LE GENERAL FOY
(D’après une médaille de bronze. Collection du marquis de Girardin.)
époque... ils savent ce que c’est qu’wwe Révolution et ils le savent parce qu’ils sont venus à propos... » Les libéraux, eux-mêmes, sont distancés ; les républicains s’affirment au grand jour :
A partir de 1820, écrit Thureau-Dangin, quand les libéraux perdirent l’espoir de voir triompher l’esprit constitutionnel, quand, en face de la réaction triomphante, ils commencèrent à envisager une prise d’armes, La Fayette et ses amis, François de Corcelle, Dupont de l’Eure rallièrent autour d’eux une jeunesse ardente aux idées républicaines et rencontrèrent de nombreux partisans. C’est là que nous trouvons Joseph Rey, qui quitte Grenoble pour venir à Paris travailler à la Révolution. C’est encore là qu’on verra figurer parmi les plus mihtants ceux qui, comme Godefroy Cavaignac, fils d’un conventionnel, comme Guinard dont le père fut membre des Cinq Cents, comme Hippol5^e Carnot qui, après la mort de son père, put rentrer en France, étaient déjà républicains par tradition de famille.
Sur toute l’étendue du sol national, un vaste complot s’organise. Au besoin, selon la tradition de Fouché, des milliers de Javert conspireront et trahiront alternativement le pouvoir et les conspirateurs. Née en Italie, la « charbonnerie » avait été apportée en France par Dugied et Joubert qui, obligés de
s’expatrier, avaient groupé autour d’eux, au retour, les débris de la Loge des Amis de la Vérité^ puis des officiers et sous-officiers en demi-solde, des soldats poussant la propagande jusque dans les casernes. Les premiers chefs avec Dugied et Joubert furent Flottard, Bazard et Carriol, Limperani dont les noms reparaîtront dans toute la période qui va s’ouvrir. Les a ventes » se multipHent . La Fayette, que le goût de la popularité n’abandonna jamais, prête son nom. La jeunesse se porte vers la conspiration avec une sorte ^ de fureur sacrée. Des professeurs ^ ’ placides, les futurs docteurs ès
DUPONT DE L’EURE Ordre social. Cousin, Jouffroy, te-
(D’après une lithographie de la Bibliothèque Nationale). . , . . .
naient les imaginations « en tievre »
et faisaient de l’avènement du peuple im mythe, une apocalypse, un millénaire qui devait changer la face du monde.
Cette immense organisation mi-civile, mi-militaire, n’aboutit, dans son premier effort, qu’à une tentative mal préparée qui éclata en fusées vite éteintes et enrôla quelques hommes de vigueur et d’action, la plupart des soldats. En Alsace, à Saumur, à Nantes, à Toulon, à la Rochelle, se multiplient des tentatives qui avortent toutes. Des arrestations, des jugements, des exécutions passionnent l’opinion. La réaUté cruelle, la voici : c’est le colonel Caron à Colmar, exécuté le i®^ octobre ; c’est le général Berton se risquant à Thouars et à Saumur, exécuté avec quatre de
ses conjurés, le 2 septembre; ce sont les quatre sergents de la Rochelle, Bories, Pommier, Raoulx et Goubin, exécutés le 21 septembre.
Répression impitoyable qui produit un effet de terreur et refoule dans leurs loges secrètes les débris de la « charbonnerie » et les derniers « amis de la Vérité ».
La Fayette et ceux qui l’ont suivi se dérobent aux poursuites. L’ère des conspirations paraît close : elle a pourtant dessiné les cadres de la future révolution.
Le ministère Villèle, né dans le trouble, compte pouvoir, maintenant, vivre dans la paix. Son art va consister à se réclamer du programme « ultra », en s’efforçant de le rendre acceptable jusqu’au moment où l’on aura maîtrisé le pays. Son moyen d’action : une politique électorale agissant sur l’étroite plate-forme censitaire afin d’obtenir un concours résolu, et d’ailleurs intéressé. Toute ploutocratie est serve de l’argent; c’est par l’argent, les traitements, les faveurs qu’on tiendra le personnel votant. L’indépendance en est à se réfugier à la Chambre des pairs, où de vieux Jacobins survivants, des ministres et des fonctionnaires bonapartistes gavés (Villèle lui-même dit : « hommes chargés d’années et de méfaits politiques ») manifestent parfois des velléités de résistance, compliquées de marchandages. Il y à tout de même là un certain danger. Le vieux libéralisme évolue vers le philippisme et l’amorce. Le tricolore