EE
de 100 à ZOO
de .SOOa iOOm-
FiG. 34. — LA SITUATION TOPOGRAPHIQUE DE METZ (1 : 500000)
(1) Voir l'étude plus détaillée sur Verdun et le Verdunois au chapitre xm.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
Metz. Metz est, par rapport aux rebords des Côtes de Moselle, situé comme Reims par rapport au biseau de l'Ile-de-France ; les raides talus, festonnés de vignes, qui dominent Metz vers l'Ouest et dont le prince est le fameux mont Saint-Quentin, peuvent être à juste titre comparés à cette ligne continue de hauteurs qui encercle
la cuvette de Reims vers l'Ouest et vers le Sud et qui porte au Sud le nom de « Montagne de Reims ». On pourrait même, si l'on voulait poursuivre ce parallèle expressif qui n'a jamais été tenté, retrouver dans des pitons messins, plus orientaux, et couronnés de forts, les équivalents des hauteurs et forts champenois de Brimont, de Berru et de Nogent-l'Abbesse... (Les cartons des deux fig. 34 et 35 sont destinés à démontrer à quel point Reims et Metz sont, de par leur site, de la même famille.) Toul est la tête de ligne intérieure qui commande Metz et Verdun. Verdun est le réduit occidental enfoui dans la splendide demeure à méandres, que s'est bâtie une Meuse antique et que protègent les plateaux, les dentelures et les abrupts des Côtes de Meuse ; et la capitale, qui regarde vers les peuples de l'Est pour les tenir en respect, c'est Metz; là s'est développée et doit revivre une grande ville aisée, riche, dilatée, heureuse (1).
La Moselle est la fée qui, de sa force propre, a donné à tout ce pays son vrai sens actuel. Les eaux qui ont coulé dans le sillon Mortagne-Meurthe-Moselle ont mené leur travail avec ardeur et avec joie ; elles ont traversé toute l'épaisseur des calcaires bathoniens et sont arrivées jusqu'aux schistes argileux du lias. Elles n'étaient plus sur l'emplacement de Metz qu'à 160 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les eaux de la Meuse étaient sans doute alors à un niveau plus élevé d'au moins 100 mètres. Il a bien fallu que toute la Moselle supérieure d'aujourd'hui quittât les régions plus hautes pour se précipiter vers le sillon plus bas, et la bataille des
rzn
dcOdlOOm.
de20Oâ,30On
FlG. 35. — LA SITUATION TOPOGRAPHIQUE DE REIMS (1 : 500000)
(1) Nous ne parlons pas ici de Nancy, mais nous ne l'oublions point. C'est une capitale politique, dont nous dirons dans le second volume de la Géographie humaine la signification géographique.
CLIMAT ET COURS D'EAU
eaux s'est dénouée par la capture au détriment de la Meuse et au profit du cours d'eau oriental — le plus actif, le plus heureux, et qui, par le paysage moins austère, et plus découpé qui l'enveloppe, paraît encore aujourd'hui le plus riant.
Destinée encore plus fortunée, — c'est en poursuivant ce fécond travail d'approfondissement que la Moselle a mis au jour la couche grise des schistes du lias qui donne l'incomparable minerai de fer phosphoreux qui est la minette. C'est parce que la Moselle l'a placée en vedette, à la portée des yeux et des mains des hommes, que depuis de longs siècles les gisements de la minette étaient connus et localement exploités ; c'est parce qu'ils étaient là, visibles, qu'on eut plus tard l'idée d'en rechercher le prolongement sous les arides masses calcaires qui les dominent vers l'Est. A l'œuvre primitive de la Moselle nous devons, en vérité, la découverte du bassin de Briey, mieux encore, pourrait-on dire, de tout le bassin lorrain du minerai de fer.
Le vrai rôle des fleuves Mais s'il est captivant de retracer ainsi l'his-
et les faux bassins tou-e de Ja formation progressive de nos cours
d'eau, il importe par-dessus tout de suivre nos fleuves et rivières dans le détail de leurs pérégrinations présentes ; car si les hommes ont recueilli le bénéfice du long travail exercé par les eaux durant de multiples millénaires, ils se sont surtout établis sur les rives, sur les talus, dans les vallées, parmi les accidents topographiques qui accompagnent tout le réseau actuel des sillons hydrographiques. C'est par excellence de cette géographie-là que l'histoire est la compagne.
Les « pays », les « provinces », et même les « régions » ne sont pas simples faits naturels; ces ensembles sont issus de telles volontés humaines unies aux données physiques, qu'ils sont par nécessité variables en leur expression historique et vitale comme en leurs limites (chap. XII et xin).
Les cours d'eau, eux, demeurent des réalités précises. Ils ne sont certes pas les seuls liens géographiques entre les hommes, mais ils représentent toujours entre eux, du moins aux proches distances et sous nos latitudes à climat tempéré, quelque principe ou quelque possibilité de liaison. Les vieilles relations de Rhône à Loire, de Loire à Seine, de Seine à Escaut, de Saône à Rhin, de Meuse à Moselle sont inscrites dans notre plus antique histoire. Les gens de la Loire supérieure, et par exemple les habitants de ce Forez que n'atteignent nulle part les eaux du Rhône, sentent si réelle la présence voisine du couloir rhodanien et perçoivent tout ce qu'ils doivent à la circulation en provenance du monde méditerranéen qu'encore aujourd'hui ils disent couramment « le rivage » pour parler des coteaux rhodaniens ; « les vins du rivage », ce sont les vins du Rhône.
Quelles vérités héritées et tangibles que celles qui sont contenues- en de tels mots !
Loin d'aller s'atténuant, la solidarité des faits humains groupés au long des rivières tend plutôt à s'affirmer davantage de la source à l'embouchure de chaque fleuve. L'exploitation de l'énergie totale que représente un cours d'eau a rapproché, pourrait-on dire, tous ses riverains. Jamais entre le haut Rhône, le Rhône de Lyon et le Rhône inférieur ne s'est manifestée aussi clairement que de nos jours l'interdépendance des intérêts et le hardi programme actuel de l'aménagement du fleuve sur toute son étendue, de la frontière suisse jusqu'à la mer, en est l'illustration. Le Rhin tout entier, qu'on pouvait jadis regarder comme composé de tronçons disparates et même hétérogènes, accuse de plus en plus son unité physique et tend à la traduire par une forte unité économique. Tous les grands travaux et tous les vastes espoirs conduisent les hommes à considérer un fleuve et ses affluents comme formant un tout qui doit être étudié et mesuré dans son ensemble physique. Les services des forces hydrauliques remettent en honneur l'unité de lit, de régime et de profil d'un cours d'eau. Bien mieux, un projet de navigation comme celui de la Loire navigable qui paraissait devoir n'intéresser au début que les habitants des régions voisines du chenal transformable, a fini par lier les intérêts de tout le fleuve et de tous ses affluents : en 1914, se sont réunies à Orléans les vingt-trois Chambres de commerce de tous les territoires de la Loire pour adopter, unanimes, une formule et un programme communs de « Loire navigable » (1).
Or l'idée qui avait dominé pendant un siècle et demi les études de géographie était celle des faux bassins fluviaux. L'origine de cette théorie est, comme l'on sait, dans un mémoire présenté par Philippe Buache, en 1752, à l'Académie des sciences. Quoique combattue par de bons esprits tels que Malte-Brun et plus tard par les auteurs de YExplication de la carte géologique, Dufrénoy et Élie de Beaumont, elle acquit de plus en plus d'autorité ; un de ceux qui s'en firent l'avocat le plus rigoureux et le plus systématique fut un officier longtemps attaché au Dépôt de la guerre nommé Denaix. Pour lui, il n'était pas possible qu'il n'y eût pas, entre tous les bassins fluviaux, des dos de pays qui, pour les gens moins informés, devinrent des chaînes ; c'est pourquoi l'on se mit à dessiner, soit en oblique à travers toute la Russie, soit en plein plateau suisse, soit entre notre bassin de la Seine et notre bassin de la Loire, soit entre Marne, Meuse et Saône, de véritables chaînes de montagnes qui furent les fameuses lignes de partage des eaux. Une représentation schématique et un peu puérile répandit ces erreurs systématiques, et les atlas de
(1) Dans notre deuxième volume, la Cinquième partie : Géographie de l'exploitation, Industries extractives, Houille blanche, contiendra un chapitre consacré à la houille blanche et à la houille verte.
CLIMAT ET COURS D'EAU
la fin du dix-neuvième siècle contenaient encore des cartes où les montagnes, figurées par des chenilles, n'avaient d'autre rôle que de former des espèces de murs de séparation factices entre les divers bassins hydrographiques.
On s'est tout à coup réveillé de cette conception si fantaisiste ; on a reconnu des réalités simples telles que celle qui est représentée par la fig. 36 : des eaux, que ne sépare aucune chaîne, issues des mêmes régions de la Haute-Marne et de la Côted'Or vont les unes à la Seine, d'autres à la Meuse et d'autres enfin descendent à la Saône, courant vers la Méditerranée.
Mais, après avoir exagéré le rôle des bassins fluviaux, on est arrivé à ne concevoir les contrées que comme consti-
tuées de régions diverses qu'on a voulu trop rigoureusement accoler les unes aux autres (voir chap. xm) ; et l'on a, dans une certaine mesure, méconnu la solidarité naturelle et première que créent malgré tout entre les diverses parties d'un bassin hydrographique ou de deux bassins voisins le couloir central et les couloirs annexes des fleuves draineurs (1). Une solution intermédiaire nous a semblé la préférable pour une Géographie humaine :
celle de prendre les rivières comme fils conducteurs d'une première et rapide description régionale totale, destinée par excellence au rappel des principaux établissements humains et à l'interprétation d'un certain nombre de faits décisifs de notre histoire nationale. Préface générale au très ample ensemble des
FlG. 36. — LA DIVERGENCE DES EAUX