CHAPITRE XI
Le « système royal » de Charles X et de Polignac. — La presse hostile. Thiers et le « National ». — ü opposition bigarrée. Ü Adresse lue par Royer-Collard. — Les quatre Ordonnances. — Les journées de juillet 1830. — Le duc d’Orléans à V Hôtel de ville. — Ce qiCil advint de Charles X. — La Restauration et les « Trois glorieuses »,
E ministère Polignac était un cabinet royal, dans tous les sens du mot. Il naissait d’une volonté et d’un choix personnel du roi : qui donc, si ce n’est le roi Charles X, l’ancien « comte d’Artois », eût songé à appeler au pouvoir ce fils de la princesse de Polignac, cet émigré obstiné, ce complice de Cadoudal, qui était, par sa vie entière, l’homme du passé et de la dynastie ? Le ministère était royal parce qu’il avait pour rôle déclaré d’imposer à une Chambre à tendance « libérale » la volonté souveraine. Il était royal, enfin et surtout, parce qu’il recevait le mandat, la mission quasi mystique de restaurer en France, ou plutôt d’y établir un système politique qui s’était imposé peu à peu à nombre de hauts esprits comme la seule issue de la crise révolutionnaire, le système royal. L’heure était sonnée : il fallait prendre un parti, se
redresser d’un côté ou verser de l’autre ; or, jamais les circonstances n’avaient été plus favorables pour prendre le droit chemin et le suivre fermement jusqu’au bout.
Le « SYSTÈME ROYAL » DE CHARLES X Charles X, conseillé par son entou- ET DE POLiGNAC rage, les Damas, gouverneur du duc de
Bordeaux, les Rivière, les Lévis, les Capelle, avait bien réfléchi à cela. Il avait fait, au système parlementaire tel que la Charte le lui avait imposé, toutes les concessions
possibles : il avait soutenu, un peu à contre-cœur, le ministère Villèle, tout à fait à son corps défendant, le ministère Martignac et, après toutes ces expériences « libérales », le suffrage lui renvoyait une Chambre ingouvernable. Les partis, même le parti de droite, sacrifiaient le bien public et l’avenir de la dynastie aux ambitions de personnes. La royauté était en péril et le pays malcontent.
Evidemment le mal tient au système et c’est avec le système qu’il faut en finir, tandis qu’il en est temps encore. La pensée directrice est toute dans le mot de Charles X :
« J’aime mieux monter à cheval qu’en charrette. »
Charles X avait soixante-treize ans. Sa vie s’était écoulée dans l’exil, dans l’attente, et, comme tous les vieillards, il s’attardait aux souvenirs et aux regrets. Les scènes de la Révolution étaient gravées en son esprit : c’était parce que Louis XVI avait toujours cédé qu’il avait perdu la couronne et la vie. On ne retomberait pas dans une pareille faute. On résisterait, comme il eût dû résister, au flot révolutionnaire montant à l’assaut de l’ordre et de la dynastie.
Le roi était persuadé qu’il avait avec lui le pays et l’armée. Cette illusion tenait encore à une disposition de l’âge. Entouré de respects et de soins, les vieillards s’attendrissent ; ils recherchent les caresses et les sourires qui prolongent la douceur de la vie et voilent de fleurs l’horrible approche de la mort. Une cour de plus en plus inclinée, des femmes, la duchesse d’Angoulême, la duchesse de Berry, prê-