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LE GÉNÉRAL BOULANGER

DES MODÉRÉS AUX RADICAUX. — LA CONCENTRATION

dans l’espoir de satisfaire, dans le pays, les foules populaires. Le Parlement soutient énergiquement ce ministère : mais l’agitation se prolonge dans le pays. On approchait de la date du centenaire de la Révolution ; une Exposition universelle avait été décidée à titre de commémoration. Boulanger comptait la présenter au monde. Tisza, écho de Bismarck, conseilla aux commerçants de s’abstenir, car « on ne savait pas si la guerre n’aurait pas éclaté d’ici là ». Boulanger, ayant pris place à la Chambre, dépose sur le bureau un projet de résolution tendant à la dissolution avec révision et élection d’une Constituante.

Une altercation violente entre le général et le président du Conseil, Floquet est suivie d’un duel où le général s’enferre sur l’épée du ministre. Simple piqûre à la légende, mais qui suffit à ce ballon gonflé. Les rieurs changent de bord. L’apogée du boulangisme fut l’élection du général à Paris, le 27 janvier 1889; il recueüht 433 000 voix sur 570 000 inscrits. Pendant le dépouillement du scrutin. Boulanger et son comité dînaient au restaurant Durand, place de la Madeleine. Une foule immense s’était massée sur les boulevards, acclamant les chiffres au fur et à mesure qu’ils flambaient sur les transparents. Quand le succès se fut déclaré, une immense clameur s’éleva de la foule. Du perron de la Madeleine, on voyait, à travers les rideaux clairs du restaurant, s’agiter les ombres des dîneurs : Boulanger, au milieu, tournant le dos ; Déroulède debout, reconnaissable à sa taille, objurguant le général ; Naquet petit et contourné : les deux silhouettes s’affrontaient et, visiblement, s’opposaient. La foule attendait : un mot, un geste, et im torrent de peuple se précipitait vers la rue du Faubourg-Saint-Honoré, sur l’Élysée. Soudain, l’ombre de Déroulède disparut et, en bas, on vit l’homme lui-même sortir. Naquet resta. L’affaire était réglée : on renonçait au coup de main. La foule se dispersa dans une fin de nuit silencieuse. Le général « la Victoire » avait manqué de cran. Peut-être n’ignorait-il pas que 6 000 hommes gardaient l’Élysée et que la

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