‹ Histoire de la nation française (volume 2)Chapitre 33 sur 113 · DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DUC DE RICHELIEU

(D’après un tableau de Lawrence, gravé par Lignon).

et au delà. Difficile à refréner, elle procède par soubresauts, par éclatements locaux.

La plupart des hommes menacés ou se sentant compromis avaient quitté le royaume ; mais les meilleurs étaient restés, confiants dans leur bonne foi, dans l’autorité des lois, dans la parole royale. Ils payèrent pour les autres : Labédoyère se présenta ; poursuivi, condamné, il est fusillé à Grenoble ; La Valette n’échappa à la mort en place de Grève que par l’ingénieux dévouement de sa femme ; les frères Faucher qui avaient, comme l’armée entière, servi sous Napoléon aux Cent- Jours, sont condamnés et fusillés à Bordeaux ; le duc de Broglie écrit : « J’aimerais

HISTOIRE POLITIQUE, T. III

mieux avoir sur ma tête et sur mes mains le sang du maréchal Brune lâchement assassiné à bout portant que d’avoir trempé dans le jugement des frères Faucher. » Le maréchal Ney se savait inscrit sur les listes ; il eût pu échapper. Mais il ne voulut pas quitter la France ; il se cacha, fut découvert, arrêté. On le traduit devant un conseil de guerre que le maréchal Moncey refuse de présider. Ney, mal conseillé, déclina la compétence du conseil de guerre et fut renvoyé devant la Chambre des pairs. C’était substituer la politique à la confraternité d’armes. La cause ne pouvait venir devant la Chambre que sur un renvoi émanant du gouvernement. Le duc de Richelieu ne recula pas devant cette douloureuse responsabilité,

qui pesa sur sa vie. Ney, défendu par les Berryer père et fils et par Dupin, fut condamné à mort.

Sans l’insistance de la duchesse d’Angoulême, Louis XVIII l’eût gracié, assure-t-on. Le 7 décembre, au matin, ayant refusé de se laisser bander les yeux, debout devant les soldats, protestant à haute voix contre le jugement, sa parole fut coupée par les balles ; et il tomba.

Dans les provinces, la violence réactionnaire arme les vengeances individuelles, les haines familiales, la cupidité. Le Midi, resté royaliste pendant les Cent-Jours, est déchaîné. Marseille arbore le drapeau blanc en courant sus aux napoléonistes. A Toulon, le maréchal Brune, après avoir tenté de sauver la ville de l’occupation autrichienne et anglaise, avait pris le parti de se retirer et de se rendre à Paris. A Aix, à Avignon, des troubles sanglants venaient d’éclater ; le maréchal est signalé. Après avoir échappé à Aix, il est arrêté à Avignon et, malgré la courageuse intervention du préfet, il est massacré, son cadavre jeté au Rhône. Terreur blanche à Montpellier. Terreur blanche dans le Gard où sévissent les bandes de TrestaiUons. Terreur blanche à Toulouse où le général Ramel est assassiné. Le général Mouton-Duvernet, dont le roi refuse la grâce, est fusillé à Lyon.

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