LE CARDINAL LAVIGERIE, ARCHEVÊQUE D’ALGER
Cette position prise par le pape et par le haut clergé n’alla pas sans violentes protestations des royalistes et des hommes engagés contre la République. Nouvelle
DES MODÉRÉS AUX RADICAUX. — LA CONCENTRATION
tempête. Au même moment, la République remettait décidément la France à son rang, parmi les grandes puissances européennes, par la visite de la flotte française à Cronstadt, préliminaire de l’accord militaire et de l’alliance franco-russe. Et, par contre, l’empereur Guillaume, après avoir rompu avec Bismarck, inaugurait cette politique mondiale^ encombrante et brouillonne, qui devait le mettre, un jour, en rupture avec l’ordre européen.
Le passé trouble se liquidait : il semblait que Freycinet allait gagner la partie qu’avait perdue Gambetta. Au ministère de la Guerre, en appliquant, en plein accord avec le Conseil supérieur, la nouvelle loi militaire, la loi de trois ans, l’habile ministre avait assuré la force plus élargie d’une armée devenue véritablement nationale par l’égalité devant les charges militaires. Mais la reconstitution de l’armée, la nouvelle orientation en matière de politique religieuse et le rapprochement avec la Russie furent aussi mal accueillis par la gauche que le ralliement par la droite. Renversé, Freycinet est remplacé par un cabinet Loubet-Ribot-Freycinet-Roche- Rouvier, s’étayant sur une concentration « modérée ».
Cette aube d’assagissement ne fait qu’irriter davantage les partis révolutionnaires et anarchistes. Les attentats se multiplient sans autre effet qu’une restauration du principe d’autorité. Le cabinet Loubet succombe dans la liquidation boueuse de l’affaire du Panama (novembre 1892). Ribot, grand honnête homme, un peu figuratif, le remplace : mais c’est, maintenant, l’ère des Arton et des baron de Reinach, les journées de « Leurs figures ». On pourrait croire que la République est empoisonnée de toute cette infection : non ! C’est à peine si la gangrène a atteint l’épiderme. Quelques vieilles réputations s’effondrent ; quelques personnages incriminés, à tort ou à raison, quittent la scène. C’est le trentième ministère de la République ; il s’use en de médiocres convulsions. Heureusement, le suffrage envoie sans cesse à Paris de nouvelles recrues parlementaires qui apportent l’air pur de la vraie France. Jules Ferry a eu le temps de voir les esprits apaisés se retourner vers lui. Une élection sénatoriale dans les Vosges lui a rouvert les portes du Parlement ; il est élevé à la présidence du Sénat, prononce quelques paroles de haute sagesse indulgente, et meurt.
Un nouveau cabinet est constitué sous la présidence d’un professeur, homme nouveau, Charles Dupuy. Poincaré y figure, comme ministre de l’Instruction publique. Le Lorrain surgit à l’heure où le Vosgien disparaît. Au même moment, Millerand s’élève dans le parti socialiste : il tente, avec Jaurès et Pelletan, d’introduire le monde des ouvriers dans la catégorie pohtique, et de constituer son unité. Mais cela ne va pas sans difficultés.
La politique de rapaisement et de runion des forces d’ordre ne s’en impose que davantage aux chefs du parti modéré. Les élections de septembre 1893 répondent à leur appel. La Chambre nouvelle présente une majorité stable : ce qu’il reste de la vieille garde gambettiste s’unit avec les jeunes hommes qui entendent se consacrer aux problèmes de réorganisation et d’élargissement de l’ordre social.
Dupuy tombe le 25 novembre 1893 ; Casimir- Périer le remplace : il a pour principal Heutenant SpuUer, l’ami de' Gambetta, qui va devenir l’initiateur courageux de « l’esprit nouveau ». Dans la séance de la Chambre du 3 mars 1894, il prononcera les paroles fameuses :
Je dis qu’ü est temps de lutter contre tous les fanatismes à quelque secte qu’ils appartiennent. Vous pouvez compter à la fois sur la vigüance du gouvernement pour maintenir les droits de l’État et sur l’esprit nouveau qui l’anime et qui tend à réconcilier tous les citoyens dans la cité française.
Le pays se tourne vers ses grandes tâches. Mais le cabinet Casimir-Périer ne tient pas. Charles Dupuy revient au pouvoir, et, cette fois, il choisit définitivement les jeunes : c’est Poincaré, c’est Georges Leygues, c’est Gabriel Hanotaux, c’est Louis Barthou. Félix Faure prend le portefeuille de la Marine (30 mai 1894). Carnot a atteint son but : la France entre résolument dans les voies de l’apaisement. Une politique d’union et de réalisation démocratiques s’inaugure. Mais le destin ne veut pas que l’homme ferme et droit qui a rendu à la France l’honneur et le calme jouisse de son succès. Caserio le tue à Lyon (24 juin 1894). Le cardinalarchevêque de Paris dit, au service célébré à Notre-Dame : « C’était un homme intègre, dans sa vie publique et dans sa vie privée. » Son corps repose près de celui de son grand-père, au Panthéon.
CASIMIR-PÉRIER ET FÉLIX FAURE. — LE CABINET CamOt eUt pOUT SUCCeS-
MÉLiNE. — L’AFFAIRE DREYFUS. geuj Casiiiiir-Périer, président
de la Chambre, l’un des chefs du parti modéré. Comme son prédécesseur, héritier d’un grand nom, fils d’un ministre de Thiers, petit-fils du fameux ministre de