LA FÉE APPARAIT
disparaissent, chevauchant vers l’île d’Avalon, séjour des bienheureux. « Je n’en ai plus ouï parler, ajoute Marie, et ne saurais vous en dire davantage. »
« onec » En voici un autre. Depuis sept ans une femme jeune et belle est enfermée dans une tour par un mari vieux et jaloux. Un matin d’avril elle voit luire le soleil, entend gazouiller les oiseaux : « Ne sommes-nous point, se lamente-t-elle, dans cette terre de Bretagne, où l’on dit que nobles dames et preux chevaliers trouvent amants courtois et dames fidèles? Ne pourrait-elle m’échoir, à moi aussi, cette belle aventure? » Tout à coup l’ombre d’un grand oiseau voile le soleil ; un autour pénètre dans sa chambre et se mue en un beau chevalier : « Je vous aime depuis longtemps, dit-il, mais je ne pouvais venir avant que vous m’eussiez souhaité. » Longtemps cette sombre existence est consolée par les visites du mystérieux oiseau ; mais un jour celui-ci se déchire aux pointes acérées dont le mari a fait renforcer les grilles ; le chevalier blessé se traîne mourant jusqu’à
HISTOIRE DES LETTRES
son manoir, où son amante réussit à le suivre ; avant d’expirer il lui confie un anneau et une épée ; tant qu’elle portera l’anneau, son mari ne se souviendra de rien ; l’épée,
elle doit la remettre, dans vingt ans, au fils qui naîtra d’elle... Vingt ans après, l’enfant, armé chevalier, se rend, selon la coutume, avec sa mère et celui qu’il croit son père, à un monastère voisin : il y voit une tombe magnifique, autour de laquelle se lamente tout un peuple. « Cette tombe est celle de ton père, que ce vieillard a tué : voici son épée, que j’ai trop longtemps gardée. » Ayant ainsi parlé, la dame tombe morte.
L’enfant saisit le glaive et tranche
UN AUTOUR SE MUE EN UN BEAU CHEVALIER. tête de SQn parâtre. « A grand
honneur on ensevelit la dame à côté de celui qui l’aima. Dieu fasse paix à tous deux ! »
Laustic » Parfois l’aventure n’est presque rien et se réduit
ou le rossignol à une sim¬
ple anecdote : un jeune chevalier aime d’un innocent amour une dame, mariée à un jaloux qui la fait étroitement garder. La seule joie des deux amants est de s’apercevoir par les fenêtres de leurs châteaux, d’échanger quelques mots, de menus présents. La nuit, la dame se lève et va s’accouder longuement à la fenêtre. Le mari s’inquiète et s’irrite : « Je vais, répond l’affligée, écouter le rossignol dont le chant trouble mon sommeil. »
Le barbare fait prendre à la glu le doux chanteur, l’étrangle et jette le petit corps sur le giron de la dame, qu’il tache de sang. « Désormais, dit-il, vous dormirez en paix. » Pour éclairer son ami, calmer