DE LA FORMATION DE LA FRANCE
(d'après A. de Lapparent).
FlG. II. — CARTE GÉOLOGIQUE GÉNÉRALE DE LA FRANCE (i : 6000000).
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
n'en dessinaient la très antique trame : ainsi les traînées granitiques du Massif central et de ses annexes, alignées du Sud-ouest au Nord-est ou du Sud-est au Nord-ouest, sont, par rapport aux anciennes chaînes, des témoins irréfutables.
L'association des deux types de roches cristallines caractérise par excellence non seulement le centre du massif, la Margeride, le Cézallier, le Luguet, la Combrailles ; mais son rebord oriental, les Cévennes, son îlot méridional, la Montagne Noire, son contrefort avancé vers le Nord, le Morvan, et son large renflement vers l'Ouest, le Limousin. Ainsi cet énorme massif en forme de triangle couvre 85 000 kilomètres carrés, et occupe près du cinquième de notre sol.
Nous verrons pourquoi il présente vers l'Est, vers la vallée du Rhône, son bord relevé, les Cévennes ; et pourquoi vers l'Ouest au contraire, vers le Sud-ouest, vers le Nord-est, il s'abaisse par une série de mamelons, de bosses et de buttes de moins en moins hautes qui finissent par ne plus se distinguer, au moins par l'altitude, des pays plus jeunes qui l'enveloppent. Parfois ceux-ci, au delà de « dépressions périphériques », sur lesquelles on a justement attiré l'attention (1), se dressent même en petits escarpements dominant « la France du massif intérieur ». Ainsi, au Nord du Morvan, au delà de la dépression liasique de l'Auxois, c'est au pourtour du massif, c'est aux plateaux calcaires de l'Auxerrois qu'appartient l'avantage de l'altitude et des fortes pentes. De même, au delà de la bordure méridionale des granits limousins, le petit bassin de Brive est dominé par la frange des calcaires du Causse (château de Turenne).
Le Massif central va se dresser longtemps, comme une vaste borne solitaire, comme le premier continent consolidé, dans l'attente de ce qui devait, par une série d'annexions successives, composer le sol français. Cependant la grande île était accompagnée d'îlots, parsemés à la surface de notre territoire comme des pierres d'attente qui indiquaient les constructions futures : trois îlots surtout, tous trois au Nord de la « pierre angulaire ».
Deux de ces îlots sont situés sur l'emplacement de la Bretagne actuelle : l'un dans le Sud, dirigé du Sud-est au Nord-ouest, plus large vers le Sud-est, allant en se rétrécissant vers le Nord-est ; il correspond à peu près à la zone côtière bretonne méridionale, mais grossie des territoires qu'elle a perdus et dont les îles de Groix, Belle-Ile, etc., sont des lambeaux séparés ; l'autre, dans le Nord, correspond à la zone côtière septentrionale ; orienté Est-Ouest, il converge par conséquent vers le premier, et jadis il allait sans doute le rejoindre sur l'emplacement d'un « Finis-
(1) Emm. DE Martonne, Traité de Géographie physique, 2° édition, Paris, 1913, p. 552.
L ARCHITECTURE DU PAYS
terre » situé bien plus à l'Ouest, bien plus à la « fin des terres » ; il était aussi plus large que ne l'est aujourd'hui la bande cristalline, et comprenait les îles Anglo-normandes qui en ont été détachées depuis lors « par la fureur des flots ».
Au Nord-est un autre îlot, le troisième, devait déjà, semble-t-il, apparaître sur l'emplacement de ce qui est aujourd'hui les Vosges.
Il faudrait ici remarquer la solidarité qui unit ces amorces de continent, entre elles, et avec le Massif central, la « terre centrale » : les bandes alternantes de gneiss et de granit sont orientées de même.
Les plis Sud-est à Nord-ouest de la Bretagne méridionale continuent les plis de l'Ouest du Massif central, dirigés Sud-est à Nord-ouest à partir de l'axe de l'Allier, et l'alignement Sudouest à Nord-est des bandes vosgiennes continue les alignements de la moitié orientale du Massif : Vivarais, Lyonnais, Beaujolais, Morvan. Mieux encore, le pointement de gneiss et granit du massif de la Serre, près de Dôle, semble attester la liaison souterraine du Massif central et de l'îlot vosgien.
Tout est jeune sur notre territoire en comparaison de ces
masses primitives. Elles ont subi l'influence de toutes les longues et multiples actions de démolition de ces agents sculpteurs du relief terrestre : pluies ruisselantes, qui arrachent et entraînent les particules du sol, eaux coalisées qui forment les cours d'eau, et qui par la forte même de leur coalition acquièrent un pouvoir singulier pour creuser les vallées et pour façonner leurs versants, glaciers enfin qui aux âges de refroidissement de notre climat se sont installés sur les plus hauts de ces reliefs et les ont travaillés à leur manière.
Ce n'est pas en vain qu'aux jours de violence les eaux se précipitent toutes jaunes de limon et toutes chargées de blocs qui s'usent en roulant et deviennent des galets. Les montagnes qui dominent les autres sont attaquées, creusées, déchiquetées (fig. 12), puis démolies et nivelées ; les masses qui les composaient sont, par ce mécanisme des
FlG. 12. — RAVINEMENTS DANS LES ALPES, PRÈS DE GAP (A. Lcpère).
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
eaux, étalées sur les plaines ou conduites jusques à la mer. Tous les reliefs s'adoucissent en vieillissant, ils s'arrondissent, ils prennent des formes assez régulières et vermoulues. On a donné à ces anciens reliefs rabotés et nivelés, qui ressemblent maintenant à de hautes plaines, à des plateaux, le nom de « pénéplaines ». Dans la Bretagne, dans les Cévennes et le Massif central (fig. 13), les exemples sont nombreux de ces formes vieillies dont l'aspect seul nous révèle l'âge et nous dit à la fois : résistance et décadence. De même les Vosges granitiques présentent des formes
FlG. 13. — VERSANT MÉDITERRANÉEN DE LA « PÉNÉPLAINE . DES CÉVENNES (A. I.epère).
harmonieusement usées et façonnées dont les sommets apparaissent comme approximativement tangents à un même plan supérieur (fig. 14).
Entre les trois antiques bornes montagneuses du Centre, de l'Ouest, et du Nordest de la France, et comme enveloppées par le bel hémicycle discontinu de ces masses émergées, les eaux des mers primaires, secondaires et tertiaires se sont étalées, selon des vicissitudes très variées, dans un énorme golfe qui correspond à ce que nous désignons actuellement sous le nom de « Bassin parisien ».
TABLEAU RÉSUMÉ DES ÈRES ET PÉRIODES PRINCIPALES DE LA CLASSIFICATION CHRONOLOGIQUE DES TEMPS GÉOLOGIQUES
ÈRE ARCHÉENNE
Ère primaire
(Roches [ Période ' Période : Période ' Période Période Période