UN ANGE LUI ÉTAIT APPARU
bration de la Cene, ou avait ete
recueilli le sang du côté de Jésus, percé par la lance de Longin. Joseph d’Ari-
latines vers 1230-40, s’autorise, pour substituer la prose aux vers, de l’exemple du Lancelot , évidemment tout récent. — Je résume ici les résultats obtenus par M. F. Lot {Étude sur le Lancelot en prose, Paris, 1918).
(1) Les sources du Lancelot sont encore fort mal connues. Ce qui paraît certain, c’est que l’auteur a remanié librement et amplifié d’une façon très personnelle une trilogie en vers de Robert de Boron (écrite vers 1210), qui comprenait un Joseph d’Arimathie, un Merlin et un Perceval ; seul le premier poème est conservé, avec le début du second, sous sa forme originale ; la suite, où Perceval est donné comme conquérant du Graal, n’existe que dans une rédaction en prose.
DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS
mathie, emprisonné pour avoir enseveli le corps du Sauveur, l’avait avec lui dans son cachot, et une captivité de quarante ans ne lui avait semblé durer que trois jours ; il l’avait emporté, ainsi que la sainte lance, dans les contrées lointaines de l’Orient, qu’il avait évangélisées, puis en Angleterre, le dernier pays que luimême, son fils « l’évêque » Josephé, son frère Bron et les douze fils de celui-ci eussent conquis à la foi chrétienne. Puis les deux précieuses reliques avaient été soustraites à la vénération des hommes, encore indignes de les posséder ; elles étaient gardées et « servies »
dans l’inaccessible château de Corbenic, par les fils de Bron, qui attendaient dans une douloureuse angoisse le chevalier de leur lignée qui devait les arracher à cette retraite et les faire rayonner sur le monde.
Plusieurs siècles se sont écoulés quand s’ouvre la seconde partie, le roman de Lancelot proprement dit ( i). Nous sommes transportés au *
r LA « QUÊTE » DU GRAAL.
temps où le roi Arthur
et les chevaliers de la Table ronde éblouissaient la terre de leurs exploits. Sans négliger complètement les héros traditionnels, l’auteur concentre notre attention
(i) La transition était brusque, et il semblait qu’il y eût là une lacune. Elle n’existait pas dans la trilogie de Boron, où le Merlin introduisait dans le récit Arthur et ses compagnons, et racontait les origines de la Table ronde. De même, dans notre roman fat de bonne heure intercalé à cette place un Merlin , dont l’auteur s’est surtout efforcé de préparer certains épisodes et d’expliquer par avance certaines allusions des récits qui allaient suivre.
LITTÉRATURE, T. I
HISTOIRE DES LETTRES
sur Lancelot, qui avait déjà été célébré dans un roman de Chrétien de Troyes, ainsi que dans un poème perdu, et dont il fait un descendant de Bron. Il nous dit d’abord comment son héros, orphelin, fut recueilli et élevé par la Dame du Lac. Puis il le promène à travers le monde, consacrant d’innombrables pages à ses amours avec Guenièvre, femme d’Arthur, et à ses aventures, qui s’enchevêtrent avec celles des autres compagnons de la Table Ronde , chargés par Arthur de le retrouver. Au cours de ces pérégrinations, Lancelot, ainsi que son émule
Gauvain et son cousin Bohort, parviennent au château du Graal, mais leurs fautes les rendent indignes d’en contempler les merveilles ; l’honneur de « mettre à chief l’aventure » est réservé au fils de Lancelot, Galaad, le héros vierge.
Dans la troisième partie {la Quête du Graal) nous voyons Lancelot, Bohort et Perceval (qui remplace le trop mondain Gauvain) , s ’acheminer
vers le château de Corbenic ; mais ces trois grands pécheurs n’y sont admis que quand ils ont été purifiés par le remords et la confession. Ils n’y goûtent pas au reste la plénitude du bonheur; seuls, Galaad et neuf chevaliers inconnus, purs comme lui, sont admis à contempler les mystères ineffables : l’évêque Josephé descend du ciel pour célébrer devant eux la messe et leur donner la communion. Peu après, Galaad est emmené sur un bateau miraculeux, la nef de Salomon, vers les pays d’Orient, et il dépose les reliques dans le Palais spirituel, à la garde duquel il est commis. Un an après, il meurt dans une extase, les bras en croix ; le Graal et la lance sont emportés en paradis par une main céleste, et depuis nul ne put se vanter de les avoir vus.
L’épilogue qui termine l’ouvrage (La Mort Arthur) n’est pas aussi inutile qu’il semble au premier abord : non seulement l’auteur nous y renseigne sur le sort de ses