CHAPITRE XIX
LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE
La Révolution du 4 Septembre et le gouvernement de la Défense Nationale. — L* Assemblée nationale et Thiers à Bordeaux. — La Paix. Le pacte de Bordeaux. — U Assemblée à Versailles. La Commune. — Légitimistes et orléanistes. Chute de Thiers. Élection de Mac-Mahon. — Le duc de Broglie et V ordre moral. Echec de la restauration monarchique. Le Septennat. — Vers la fondation de la République. La Constitution de 1875.
PEINE la France de 1870 avait-elle eu le temps de se sentir précipitée dans la guerre, qu’elle se réveillait vaincue, vaincue pour ainsi dire sans combat (i). Jamais pareille chose ne s’était vue. Cette vieille France müitaire n’était donc plus capable de lutter pour sa propre existence ? Cette armée, si belle à la parade, avait donc disparu sans qu’on sût, pour ainsi dire, ce qu’elle était devenue ? Les 7 500 000 oui s’étaient donc trompés?
L’Empereur, qui avait réclamé le poids de toutes les responsabilités, succombait^
(i) Sur la guerre de 1870, voir le deuxième volume de V Histoire militaire le maréchal Franchet
d’Espérey et VHistoire diplomatique par René PiNON.
SOUS ce poids. En vain l’Impératrice régente, essayant de ressaisir l’autorité, avait remplacé le ministère Ollivier par un cabinet militaire ayant à sa tête Palikao ; après Sedan, l’Empereur prisonnier, tout s’effondra : « Il n’est pas plus question de l’Empereur ni de son fils, écrit Leconte de Lisle dès le 29 août, que s’ils n’avaient jamais existé ». Au Corps législatif, Thiers exprima, en deux mots, le sentiment général : « Il y a vacance du pouvoir. »-
La RÉVOLUTION DU 4 SEPTEMBRE ET LE GOUVER- Puisque leS 7 5OO 000 OUi
NEMENT DE LA DÉFENSE NATIONALE s’étaient tTompés, c’étaient
les I 500 000 non qui avaient eu raison et, en particulier, l’homme qui avait
tout vu, tout prévu, tout annoncé, Thiers. Autour de ces i 500 000 opposants, Thiers à leur tête, se groupaient tous les Français qui voulaient, d’abord, le salut de la patrie et comprenaient la nécessité immédiate d’une autorité acceptée. Ainsi, le « gouvernement de la Défense Nationale » se saisit du drapeau : Thiers, qui n’avait pas consenti à quitter le Corps législatif pour se porter à l’Hôtel de Ville le
4 septembre, et qui s’était tenu dans une sorte de légalité, ne faisait pas partie du nouveau gouvernement ; mais il avait accepté d’être son représentant et son plénipotentiaire auprès de l’Europe . La Révolution du 4 septembre s’accomplit donc à Paris suivant les précédents de 1830 et de 1848, à l’Hôtel de Ville, sans opposition, « sans qu’une goutte de sang fût versée ».
Une idée s’était emparée des esprits. Paris sauverait la France. Paris, grâce à Thiers, était maintenant une place forte, un camp retranché considéré comme imprenable. Personne ne se dit que toute place assiégée finit par succomber et qu’un pays envahi ne se défend qu’avec un gouvernement libre s’appuyant sur la vaste