UN PRÉFET DU SECOND EMPIRE
AVÈNEMENT DU SECOND EMPIRE. — LE SYSTÈME IMPÉRIAL
pas ne pas tenir compte de certaines exigences sociales. Un dialogue s’était engagé entre lui et le président Troplong dans la circonstance déjà rappelée : celui-ci avait émis le « vœu qu’une épouse vînt bientôt s’asseoir sur le trône qui allait s’élever » et le prince, dans sa réponse, avait dit : « J’ai l’espoir prochain d’une alliance qui nous permettra de laisser des héritiers directs. » Les entourages s’étaient mis en quête. Parmi les familles princières de l’étranger qui, déjà, avaient montré peu d’empressement à s’allier à la famille d’Orléans, on ne manifestait aucime envie de Her le sort d’une fille à la fortune soudaine et peutêtre bien éphémère de l’homme de Décembre. Quelques mois s’étaient écoulés et les choses en étaient là, quand le 22 janvier 1853, le Sénat et le Corps législatif furent convoqués aux Tuileries. L’Empereur, se référant au précédent de Joséphine, leur annonça qu’il avait décidé de s’unir à une personne n’appartenant pas aux familles régnantes : il s’agissait d’une Espagnole remarquée par sa beauté et son charme, Eugénie de Montijo :
« En apprenant à la connaître, avait dit l’Empereur dans une allocution où la hauteur du sentiment s’alliait au plus délicat des hommages, vous serez convaincus que, cette fois encore, j’ai été inspiré par la Providence. »
La jeune fille qu’avait choisie l’Empereur était, en effet, une personne du plus haut attrait et du plus rare mérite. Elle appartenait à une famille de la grandesse espagnole qui se rattachait aux Guzman. Sa mère, née Kirk Patrick, et ayant par là du sang irlandais, avait été, au temps de Narvaez en 1847-1848, camarera mayor de la reine d’Espagne; parente des Lesseps, elle avait fait de fréquents