‹ Histoire de la nation française (volume 2)Chapitre 37 sur 113 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nouveau ministère Richelieu. Loi du double vote et triomphe de la droite. — V opinion et la légende napoléonienne. — Le ministère Villèle. Les conspirations. — U ascension de la bourgeoisie libérale. La cause des peuples. — Répercussions de la guerre (T Espagne. Mort de Louis XVIII. — Charles X. Le royalisme d'atermoiement avec Villèle. — Le ministère Martignac. Echec du « libéralisme royal ».

ASSASSINAT du duc de Berry ouvre le chemin du pouvoir à un deuxième ministère du duc de Richelieu, qui assistera à la mort de Napoléon. Richelieu s’était adressé à Monsieur, Louis XVIII ayant épuisé ce qu’il lui restait de force dans la lutte pour sauver son favori. Vaincu, il était retombé sur son oreiller de mourant ; sa vie pohtique était close. Il ne lui restait plus qu’à traîner une agonie douloureuse, déprise et ironique, avec, parfois, des sursauts de dignité blessée. Il ne demandait plus que des égards et des soins. Déjà, on avait mis auprès de lui une femme du monde habituée à manier la caresse et les conseils, à retourner les oreillers et les décisions, Mme du Cayla. C’était la favorite ultime, et où Louis XVIII retrouvait, avec plus de tenue et ime sorte de facilité indulgente, quelque chose de la grimace d’amour de la Balby.

Nouveau ministère richelieu, loi du double Le duc de Richelieu cousvote ET TRIOMPHE DE LA DROITE tituc SOU ministère avec les

débris du cabinet Decazes. Président sans portefeuille, il garde Pasquier aux Affaires étrangères, de Serre aux Sceaux ; on confie l’Intérieur au comte Siméon, ancien serviteur de l’Empire ; mais la politique est orientée à droite, dans le sens où elle doit complaire à Monsieur : elle n’est pas tout à fait « retour de l’ancien régime », mais elle y tend. Il s’agit de préparer, dans l’étroite sphère électorale et dans la seule représentation de l’opinion, la presse, les conditions qui permettront l’avènement définitif de la droite. Dans les églises, dans les casernes et jusque dans la rue, la polémique des ultras, menée par le Conservateur de Chateaubriand et qui enrôle jusqu’au Journal des Débats, mobilise une jeimesse tapageuse. La « Congrégation », les « Jésuites », « gouvernements occultes », se dénoncent eux-mêmes en s’affichant. La vérité est que l’ordre de Jésus, discipliné et avisé, n’écoute que la voix de Rome et combat les exagérations de Lamennais et de son école. Quant à la Congrégation, c’est plutôt une chapelle qu’une église ; ses portements de croix, ses œuvres de mission, la pression exercée dans les chambres secrètes et dans les entourages des princes n’est qu’ime dangereuse parade. Les gens de la droite, « les incurables », seront, en tous temps, de médiocres conspirateurs et de plus médiocres insurgés. Pour ces beaux fils, un casier judiciaire est un genre de martyre, auquel ils n’aiment pas s’exposer. Lyon, qui passait pour la citadelle du parti, n’avait abouti, en 1817, qu’à la piètre mystification du général Canuel : les « ultras » conspués y sont battus aux élections de 1818. Malgré la poussée de la rénovation catholique par les plus grands écrivains de l’époque, la bourgeoisie, par esprit d’opposition, reste « voltairienne ».

Les 60 ou 80 000 électeurs censitaires, ballottés entre la droite et la gauche selon les conditions sans cesse modifiées de la loi électorale et, d’ ailleurs, à la merci de la pression administrative, sont incapables d’assurer au gouvernement, quel qu’il soit, une base forte et durable. Il y a une conspiration permanente des niasses exclues du scrutin, encadrées par les révolutionnaires organisés, les ventes de carbonari, les loges de francs-maçons, les conciliabules d’officiers en demi-solde, les compagnonnages ouvriers. On sent bien, qu’avec le concours de la bourgeoisie libérale, du monde des affaires, d’un pays entier qui ne veut pas se subordonner à la réaction en perruques, quelque chose se prépare et que l’ère des révolutions n’est pas close.

A la Chambre, les partis sont divisés en deux fractions égales. Un Chauvelin, qui se fait porter sur son fauteuil pour assurer une voix de plus au vote libéral, devient un héros, acclamé par la foule en délire à sa sortie du Palais-Bourbon. Les soldats de la garde, vêtus en civil, organisent une contre-manifestation et, dans la lutte.

un jeune étudiant, Lallemand, est tué. On fait donner la troupe et on refoule, tant bien que mal, les manifestants. Paris et les grandes villes s’accoutument aux rues dépavées et aux barricades. Dans les couloirs de la Chambre, dans les cercles, dans les salons, la perspective d’un changement de régime devient le lieu commun des conversations ; aux batailles parlementaires où la majorité dépend d’ime voix, les violences se mesurent du regard et les habiletés marchandent leurs services. De Serre prononce, cette fois encore, des paroles prophétiques : il vise La Fayette, l’étemel illusionniste de toutes les révolutions :

« Le préopinant a rappelé les premiers temps de la Révolution... sans se prononcer sur sa conduite personnelle ; on peut cependant lui dire qu’ü devrait être assez juste pour ne pas imputer aux victimes de ces temps tous les maux d’xme Révolution qui a pesé si cruellement sur eux... Il a dû éprouver, plus d’tme fois, il a dû sentir, la mort dans l’âme et la rougeur sur le front, qu’après avoir ébranlé les masses populaires, non seulement on ne peut pas toujours les arrêter, mais que l’on est souvent forcé de les suivre et presque de les conduire. »

Le ministère emporte enfin, à quelques voix de majorité, sa loi électorale, sa loi sur la liberté individuelle, sa loi sur la presse. En raison du nouveau régime électoral de 1820, 12 000 grands propriétaires jouissent du double vote. Le résultat ne se fait pas attendre. Au cinquième renouvelable, les 172 sièges institués par cette loi constituent une majorité nouvelle, une « chambre introuvable » : la gauche, dans une assemblée de 430 députés, ne dispose plus que de 80 voix. Les libéraux sont battus, leurs journaux succombent sous les coups de la censure et des mesures gouvernementales. Dans son fauteuil d’agonisant, le vieux roi s’est effondré. « Monsieur » règne dès lors : il impose au duc de Richeheu des hommes nouveaux qui, peu à peu, sont montés du fond de la médiocrité jusqu’au rang de chefs de partis, bientôt de chefs de gouvernement, le « brutal » Corbière, a l’astucieux » Villèle.

Ces deux hommes se sont introduits dans le ministère par la petite porte, en qualité de simples ministres d’Etat ; mais leurs ambitions grandissent au fur et à mesure que la majorité prend conscience de sa force. Ils rendent la vie impossible au duc de Richeheu et à ses collègues. Pasquier, le seul tempérament du cabinet, devient leur cible. Chateaubriand, qui a accepté l’ambassade de Berhn, jette sa démission à la face du cabinet, reprend sa place dans la presse et mène une campagne acharnée.

La majorité de droite s’accroît encore aux élections de 1821. La poHtique de gauche, refoulée à l’intérieur, bouillonne et se répand au dehors : un internationalisme libéral prend position partout contre le conservatisme de la Sainte-Alhance. On sait ce que la légende de Sainte-Hélène fut pour le principe des nationalités :

insurrection à Naples, agitation, conspiration dans toute l’Italie, insurrection en Grèce, insurrection en Espagne. Les trônes des Bourbons sont partout ébranlés. La contre-révolution à la Metternich se consulte aux conférences de Troppau, de Laybach, bientôt au congrès de Vérone ; elle affirme la politique d’intervention, c’est-à-dire de répression. Le trône des Bourbons de France restera-t-il à l’abri de ces secousses sismiques? Corbière et Villèle ont d’ores et déjà faussé compagnie à leur chef d’un jour, le duc de Richelieu. L’Adresse dictée par les plus ardents de la majorité est un soufflet qui, frappant le roi, atteint le ministère entier et, en particulier, le ministre des Affaires étrangères, Pasquier : « Nous vous félicitons. Sire, de vos relations constamment amicales avec les puissances étrangères, dans la juste confiance qu’ime paix si précieuse n’est point achetée par des sacrifices incompatibles avec l’honneur de la nation et la dignité de votre couronne. » Le vieux roi se réveille dans un sursaut d’honneur : « Je m’indigne, dit-il au président de la Chambre, à la seule pensée que je puisse jamais sacrifier l’honneur de ma nation et la dignité de ma couronne. » Après cet effort suprême, il retombe. La partie est conduite dès lors, derrière son fauteuil de malade, par « Monsieur » et Mme du Cayla. Richelieu va trouver le comte d’Artois ; il lui rappelle ses engagements et invoque « la foi de gentilhomme » qui lui a été donnée. Monsieur ricane de ses grandes dents : « Vous avez pris des phrases trop à la lettre. » Le duc de Richelieu se retire en claquant la porte. Villèle et Corbière sont appelés. Louis XVIII n’est pas mort, mais le règne de Charles X est tout de bon commencé.

Son premier acte de gouvernement avait frappé au cœur le plus grand ministre qu’ait eu la Restauration : le duc de Richelieu allait mourir, le 17 mai 1822, abattu par un coup d’apoplexie, après avoir, une fois encore, paru devant la Chambre des pairs pour combattre l’arbitraire de la censure administrative, réclamé par ses successeurs.

L'OPINION ET LA LÉGENDE La mort du duc de Berry avait diminué les NAPOLÉONIENNE chauces de durée déjà si précaires de la branche

aînée des Bourbons. N’ayant pas su prendre son appui dans la nation, elle vivotait à la merci d’un événement. Monsieur, quoique personnellement plein d’amabifité et de goût pour la popularité, n’avait pas su prendre le pays. On le trouvait influençable, inappliqué, agité et brouillon. Les qualités individuelles du duc d’Angoulême, son bon sens, sa bonne grâce, son loyalisme national se trouvaient annihilés par sa timidité et par sa subordination volontaire à une femme qui n’avait d’attendrissement que sur ses malheurs, la fille de Louis XVI. Et voici

que, tout à coup, la dynastie n’a plus d’espoir que dans la naissance d’un enfant. Mais cette naissance laissait entrevoir l’éventualité de la régence de la mère, la duchesse de Berry, qui ne passait pas pour sage et dont le premier cri sur le corps de son mari avait été : « Qu’on me ramène à Naples, je ne veux pas rester dans ce pays ! » La Cour elle-même ne présentait ni l’union ni la bonne tenue qu’eussent réclamées ces temps difficiles. Le prince Edmond de Beauvau-Craon écrira bientôt, à propos des entourages de Charles X :

Ce pays, vu de près, n’a aucun rapport avec les idées chimériques qu’on s’en fait ; par exemple, je viens de passer deux jours d’arrachepied à la Cdur où j’étais de service. Qu’y ai-je vu? Les grandes charges, les gens de la Chambre, les capitaines des gardes traités comme des valets, quêtant un mot, répondant avec joie à des questions rares et insignifiantes.

Au jeu, un Vérac, un Maillé, un Glandevèze n’attrapant que des paroles désagréables ; les noms de « bêtas », de « fiacres », leur étaient prodigués par une bouche royale ; Blacas attendait avec respect que Madame la Dauphine lui fît un signe, et Gramont, caché dans vm coin, dormait en tapinois comme un laquais dans mon antichambre.

Ne nous laissons pas séduire par les magnifiques envolées d’tm Chateaubriand, par les théories des maîtres de l’absolutisme, les Joseph de Maistre,

^ ^ ^ COMTE DE VILLELE

les Bonald, par la fameuse parole (D’après une lithographie de Delpech).

d’un Lamennais : « L’autorité peut

tout. » Que pouvait la Cour et même la dynastie si elles ne se faisaient pas aimer?

Cet enfant qui allait naître, le 29 septembre 1820, le futur comte de Chambord, comment n’aurait-on pas fait, en esprit, la comparaison entre son avenir incertain et les souvenirs laissés, par la carrière fulgurante d’un Napoléon, aux héritiers de son nom ? La légende napoléonienne avait commencé dès la chute de l’Empire. L’erreur des Cent-Jours et l’exil de Sainte-Hélène lui avaient donné je ne sais quel impressionnant essor et, maintenant, elle continuait à voler de clocher en clocher, retenant toujours l’attention. Le héros était devenu le martyr. La figure de sir Hudson Lowe personnifiait, en ses traits grimaçants, la tyrannie alliée accablant l’homme et la

HISTOIRE POLITIQUE. T. III

France. Le Prométhée enchaîné secouait le monde du bruit de ses chaînes. La chanson, le roman, la poésie retentissaient de sa plainte : « Parlez-nous de lui^ grand’mère... Quand, peu à peu, les récits de Sainte-Hélène, portés sur les ailes de la renommée par les Victoires et Conquêtes, par le Mémorial de Sainte-Hélène, par les récits des fidèles, se furent répandus, tout un évangile nouveau s’était inscrit dans le coeur des Français avec la piété du lointain calvaire. L’Empereur avait, de luimême, par ses entretiens, par ses récits, par son testament, accrédité un vaste programme politique et social pour le présent et pour l’avenir. Par lui s’étaient fixés, en formules ineffaçables, les principes de 89 : « Il les a sauvés des royalistes en vendémiaire et en fimctidor, en 1815 ; il a apphqué ces principes dans son gouvernement ; il a consacré la Révolution, il en a été le « messie » ', son nom sera pour les peuples le cri de guerre de leurs efforts, la devise de leurs espérances »... Et ces principes se formulent en deux mots : Liberté, Egalité. Ainsi l’Empereur, favori de la viaoire, de\Tent en même temps le héros de l’indépendance et le défenseur de la Révolution.

Par un retour extraordinaire des choses d’ici-bas, voici que l’emprise napoléonienne s’étend aux peuples que le conquérant a vaincus et qui l’ont tant détesté. Le principe des nationalités, qui fut d’abord l’arme de la coalition contre lui, est retourné contre les chefs de la Sainte- Alliance. Ils sont les despotes, les geôliers des peuples. La France des 130 départements a laissé partout des souvenirs et des germes dont la légende napoléonienne s’attribue la gloire : « On compte en Europe, bien qu’épars, plus de trente millions de Français, quinze millions d’Espagnols, quinze millions d’Itahens. J’eusse voulu faire, de chacun de ces peuples, un seul et même corps de nation. » A ces paroles venues de Sainte-Hélène, les esprits s’enflamment. Un pveuple ne doit plus dominer un autre peuple, un trône s’imposer par droit de conquête, une dynastie par droit d’héritage. Toutes les races et toutes les familles sont égales devant la civilisation. Nouvelle apphcation des fameux principes... Et en voilà pour un siècle de luttes, de tragédies pohtiques. En France même, si l’acti\Tté nationale ne trouve plus d’emploi à l’intérieur, elle fera irruption sur l’extérieur ! C’est aux cris de « Vive la Grèce ! » « Vive la Pologne ! » « Vive ritalie Libre et une ! que se prépareront les futurs bouleversements.

Le mikistère villèle A partir du jour où ViUèle, avec une majorité LES CONSPIRATIONS droite, prend le pouvoir (16 décembre 1821),

Louis XVTII met encore trois ans à mourir (16 septembre 1824). Parfois il se réveille à demi, dit un mot, lance une ironie et puis retombe. Le roi vit : c’est tout.

Le ministère ViUèle n’a rien, d’aüleurs, qui puisse effrayer soit le roi soit le

pays. Tout au contraire, on peut dire qu’il les invite au sommeil. Ce gentilhomme de Toulouse, qui s’est fait remarquer, dès les premières heures de la Restauration, par sa fidélité à la dynastie et par son opposition énergique aux commissions constitutionnelles, s’est révélé peu à peu à la Chambre et au ministère comme un esprit appliqué, un fin manœuvrier, un administrateur remarquable, un travailleur acharné, un incomparable comptable des deniers publics. Sa formule, il aurait pu la recevoir

de Talleyrand : « Pas de zèle ! » Son caractère doux, modéré, sagace, son entregent de cour et de couloir, ses vertus moyennes se faisaient apprécier d’autant plus favorablement qu’il prenait tout son relief par le contraste avec

LONGWOOD (sainte-Hélène)

(D’après un dessin de Durand Bruges).

son inséparable compagnon d’armes, Corbière. Celui-ci était la rudesse et la vulgarité mêmes. Les deux camarades formaient le noyau d’un cabinet à peine différent comme tendance générale du ministère Richelieu, mais où les pairs dominaient et qui « rassurait ». Sa raison d’être principale était la peur de Talleyrand. Villèle prenait les Finances, Corbière l’Intérieur, le baron de Damas la Guerre, le comte de Montmorency les Affaires étrangères. On avait été chercher en province un magistrat agréable à la duchesse d’Angoulême, Peyronnet, pour lui confier les Sceaux. Le ministère Villèle eût été un excellent type de cabinet d’affaires, si on lui eût laissé le loisir de se consacrer exclusivement aux affaires. Mais on voulait qu’il visât plus haut. Il avait des amis agressifs et exigeants. Chateaubriand avait pris

Villèle par la main, et c’était lui, assure-t-il, qui l’avait présenté au roi. Chateaubriand ne l’oubliait pas et ne s’oubliait pas.

D’autre part, contre ce que le ministère représentait, la partie avancée de l’opinion engageait une lutte à mort. La droite réclamait de lui des services et un système dont il connaissait toute l’imprudence. Entraîné, un peu malgré lui, il voit se conjuguer contre lui l’effet des deux grands coups que vient de frapper la destinée, la mort du duc de Berry et la mort de Napoléon. Une alliance se noue entre le bonapartisme privé de son chef, mais exalté par la légende, et le libéralisme qui,

écarté, se replie sur ses origines, la Révolution. Le pouvoir se rapetisse et s’amenuise par en haut, tandis que l’opposition s’affermit et s’élargit par en bas : elle touche aux plus profondes des couches sociales.

Il y avait vingt ans que l’on n’avait vu la nation dans cet extraordinaire état de passions contrastées. En 1815, le parti jacobin avait disparu : il était aussi ignoré que l’étaient les Bourbons en 1814; en 1820, il a repris vie et force, assurance et audace. Le général Foy, dont l’éloquence est hérissée de sarcasmes, sonne la diane des vindictes populaires. « Igno-i rez-vous donc, s’écrie-t-il, que les souvenirs de 1815 vivent encore dans toutes les âmes et que les haines sont mille fois plus actives qu’elles ne l’étaient à cette époque ? » Paris devient, pour cinquante ans, « le foyer révolutionnaire », dénoncé au dehors. La gauche s’en prend, non plus seulement à la dynastie de la Charte, mais à ce « pays légal » qui se croit le représentant de la nation : « Vous me parlez de vos collèges électoraux, dit à la tribune ce même général Foy, et vous me donnez leur vœu comme l’expression de l’opinion publique. Venez à Paris, là vous verrez l’élite de la population de France, le grand collège de la capitale... » On sent couver, dans ces foules évoquées, la flamme des prochaines révolutions.

Mais ces batailles parlementaires qui, sous la poussière des bibliothèques, nous émeuvent encore, que sont-elles dans le déchaînement de violence qui gagne le pays ? Le parti libéral se sent dégagé de toute fidélité par l’orientation nouvelle du gouvernement. Jouffroy écrit dès 1823 : « Une génération s’élève... et déjà ses enfants ont dépassé leurs pères. .. Ils ont le sentiment de leur mission et l’intelligence de leur

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