‹ Histoire de la nation française (volume 2)Chapitre 45 sur 113 · PERQUISITIONS AU « NATIONAL · texte numérisé non relu

PERQUISITIONS AU « NATIONAL

(D’après une lithographie de V. Adam).

nément, une réaction, en apparence improvisée, en fait préparée de longue main, qui fait passer la couronne à la branche cadette.

Le 26 juillet, tout se concentre dans les rédactions de journaux. La presse de gauche prend vivement position. Elle a l’initiative. Mais le journal qui assume la direction du mouvement est le National:, « le seul, dit Pasquier, dont l’inclination pour les intérêts de la maison d’Orléans fût alors considérée comme avérée ».

Thiers est au premier rang. C’est lui qui rédige la protestation, signée par quarante-trois journalistes, en appelant à la force. « Le régime légal est interrompu... L’obéissance cesse d’être un devoir... Le gouvernement a perdu le caractère de légalité... Nous résistons... La France jugera. » Le reste de la journée se passe dans des courses et conciliabules de députés et de journalistes. Vers le soir seulement, à la sortie des ateliers et des bureaux, la proclamation étant affichée et distribuée, quelques groupes se forment, la commentent et crient : « Vive la Charte ! » Le minis-

HISTOIRE POLITIQUE. Ti III*

tère ne s’émeut pas. Le roi, rentrant à Saint-Cloud, de sa chasse de Rambouillet, est tenu au courant : on n’a pas d’inquiétudes.

Le 27 juillet, c’est encore la presse et, en particulier, le National^ qui fomente et soutient l’agitation. La police a reçu l’ordre d’empêcher l’opposition des journaux et de briser les presses, s’il le faut. Des groupes se forment, criant toujours : « Vive la Charte ! » ; mais personne n’est encore armé. Quelques incidents, pourtant : sur le boulevard des Capucines devant le ministère des Affaires étrangères, la foule jette des pierres aux gendarmes : l’infanterie de la garde est déployée, quelques coups de fusil partent et font des victimes ; on pille les boutiques des armuriers et une incurie extraordinaire laisse tomber aux mains de l’émeute le dépôt de poudre de la défense de Paris. Le président du Conseil, ministre de la Guerre par intérim, est pris au dépourvu. C’est au duc de Raguse, Marmont, qu’incombe le commandement de la garnison de Paris. Ce nom évoque de tristes souvenirs. Disposant de ressources militaires très limitées, le maréchal prend quelques mesures qui paraissent suffisantes et, le soir, se jugeant maître de la situation, il se rend auprès du roi à Saint-Cloud. Quelques députés, réunis autour de M. Alexandre de Laborde, Villemain, Casimir Perier, Mauguin, Bertin de Vaux s’étaient cherchés, avaient formé des réunions peu nombreuses où tout le monde parlait sans qu’on en vînt aux actes. On remarqua, cependant, que Perier qui, la veille, écrit Sarrans jeune, « protestait contre toute démarche qui tendrait à un but autre que celui de ramener Charles X dans de meilleures voies », restait muet et paraissait hésiter sur le parti à prendre.

Le 28 juillet, les choses commencent à se gâter. Le peuple entre en scène. La Fayette, qui était à son château de La Grange, est accouru à Paris. Arrivé le 27 au soir, il s’est montré à la réunion des députés. Mais, surtout, il a pris contact avec les groupes armés et leur a offert l’appui de son nom et de sa popularité. C’est le vent de la grande révolution qui se lève. Les élèves de l’École polytechnique, avec l’ardeur de la jeimesse, entourent le vieux général; la garde nationale, dissoute par cm coup d’humeur de Charles X, reprend ses uniformes et ses armes ; des groupes, armés et discipHnés, partie bourgeois, partie ouvriers, sur le mot d’ordre des organisations secrètes et de la société Aide-toi, le ciel f aidera, se sont réunis dès la première heure. C’est Paris en armes, le Paris des « journées ». Le maréchal Marmont qui, la veille, avait fait passer au roi des paroles de confiance, s’affole tout à coup et avertit Saint-Cloud : il ne s’agit plus d’une émeute, mais d’une révolution. La Fayette a établi son « quartier général » à l’Hôtel de Ville. C’est là que le peuple s’est porté d’instinct et il s’est emparé de l’édifice municipal. Marmont l’a fait réoccuper et, après diverses vicissitudes, en est resté le maître, ainsi que de la ligne des quais.

Mais la bataille devient de plus en plus acharnée. Dans les quartiers populaires, la troupe se heurte aux barricades ; assommée, fusillée des boutiques et des fenêtres, elle est décimée. Deux mille cinq cents hommes, assure-t-on, périssent dans cette

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