‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 25 sur 186 · STYLUS · texte numérisé non relu

STYLUS

’espagne En Espagne, l’évêque Idacius compose des notices chronologiques, qu’il continue jusqu’en 467, en traitant de son pays, mais aussi de la Gaule et de l’Afrique, tandis que le comte Marcellin, favori de

Justinien, poursuit la Chronique ^ de saint Jérôme jusqu’en 534 et prend Constantinople pour point dedépart. Un évêque de Vita, Victor, écrit l’histoire de la persécution de l’Église en Afrique, pendant la domination de Genséric et de Hunéric.

Jordanès, un Alain qui se considère comme un Goth, abrège YHistoire des Goths de Cassiodore et réunit des extraits par lesquels il veut donner une idée sommaire de l’histoire universelle. Gildas, né vers 516, élève de saint Iltud, instituteur des Bretons, fonde peut-être le cloître de Ruys, dont Abélard sera l’abbé. Il écrit vers 560, sur la Ruine de la Bretagne , un ouvrage où l’on a pu trouver une des sources de la légende d’Arthur.

Victor de Tunna avait continué la Chronique de Prosper. Il eut lui-même pour continuateur un Goth d’Espagne, Jean, le fondateur (vers 586) du cloître de Biclaro, au pied des Pyrénées. Isidore, évêque de Séville, mort en 636, fut un personnage considérable, et ses compilations, qui rassemblent des extraits sous forme littérale et des analyses, eurent une influence marquée sur la littérature ultérieure, surtout sur celle de notre pays. Ses vingt livres d 'Étymologies forment une véritable encyclopédie où il est traité des sept arts libéraux, de la médecine, des lois et des temps, des livres de la Bible et des bibliothèques ; de la hiérarchie céleste, des trois personnes divines, des anges, des patriarches, des prophètes, des apôtres et des diverses classes du clergé ; de l’Église et des sectes, des écoles philosophiques, des sibylles et des mages, des poètes et des démons ; des langues et des peuples ; des étymologies et du règne de la nature, de l’homme et du règne animal, du monde et de la terre ;

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des habitations humaines ; des pierres et des métaux, des poids et des mesures ; de la culture des champs et des jardins, des arbres et arbustes en général ; de la guerre et des jeux ; des procès et des spectacles ; du vaisseau et de son équipement, de la maison et de sa construction ; des mets et des boissons, des ustensiles et des instruments aratoires. Isidore emprunte à Cassiodore, à Boèce, à Lactance, à Cœlius Aurelianus, à Pline et à Solinus, comme aux Prata de Suétone. Sur l’antiquité, ses successeurs trouvent donc chez lui des connaissances qu’ils ne peuvent plus avoir directement. D’autres ouvrages d’Isidore leur sont aussi précieux : deux livres sur les différences des mots et des choses, deux sur les synonymes, qui furent pris comme un livre de piété, parce que l’auteur y représente un homme gémissant sur sa misère, dont la raison lui montre la source dans le péché, comme elle indique dans la vertu le chemin véritable pour arriver au bonheur ; un traité sur la nature, où il utilise saint Ambroise, saint Augustin et saint Clément, Suétone et de nombreux auteurs profanes ; trois livres de Sentences qui rappellent Prosper d’Aquitaine et suivent surtout saint Grégoire, de manière à former un traité dogmatique et moral ; des Allégories utilisées, par la suite, comme un Traité sur les nombres , dans la littérature et dans l’art; deux livres contre les Juifs, deux sur les offices ecclésiastiques ou les actes du culte ; divers ouvrages d’histoire, une Chronique , une Histoire des Goths, des Vandales et des Suèves , avec l’éloge des Goths et de l’Espagne, « le plus beau de tous les pays, la mère sainte et toujours heureuse des princes et des peuples, la perle et l’ornement de l’univers » ; une continuation de l’ouvrage de Gennade et de saint Jérôme sur les Hommes illustres. Son élève, saint Ildefonse, évêque de Tolède, puis Julien, qui lui succède en 680, continuent à leur tour le traité des Hommes illustres. Julien écrit en outre sur les événements qui eurent Heu en Gaule à l’époque du roi Wamba, en se proposant d’enflammer les jeunes gens de l’amour de la vertu ; l’œuvre témoigne d’une culture antique bien supérieure à celle des pays voisins.

La grande Bretagne Mais l’Espagne est conquise par les Arabes : la et ltrlande Grande-Bretagne et l’Irlande travaillent presque seules à maintenir pour l’Occident la civilisation et la littérature où s’unissent les acquisitions gréco-romaines, juives et chrétiennes. L’Irlandais Columban, du monastère de Bangor, fonde les monastères de Luxeuil en France et de Bobbio en Italie, où il meurt vers 615 : dans les vers qu’il nous a laissés, on reconnaît l’ascète, mais on y trouve aussi l’homme épris des « poètes savants et pleins d’éloquence ». Théodore, moine de Tarse, archevêque de Cantorbéry après 680,

LITTÉRATURE, T. I

HISTOIRE DES LETTRES

et son compagnon Hadrien enseignent le latin et le grec aux Anglo-Saxons. Aldhelme, élève d’Hadrien, fait un voyage à Rome et meurt en 709 évêque de Sherborn. Par lui, le monastère de Malmesbury devient une des écoles les plus illustres de la

Grande-Bretagne. Son traité sur la virginité, écrit pour des religieuses, nous apprend que les études, dans les couvents de femmes, portaient sur la Bible et son explication, sur les anciennes fables des historiographes et la série des chronographes. Aldhelme a fait aussi un poème où il a chanté la virginité, en suivant parfois Cassien, Grégoire le Grand et Prudence. Ses Énigmes , « petits cadeaux métriques au roi de Northumberland », mentionnent le poète Symphosius, le philosophe Aristote et Théodose qui transcrivit de sa main dix-huit volumes de Priscien ; un dialogue entre le maître et l’élève, à l’imitation de saint Augustin et de saint Isidore, s’y trouve joint, ainsi qu’une lettre en prose qui rappelle les préfaces de Fortunatus. On a nommé Aldhelme le père de la poésie anglo-latine.

Son contemporain Bède passa sa vie dans la communauté de Weremouth. La bibliothèque du couvent lui fournit de nombreux manuscrits recueillis par les abbés dans leurs voyages à Rome. Toute sa vie fut employée à l’étude et à la composition d’écrits qui furent très estimés par ses successeurs. On sait que les extraits ou les deflorationes constituent la plupart des ouvrages de ce temps. Bède en use constamment dans ses Commentaires sur la Genèse et sur les Évangiles où domine l’interprétation allégorique. Son Histoire ecclésiastique de la nation anglaise va de Jules César à 731. On y apprend comment se développa la culture littéraire, comment on rassembla les livres et quels furent les écrivains célèbres, quelles légendes miraculeuses et quelles visions tournaient les esprits vers le monde intelligible, pour les éloigner de l’enfer, même du purgatoire, et pour leur faire désirer le paradis.

Bède a en outre écrit la vie des abbés de la communauté qui furent ses maîtres, en particulier celle de Biscop ou Benoît, qui commença par être moine de Lérins, qui alla chercher des livres, des tableaux, des maîtres de chant à Rome, des ouvriers et des verriers en Gaule. En vers calames. et en prose, Bède raconta la vie et chanta les miracles de saint Cuthbert.

Sa Chronique universelle , avec les ouvrages qui s’y rattachent, où il s’autorise surtout de saint Augustin, témoigne d’une grande érudition; ses opuscules sur l’orthographe, sur les tropes de l’Écriture sainte, où il unit la rhétorique et la

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Bible, son écrit sur la nature, sa lettre à Egbert, son élève et son ami, devenu évêque d’York, et auquel il enseigne les devoirs d’un évêque, complètent sa physionomie d’écrivain. Winfried ou saint Boniface, l’apôtre de la Frise et de l’Allemagne du centre, le fondateur de l’abbaye de Fulda, enseigna les sciences profanes et écrivit des ouvrages classiques, compilations ou deflorationes. Ses Enigmes présentent dix vertus principales et dix vices capitaux ; ses épîtres et ses sermons, qui contiennent de vives attaques contre l’ivrognerie, des récits de visions relatives au paradis, à l’enfer ou au purgatoire, dénotent un chrétien chez qui subsiste, comme chez ses compatriotes, un certain amour de la littérature païenne.

Ainsi, les Italiens Boèce et Cassiodore, l’Espagnol Isidore de Séville, l’Irlandais Columban, l’Anglo-Saxon Bède le Vénérable, héritiers de leurs prédécesseurs latins et même gaulois, conservent pour la Gaule carolingienne les connaissances qu’elle reprendra et développera au huitième et au neuvième siècle.

Les gaulois : En Gaule, la production littéraire est très abon-

sidoine Apollinaire dante à partir de 451. A la période antérieure se rattachent encore, en une certaine mesure, Eucherius, évêque de Lyon, l’auteur d’un traité du Mépris du monde et de la Philosophie séculière , à qui Agræcius dédie un ouvrage sur l’orthographe. Hilaire, évêque d’Arles, écrit une Vie de son prédécesseur, saint Honorât, et un poème sur la Genèse qui trahit un lecteur des Métamorphoses d’Ovide; son beau-frère Loup, évêque de Troyes, laisse des Lettres; Vincent de Lérins, originaire du nord de la France, publie, sous le pseudonyme de Pérégrinus, un Avertissement aux chrétiens , auxquels il recommande de se garder des erreurs des hérétiques et de demeurer fidèles à la vraie doctrine, fondée tout à la fois sur les Écritures et sur la tradition. Un auteur, qui partage ses opinions semi-pélagiennes, écrit trois livres sur la prédestination contre saint Augustin, dont la doctrine paraît une nouveauté. Au contraire, Prosper d’Aquitaine, mort en 463, est un partisan de saint Augustin. Fixé à Marseille, après avoir étudié avec succès dans les écoles du Sud-Ouest toujours florissantes, il y exposa la doctrine de ce dernier dans des traités sur la prédestination des saints et le don de persévérance, puis il combattit Cassien, le semi-pélagien, dans un ouvrage sur la Grâce de Dieu et le libre arbitre. Son poème De ingratis , contre ceux qui n’admettent

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pas la grâce, est dirigé contre les semi-pélagiens du midi de la Gaule ; un recueil de près de quatre cents Sentences tirées de saint Augustin, continue, pour la méthode, la tradition de saint Hilaire et conduit au Sic et Non d’Abélard, à Pierre Lombard et aux Sommes du treizième siècle. Les Epigrammes reproduisent ou continuent les Sentences ; la Chronique , qui s’inspire de saint Jérôme, va jusqu’en 457. Elle est utilisée pour le Canon pascal de Victor d’Aquitaine ou de Limoges, qui indique, dès 457, les fêtes de Pâques pour cent deux ans.

Paulin, né à Pella, où son père était préfet de l’Illyrie, vint de bonne heure à Bordeaux chez son grand-père. Le grec était sa langue maternelle et il commença ses études par l’Iliade et l’Odyssée, pour passer ensuite à Virgile où il trouva quelques difficultés. Agé de quinze ans, les médecins lui ordonnent de se livrer aux exercices du corps ; à vingt ans, il se marie et vit durant dix années en grand propriétaire. L’invasion des Goths le ruine et son existence même est menacée.

Sans se consacrer entièrement à la vie monastique, il vit en ascète et se livre aux études religieuses pour se préparer à réfuter les hérésies. Il reçoit alors le baptême, et, se trouvant seul, il se retire à Marseille, où il cultive un petit bien dont il est propriétaire. Il meurt à Bordeaux dans la misère, après avoir composé en 465 Y Eucharisticon , chant d’actions de grâce, où il prend Virgile pour modèle, et raconte comment il a vécu, en remerciant Dieu, auquel il veut appartenir dans la vie comme dans la mort.

Paulin de Périgueux achève en 470 une Vie de saint Martin en hexamètres, pour laquelle il utilise Sulpice Sévère et l’évêque de Tours, Perpetuus. Nous lui devons deux autres poèmes : dans l’un, il dit la guérison de son petit-fils obtenue par

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