‹ Histoire de la nation française (volume 2)Chapitre 7 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’ORGANISATION DE L’EMPIRE

Napoléon unique représentant du peuple. — Les étapes vers le pouvoir absolu. — Une mobilisation permanente et Vétat de siège. — V apaisement et la discipline^ les biens nationaux, la propriété. — U organisation des élites. Les « plus haut imposés ». — Les « masses de granit ».

A politique impériale est une politique militaire. Son plan civil avait été conçu en fonction des nécessités militaires ; Napoléon le déclare nettement : « La plupart des ressorts n’étaient, dans ma pensée, que des instruments de dictature, des armes de guerre. »

Exposant sa pensée devant le Conseil d’Etat, devant cet auditoire où se trouvaient réunies à peu près toutes les capacités politiques survivant à l’Ancien régime et à la Révolution, il disait : « Il faut, avant tout, arriver à r unité et qu’une génération tout entière puisse être jetée dans le même moule. Les hommes diffèrent toujoms assez par leurs penchants, par leur caractère et par tout ce que l’éducation ne donne ni ne peut réformer... Donnons-nous un corps de doctrines qui ne varie point et un corps d’instituteurs qui ne meure point... » Quand il s’exprime ainsi, il vise en particulier la formation des générations futures; mais il est aussi net quand il s’agit de l’administration et du gouvernement des générations actuelles : une nation en ordre, non délibérante, non

discutante, sans opposition, sous une règle uniforme, s’inspirant du militaire, tel est son idéal.

Napoléon unique repré- Napoléon disait qu’il avait créé le gouvernement SENTANT DU PEUPLE /g plus compoct, de la circulation la plus rapide et des efforts les plus nerveux qui eût jamais existé. « Et il ne fallait rien moins que cela,

remarquait-il à Sainte-Hélène, pour faire triompher des immenses difficultés dont nous étions entourés, et produire toutes les merveilles que nous avons accomplies. L’organisation des préfectures, leur action, les résultats étaient admirables et prodigieux.

La même impulsion se trouvait donnée, au même instant, à plus de quarante millions d’hommes, et, à l’aide de ces centres d’activité locale, le mouvement était aussi rapide à toutes les extrémités qu’au cœur même...

Les préfets étaient eux-mêmes des empereurs au petit pied, »

La plus forte des exphcations du système est dans ŸExposé des motifs de la situation de VEmpire, lu au Corps législatif (27 décembre 1804) ; c’est toute la théorie du « gouvernement d’un seul )>, avec la garantie de « On avait éprouvé que le pouvoir partagé était sans accord et sans force ; on avait senti que, confié pour un temps à un homme, il n’était qu’tme pause dans l’inquiétude. On avait reconnu enfin que, pour les grandes nations, il n’y avait de salut que dans le pouvoir héréditaire... Le peuple français a manifesté sa volonté libre et indépendante, il a voulu l’hérédité de la dignité impériale dans la descendance directe et légitime de Louis Bonaparte. Dès ce moment. Napoléon a été, au plus juste des titres, empereur des Français. Nul autre acte n^ était nécessaire pour constater ses droits et consacrer son autorité. » L’Empereur entend ne laisser en rien fléchir, par le temps, par l’absence, par

Page 1