HIST. NATION FRANÇAISE. — POLITIQUE III. PLANCHE X
LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE
à tous les hasards et à tous les accidents et ouvrir la porte au régime qui Ta mis si bas » (le bonapartisme). Le parti constitutionnel existe en effet, et c’est celui qui va voter l’amendement Wallon à une voix; huit jours s’écoulent après cette lettre et les amis du comte de Paris ne sont pas tous absents de cette pénible majorité : « La République pour six ans », avait dit le duc Pasquier. « Une République que les royalistes s’approprient », confirme Vitet. « Jusqu’à ce que l’obstacle — le comte de Chambord — disparaisse, » observe Raoul Duval. Mais c’est tout de même la Répubhque, comme c’était déjà la République à Bordeaux. « Nos actes nous suivent. »
On garde toujours l’espoir, parce que le maréchal de Mac-Mahon est un homme sûr, parce qu’on a le soin d’insérer, dans le nouvel acte constitutionnel, une clause de révision éventuelle, parce que l’on compte sur des élections que la pression ministérielle saura améliorer. Mais, tout en luttant pied à pied, on cède toujours ; la première mesure constitutionnelle qu’on parvienne à voter, malgré le travail désespéré de la Commission des Trente et conformément à la prédiction de Rouher, c’est l’amendement Wallon (353 voix contre 352), un amendement pis-aller, soumis à titre particulier par un mince parlementaire qui bredouille en le défendant. Et le voici : Le président de la République est élu a la majorité absolue des
SUFFRAGES PAR LE SÉNAT ET PAR LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS RÉUNIS EN ASSEMBLÉE NATIONALE. Il EST NOMMÉ POUR SEPT ANS. Il EST RÉÉLIGIBLE.
C’est la Répubhque. La petite République, la Répubhque-Septennat.
Elle entre par la porte étroite; mais elle est admise. Léon Say écrit le jour même (30 janvier 1875) :
Le vote, à une seule voix, de l’amendement Wallon va produire des effets étonnants et, déjà, nous pouvons compter sur une soixantaine de voix de majorité, pour voter l’ensemble d’une loi qui, présentée avec un caractère antirépublicain, va être votée avec un caractère nettement républicain. La première personne à qui j’ai parlé, au moment de la proclamation de cette majorité de voix, a été le prince de Joinville. Il m’a dit : « Vous l’emportez et j’en suis enchanté, ma position personnelle me forçait à voter contre, mais je suis ravi d’être battu. »
DISTRIBUTION DE SECOURS A LA POPULA¬ TION APRÈS LA COMMUNE (D’après le Monde illustré.)
HISTOIRE POLITIQUE, T. III
Cette Constitution républicaine se ressentira, bien entendu, des conditions dans lesquelles elle est votée. Elle constituera le type même des gouvernements qu’ Aristote appelle les gouvernements mixtes. Elle garde de la monarchie parlementaire tout ce qu’une République peut garder. Mais elle dégage une solution autour de laquelle tous les constituants avaient tourné depuis 1848 : elle est à type anglais et non américain. Le président sera l’élu du Parlement et non du peuple ; il n’est pas responsable et ses ministres seuls le sont ; pas d’hérédité ni de plébiscite ; pas de dictature : une délégation du pouvoir temporaire et étroitement contrôlée. Après Waterloo et après Sedan, après 1830 et après 1848, tous les extrêmes paraissent dangereux à ce peuple intelligent et pondéré. Il se défie de tous, de tout et un peu de lui-même. La Répubhque sera opportuniste ou elle ne sera pas.