MADEMOISELLE DE MONTIJO EN COSTUME ESPAGNOL
(D’après une peinture d’Odier).
séjours en France. Ses goûts littéraires et artistiques avaient groupé autour d’elle des hommes de haute valeur intellectuelle, Mérimée, Laborde, Stendhal. Eugénie racontait plus tard que « M. Beyle la prenait enfant sur ses genoux et lui racontait des histoires de Napoléon ». La comtesse de Montijo avait deux filles. La plus jeune. Paca, ayant épousé le duc d’Albe, Eugénie et sa mère quittèrent l’Espagne pour voyager en Italie, en Belgique, en France. A Paris, elles s’étaient trouvées en relations avec le prince Louis-Napoléon, alors président. Celui-ci s’étant montré des plus empressés auprès de la belle étrangère, elle s’était tenue sur la réserve. Après une cour assidue, le prince, devenu empereur, avait demandé la main d’Eugénie de Montijo. La femme, qu’un élan du cœur appelait ainsi au trône de France, apparut bientôt comme l’image éblouissante de son époque. Sa beauté était éclatante ; les yeux bleu de mer, le nez d’un dessin impeccable, la peau lumineuse, la chevelure de feu, les sourcils élevés et comme souverains, la chute des épaules parfaite, la taille élancée et souple, tout la prédestinait au rang où elle s’élevait. Vive, originale, de prime-saut, spontanée, intrépide, elle avait une gaieté d’enfant et un allant d’héroïne. Parlant de son fils, elle me disait un jour : « Comment voulez- vous que cet enfant n’allât pas se battre, quand il avait, par son père, du sang de Bonaparte et par sa mère... (après un temps à la recherche du mot) du sang de don Quichotte? ». Elle s’enflamma pour les causes généreuses, brava le péril et le qu’en-dira-t-on; attentive aux maux d’autrui, pitoyable aux pauvres, gracieuse et fière dans le monde, sans pose ni morgue dans le privé, d’une conduite irréprochable, d’une piété sans bigotisme, d’une instruction variée, on respirait autour d’elle comme un air de chevalerie : elle parlait admirablement et ceux qui l’ont entendue sont unanimes à la dire « éloquente ».
On a répété, d’après elle-même, qu’elle n’aimait pas la pohtique ; si elle l’a dit, c’est qu’elle se connaissait mal ou s’amusait de son interlocuteur, car elle n’aimait que la politique ; mais son influence fut rarement décisive sur la conduite des affaires. Catholique romaine, tendant à se rapprocher de l’Autriche contre la Prusse, elle était peu favorable à cette politique italienne qui fut, bien plus que l’affaire du Mexique, « la grande pensée du règne » ; en tout, il y avait un antagonisme déclaré entre sa pensée et celle du prince Jérôme Napoléon ; or, l’Empereur écoutait plus le cousin intempérant que la clairvoyante épouse. De l’ensemble des faits connus et que la publication de la correspondance existante de l’Empereur à l’Impératrice éclairerait sans doute, il est permis de conclure que, si l’autorité de la femme eût été plus décisive dans la pohtique extérieure, les choses eussent tourné autrement. A l’intérieur, elle avait pour son fils l’appréhension
AVÈNEMENT DU SECOND EMPIRE. — LE SYSTÈME IMPÉRIAL
instinctive de la révolution ; les concessions l’inquiétaient ; elle n’aimait pas Émile Ollivier qui le lui rendait bien. A la fin du règne, l’Empereur, qui l’estimait, l’écoutait sans la suivre : d’autres amours l’occupaient, d’autres pressions s’exerçaient sur lui; il perdait, dans une vieillesse hâtive, le ressort et l’autorité que lui avait prêtés, au début, son extraordinaire vocation politique. Elle, au contraire, imprudente et parfois inconséquente aux heures splendides du départ, devenait, plus