LE DEMI-SOLDE
On ne peut dire s’il eût été possible à quelque système que ce fût, de surmonter l’amas des difficultés qui, d’avance, barrait la route et faisait obstacle à tout gouvernement de la France.
Un Henri IV s’en serait tiré peut-être, mais l’histoire n’a pas toujours des Henri IV sous la main et il n’y avait sûrement aucun héros de ce type dans l’équipe royale. A défaut d’un tel chef, on n’eût trouvé, dans les entourages, ni un cardinal de Richelieu, ni un cardinal Mazarin, ni un Sully, ni un Colbert. Des ministres dont, par la fatalité des circonstances, la royauté s’entoure d’abord, il n’en était guère qui fussent à la fois sûrs et capables. Un prince ne peut
abandonner ceux qui lui ont été fidèles. Par contre, il est des souvenirs qu’une réconciliation, fut-elle la plus sincère du monde, ne peut effacer. On pardonne, on n’oublie pas.
Les amis de la veille réclamaient leur part et ceux du jour étaient jaloux de garder la leur. Les choix, dans de telles circonstances, étaient des plus difficiles. La soudaineté et la violence des événements, la chute précipitée de tout ce qui était si haut, les espoirs et les craintes de ceux qui doutaient de leur sort, tout contribuait à jeter le trouble dans le monde politique, à lui enlever le calme, la patience qui ne lui manquent que trop. C’était, entre les partis, comme une sorte de bousculade maussade. Des décisions immédiates étaient nécessaires et, par leur rapidité même, elles provoquaient des protestations non moins promptes et non moins violentes.
Le roi, par exemple, avait besoin, d’abord, de sécurité personnelle; on disait, non sans raison, que Louis XVI avait perdu son trône pour avoir, selon les conseils de Saint-Germain, réformé la garde royale. Louis XVIII eut donc pour première pensée de créer une maison mihtaire composée d’hommes à lui, gentilshommes sûrs ou étrangers mercenaires ; mais la précaution parut injurieuse à l’armée nationale. De même la dynastie réconciliée, en rentrant avec la nécessité de restaurer son antique prestige, avait besoin de Dieu : mais la première ordonnance du préfet de police Beugnot prescrivant l’observation des dimanches et fêtes, la célébration solennelle de la Fête- Dieu, bientôt après la procession du vœu de Louis XIII, prêtaient au sarcasme d’un siècle impie.
Comment oublier les malheurs qui avaient frappé la famille royale et cette expiation dont la duchesse d’Angoulême était, près du roi, la douloureuse supphante? Par contre, comment ne pas s’inquiéter des craintes, des soupçons que ces cérémonies funèbres répandaient dans une population qui, il y avait vingt ans à peine, se pressait aux spectacles de la place Louis XV ? Les souvenirs évoqués au sujet de Quiberon, de Cadoudal, de Moreau, les mesures prises à l’égard des orphehns de la Légion d’honneur, les poursuites contre le général Exelmans, les funé-