‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 48 sur 186 · UKE SOUTENANCE DE THESE EN I · texte numérisé non relu

UKE SOUTENANCE DE THESE EN I

HISTOIRE DES LETTRES

admirable pour l’ordre et l’économie des idées, une supériorité de méthode dont les grandes productions des trois derniers siècles gardent particulièrement l’empreinte. Et il y a certes une bonne part de vérité dans ces affirmations, qui portent en réalité sur l’invention, l’ordonnance et l’analyse des idées, comme sur l’enrichissement de la langue, sur la justesse et la propriété de l’expresssion.

Quelques-uns des penseurs de cette époque ne sont pas d’ailleurs sans originalité. François de Mayronis, mort vers 1323, le maître des abstractions, rappelle parfois les Plotiniens et les Grecs qui vont faire l’éducation de l’Italie. La méthode d’Aristote, observée par saint Paul, dit-il, s’élève des choses inférieures aux choses supérieures, la méthode de Platon, suivie par saint Jean, descend des choses supérieures aux choses inférieures. Et il s’agit, bien entendu, du Platon complété par Plotin, tel que le présente saint Augustin. Si le philosophe peut préférer la méthode d’Aristote, c’est à la condition qu’elle le conduise où l’attend Platon, car Platon, ajoute-t-il dans une comparaison singulière, est le plus grand parmi les philosophes, comme Jupiter est le premier entre les dieux ! Chez lui encore, comme chez Spinoza, Hauréau signale la formule célèbre, annoncée chez Jean Scot, que Dieu est nature naturante , en tant que créateur.

Son contemporain Pierre Auriol est un disputeur habile, que ses élèves appellent le docteur éloquent. Il combat les abstractions réalistes, tandis que Hervé Nédellec cherche à réconcilier les deux écoles. Durand de Saint-Pourçain se refuse à croire tout ce qu’enseignent ses maîtres et ne pense pas qu’il faut avoir autant de souci de l’affirmation d’Aristote que de la vérité. Dieu, dit-il, après Roger Bacon, nous a créés raisonnables : servons-nous donc de notre raison et n’hésitons pas à nous prononcer contre les plus grands docteurs si elle nous dit qu’ils se sont trompés. Guillaume d’Ockam, qui étudie la théologie à Paris, est surtout connu par sa lutte contre les papes, auxquels il ne reconnaît aucune autorité sur les choses temporelles. Mais c’est aussi le prince des nominalistes, un psychologue pénétrant, un précurseur de François Bacon, de Locke et de Leibnitz. Les romanciers et les poètes dramatiques ont mêlé Jean Buridan, recteur en 1327, à l’histoire légendaire de la reine Jeanne. On lui doit sur la liberté une théorie profonde qui n’a guère été comprise ; et il s’interroge lui-même, en attendant qu’on en revienne à interroger la nature, au lieu de s’en rapporter uniquement aux livres.

J31ERRE d’ailly De même, les trois théologiens français, dont nous

± et jean gerson avons noté les tendances humanistes, ont une place marquée dans l’histoire de la civilisation comme dans celle de l’Eglise. Tennemann

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

dit de Nicolas de Clamenges que ce fut un hardi penseur. Pierre d’Ailly et Jean Gerson ont été invoqués souvent par les Gallicans du dix-septième et du dixhuitième siècle. Pierre d’Ailly a joué un grand rôle aux conciles de Pise et de Constance, comme il a contribué à faire triompher le dogme de l’immaculée Conception de la Vierge. C’est un nominaliste convaincu dont Y Image du monde reproduit littéralement un texte de Roger Bacon par lequel Christophe Colomb a été confirmé dans ses conjectures sur l’Amérique. Le second est un des personnages dont l’influence s’est exercée jusqu’à nos jours.

Avec Pierre d’Ailly, son maître, et après lui, il combat les adversaires de la supériorité des conciles sur les papes et de l’immaculée Conception, il travaille à rendre la paix à l’Église et à la France. S’il souhaite qu’on interdise la traduction en langue vulgaire de la Bible et des Livres saints, il veut qu’on écrive en français sur la religion et la morale pour édifier les simples ; il compose des ouvrages sur l’éducation morale et intellectuelle des enfants pauvres, qu’aucune

serrure, dit-il, n’est assez forte pour défendre contre ceux qui les lui dérobent encore incorrects et méconnaissables; il fait même passer dans des traités, composés en français pour les rendre accessibles aux religieuses, les doctrines mystiques où, comme saint Bonaventure, il expose que savoir, c’est croire et que croire, c’est aimer. Car il condamne la curiosité qui fait dédaigner en théologie les autorités les plus respectables, le goût des nouveautés, l’appel aux sciences étrangères et au mépris de la révélation. Des écoles, il prétend chasser les discussions, pour y ramener le goût des vérités simples, claires et utiles, l’amour d’une sagesse mieux proportionnée à nos besoins et à notre faiblesse. Les dialogues de Consolatione Theologice rappellent la Consolation de la philosophie de Boèce. Les traités latins, sur l’éducation des enfants, contiennent des parties

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