut dans cette immense propriété d'Esterhazyque Haydn composa tous sesopéras et la plupart de ses œuvres instrumentales. Le prince, amateur remarquable et généreux, voyageait avec son orchestre qu'il emmenait à Vienne ou à Pressbourg.
En 179 1 Haydn fut invité à Londres où il fut comblé des attentions les plus flatteuses. Il eut l'occasion d'entendre le Messie à Westminster. Le chœur « Halleluia :» lui fit surtout une impression profonde. Revenu en Autriche, ii se mit à composer un oratorio dans le st}-le de Haendel. Deux ans après (1798) on jouait La Créatiojf au palais de Schwarzenburg.
Le succès fut immense.
La dernière œuvre de Haydn fut « Les Saisons ». A partir de 1805, sa santé ne lui permit plus aucun travail cérébral ; il mourut le 51 mai 1809 aimé et admiré du monde entier.
Le catalogue de ses œuvres mentionne :
118 symphonies, 44 sonates, ^} quatuors.
Mozart 1756-1791.
Léopold Mozart.
Marianne Mozart.
Marie- Thérèse.
19 opéras, i^ messes, 24 concertos, 163 pièces pour baryton, ^ oratorios, 42 mélodies pour chant, 39 canons, 36^ arrangements de vieux chants écossais, etcf., etc.
La forme de la symphonie, telle qu'il l'a écrite, a serv^i de modèle à tous les compositeurs.
Le successeur immédiat de Haydn, l'héritier de son génie et le continuateur de la grande lignée des maîtres-compositeurs commencée avec Bach, fut : IVolfgang Amadeiis Mozart. Le nom seul de Mozart est synonyme de charme, grâce, pureté, perfection sous toutes ses formes, et aussi de poésie, d'esprit et de puissance dramatique. On peut dire de Mozart que, d'avoir traversé le monde, hélas I si peu de temps ! il le rendit meilleur.
Mozart (17^6-1791) est né à Salzburg (Autriche). Son père Léopold Mozart, excellent musicien, a laissé une méthode de violon célèbre. Wolfgang et sa sœur Nannerl (diminutif de Marianne) furent tous deux des prodiges musicaux. Dès l'âge de trois ans la musique devint pour lui un besoin, à cinq ans il composa. A six ans son père le présenta à Marie- Thérèse. Plus tard à Frankfort, il joua devant Goethe. A Paris il devint l'enfant gâté de
Gœthe.
M"i« de Pompadour.
Empereur Joseph.
Martini.
Archevêque de Salzbourg
toutes les princesses et de la Pompadour. En 1764, la petite famille se rendit à Londres où elle se fixa pendant près de deux ans, puis elle revint à Salzburg après un court arrêt à Amsterdam. Quand Mozart eut douze ans, l'empereur Joseph lui commanda un opéra italien La Finta Simplice, mais des intrigues créées par les bons collègues musiciens empêchèrent l'œuvre d'être jouée. Le père Mozart se fixa alors pendant quelque temps en Italie, la vraie patrie de l'Opéra. A Milan on commanda au jeune compositeur un opéra pour lequel il reçut 100 ducats en or; à Bologne, il visita le père Martini^ connu pour le plus savant musicien de l'époque. A Rome, Mozart joua devant le pape qui le nomma chevalier de son ordre, malgré son jeune âge.
Son séjour en Italie fut raccourci par la volonté de l'archevêque de Salzbourg qui ordonna au père Mozart de venir reprendre sa place de kapellmeister. Mozart qui avait en horreur l'archevêque et ses collègues en musique, presque tous des ivrognes invétérés, ne rentra chez lui qu'à regret. A vingt et un ans il obtint enfin la permission de quitter sa ville natale.
Après un court séjour à Munich il se rendit
Aloysia à Mannheim où il s'éprit de M"° Aloysia von vonWeber. ^Veber, la fille de son hôte.
Mozart céda aux conseils de son père qui lui écrivait qu'il se devait à son talent avant tout, et se rendit à Paris avec sa mère, où il assista en spectateur à la querelle des Gluckistes et des Piccinistes. Ce voyage fut très profitable à son éducation musicale, mais, entouré d'intrigues, il ne put récolter les fruits de ses succès artistiques ; force lui fut, quoique bien à contre-cœur, d'accepter à son tour la position de chef d'orchestre à Sal^boîiror.
En 1780, le théâtre de Munich lui commanda Idomenco ; le succès fut complet.
En 178 1, Mozart dut accompagner à Vienne son patron l'archevêque, grossier et vaniteux personnage, qui aimait à faire constater que Mozart faisait partie de ses gens; ce séjour à Vienne fut totalement gâté par l'humeur insupportable du prélat qui l'humiliait de toutes les façons possibles. Poussé à bout, Mozart eut avec son soi-disant protecteur une querelle à la suite de laquelle il fut jeté à la porte par Comte Arco. l'entremise de la botte du comte Arco, chef de la maison de Son Eminence. Mozart eut le chagrin de voir son père se tourner contre lui
dans cette circonstance, mais l'indépendance acquise, compensa largement les insultes et les humiliations dont il avait été suffisamment abreuvé. Il eut à traverser une période pendant laquelle il mourut presque de faim ; cependant l'empereur Joseph ayant exprimé le désir d'entendre un opéra allemand, Mozart se mit à l'ouvrage et écrivit : L Enlèvement du Sérail^ qui fut représenté en 1782 avec un succès prodigieux. Les Italiens alarmés par ce triomphe inattendu qui menaçait leur école, Saliéri. chargèrent leur maître Salieri de circonvenir l'empereur. . . qui fit retirer l'opéra du répertoire sous prétexte « qu'il y avait trop de notes ». C'est à cette époque que se rattache le mariage de Mozart avec la sœur de son Constance ancienne passion Aloysia, Constance von Weber; il eut à vaincre de fortes oppositions, celle de son père et celle de la mère de la jeune fille ; mais son amour lui fit briser tous les obstacles. C'est à cette époque aussi que commence la grande période de ses compositions.
Nous ne pouvons ici que résumer jusqu'à l'extrême le catalogue de l'œuvre formidable de ce génie mort à trente-cinq ans.
i""^ période (1761-1767), essais d'enfance : plu-
von Weber.
sieurs symphonies, concertos, œuvres de piano.
1^ période (i 768-1 773), adolescence : la Finta simplice, Mithridate, Ascanio, le Songe de Scipion, messes et litanies.
^^ période (1774-1880), Je jeune homme : \q Finta Giardineira, le Roi pasteur, Misericordias.
\^ période (i 781- 17 84), l'homme fait: Idoménée, l'Enlèvement du sérail.
^^ période (1785-1791), le point culminant : Quatuors, Noces de Figaro Don Juan, Cosi fan tutti, la Flûte enchantée, Titus, la Symphonie en ut, le Requiem.
Enfin, l'œuvre totale comprend : 68 œuvres d'église, 17 sonates pour orgue, 10 cantates avec orchestre, ?3 opéras, G6 airs, duos, trios, quatuors pour chant et orchestre, 4i mélodies pour chant et piano, 22 sonates et fantaisies pour piano, 50 autres pièces pour piano seul à quatre mains ou à deux pianos, ^5 sonates et variations pour piano et violon, ^^ duos, trios, quatuors et quintettes pour instruments à cordes, -lO symphonies, 55 concertos, sans compter les divertissements, sérénades, marches, danses, etc., etc.
Malgré ses succès, Mozart eut à lutter toute
6o HISTOIRE DE LA MUSIQUE
sa vie contre la pauvreté. Il écrivit les Noces de Figaro sans avoir de quoi allumer du feu, et l'hiver était froid.
Don Juan fut composé et exécuté à Prague, où on présenta à Mozart le jeune Beethoven alors âgé de seize ans. Il composa encore la Flûte enchantée et le Reqniem qu'il pressentit être son dernier effort; il se sentait souffrant et s'imaginait être empoisonné par Salieri, son adversaire, Mozart mourut à Vienne le 5 décembre 1791. L'église refusa la sépulture chrétienne à l'auteur des messes et du Requiem, parce qu'il était franc-maçon ; sa tombe . est ignorée.
Nous arrivons maintenant, en suivant la grande route des symphonistes, au titan de la musique, je veux dire Beethoven.
Beethoven Louis van Beethoven, né à Bonn en Prusse, ■ le 17 décembre 1770, dut en quelque sorte son génie à l'amertume de son existence ; il l'expia par des chagrins. Sa famille était originaire de Maestricht en Hollande.
Jean von Son père, Jea?i van Beethoven et son aïeul, Beethoven. Louis van Beethoven faisaient partie tous deux de la chapelle de l'électeur de Cologne, l'un comme ténor, l'autre comme maître de chapelle.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE 6l
Louis von Beethoven ne trouva pas chez ses parents la Beethoven, chaleur d'affection qui rend à l'enfant les commencements de l'étude plus aisée ; il montrait peu de dispositions pour la musique et les corrections d'un père brutal et adonné à la boisson purent seules le forcer à se mettre au piano.
Beethoven avait cinq ans lorsque son père
lui enseigna bon gré mal gré, les premiers
principes de la musique; puis il eut pour
Pfeiffer. maîtres : Pfeiffer^ hautboïste, et van dcr Edeu
VanderEden organiste de la Cour, son premier professeur
de piano.
Après une année d'études sérieuses, le goût passionné de la musique se développa tout à coup en Beethoven; dès lors, il devint plutôt nécessaire d'arrêter son ardeur. A la mort Neefe. de van der Eden (1782), Neefe^ le nouvel organiste, fut chargé par l'électeur Maximilien d'Autriche, du soin de continuer l'éducation de l'enfant qui attirait déjà lui l'attention publique. Neefe l'initia aux grandes conceptions de Haendel et de Bach ; elles inspirèrent au jeune artiste une admiration qui ne s'est jamais affaiblie.
A douze ans, il jouait par cœur le clavecin bien tempéré de Bach et remplaçait son pro-
Junker.
Sterkel.
fesseur d'orgue dans n'importe quelle circonstance. Il commençait à s'essayer dans la composition et écrivait de petites pièces qu'il désavoua ensuite, ne reconnaissant pour sa première œuvre que les trios gravés à Vienne.
11 acquit aussi une véritable réputation d'improvisateur, et excita l'admiration du compositeur Junlicr à Cologne, et de Sterkel à Aschaftenbourg. Dans l'hiver 1 786-1 787, il fit une excursion à Vienne pour y entendre Mozart pour qui on lui avait donné des lettres de recommandation. Mozart invita Beethoven à s'asseoir au piano et celui-ci se mit à improviser; Mozart crut que ce qu'il entendait était appris de mémoire, le jeune homme le pria alors de lui donner un thème; ce thème fut travaillé avec tant de force, de véritable génie, que le maître se leva sans bruit et passa dans la pièce voisine où il dit aux personnes qui s'y trouvaient : « Vous entendrez parler de ce jeune homme. »
A Vienne, Beethoven trouva un protecteur dévoué dans la personne du baron Godefroy van Svoieten^ directeur de la bibliothèque impériale. Lq prince Lichnowski^ élève de Mozart et la princesse Christine^ née comtesse de
Godefroy van Swieten
Prince Lichnowsky
Princesse Christine.
Famille Breuning.
Thun, adoptèrent en quelque sorte le jeune homme. Ils lui offrirent une hospitalité opulente, et lui assurèrent l'existence par une pension annuelle de 600 florins.
A Bonn, il avait déjà été recueilli par une famille qui lui fut fidèle jusqu'à la mort; cette famille se composait de M'"^ de Breuning, veuve d'un conseiller de cour, et de ses trois enfants.
Beethoven qui avait vu mourir sa mère en 1787 perdit son père en 1792. Il avait alors vingt-trois ans. Il se rendit à Vienne pour travailler avec Haydn, mais celui-ci préoccupé par la composition de ses dernières symphonies ne put pas consacrer à son élève assez de temps ; Beethoven travailla en cachette avec Sclienk et Alhreclitsherver, considérés comme les meilleurs professeurs de Vienne. Il se fit rapidement une grande réputation de pianiste et se mesura triomphalement avec Woelfl et Stcibelt^ les deux premiers virtuoses de l'époque.
La guerre qui troubla l'Allemagne et la mort de l'électeur de Cologne (i 801) privèrent Beethoven de la pension qui lui assurait l'existence. Cet événement ajouta à sa tristesse habituelle, tristesse qui avait commencé dès 1798, quand
Schenk,
Albrechtsberger.
Wœlft.
Steibelt.
il sentit les premières atteintes de la surdité, qui résista à tous les traitements et qui ne fit qu'augmenter jusqu'à devenir complète. On voit par un testament qu'il signa en 1805, que déjà le désespoir s'était emparé de lui.
Plusieurs fois, il fut sur le point d'attenter à ses jours pour mettre fin à ses angoisses morales. Il fit ce testament en faveur de ses deux frères dont l'un était commis à la banque Ries. nationale et l'autre pharmacien. Ries arrivé à Vienne, et placé dans l'intimité de Beethoven mit deux ans à découvrir la surdité du maître, tellement celui-ci mettait de soins à cacher son infirmité.
Salieri. Pressé par ses amis, Salieri en tète, d'écrire
un opéra, il céda à leurs instances et arrangea pour la scène de Vienne Léonore^ d'après la pièce française, mise autrefois en musique par Gaveaux. Ici commence la seconde période de son œuvre, classée en trois parties : la première dans laquelle l'influence de Mozart se fait sentir; la seconde toute personnelle, celle de la symphonie en ut mineur, et la troisième celle des derniers quatuors et de la 9^ symphonie.
Léonore^ plus connu sous le nom de Fidelio n'eut pas le succès attendu. Beethoven écrivit
successivement trois ouvertures pour cet ouvrage. L'opéra rejoué l'année suivante (1806) fut réduit en deux actes. On suppléa à l'ouverture en mi, inachevée, par celle des Ruines d'Athènes. Beethoven n'écrivit pour le théâtre que Fidélio^ les 3 Ouvertures de Léonore; celles des ruines d'Athènes.^ de Proniéthée, de Coriolan et à' Ep^mont,
De 180S-1808 parurent successivement, l'oratorio du Christ au mont des oliviers et la Symphonie héroïque^ primitivement dédiée à Bonaparte, dédicace qui fut déchirée quand l'auteur apprit que le premier consul s'était fait proclamer empereur. Puis vinrent : la Symphonie pastorale.^ celle en ut mineur, les concertos de piano en sol., en mi bémol et en ut mineur et quelques-unes des plus belles sonates pour piano.
Malgré son activité de production, Beethoven tirait alors peu de chose de la vente de ses ouvrages. Son existence était précaire. Délaissé par la Cour impériale, il fut sur le point d'accepter en 1809 la place de maitre de chapelle du roide Westphalie, Jérôme Bonaparte,
Archiduc ^^gàs trois de ses admirateurs, l'archiduc Ro- Rodolphe. . ,
dolphe^ le prince Lobkoiciti et le comte
Lobkowitz. Kinsky résolurent de conserver à l'Autriche,
Thomme qui en était la plus pure gloire. Ils lui assurèrent par acte signé, une rente annuelle de 4000 florins. Beethoven renonça à son projet et se fixa à Vienne, ou plutôt à Baden^ joli village situé à cinq lieues de la capitale. Ses fréquentes promenades l'avaient fait connaître des habitants qui se rangeaient avec respect pour ne pas troubler ses méditations. On parle souvent du caractère ombrageux de Beethoven imputable uniquement à l'envahissement toujours plus grand de la surdité. La vue d'un étranger suffisait à l'assombrir. Entre amis, il devenait affectueux, simple, cordial, à condition qu'on ne semblât pas se préoccuper de son infirmité. Il avait une manie, celle du déménagement. Dès qu'il avait un logement il n'avait pas de repos qu'il ne l'eût quitté. Beethoven ne se maria pas, mais il eut plusieurs romans, une Julie violente passion pour M"^ Julie de Guiccardi^ de Guiccardi q^i épousa le comte de Gallenberg, et une Marie tendre liaison avec la comtesse Marie d' Erd'Erdœdy. dœdy à laquelle il dédia les deux beaux trios de l'œuvre 70. Ses frères lui causèrent des chagrins de toute sorte. Après la mort de l'aîné (18.15) Beethoven se chargea de la tutelle dufils de celui-ci, son neveu. Il eut avec sa belle-
sœur à l'occasion de cette tutelle un procès qui dura plusieurs années et qui lui coûta beaucoup d'argent. De nombreuses anecdotes relatives à la distraction bien connue de Beethoven expliquent son désintéressement poussé jusqu'à l'excès. D'une constitution très robuste, jamais, la surdité à part, il ne s'était plaint d'aucun malaise. Cependant, vers les dernières années de sa vie, sa vigoureuse organisation s'altéra visiblement, il eut des symptômes d'hydropisie, qui, se produisant à des époques de plus en plus rapprochées ne laissèrent plus d'espoir de conserver la vie du maître. Fin 1827 le mal s'aggrava. Ayant résolu, pour arrêter les désordres de son neveu, de l'engager dans un régiment, Beethoven se rendit à la ville à cette occasion, mais, arrêté en chemin par un orage, il dut passer la nuit dans une misérable auberge où il prit un refroidissement. L'état du malade devint tout de suite grave, il fallut recourir à de douloureuses opérations qui affaiblirent encore Beethoven, et le 26 mars 1827, le grand homme expira.
Jamais l'intérêt qu'inspirait un tel génie ne se manifesta avec autant de force que pendant cette dernière maladie. La foule obstruait les
rues avoisinant son logement, les plus grands personnages se faisaient inscrire à sa porte. A la nouvelle fatale, une grande consternation se répandit dans la ville. Plus de trente mille personnes suivirent le convoi funèbre. Huit maîtres de chapelle tenaient le drap mortuaire; trente-six artistes, parmi les plus connus, portaient des flambeaux ; on exécuta le requiem de Mozart dans l'église des Augustins et les restes du maître des maîtres furent déposés au cimetière de Wahn'/ig, près de Vienne.