LES INSURGÉS A L’ORANGERIE DE VERSAILLES
(D’après un bois paru dans V Illustration en 1871.)
de Thiers n’apparaissant plus, aujourd’hui, que comme un incident du drame dont la conclusion ne devait se dégager qu’après sa mort.
Des trois dynasties qui, avec la ténacité des ambitions politiques, prétendaient à la couronne de France, l’une paraissait, pour le moment, hors de cause. Napoléon III s’était réfugié en Angleterre ; il allait y mourir bientôt de cette maladie de la pierre dont il était atteint avant la guerre. Cependant, le parti n’avait pas renoncé à toute espérance ; il comptait dans le pays de nombreux partisans plus ou moins déclarés, hommes à barbiche, anciens militaires, fonctionnaires remerciés, gros fer-
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miers, patrons endurcis, pères de famille rigides, tous attachés à la « manière forte ». On s’efforçait de tenir debout le vieil empereur pour l’éventualité d’im nouveau Strasbourg ou d’un nouveau Boulogne qui devait, cette fois, se faire par la frontière suisse. Mais la mort l’enlevait à Chislehurst entre les mains des chirurgiens (9 janvier 1873), laissant comme héritier son fils, le « prince impérial », âgé alors de dix-sept ans. La cause bonapartiste devait s’en trouver un peu plus tard comme rajeunie. Sous ces nouveaux auspices, se fonderait le groupe très actif de l’Appel au peuple. Rouher et quelques bonapartistes notoires, à la faveur d’élections partielles, allaient entrer dans l’Assemblée nationale et là, se tenant à l’affût des circonstances propices, se réserveraient de faire payer, le cas échéant, leur concours à qui le solliciterait. Dans certains départements, par exemple dans l’Eure, dont le duc de Broglie était député, la position du bonapartisme était assez forte pour que les chefs des droites royalistes dussent compter avec lui. Tout compte fait, le parti était plus embarrassant que dangereux.
La partie était engagée, surtout, entre les deux branches de la famille des Bourbons, la branche aînée ou légitime, ayant à sa tête le comte de Chambord, la branche cadette, dont le chef était le comte de Paris, né en 1838, fils du duc d’Orléans, petitfils de Louis-Philippe. Ce « prétendant » encore jeune était accompagné et soutenu par un cortège familial qu’on se plaisait à appeler « les princes », le duc de Chartres, le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc d’Aumale et, autour d’eux, une élite de partisans dévoués, riches et ardents, sûrs d’eux-mêmes, ayant, les uns et les autres, la conviction que la France ne pouvait se passer de leur autorité, de leur compétence, de leur honnêteté : car c’était toujours le parti « des honnêtes gens k Le comte de Chambord, chef de la famille, était moins en vue : il vivait im peu à l’écart, à Frohsdorf, ayant le pli de l’exil, recevant de rares amis, interrogeant, écoutant, ne se livrant pas, la figure sereine, l’accueil bienveillant, mais royal, assuré de son droit et de son principe, attendant sans hâte que la France se tournât vers lui.
Aussitôt après la mort de Louis-Philippe, les orléanistes zélés, à leur tête Guizot, avaient déclaré que, dans l’intérêt de la France, les deux branches de la famille royale devaient se réunir : c’est ce qu’ils appelaient la « fusion », mot qui supposait un pied d’égalité et écartait tout souvenir pénible : le comte de Chambord n’employait que le mot « réconciliation ». Quel que fût le vocable, si le rapprochement entre les membres de la famille pouvait avoir lieu sans difficulté, le comte de Chambord étant sans enfants et les princes d’Orléans se trouvant ses héritiers naturels, — une question de principe continuait à les séparer : le comte de Chambord entendait tenir la couronne de son droit héréditaire, sans aucune intervention de
ce que le langage révolutionnaire appelait la « souveraineté nationale ». Les princes de la branche d’Orléans, au contraire, étaient résolus à ne désavouer en rien 1830, ni à rompre avec la nombreuse partie du peuple français qui, fille de la Révolution, leur restait énergiquement attachée. La lutte entre ces deux principes était tout autre chose qu’une question de couleurs sur le drapeau.
Les « princes », emportés par leur ardeur et par le zèle de leurs partisans, se mirent en mouvement tout de suite. A peine la guerre déclarée, ils avaient demandé à servir dans les rangs de l’armée, et sur le refus qui leur fut opposé, le duc de Chartres et le prince de Joinville avaient combattu sous le nom de Robert Lefort et de colonel Lutherod. Aussitôt après l’armistice, le prince de Joinville et le duc d’Aumale, passant outre aux lois d’exil, étaient accourus et s’étaient portés à la députation dans plusieurs départements ; élus, il avaient réclamé le droit de siéger à l’Assemblée. Une longue polémique engagée à ce sujet avec Thiers se termina par un vote de la droite qui les admit à prendre place en décembre 1872, sans, d’ailleurs, que cette place fût marquante, résolus qu’ils étaient à ne pas jouer les Louis-Napoléon. La question se posait maintenant de savoir quelle serait leur attitude à l’égard du « chef de la famille », le comte de Chambord. Celui-ci s’était tenu jusque-là sur la réserve. Élevé par les entourages de Charles X, lecteur de r Univers et de la « presse fidèle », il ne se prêtait guère aux nombreux avis qui venaient vers lui de céder quelque chose sur la rigidité de la doctrine royale pour , laquelle son grand-père avait succombé et qui paraissait devoir assurer à la France un régime conforme à ses anciennes traditions. Il n’avait pas oublié 1830, et la comtesse de Chambord, nullement séduite par la perspective d’aller régner dans ce dangereux Paris, ne le lui laissait pas oubher. Souriant et tenace, accueillant et évasif, à la fois dévot et fibre d’esprit, il ne voyait pas, sans une méfiance dédaigneuse, les « princes », au moment où ils parlaient de soumission au « chef de la famille », se mettre en avant, clamer leur dévouement au drapeau tricolore, au « drapeau chéri », selon le mot du duc d’Aumale en pleine Assemblée, et aller même jusqu’à « recevoir », comme le faisait la duchesse de Chartres, dans les salons de Mme Thiers, à Versailles, les courtisans du futur héritage. Thiers surveillait tout cela, tantôt avec bonhomie, tantôt avec humeur ; mais, juste appréciateur des forces en présence, il s’occupait surtout de dégager le sentiment du pays.
La famille royale, l’Assemblée, le pays, tels étaient les trois fieux de rencontre des intérêts, des convictions et des passions. Les courtisans et les partisans s’occupaient surtout de la famille et de l’Assemblée ; mais c’était le pays qui déciderait finalement.
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Un avertissement très net fut donné par le suffrage universel. Des élections partielles eurent lieu le 2 juillet 1871 ; il s’agissait de nommer à iii sièges vacants par suite de double emploi, démission ou décès. Sur les iii circonscriptions, 100 élurent des républicains de diverses nuances. Échec grave pour les partis royalistes, non seulement par le déplacement des forces dans l’Assemblée, mais par le jour jeté sur l’orientation du suffrage. La droite royaliste conservait la majorité, mais à la condition de ne laisser aucun dissentiment se produire entre les deux fractions monarchiques : il fallait même se préoccuper désormais, non seulement des intentions du parti bonapartiste, mais même de celles de certains hommes du centre gauche dont le concours pouvait devenir indispensable.
L’influence du président sur les élections n’était pas douteuse ; la plupart des candidats de gauche s’étaient recommandés du « programme de M. Thiers ». Celui-ci était décidément im obstacle et il le savait. Le duel ne pouvait plus être retardé. Les royahstes commencèrent la manœuvre dans l’Assemblée, Thiers, préparant d’autre part, sa contre-mine. Les princes exigent l’abrogation des lois d’exÜ ; le président s’oppose nettement : « Comment voulez-vous que je gouverne avec le duc d’Aumale à Chantilly, Henri V à Chambord, Napoléon à Frangins? » Reprenant les promesses que les maires de Paris ont obtenues de lui pendant la Commune : « Vous n’êtes pas engagés, dit-il, moi, je le suis. » Et il réclame de ses amis une consolidation de son pouvoir pour « l’essai loyal » de la Répubhque. Un projet de loi dans ce sens est déposé par son ami Rivet, et Thiers insinue sa solution : « Un essai de la Répubhque, dit-il, est nécessaire avant de relever la monarchie. » Le parti répubhcain comprend : il soutient adroitement l’habile vieillard qui s’est tourné vers lui. Gambetta pose la candidature de Thiers et dessine sa future tactique : « Nous voulons présenter le spectacle de républicains de naissance qui restent dans l’opposition en face des monarchistes convertis et forcés, par la cohésion du parti répubhcain et la légitimité de la Répubhque, d’accorder les réformes qu’elle demande. » Il gagne en douceur, il pénètre dans le camp ennemi ; on s’habitue à voir en lui un chef, l’homme de l’avenir.
C’est à cette manœuvre si adroitement préparée que se conforment avec un tact singulier les électeurs du 2 juillet. Le 31 août, la loi Rivet confirme Thiers à la tête du gouvernement de la Répubhque, « tant que l’Assemblée n’aura pas fini ses travaux ». Le contexte réglait les conditions des rapports du président avec l’Assemblée et déclarait le conseil des ministres « responsable devant l’Assemblée ». Thiers était placé en quelque sorte au-dessus du travail joumaher et établi en « président parlementaire ». Cela ne plaisait pas beaucoup au vieillard impatient
d’action ; mais la loi Rivet n’en était pas moins un embryon de constitution sous le vocable de la République. Les partisans d’une restauration royaliste, voyant leurs chances se dissiper peu à peu, sont décidés à en finir avant que la majorité leur échappe.
A la veille des élections, le comte de Chambord avait, lui-même, résolu de faire un pas vers le pays. Il avait gagné la Belgique et de là était entré en France pour se rendre à Chambord. Au même moment, l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, et les conseillers des princes, jugeant l’heure favorable, ont décidé le comte de Paris à se déclarer prêt à se rendre auprès du chef de sa maison. Précisément, le 2 juillet, jour des élections, le comte de Chambord fait savoir à son cousin qu’il le recevra « quand il aura fait connaître à la France sa pensée tout entière ». Les partisans de la « fusion », inquiets de cette formule énigmatique, s’efforcent de prévenir une déclaration trop absolue, et ils se rendent à Chambord. Inutile ; le prince dit : « Mon parti est pris. » Et le manifeste paraît le 5 juillet : « Le prince ne subira pas de conditions. Il ne fera pas le sacrifice de son honneur... Henri V ne peut abandonner le drapeau de Henri IV... » Dupanloup s’écrie : « Phénomène intellectuel sans exemple !... Cécité morale absolue ! » Le prétendant légitime avait dit aux délégués : « Je ne puis revenir en France qu^avec mon principe et mon drapeau. » Son système était arrêté : il ne s’agissait pas seulement du drapeau^ mais du principe. « Le manifeste, dit M. de Meaux, cause une stupéfaction profonde. » On s’écrie : « Abdication volontaire ! » Mais le comte de Chambord, par un nouveau manifeste (25 janvier 1872), de mettre encore ceci au point : « Je n’abdiquerai jamais... Et personne, sous aucun prétexte, n’obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. » Si l’on veut aller jusqu’au fond de sa pensée, il faut se reporter à la parole anxieuse qu’il adresse à l’un de ses partisans les plus dévoués, le marquis de Dampierre, quand celui-ci le suppliait de ne pas écarter en termes absolus le drapeau tricolore. « Si le duc d’Aumale est appelé à la présidence de la République, donnez-moi votre parole que vous ne voterez pas pour lui. » Il craignait évidemment une manœuvre sourde du parti orléaniste tendant à le mettre de côté en se jetant dans ses bras.
Après ces déclarations réitérées et qui écartaient toute perspective d’arrangement sur le principe, il n’y avait plus que deux partis S prendre pour les partisans d’une restauration par l’Assemblée, ou se rendre à la volonté du « Roy » ou passer outre et agir sans lui. Mais l’une ou l’autre de ces procédures aboutissait à une impasse. L’avènement du comte de Chambord « sans condition » était considéré par la majorité du pays comme le retour de Fancien régime et soulevait
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immédiatement une opposition formidable. « Les chassepots partiraient tout seuls. » Et l’essai de la restauration directe de la branche d’Orléans aurait, contre lui, le parti légitimiste dont les voix formaient la majorité royaliste dans l’Assemblée. On crut devoir persévérer, bon gré mal gré, dans la tactique de la « fusion ».
Cependant la manœuvre éventée, le pays fait connaître son sentiment : les conseils généraux manifestent en faveur du « gouvernement établi ». Le centre gauche adhère avec éclat à la République par la voix du général Chanzy, président du groupe : « Nous acceptons franchement, dans le fond et dans la forme, la République puisqu’elle existe de fait » (12 mai 1872). Une tentative de « fusion parlementaire » échoue. L’année 1872 s’est écoulée, ainsi, dans une sorte d’incertitude morose. D’autre part le parti bonapartiste, croyant voir un jour s’ouvrir, se remuait. La harangue véhémente du duc d’Audifïfet-Pasquier à propos des marchés de la guerre, avait ranimé cette cendre éteinte. Rouher qui venait d’être élu à l’Assemblée tenait tête. Et Gambetta accomplissait dans le pays cette fameuse tournée de propagande qui s’achevait par le discours de Grenoble et suscitait les « nouvelles couches électorales ». Il associe le nom de Thiers aux espérances du parti : « Au nom de l’ordre et de l’autorité légale, du bon respect des formes républicaines, au nom des choses raisonnables que le vieillard expérimenté a déjà accomplies, etc... » Le « péril rouge » se trouve résorbé dans l’atmosphère nouvelle ainsi créée. La cause royaliste perd partout du terrain.
Il n’y a plus une minute à perdre pour ses partisans. Or, voici que Thiers, dans son impatience, prête la main. Se sentant fort des grands services qu’il a rendus au pays et qui vont se couronner bientôt par la libération du territoire, il demande à l’Assemblée, par le message du 13 novembre 1872, de se mettre immédiatement au travail constitutionnel en vue d’entourer « le gouvernement de la République » d’institutions sages et durables. Son but, dit-il, est d’organiser la République et d’en faire un gouvernement régulier : « La République sera conservatrice ou elle ne sera pas. »
C’est autour de ce mot conservatrice que va s’engager la nouvelle phase de la lutte. Thiers réclame des mesures conservatrices pour fonder la République. La droite, ayant à sa tête son*houveau chef, le duc de Broglie, qui a quitté l’ambassade de Londres, met en doute le salut de la conservation sociale par la Répubhque. Thiers réplique : « Vous vous plaignez d’un gouvernement provisoire; faites tm gouvernement définitif. » Mais, justement, ce que veut la droite, c’est im gouvernement provisoire qui lui permette de sauver à la fois ses idées et l’espoir d’une
HISTOIRE POLITIQUE. T III
restauration royale. On prend le président en flagrant délit d’entente avec la gauche, avec Gambetta, et on le renversera par l’évocation du spectre rouge. Le nouvel adversaire qu’a rencontré Thiers est un manœuvrier redoutable.
La droite donc demande des garanties. Dufaure, au nom du gouvernement, réclame, lui, une Constitution : la droite est mise au pied du mur. Que veut-elle enfin? Si elle est décidée à constituer, qu’elle le fasse ! Et le gouvernement dépose un projet de loi ainsi conçu :
« Une commission composée de trente membres sera nommée dans les bureaux à l’eflFet de présenter à l’Assemblée un projet de loi pour régler les attributions des pouvoirs publics et les conditions de la responsabilité ministérielle. »
Thiers, et c’est une de ses dernières habiletés, propose d’aborder les réalisations constitutionnelles à la fois contre la gauche, qui ne veut pas reconnaître le pouvoir constituant de l’Assemblée, et contre la droite, qui, réclamant énergiquement ce droit, est dans l’impossibilité actuelle d’en faire usage. Dufaure, sympathique à l’Assemblée, présente avec tact sa difficile motion : le président l’appuie de tout le poids de son éloquence et de son autorité. Le projet de loi est voté par 372 voix contre 335. Le principe est acquis. La fameuse commission des Trente mettra sur pied, non sans d’infinies précautions et lenteurs, les institutions répubhcaines.
Thiers, qui avait rêvé d’en être l’organisateur et peut-être le bénéficiaire, n’aura pas cette récompense. Les royalistes ne lui pardonneront pas. Ils sont décidés à jeter hors du pouvoir l’homme qui leur a tendu le piège où leur impuissance les a précipités. Tout s’arrange pour donner barre aux rancunes de la droite. Thiers, par ses exigences, ses caprices, ses sautes de vent, sa vanité susceptible, a blessé nombre de membres de l’Assemblée. Plusieurs de ses ministres préférés ont succombé dans des conflits particuliers, en particulier les anciens membres de la Défense nationale : Jules Favre, Ernest Picard, bientôt Jules Simon. Jules Grévy, à la suite d’tm incident sans importance, a cru devoir donner sa démission et il est remplacé au fauteuil de la présidence par tm adversaire de Thiers, Buffet.
Et puis, la gauche, sentant qu’elle a le vent en poupe, s’affiche et le compromet, Aux élections qui viennent d’avoir lieu à Paris, Rémusat, ministre des Affaires étrangères, confident intime du président, est battu par un ancien maire de Lyon, personnage insignifiant, mais qui passe pour très avancé, Barodet, Enfin le président n’est plus, au même degré, « l’homme nécessaire Il vient de mener à bonne fin la rude campagne de négociations et d’emprunts qui aboutit à la libération du territoire ; le sol de France (sauf la place de Verdun) sera débar-
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rassé de l’occupation allemande dès les premiers jours d’août (accord du 15-17 mars 1873). Quand les grands services sont rendus, on peut remercier les grands serviteurs.
A la rentrée du printemps, Goulard et Jules Simon l’ayant quitté, Thiers a dû remanier encore son ministère. Il en profite pour marquer im pas vers la gauche. Le duc de Broglie interpelle sur la politique du gouvernement. Thiers répond du tac au tac en faisant déposer par le ministère le projet de loi « sur l’organisation des pouvoirs publics ». La mesure est comble.
Tous les adversaires du président de la République, y compris les bonapartistes, sont ralliés maintenant autour du drapeau de « l’ordre moral ». Sauver la société en péril ! On est en pleine équivoque. Mais Thiers déchire tous les voiles. « On nous dit qu’il s’agit de la conservation : il s’agit des chances de la monarchie. Monarchie ou République, quand on est au gouvernement, il faut prendre parti. J’ai pris parti, et c’est pour la République. » Sa franchise attire la foudre. Une toute petite fraction du centre gauche, travaillée depuis longtemps, le groupe Target (celui-ci beau-frère de Buffet), abandonne le président. Le gouvernement est mis en minorité de 14 voix, Thiers donne sa démission.
Tout est préparé pour la succession que l’on savait, d’avance, devoir s’ouvrir et, avant de lever la séance. Buffet a mené tambour battant la procédure d’élection d’un nouveau président. L’Assemblée élit le maréchal Mac-Mahon (24 mai 1873). Le maréchal, qui n’a accepté que sous la pression instante de sa famille et de son entourage, prend l’engagement, dès sa première et courte lettre à l’Assemblée, de travailler au rétablissement àQ.V ordre moral dans le pays. C’est tout le programme.