AGE MAGDALÉNIEN
Vue Au Néolithique apparaîtront des populations brachycé-
d'ensemble phales ; aux chasseurs et aux pêcheurs des temps primitifs succéderont des groupes humains à tendances plus sédentaires, cultivateurs et pasteurs. Les dolichocéphales constitueront encore la majorité, mais d'autres peuples venus du centre de l'Europe se seront mêlés à eux, apportant des civilisations nouvelles, celle de la pierre polie, celle du bronze, celle du fer.
celtique et gallo-romaine (Paris, Picard, 1908 et suivants), qui est dû à la science consommée et à la plume alerte d'une des plus nobles victimes de la guerre, Joseph Déchelette. Il faudrait y ajouter bien entendu tout ce qui a été découvert depuis la publication du premier volume, et notamment les bisons d'argile du Tue d'Audoubert, les fines gravures de la caverne des Trois-Frères, etc., et pour ce qui regarde l'Espagne, tout l'art pariétal des très nombreuses grottes découvertes et explorées depuis lors par H. Breuil.
Ne nous imaginons point une lutte des brachycéphales contre les dolichocéphales, et ne nous imaginons pas non plus une homogénéité et une solidarité ni de tous les dolichocéphales, ni de tous les brachycéphales. Il y eut des luttes, mais non pas de races anthropologiques contre races ; il semble bien plutôt qu'il se soit fait comme une osmose qui a permis aux peuples d'origines et de valeurs différentes de se compénétrer et de produire un tout qui a gardé une certaine harmonie.
Fig. 45.
LES BISONS SCULPTES ET MODELES DANS L ARGILE DE LA CAVERNE DU TUC D AUDOUBERT. ART MAGDALÉNIEN (Patissou).
Dans la France d'aujourd'hui une bande oblique, formant écharpe, allant du Sud-ouest au Nord-est, représente la zone où les brachycéphales sont le plus nombreux ; au Nord-ouest de cette ligne se trouvent les dolichocéphales de taille moyenne les plus anciens ; au Sud-est, du côté de la Méditerranée et des Alpes, se trouvent d'autres dolichocéphales plus récents que l'on peut appeler les dolichocéphales néolithiques. Enfin, les temps néolithiques s'achèvent en dénotant une proportion plus grande de brachycéphales ; est-ce là un apport nouveau, une invasion nouvelle ? Laissons aux préhistoriens ces discussions d'ailleurs très importantes et considérons seulement le résultat total, essentiel, qui doit être pour nous comme le couronnement des temps préhistoriques et le lien entre cette préhistoire et la première histoire (qu'on appelle protohistoire).
Les dolichocéphales ont été non pas seulement les ouvriers d'art ou les artisans,
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mais, dans le plus haut sens du mot, les artistes de l'époque magdalénienne ; ils ont créé et révélé la beauté plastique, sculpturale et picturale. Chasseurs, ils ont saisi sur le vif le jeu organique des muscles et le rythme des mouvements des animaux ; ô merveille, ils ont su les traduire, les inscrire dans la pierre et sur la pierre.
Tout autre a été le rôle des brachycéphales préhistoriques, mais qu'il serait pareillement injuste de méconnaître et de rapetisser. Sur le territoire de ce qui devait être la France et qui était occupé par les dolichocéphales de la pierre éclatée, ils sont donc arrivés peu à peu aux âges de la pierre polie, ils ont inauguré ces sept ordres de techniques tenant toutes du prodige : la cuisson de la terre qui devient poterie, le travail et l'amalgame des métaux, la sélection et la culture des plantes, la domestication des animaux, le premier habitat (fonds de cabanes, cités lacustres), le premier tissage et la navigation! Un autre milieu est né de ces apports intellectuels et pratiques des petits hommes bruns au crâne court. Notre civilisation n'a pu exister que par la dotation magnifique des multiples innovations des brachycéphales. Ils représentent les débuts de toute technique industrielle et agricole. Ils représentent, d'un mot, la science. Ils marquent l'un des stades les plus décisifs de toute l'histoire humaine.
Et les peuplements successifs qui ont engendré la population de la Gaule, puis de la France, ont eu ce privilège d'être sans doute issus en partie de l'antique complexe humain des dolichocéphales, initiateurs de l'art, et en partie des groupes brachycéphales, pratiques, ingénieux et laborieux, inventeurs de la science.
Complications et régressions. — Nous avons d'abord jeté un coup d'œil synthétique qui nous a fait percevoir l'ensemble de ces lointaines origines de la plus antique humanité ; nous avons rappelé, en un tableau fondamental, la classification devenue aujourd'hui classique des âges Paléolithique et Néolithique. Nous avons voulu commencer par faire pressentir ce que l'abbé Breuil appelle « je ne sais quelle harmonie d'ensemble entre les évolutions particulières » qui contribue à masquer soit les autonomies régionales, soit les régressions humaines.
Mais il convient de rejeter toute simplification outrancière. Il n'y a de vraie science que de la vie. Et la vie est souvent plus nuancée et contradictoire que ne le ferait croire la demi-science.
Par définition, il n'y a donc pas de pierre polie dans le paléolithique, mais la pierre éclatée persiste d'un usage général et courant, durant tout le néolithique.
Aux Baumes-Chaudes (Lozère), on a reconnu des populations néolithiques qui sont d'un type dolichocéphale très voisin de celui de Cromagnon : trois cents
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squelettes, représentant un groupe humain très homogène, ont été trouvés dans ce gisement indiscutablement néolithique.
Partout ce ne sont que des pénétrations et des cheminements qui altèrent peu à peu la pureté simple des premiers peuplements et qui opèrent les fusions d'où sortiront peu à peu des mondes nouveaux.
Si nous devons considérer d'une part que la nouveauté n'a pas été introduite brusquement et brutalement, nous devons d'autre part constater comme un des faits les plus saisissants de la préhistoire que certaines formes de l'activité humaine ont subi de telles régressions qu'elles ont fini par disparaître complètement. Il en est ainsi du magnifique art pariétal dont l'apogée correspond, comme nous l'avons dit, à l'âge magdalénien. La tradition se perd entièrement ; rien ne rappellera plus ni la facture, ni les procédés des incomparables artistes que furent les chasseurs de rennes de notre Périgord. Pareillement, les arts plus menus de l'os et de l'ivoire ont subi à diverses reprises des régressions (i). A l'époque azilienne qui suit la magdalénienne et qui est une époque de transition entre les temps paléolithiques et les temps néolithiques, les cailloux peints qui ont été si bien étudiés par Piette représentent une nouvelle forme d'art, qui à son tour disparaîtra (2).
■P^olmens Or, voilà qu'à l'époque néolithique, sur les ruines de toutes
MJ et menhirs ces formes antérieures de l'art ou plutôt dans la pénombre très obscure où il nous semble que toute une partie de ce qui fut la manifestation la plus relevée et la plus raffinée de l'humanité s'évanouit, apparaissent, gigantesques et
(1) Nous renvoyons expressément à un Mémoire très important que nous avons déjà cité et qui a été publié dans Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques, Compte rendu de la XIV' session, Genève, 1912. Genève, 1914, 2 vol. Il est dû au savant qui connaît le mieux l'art du paléolithique et du néolithique, l'abbé H. Breuil, de l'Institut de Paléontologie humaine de Paris, sous le titre : Les Subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification (t. I, p. 165-238, avec 47 figures dans le texte représentant les dessins comparatifs de plusieurs centaines d'objets, dessins faits par l'auteur lui-même avec une exactitude et une vigueur auxquelles tous rendent hommage). Voir ce qui est dit du hiatus entre le Moustérien et l'Aurignacien, p. 174; de la régression du travail de l'os qui correspond au protosolutréen, p. 190 ; du hiatus entre le Solutréen et le Magdalénien : « S'il est un fait certain en préhistoire, c'est que les premiers Magdaléniens ne sont pas des Solutréens évolués ; c'étaient bien des nouveaux venus dans ces endroits, aussi inhabiles dans l'art de tailler ou de retoucher le silex que leurs prédécesseurs y excellaient » (p. 201) ; puis vint l'apogée du Magdalénien dont nous avons parlé dans notre texte, laquelle fut suivie d'une nouvelle régression.
(2) « Révolution, l'Azilicn en est une : plus d'art animalier, seulement des peintures sur galet ou sur paroi d'éléments schématiques ou géométriques. Révolution dans le travail de l'os et de la corne de cerf; suppression des aiguilles, des sagaies, des beaux harpons : réduction de l'outillage à des perçoirs en os fendu, à de grossiers lissoirs, à des harpons aplatis et perforés, exécutés rapidement et sans art. » (H-. Breuil, Mémoire cité, p. 216-217).
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grossières, haut dressées ou superbement soutenues par des montants colossaux, ces formes grandioses mais rudimentaires du culte des pierres qui sont les dolmens et les menhirs.
Pierres brutes, il est vrai, mais pierres dressées. Ce sont tout de même les débuts de la construction humaine. Pour les morts ou pour les dieux, les hommes — et c'est la première fois — posent pierres sur pierres.
On divise les monuments mégalithiques en six groupes :
I" Les dolmens et les allées couvertes; 2" les trilithes qui se composent de deux pierres en forme de menhir, lesquelles soutiennent un linteau; 3° les cists, coffres de pierre, tombeaux oblongs à quatre faces qui sont en France des diminutifs des dolmens; 4° les menhirs ou pierres plantées verticalement ; 50 les cromlechs, groupes circulaires de menhirs, et enfin, 6" les alignements qui sont des rangées de menhirs sensiblement rectilignes.
Au fond, ces différents types dérivent tous du dolmen et du menhir. Les dolmens sont des tombeaux (fig. 46).
Quant aux menhirs, ils n'ont pas encore révélé le secret de leur destination (Déchelette, I, p. 447). On peut les rattacher à ces cultes litho- Iatriques qui ont été en honneur chez tous les peuples fétichistes, et même parmi les peuples sémitiques.
Déchelette compte en France quatre mille quatre cent cinquante-huit monuments mégalithiques. C'est dans l'île de Gavr'inis (Morbihan) que se trouve l'un des plus importants mégalithes, tumulus de 55 à 60 mètres de diamètre qui aboutit à une allée couverte, longue de 12 m. 50 et large de 1 m. 40, conduisant à une chambre dont la hauteur atteint 1 m. 80; une dalle colossale qui ne mesure pas moins de 4 mètres de long sur 3 mètres de large recouvre cette chambre.
Le plus considérable des menhirs est l'Aiguille de Locmariaquer qui est aujour-
FlG. 46. — LE DOLMEN DE BRANTÔME, LE PLUS GRAND DES DOLMENS DU CENTRE DE LA FRANCE. (Patissou.)
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d'hui renversée et cassée en quatre morceaux, mais qui ne mesurait pas moins de 20 m. 50 de hauteur et pesait 347 000 kilogrammes environ.
U alignement le plus vaste et le plus saisissant est celui de Carnac (frontispice).
La zone des dolmens en France dessine une bande transversale qui va de la Bretagne aux côtes de l'Hérault; c'est dans les Causses, Aveyron, Ardèche, Lot, Gard, Lozère, qu'ils sont le plus abondants, mais l'importance et la beauté de ces dolmens du Centre n'égale pas celle des dolmens de l'Armorique. En somme, ils forment deux blocs essentiels : Cévennes et Bretagne.
La construction de tels monuments implique une organisation sociale et une hiérarchie fortement constituée; des multitudes d'hommes disciplinés pouvaient seuls résoudre les difficultés du maniement de pareilles masses.
Quels ont été les peuples qui ont élevé les dolmens et les menhirs ? On a longtemps dit et cru que c'étaient les Celtes ; les celtomanes ont donné ou conservé, bien à tort, des noms bretons à ces monuments ; mais il n'y a aucune relation entre les dolmens et les Celtes qui sont venus beaucoup plus tard. Par ailleurs, les dolmens et les menhirs se rencontrent bien au delà des limites qui ont jamais été atteintes par les peuples celtiques ; l'on doit nettement repousser toute idée qui ferait des hommes des dolmens un seul peuple ; il y a entre ceux qui les ont élevés une certaine communauté de mentalité et de culture, mais rien ne nous permet d'affirmer, bien au contraire, qu'il y ait eu communauté ou analogie de race.
Les palafittes, l'ambre Le néolithique compte encore des êtres humains
et les callaïs qm vivent dans des grottes, mais c'est alors qu'ap-
paraît cette nouveauté des installations sur pilotis qui est celle des palafittes ou cités lacustres, palafittes des lacs suisses, palafittes des lacs de Savoie et du Jura.
Dans les cités palafittiques, au milieu des pilotis préhistoriques, l'on a découvert des restes indiscutables des six premiers animaux domestiqués (chien, cochon, cheval, chèvre, mouton et bœuf) et les graines et fruits des premières plantes cultivées (noisettes, châtaignes, fraises, pommes, poires, vigne, etc., et surtout les quatre céréales : seigle, orge, avoine et froment), voire même ces pains ou gâteaux de farine grossière sans levain, qui sont au moins de deux mille ans plus vieux que les célèbres pains des boulangeries de Pompéi !
Une circulation intense se manifeste dès les temps néolithiques : les pierres précieuses et les objets travaillés transportés très loin de leurs points d'origine en sont une preuve indiscutable. L'ambre, résine fossile, surtout abondante aux rives de la Baltique, joue un rôle de premier ordre ; les routes de l'ambre, et d'abord la prin-
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cipale et véritable, celle du Danube, de l'Elbe et de la Moldau, se dessinent très nettement à travers l'Europe d'alors ; il est possible de parler en vérité d'un commerce néolithique. En France, les silex taillés dans le fameux atelier de poignards et de scies du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire), ont une extension géographique qui va du Jura jusqu'à la Belgique. Et les callaïs, ces mystérieuses perles de pierre dont nous connaissons trois principales et presque uniques collections (Morbihan, plateau de Ger dans les Pyrénées et Portugal), d'où viennent-elles ? Elles sont bleues, et dès que le premier verre, qui était bleu, apparaît plus tard, celles-là semblent bien avoir disparu...
En tout cas, les croyances et les coutumes cheminent, d'un territoire à l'autre, comme le font les objets de parure et les objets industriels.
Alors surgit, dans les brumes de la préhistoire du monde occidental, l'influence indiscutable du monde de la Méditerranée orientale ; déjà une idole féminine est transmise, déformée et devenue de plus en plus schématisée, jusqu'aux extrémités de l'Ouest et du Nord-ouest, comme expression à la fois matérielle et spirituelle de cette première action de rayonnement d'une civilisation orientale.
Durant les temps paléolithiques (pierre éclatée), l'Occident semble se suffire; il vit de sa vie propre ; il est un centre s'il n'est pas le seul centre ou le centre capital du monde vivant d'alors. A l'époque néolithique (pierre polie), commence à se faire sentir dans le monde occidental l'influence de l'Orient.
Les métaux : A partir de l'âge qui va suivre, de l'âge du bronze, les
bronze et fer territoires que nous occupons, tout en restant le siège de transformations autochtones et autonomes, ne sont plus ce qu'ils ont été durant les trente mille à cinquante mille ans d'humanité qui ont précédé. Pendant quelque deux mille ans (de 2500 à 500 avant Jésus-Christ), on peut établir un parallélisme approximatif entre des faits archéologiques du monde égéen et égéo-crétois, puis du monde égyptien et grec et ceux de la Gaule ; mais ceux de la Gaule semblent toujours plus tardifs et plus dépendants. Il faudra atteindre le deuxième âge du fer (âge de la Tène) pour que la civilisation de la Gaule qui correspond alors, — on le verra, — à la période du superbe épanouissement de l'empire celte, recouvre une puissance de rayonnement qui la portera jusqu'en Orient.
Voici donc l'avènement des métaux, or, cuivre, étain ; et presque aussitôt l'alliage du cuivre et de l 'étain, le bronze, qui a donné son nom et son caractère à toute une civilisation ; beaucoup plus tard, le fer, qui fera dénommer la civilisation suivante.
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L'âge du bronze fait partie de la protohistoire et disons même de l'histoire. C'est la première époque où l'on peut ébaucher une chronologie comparée de l'archéologie et de l'histoire. L'âge du bronze débute vers le milieu du troisième millénaire avant Jésus-Christ et se continue jusque vers l'an 900. Dans les trois ou quatre derniers siècles de l'âge du bronze (1300-900), le fer apparaît comme matière décorative ; puis survient son règne utilitaire.
L'âge du fer, lui, est, peut-on dire, tout histoire, surtout en sa seconde phase. Le premier âge du fer (période Hallstatienne du nom de l'importante nécropole de Hallstatt en Autriche) va de 900 à 500 ; le deuxième âge du fer (période de la Tène, nom du fameux oppidum de la Tène sur les bords du lac de Neuchatel) va de 500 à 100 avant Jésus-Christ; il se prolonge jusqu'au début même de notre ère; il est l'âge archéologique qui correspond à l'âge historique de l'empire celte ; il est, comme nous voulons le répéter, en toute vérité historique.
Durant les derniers millénaires avant Jésus-Christ, le territoire de la Gaule subit des influences très diverses : si « l'Europe est une petite presqu'île accolée à l'Asie et à l'Afrique », « la partie occidentale est un cul-de-sac vers lequel les vagues humaines, arrivées de l'Est ou du Sud sous des impulsions inconnues, sont venues mêler et superposer leurs sédiments (1) ». Même en parlant des temps paléolithiques, le savant que nous venons de citer croit pourvoir discerner deux vastes provinces, l'une Méditerranéenne et l'autre Atlantique. « Celle-ci s'étend sur toute l'Europe centrale et occidentale, des confins de la Pologne aux Pyrénées et aux Cantabres ; celle-là comprend sans doute les côtes phéniciennes, l'Afrique du Nord, la Sicile, les péninsules Italique et Ibérique, sauf la région pyrénéenne et cantabrique, et notre Provence dans sa plus grande partie (2). »
Le talus des Cévennes, qui n'est que le rebord du Massif central brutalement relevé par le contre-coup de la surrection du grand arc des Alpes, nous paraît avec sa raideur, ses vallées étroites et encaissées, et, vers les sources de ces cours d'eau, ses grands plateaux assez inhospitaliers, avoir été, dès l'origine, comme une zone séparative entre une Gaule alpino-méditerranéenne et une Gaule de l'Ouest et du Nord à laquelle se rattachent les régions très vivantes du Massif central (Périgord et Auvergne), et même les régions du Nord-est, les régions rhénanes (3).
(1) Breuil, Mémoire cité, p. 238 et p. 170.
(2) Id., ibid., p. 171.
(3) « Les deux rives du Rhin sont sans conteste celtiques, déclare Déchelette, de même que les deux versants des Alpes sont ligures. »
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En tous cas, à l'âge du bronze, il y a bien au moins deux Gaules, avec deux peuples distincts et deux civilisations. Les populations de la région ibéro-armoricaine dressent encore des dolmens comme à l'époque néolithique et inhument les cadavres couchés et allongés.; chez les autres, peu de dolmens, et les squelettes sont accroupis, repliés dans des cists ou dans des jarres. Les Ibéro-Armoricains sont des pasteurs et des marins ; les autres, qui sont des ancêtres des Ligures proprement dits, à coup sûr apparentés aux Thraces et aux Illyriens, sont des agriculteurs ; ils ont la faucille de bronze. La carte générale des dépôts d'objets de bronze montre la prédominance des sites placés dans toute la zone bordière des mers occidentales ; mais la carte spéciale des faucilles de bronze rattache de toute évidence la vallée du Rhône et le Jura (qui presque seuls les possèdent) à l'Europe centrale. Les constructeurs des monuments mégalithiques continuent, semble-t-il, à créer du rêve ; les agriculteurs ligures font de la culture et du commerce.
Une circulation, de plus en plus active, est issue de ce commerce ; elle est issue également de tous les progrès de la technique qui multiplient en divers points de la Gaule, de l'Ibérie, de la Scandinavie, ces « ateliers », ces véritables « ateliers » spécialisés, dont la réputation et la clientèle s'étendent jusqu'aux extrémités du monde connu. Les Scandinaves, qui seront les « Normands », rayonnent déjà bien au loin.
Par les Colonnes d'Hercule, la grande et importante voie maritime de Gadès (Cadiz) établit des liens permanents entre tous les rivages atlantiques, et, d'autre part, l'Europe continentale est sillonnée de routes nombreuses et très fréquentées.
Beaucoup plus tard, le Romain conquérant n'aura pas à créer le réseau de routes qui fera sa force ; il bénéficiera du travail antérieur de milliers de générations. Il est le récolteur d'une moisson semée bien avant qu'il ne fût né. Rome n'a pas frayé les voies, elle les a seulement pavées. Ce fut la belle tâche de la préhistoire de les avoir restituées et ressuscitées par-dessous les dures dalles de ceux qui devaient être les futurs maîtres du monde.
Le peuple Toute la plus vieille histoire de la Gaule nous représente donc
ligure des fajts multiples et complexes d'assimilation et même de fusion de races diverses. D'après Jullian (dont V Histoire de la Gaide est tout à la fois une œuvre de science et d'art), cette fusion est telle qu'il ne craint pas (à tort, croyonsnous) de désigner et de ramasser tous ces peuples de la Gaule anté-gauloise sous le nom général de Ligures; telle est, d'après lui, la plus ancienne couche humaine historique ; la présence et la dispersion en sont démontrées par des noms, noms de territoires et noms de cours d'eau : forêt d'Ardenne de l'Ardenne, forêt d'Ardenne de
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la Normandie, forêt d'Ardenne de la Saintonge, lac Léman et Limagne et aussi sans doute Limousin (i), Limargue, etc., Garonne et Garonnes, Dives et Divettes, Bièvre, Oit, ancien nom encore aujourd'hui persistant du Lot.
Les Ligures s'étendaient aussi sur des pays voisins de la Gaule et les mêmes racines se retrouvent dans certains noms de part et d'autre des Alpes, de part et d'autre des Pyrénées : Seine, Sequana et Sicana, ancien nom du Jucar, Sicanes de Sicile ; Dore, Douro et Doires italiennes ; Rhin et Reno de Bologne ; l'Isère des Alpes, l'Oise de la Seine, l'Yser de la Flandre, l'Isar de Bavière sont toutes des Isara ; Lutèce doit sans doute son nom aux Ligures.
Des noms, mais pas une phrase! Aucune phrase ligure ne nous est parvenue : les Ligures n'écrivaient pas, ils ne racontaient pas; ils ne nous ont laissé aucune histoire, aucune légende.
Peuple rude, laborieux, il fournissait des piétons et des coureurs endurcis, des carriers et polisseurs de pierre, des travailleurs du bois, des fondeurs de bronze et d'airain. Les Ligures ont été aussi d'énergiques travailleurs du sol.
Persistant à travers tant de submersions humaines successives, certains traits du Ligure peuvent encore être retrouvés dans tel ou tel groupe de nos populations françaises, traits physiques comme la chevelure noire ou la voix criarde de certains méridionaux, gascons ou provençaux, traits moraux comme l'entêtement des Bretons. Un ensemble de caractères plus complet serait même encore visible dans des groupes sociaux que leur métier même a protégés, comme les carriers du Limousin et les bûcherons du Morvan.
y es phocéens Le monde occidental d'alors, interprété comme ligure,
A-* de Marseille va faç bouleversé au point de vue humain par trois faits essentiels : l'établissement des Phocéens à Marseille, l'invasion des Ibères à travers les Pyrénées et la grande et longue série d'invasions des Celtes venant du Nord.
Pour comprendre ces divers phénomènes, dégageons-nous d'abord de cette conception de continuité continentale, d'homogénéité terrienne qui nous paraît aujourd'hui être liée étroitement à la constitution de tout État : des nations antiques ont été constituées par des îlots sporadiques de populations pareilles et de peuples
(i) P. Deffontaines, Notice sur l'origine du mot Limousin, dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1918. — Le savant Auguste Longnon déclare par ailleurs : « S'il était avéré que Teorasca fut la forme originelle du nom de la Thiérache, vaste région frontière située aux confins de la France et de la Belgique, on pourrait supposer que leur domaine primitif [des Ligures] s'étendait vers le septentrion jusqu'à la Mer du Nord ». (Origines et formation de la Nationalité française, p. 14).
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dominés que reliaient entre eux les facilités de communications offertes soit par des littoraux marins, soit par des routes intérieures, fluviales ou terrestres. Discontinuité n'impliquait pas désunion; compénétration n'impliquait pas unité.
Au sixième siècle avant Jésus-Christ, alors que cette Rome qui devait créer la puissance romaine n'était pas encore sortie de ses langes, alors que Cyrus et Cambyse dirigeaient l'empire persan vers des destinées grandioses, les Phocéens débarquaient à Marseille. Phocée était une ville grecque d'Asie (aujourd'hui Fokia, à 42 kilomètres Nord-ouest de Smyrne). Temporibus Tarquini régis, ex Asia Phocoeensium juventus... Massiliam inter Ligures et feras gentes Gallorum condidit (Justin, XLIII, § 3). Ce germe d'hellénisme devait faire tache d'huile dans toute la zone méditerranéenne de la Gaule.
Les Grecs de Massilia s'installèrent ensuite dans un port-marché qui gouvernait déjà le Rhône inférieur, Arles, et l'appelèrent Théline (c'est-à-dire mamelle). Ils s'étendirent jusqu'au port que les indigènes appelaient Pyréné et qui devait prendre plus tard le nom de port de Vénus (Port-Vendres), jusqu'à Barcelone (Kallipolis), jusqu'à Malaga, et d'autre part vers l'Est, jusqu'à Monaco et jusqu'à la Corse. Ce sont ici : NtV.aia la Victorieuse (Nice), et AvimoXt; la Citadelle (Antibes), et 'hpov le Sanctuaire (Hyères), etc.
Un grand empire commercial est fondé qui va exploiter les richesses minières et maritimes de l'Europe occidentale. Les rivages des pays de l'étain (Iles Britanniques), du cuivre (péninsule Ibérique et Scandinavie) et de l'ambre (mer Baltique) sont déjà fréquentés par les Carthaginois dont les navigateurs y parviennent par les côtes atlantiques. Les Grecs de Marseille vont s'efforcer d'y parvenir par des routes continentales en retrouvant ou ressuscitant les vieilles routes préhistoriques de l'étain et de l'ambre.
En 540, Phocée est assiégée par les Mèdes ; l'empire Phocéen disparaît ; il reste Marseille. Elle introduit dans ce monde barbare de la Gaule, encore primitif, la monnaie, signe par excellence de la civilisation économique et artistique de la Grèce ; des pièces de type grec, marquées sur une seule face d'une figure en relief, homme, dieu, animal, franchissent les Alpilles et pénètrent dans la vallée de la Durance. Près de Béziers, à Enserune, Félix Mouret vient de fouiller une nécropole contenant des vases grecs qui prouvent à quel point le commerce grec pénétrait jusque dans la partie méridionale de notre Massif central (1).
(1) Communication d'Edmond Pottier à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, séance du 15 septembre 19 16. .
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Ibères Aux environs de 500-475, les Ibères passent les Pyrénées et
et basques vont se mêler aux Ligures de la Gaule (1). Il est impossible de donner aux Ibères venant d'Espagne une définition qui les fasse correspondre, soit comme race, soit comme peuple, à un ensemble homogène : leur nom se rencontre de Tarragone jusqu'à Saint-Sébastien. Ils passent le Somport et le Pertus ; ils occupent le Béarn, le Bigorre, comme le Gers et la Haute-Garonne, comme le Roussillon et l'Hérault ; ils vont jusqu'à Bordeaux qui devient ibérique. Somme toute, les Pyrénées se présentent par rapport aux Ibères comme toutes les grandes masses montagneuses, c'est-à-dire comme une sorte de région naturelle dont les deux versants s'offrent à l'installation du même peuple ou d'un même groupe de peuples réunis par des habitudes ou des traits communs. C'est comme flot subsistant de ces Ibères si mal connus que nous pouvons considérer les Basques d'aujourd'hui. Le pays basque n'est pas une impasse, mais un carrefour (Jullian, I, p. 269). Les Basques ne sont point une unité ni historique ni ethnique. « En deux mots, dit le docteur R. Collignon, pris en bloc, les Basques diffèrent de tous leurs voisins par des caractères communs, et en outre leurs deux fractions principales diffèrent entre elles (2). » Aussi, quand le monde ibéro-ligure a disparu, un complexe humain bariolé s'est détaché avec une apparente unité comme seul témoin de ce qui fut autrefois une tache humaine beaucoup plus étendue et beaucoup plus puissante : YEuskaldun, le peuple qui parle Yeskuara ou euskara (langue basque).
Les deux invasions Tandis que les rivages méditerranéens s'ouvraient
de celtes ainsi de plus en plus aux influences du Sud et tandis
que les Ibères s'installaient de Bordeaux jusqu'à Narbonne, Béziers et Nîmes, les Celtes pénétraient en venant du Nord dans le monde ligure. D'où venaient-ils et qu'étaient-ils? Ils venaient des plaines herbeuses qui bordent le littoral de la mer du Nord depuis le Jutland jusqu'à la Belgique. Nous pouvons nous les imaginer comme des pasteurs de cette région naturelle, longue mais étonnamment homogène, qui n'a aucune ressemblance ni même aucune relation facile avec ce qui est devenu plus tard la Germanie proprement dite, c'est-à-dire avec la forêt hercynienne dans son sens le plus large. Des landes, des marécages, des taillis bas mêlés
(1) C'est là le système de Jullian. Pour d'autres savants tels que Déchelette, la Gaule du Sud- Ouest était depuis longtemps Ibère, et, comme nous l'avons dit, il s'est formé, dès l'âge du bronze, une province ibéro-armoricaine, qui s'opposait à la Gaule Ligure Sud-Est. L'invasion ibère de Jullian correspond, en tout état de cause, à de nouveaux flots de pénétration venant d'au delà des Pyrénées.
(2) La Tradition au pays basque. Paris, 1899, p. 96.
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de flaques d'eau séparaient et séparent encore de toute l'Allemagne moyenne d'aujourd'hui la zone d'habitat des anciens Celtes. Entre les surfaces marines aux lointains horizons et la bande de régions infertiles et presque inhabitables qui le bordent vers le Sud et vers l'Est, les herbages féconds, fertilisés par l'air marin, semblent avoir été, depuis les débuts de l'humanité, un lieu privilégié où se sont rassemblés des groupes humains. Carrefour très vivant où aboutissaient les routes des métaux et dont l'estuaire de l'Elbe a été le centre par excellence.
Les Celtes semblent avoir contourné les forêts dont ils respectaient les arbres par discipline religieuse ; ni défricheurs, ni dessécheurs, ils ont suivi les pâturages. Notre territoire de France, où partout les pâturages et les vallées herbues s'allongent comme des golfes jusqu'au centre des massifs forestiers, s'est prêté à cette pénétration des Celtes. Ils se sont éloignés des rivages et ont occupé le vrai cœur de notre pays : entre Rodez et Soissons, Saintes et Lyon.
Ils ne s'avancèrent pas comme un flot dominateur unique subordonné à l'unité de direction et à l'unité de groupement ; au contraire, ils étaient déjà divisés en tribus adverses et, par ailleurs, ils manifestaient déjà cette extraordinaire faculté d'assimilation qu'ont héritée les hommes qui peuplent encore la Gaule et qui se révéla, dès les cinquième et quatrième siècles avant Jésus-Christ, par un indiscutable mélange avec les Ligures et Ibères antérieurs. Ainsi naquirent les Celtoligures de la vallée du Rhône ou Salyens (comme les Grecs les appelèrent), de même que se développèrent alors ou plus tard, les Celtibères, les Celtoscythes, les Celtothraces, les Celtoillyriens.
Le monde celte de la Gaule, ce sont déjà : les Bituriges à Bourges, les Carnutes à Chartres et à Orléans, les Éduens dans le Morvan, les Lingons à Langres, les Senons à Sens et sur la Seine, les Ambarres dans la dépression qu'arrose la Saône, les Arvernes dans la Limagne et dans les monts du Centre.
La masse celtique gardera, en vérité, comme centre le Massif central (fig. 47) : c'est de là que, pendant deux siècles, les Celtes vont se répandre jusqu'aux extrémités du monde méditerranéen septentrional et oriental. Les Ligures, eux, se mêlent aux envahisseurs ou se réfugient dans les hautes vallées des Alpes et dans quelques provinces écartées. Les Celtes, conduits par le Brenn, passent les Alpes et vont prendre Rome; ils se répandent dans la vallée du Danube, et, si Alexandre les effraie, ils franchissent le fleuve après sa mort. Ils apparaissent un jour au Nord-est de Delphes, descendant dans la vallée lumineuse du Pleistos, et viennent au pied des roches sacrées des Phœdriades (les Êtincelantes) piller le sanctuaire d'Apollon. Ils passent le Bosphore, et ils vont, à la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ, jusqu'en Asie-
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Mineure constituer cette colonie de Celtes qui gardera le nom de Galates. Pareillement, ils franchissent le Rhin et vont en Germanie; ils franchissent les Pyrénées et dissocient le monde Ibère.
A coup sûr, le mouvement qui peuple notre sol d'un de ses plus importants éléments ethniques a été, à l'origine, centripète; mais, pendant deux siècles, la
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FlG. 47. — EN PLEIN MASSIF CENTRAL : L'OPPIDUM GAULOIS DE GERGOVIE.
puissance vitale rayonnante des Celtes s'est révélée par toute une série de mouvements centrifuges de très longue portée et de persistante influence.
Un autre groupe de Celtes est venu du Nord presser et refouler les Celtes déjà installés ; ce sont les Belges. Les nouveaux arrivants occupèrent les vallées de la Somme, de l'Oise, de l'Aisne et de la Moselle et s'arrêtèrent à quelque distance de la Seine. Se heurtant aux premiers Celtes, ils s'étendirent aux deux ailes en formant une sorte de vaste accent circonflexe dont l'une des branches s'étala dans l'Armorique, et dont l'autre, à travers le Jura et le plateau suisse, atteignit la vallée supérieure du Rhône, le Valais. Les Celtes belges donnèrent ainsi naissance aux Celtes
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dits Armoricains et aux Celtes dits Helvètes. Les Belges d'aujourd'hui et les Suisses romands, unis à nous par une si lointaine fraternité, font à coup sûr partie des mêmes masses humaines dont nous sommes issus.
Les Celtes franchirent même la mer ; dans les deux estuaires de la Severn et de la Tamise, ils furent les initiateurs des villes et des comtés de la Grande-Bretagne.
Les Romains ne distinguèrent pas toujours entre les premières masses celtiques établies sur le territoire de France et les secondes venues également du Nord ; chez les Celtes eux-mêmes circulait un nom particulier, « Galates », dont les Romains firent « Galli », Gaulois. Ainsi les noms de « Celtes » et « Gaulois » devinrent synonymes, et, peu à peu, chez les annalistes ou historiens ce fut le mot de Gaulois qui prévalut.
Écrivant beaucoup plus tard, Strabon (livre IV, chap. r) rapporte que certains géographes divisent les Gaulois en trois groupes : les Aquitains, les Celtes et les Belges, mais il fait remarquer avec justesse que les Aquitains ressemblent beaucoup plus aux Ibères qu'aux Gaulois (Tctlâzan), et il ajoute : « Quant aux autres (c'està-dire les Celtes et les Belges), bien que différant entre eux par les mœurs et le langage, ils ont en commun l'extérieur gaulois... » Toû; êè Xomoi; yakaxaw peu -.f» ôijw. . .
Il y a donc déjà un type gaulois, nettement marqué, bien reconnaissable pour de bons observateurs comme Strabon, et qui rappelait la fraternité ethnique des Celtes du Belgium et des Celtes de la Gaule centrale ou Celtique proprement dite.
Au troisième siècle avant Jésus-Christ, les invasions celtes s'arrêtent, tandis que les invasions dites germaniques (Cimbres et Teutons) ne doivent commencer que cent ans après pour se poursuivre durant cinq cents ou six cents ans.
La chronologie même montre la nette indépendance originelle des mouvements des peuples qui ont amené sur notre sol les Celtes et de ceux qui y ont amené plus tard les masses hétérogènes, inexactement groupées sous la désignation de « Germains ».
Au moment où l'empire de la Méditerranée va être si âprement disputé, où l'on ne sait pas encore qui l'emportera de Carthage ou de l'Egypte, de la Macédoine ou de l'Ëpire, de l'Ëtrurie ou de Rome, les Celtes-Galates-Gaulois recouvrent une grande part du monde antique, de la Dobroudja à la Cornouaille, du Cap Finisterre à la Phrygie, de l'Oder Silésien à Ancône ; ils ont introduit dans le monde méditerranéen déjà civilisé, habitué aux théories stratégiques comme aux Panthéons rationalisés, des masses généreuses, plus spontanées, plus idéalistes. Ils se battent en masses indisciplinées de fantasssins et de cavaliers mêlés, avec une ardeur irrésistible. Ils croient à l'ascendant du courage et de la beauté ; ils ont des dieux non
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figurés, à l'ordre desquels ils obéissent et que les Grecs ne connaissent pas et ne comprennent pas : parce qu'ils voyagent sans une suite de prêtres et d'augures, les Grecs les regardent même comme des impies !
Les Gaulois étaient à l'origine des peuples de pâturages, de plaines et de montagnes aux versants adoucis, mais ils ont eu assez d'ardeur vitale pour s'adapter à des conditions nouvelles ; ils sont parvenus à être des agriculteurs, voire excellents, sans doute à l'école des Ligures.
Dès lors et déjà les voilà qui deviennent ces mangeurs de pain que seront et resteront tous leurs descendants et tous leurs successeurs sur le même sol ! Ils s'opposent aux buveurs de lait qu'étaient les Germains. Alors que les Germains de la forêt hercynienne n'en étaient encore qu'au stade de la propriété collective, ils accèdent, peut-être sous l'influence de la culture agricole, à la conception et à la pratique de la propriété divisée, privée, individuelle.
Ils sont navigateurs par nécessité et par exception ; ce sont leurs groupes extrêmes de la seconde invasion qui, mêlés aux autochtones, deviennent les Bretons. Par rapport à tous les peuples bateliers des rivages montagneux et rocheux de la Méditerranée, tous plus ou moins habitués à l'embuscade du brigand et à la course du pirate, ils représentent une sorte de force terrienne déchaînée, qui marche droit devant elle, non sans semer la terreur, mais avec une confiance indéracinable dans l'influence conquérante de la hardiesse et de la franchise.
Les Gaulois, par leurs circulations mêmes, semblent avoir fait faire un très grand progrès à la circulation tout court. « C'est grâce aux conquêtes et aux empires gaulois, dit Jullian, que la civilisation (du second âge de fer) a ce caractère homogène et commun qui a manqué à l'âge du bronze. » (i).
Les Gaulois ont eu ce qu'on pourrait appeler le sens de la route ; ils ont compris ce que valaient les chemins naturels, ce que valaient les grands fleuves ; et des flots d'hommes — qui ont été déjà peut-être les annonciateurs des pèlerinages et des jongleurs du onzième et du douzième siècles, — fréquentaient les routes et les fleuves.
En vertu de ce sens de la circulation, ils ont su admirablement placer ces points de confluences humaines qui sont les villes : Bourges, que César déclare la plus belle cité de la Gaule et qui était entourée de plus de vingt bourgades ; Lutèce, Langres, Reims, Orléans, Besançon ; les Bituriges colonisent et transforment le centre antérieurement ibère de Bordeaux. De même au delà de nos frontières actuelles, les Celtes Insubres fondent Milan, les Celtes Cenomans Brescia, les Celtes Boïens
(i) Histoire de la Gaule, I, note de la page 370.
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Bologne, les Celtes Scordisques Belgrade, types de capitales, à la fois résidences, marchés, champs de foires, refuges et sanctuaires, toutes situées au carrefour de grandes routes et à proximité de voies fluviales.
C'est pourquoi, sans doute aucun, les relations furent si faciles entre les Grecs de l'empire commercial de Marseille et les chefs gaulois. Les Marseillais avaient des comptoirs fortifiés installés chez les Celtes ou les Ibères. A côté des villes indigènes se développait la ville grecque, comme nous voyons encore de nos jours le village grec installé à côté du village turc ou du village bulgare sur les rives de la mer Egée et dans les Balkans.
Des conventions et des habitudes réglaient la traversée du pays celte ; le long de la Durance, les tribus avaient édicté des peines contre ceux qui feraient tort aux marchands. On remontait en barque le Rhône et la Saône : « Ce n'était point pour fermer la Saône que les Ëduens en gardaient les rives. » Par le Rhône, en différents points, on pénétrait dans l'intérieur du Massif central. Le plus long des portages et le plus fréquenté était celui qui partait de Pont-Saint-Esprit sur le Rhône pour aboutir à Roanne sur la Loire en passant par le col du Pal. Les chefs celtes étaient partout regardés par les Grecs comme de bons clients, exacts payeurs et hôtes généreux.
Ainsi, quelques-unes des qualités gauloises furent développées, éduquées et orientées vers le commerce par cette merveilleuse influence hellénique de Marseille qui s'incarne dès l'origine de l'histoire dans le personnage, ni mythique, ni hâbleur, de Pythéas : riche, hardi, indépendant, Pythéas navigua par delà les colonnes d'Hercule jusqu'à la terre de l'étain et jusqu'aux rivages de la mer de l'ambre. Il atteignit cette embouchure de l'Elbe qui était, nous dit-il, la limite des Celtes et au delà de laquelle se rencontraient les Scythes; donc, point de Germains au long de la bande littorale de ces rivages nordiques.
La gaule Dans le cours du troisième siècle, le progrès de Marseille
celtique s'arrête, car Rome grandissait. Les entreprises des grands généraux carthaginois, qui franchirent les Pyrénées, traversèrent la Gaule et passèrent les Alpes pour se jeter en Italie, apprirent aux Romains ce qu'étaient les Alpes, ce qu'étaient les routes de la Gaule et ce qu'étaient les masses profondes des Celtes. Après avoir vaincu les Carthaginois, bon gré, mal gré, les légions romaines se trouvèrent face aux Celtes. Elles durent d'abord refouler les Ligures que Marseille était incapable de contenir; contre les Ligures de Cagnes, les Romains livrèrent une grande bataille entre Cagnes et Vallauris, victoire décisive qui démontra la faiblesse
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irrémédiable de l'empire commercial marseillais et qui entraîna les vainqueurs dans toutes les complications de la Gaule. Les Gaulois étaient d'ailleurs très divisés. Ce furent des peuples gaulois qui appelèrent d'abord César à leur secours contre d'autres peuples frères. Ainsi se développèrent, logiquement et fatalement, tous ces contacts antagonistes qui devaient aboutir à la conquête romaine de la Gaule par César.
La Gaule proprement dite était ramassée autour du Massif central. Le confluent du Verdon et de la Durance, celui de l'Arc et de l'Isère, le cours supérieur du Rhône étaient les bornes des Celtes. Au delà, dans la montagne, vivaient les Ligures. Les mauvais chemins n'étaient pas gaulois.
Vers le Sud, les Gaulois ne semblent pas s'écarter beaucoup de la Garonne et de l'Aude ; à quelques lieues au delà de Narbonne, de Toulouse, d'Agen, de Bordeaux (où les Bituriges étaient venus fonder une colonie), apparaissaient les Aquitains composés de Ligures et d'Ibères ; ils se divisaient en tribus, comme d'ailleurs les Ligures et les Ibères qui se mêlaient à eux ou qui les bordaient. Toutes ces tribus disparates constituaient ce que les Romains appelaient indistinctement des pagi; cette expression de pagi doit retenir notre attention, car elle est l'origine de nos pays et elle désigne tour à tour et tout à la fois un groupement d'affinités humaines ou une petite région naturelle.
Les Arvernes et les Ëduens ont été parmi les plus grands peuples de la Gaule ; c'étaient des agglomérations de tribus ; ils ont annoncé le rôle que devaient jouer l'Auvergne et le Morvan, — Gergovie, le mont Beuvray, Alésia.
Ces agglomérations de tribus étaient les cités, civitates, ou nations, nationes. Tribus et cités conservaient une grande indépendance jusque dans les combats que les guerriers de ces différents groupes livraient ensemble. Il semble qu'il coexistait d'infinis facteurs de variété avec quelques facteurs d'unité. L'organisation religieuse, que nous connaissons encore si mal, correspondait à un système supérieur qui donnait à tous les Celtes le sentiment de leur cohésion. Druides et bardes, c'est-à-dire prêtres et servants, cueilleurs du gui sacré, se détachent de la société gauloise si divisée comme relevant d'un ordre supérieur et plus général.
Cet ordre se traduisait par un fait géographique. La terre des Carnutes était regardée comme le centre de la Gaule et pour le moins de la Gallia Celtica; cette région d'Autricum (Chartres), de Genabum (Orléans) et de la forêt d'Orléans était séparée des frontières les plus lointaines par des nombres équivalents d'étapes. C'était une sorte d'ombilic divin qui était le lieu d'assemblée des druides. On y jugeait les crimes contre l'État et on y célébrait les principales cérémonies religieuses.
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Là aussi avaient lieu les grandes hécatombes, qui étaient pour une part des hécatombes humaines. Au pays des Carnutes devait naître et s'organiser, au premier siècle avant Jésus-Christ, la suprême résistance gauloise, dirigée et incarnée par l'Arverne Vercingétorix, le vainqueur de Gergovie et le glorieux vaincu d'Alésia.
La Bretagne n'a pas le privilège d'avoir été le pays des druides, mais la terre armoricaine échappa davantage à la pénétration des influences ultérieures, si bien qu'elle put être regardée plus tard, et par César tout le premier, comme ayant joué à l'origine du druidisme un rôle exceptionnel.
Teutatès, le grand dieu des Gaulois, régnait sur toute la Gaule ; et, par toute la Gaule, il était le maître des cimes, aussi bien au mont Saint- Jean et au mont de Sène que sur la colline de Montmartre à Lutèce, ou sur le sommet majestueux du Puy de Dôme.
Les dieux étaient représentés par des troncs d'arbres, par des piliers de bois ou par des pierres grossièrement taillées ; leurs temples, c'était la nature elle-même. Ce ne fut que plus tard, probablement sous l'influence de l'hellénisme méditerranéen, que Teutatès et les autres dieux furent figurés par des statues.
Gaulois Vers la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ, il se pro-
et romains duisit dans tout le monde antique un travail de coordination et de cristallisation qui porta certains groupes à établir de vastes et fortes unités politiques : Philippe en Macédoine, Rome en Italie, les Carthaginois-Barcas en Espagne et aussi les Arvernes en Gaule.
Avant les Arvernes, les Bituriges d'Avaricum, puis les Éduens, appuyés à la puissante forteresse naturelle du Morvan, avaient sans doute tenté de conquérir le monde. Mais ce sont les Arvernes qui réalisent après eux, et au cours du second siècle avant- Jésus-Christ, la plus belle œuvre de centralisation dans le monde celte. En 125, les Arvernes ont, semble-t-il, acquis le principat de la Gaule entière ; ils dominent les Allobroges et les Salyens jusque par delà le Rhône ; les Volces dépendent d'eux, ce qui les fait toucher aux Pyrénées ; les Armoricains sont leurs clients ; ils étendent leur influence de l'Océan jusqu'au Rhin. A l'intérieur de ce vaste territoire, les Gabales du Gévaudan et les Vélaves du Velay marchent avec eux, comme les Rutènes du Rouergue, les Cadurques du Quercy et les Lemoviques du Limousin. Arvernis, dit César, adjunctis Eleutetis, Cadurcis, Gabalis, Velaviis, qui sub imperio Arvernorum esse consuerunt... (De bello Gallico, VII, 75). Leur roi héréditaire Luern avait commandé à quarante peuples qui se groupaient autour de lui. Deux cent mille Celtes avaient suivi ses enseignes propres qui avaient
pour signe le sanglier. Luern avait donné des festins ouverts à tous, dont les Grecs étaient restés éblouis : un espace enclos de cinq cents hectares couverts de mets et de boissons. (Jullian, II, p. 509). Il avait autour de lui des poètes qui chantaient ses « geste » et auxquels il jetait des bourses d'or. Il avait subi l'ascendant de l'hellénisme de Marseille et créé une monnaie unique, « grains d'or mobiles et féconds permettant à chacun de prendre part aux moissons des richesses ».
Une civilisation originale et nouvelle était issue de tous ces contacts.
Avant que le monde antique ne fût dominé par les Romains, puis envahi par les sauvages barbares du Nord et de l'Est, il y eut donc comme une première unité celtique traduite par une langue commune (que les Galates d'Asie-Mineure continuèrent à parler jusqu'au quatrième siècle de notre ère). Deux cents ans avant Jésus-Christ, l'alphabet grec avait pénétré dans le monde celtique et servait à en transcrire la langue. L'unité celtique a contribué pour une part à préparer la future unité romaine. Ainsi les conquérants d'alors étaient-ils les représentants indiscutables d'une civilisation authentique. Ce n'est pas seulement, comme on l'a fait trop longtemps, sous les espèces de vaincus et assimilés des Romains que nous devons ressusciter les Celtes, mais sous l'aspect d'un peuple nombreux et très intelligent, ayant le sentiment de son unité d'origine; vraie « nation » qui s'est imposée au respect des hommes d'alors par sa bravoure et par sa loyauté, fidèle jusqu'au bout aux vertus que le vieux Caton sévère reconnaissait déjà lui-même aux Gaulois : « Avec une extrême habileté, industriosissime, ils pratiquent l'art de la guerre et l'art de parler. » Vercingétorix ne fut pas seulement un grand chef de guerre : il fut aussi un très éloquent et très habile orateur.
Cependant les Romains, puissants et rapides transformateurs de la Gaule et des peuples gaulois, en devaient grandement modifier la géographie humaine et urbaine. A la place des hauts oppida, ils ont fondé ou du moins favorisé des villes plus rapprochées des régions fertiles de production. Gergovie céda définitivement devant Augustonemetum (plus tard Clermont-Ferrand), qui, placée sur un monticule entre la montagne et la plaine, pouvait dominer sans être en un site escarpé. De même à Bibracte, ancien oppidum gaulois si florissant, — forteresse, ville, atelier et marché, — succéda, comme chef-lieu des Éduens, Augustodunum (Autun), également posté, comme Augustonemetum, sur un monticule, au pied des hauteurs et au bord d'une plaine riche (fig. 48 et 49).
A partir de la conquête romaine, la Gaule entre dans l'histoire proprement dite ; c'est dire que nous pouvons disposer de documents écrits pour la raconter ; là commence le domaine qui est celui des historiens.
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Qu'on nous permette pourtant de jeter un simple regard sur les Histoires de Tacite, dont le livre IV est d'un intérêt exceptionnellement saisissant pour les rapports entre Gaulois, Romains et Germains. Il y a une « Batavie » très nettement distincte de la Germanie. Civilis, chef des Bataves, soulève ces Bataves contre les exécutions et les humiliations de leurs alliés, les Romains. Bataves, Canninéfates
FlG. 48. — LE SITE D'AUTUN. (A. Lepère.)
et Frisons sont habitants des terres basses; liés, ils constituent le premier noyau des forces groupées par Civilis lors de sa révolte ; ils entraînent une grande partie des Germains (sous Vespasien, en 70 après J.-C.), et même ensuite une importante part des Gaulois (Trévires de Trêves et Lingons de Langres). Civilis, dans son discours à Montanus, s'écrie : « Moi, préfet d'une seule cohorte avec les Canninéfates et les Bataves, qui ne sont qu'une parcelle des Gaules. » Cette exigua Galliarum portio démontre les connexions étroites entre Bataves et Gaulois.
Un peu plus tard, à Trêves même, c'est-à-dire dans la Gaule de la Moselle, nous assistons à la lutte menée de concert par les trois chefs unis, Tutor et Classicus, tous deux Trévires, et Civilis, le Batave, contre le général romain Cerialis.
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Tacite, décrivant la bataille, nous dit que ces trois chefs (qui avaient avec eux un parti de Germains), chacun à son poste, animaient la bataille, et voici, en raccourci, une merveilleuse note de psychologie des peuples : Gallos pro lïbertate, Batavos
pro gloria, Germanos ad prcedam instigantes : « Ils excitaient les Gaulois au nom de la liberté, les Bataves pour la gloire, les Germains pour le butin. » (IV, 78.)
En ces années critiques et décisives, qui devaient être marquées par la victoire des Romains, par la fuite de Civilis dans l'île des Bataves, et par la soumission finale de la Batavie, suivie de la pacification de la Germanie {Histoires, livre V), il convient de rappeler encore une fois qu'un grand nombre des peuples gaulois étaient de cœur et de fait avec les Romains.
Avant cette bataille de Trêves, dont nous venons de parler, c'étaient les Rémois, conseillés par le sage Julius Auspex, qui avaient pris le parti des Romains contre les Gaulois révoltés, Trévires et Lingons ; et lorsque le général romain Petilius Cerealis était arrivé à Trêves il avait réuni une assemblée de Trévires et de Lingons et leur avait tenu ce langage : « Lorsque les généraux de Rome entrèrent sur votre territoire et dans les autres contrées de la Gaule, ce ne fut pas par cupidité, mais ils y vinrent à la prière de vos ancêtres que fatiguaient des dissensions meurtrières, et que les Germains, appelés à leur secours, avaient réduits à l'esclavage, amis comme ennemis. » S 'adressant directe-
FlG. 49. — UNE DES DEUX PORTES ROMAINES D'AUTUN LA PORTE DITE AUJOURD'HUI PORTE D'ARROUX. (A. Lepère.)
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ment aux Gaulois : « Vous-mêmes, disait-il, le plus souvent vous commandez nos légions, vous-mêmes vous gouvernez telles et telles provinces. Nul privilège, nulle exclusion. » (IV, 73.)
A nos collaborateurs revient maintenant la tâche de décrire les invasions et les incursions multiples qui vinrent encore enrichir de facteurs nouveaux le monde ethnique déjà si complexe de la Gaule. Il ne nous appartient à nous, dans ce préliminaire essai de synthèse, que de récapituler brièvement les principaux de ces contingents.
L'amalgame unifié de Le vrai savant qu'était Hamy disait en 1874, au
la nation française Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistorique de Stockholm : « Aucune des races humaines fossiles n'a disparu ; on peut les reconnaître encore toutes au milieu des populations postérieures avec lesquelles elles se sont mélangées. » Si l'on ne peut être aujourd'hui aussi affirmatif en ce qui regarde les races fossiles, la pensée d'Hamy est du moins exacte pour toutes les races historiques qui se sont succédé sur notre sol. Il est des points et il est des groupes où il semble bien qu'on puisse les reconnaître à peu près authentiques; le fait prédominant, c'est qu'elles ont trouvé le secret de coexister et de se mélanger de telle sorte qu'elles forment aujourd'hui un bloc politique unifié. Voilà bien le problème, d'ordre historique et psychique, le problème de l'ensemble presque mystérieux des causes qui ont si bien discipliné la matière par rapport à l'esprit.
Que d'éléments divers et disparates sont entrés en effet dans cette unité française ! A côté des Ligures que Diodore de Sicile décrivait déjà comme petits, maigres et robustes, que Tite-Live nous représentait comme endurcis à la guerre {Ligures durum in armis genus, XXVII, 48), — à côté des Ibères auxquels semblent bien se rattacher d'une part les Aquitains et de l'autre les Basques, — à côté des Celtes dont nous venons de parler amplement, et c'était justice, car leur part est la part grande, — voici les Romains ou Latins, peuples mêlés eux-mêmes ; malgré leur domination militaire de plus de cinq siècles sur la Gaule entière, ils n'ont vraiment colonisé, outre la Corse, que le Sud-est de la France et le Sud du Massif central, mais ils y ont laissé des types encore vivants, frappés à l'effigie des antiques médailles romaines : visages réguliers et beaux des Arlésiennes, hommes et femmes de Cavaillon aux fronts courts, aux grands yeux et aux mentons très arrondis, qui offrent soudain au voyageur survenant de la vallée supérieure de la Durance le spectacle saisissant
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de têtes et de corps en tous points dignes des statues et des bas-reliefs gallo-romains du musée d'Arles ou des autres collections classiques (fig. 50).
A côté de ces multiples échantillons humains, voici surtout venir les peuples des grandes invasions ultérieures : et les groupes Nordiques, et les Germaniques, et les Slaves, et les Tatares, — tous polymorphes, hétéroclites, multitudinaires !
Il est très malaisé d'identifier les différents peuples dont nous parlent les historiens anciens. Les meilleurs d'entre eux ont certainement commis des confusions grossières analogues à celles qu'ont faites et que font encore tant de ceux qui s'occupent des problèmes algériens et marocains : les Berbères (Khamites) et les Arabes (Sémites), parce que musulmans, sont enveloppés dans les mêmes considérations et dans le même jugement. Et parmi nos compatriotes et contemporains, combien sont donc capables de reconnaître les différences caractéristiques entre Annamites, Japonais et Chinois ? Sachons nous tenir sur la réserve en ce qui concerne les affirmations mêmes d'un Strabon, a fortiori d'un Diodore de Sicile ou d'un Ammien Marcellin.
L'étude des races est par excellence un champ de bataille entre les savants qui veulent ne s'en rapporter qu'à des témoignages écrits d'auteurs anciens plus ou moins habilement discutés et conciliés, et ceux qui, au contraire, n'admettent que les disciplines des sciences naturelles et s'appuient sur la répartition actuelle des caractères physiques de nos populations.
Pour tels et tels, les Celtes sont avant tout les envahisseurs blonds venus du Nord et, entraînés par le système, quelques-uns même les ont rattachés aux Germains. Pour tels autres, qui dit Celtes désigne avant tout les petits hommes brachycéphales de la région centrale de notre pays et de l'Armorique. La vérité, c'est que les faits anthropologiques de races, les faits psychologiques de langue et les faits historiques de nation ne sont pour ainsi dire jamais ni superposés, ni superposables (1). Le mot de « Germains », qui a pris cette extension singulièrement excessive que nous combattons, n'était même pas au début un nom de race. Il convient de méditer l'observation décisive de Tacite, reprise par Strabon. En parlant des Tungri, les Tongres, qui vinrent prendre la place des courageux Ëburons vaincus, massacrés,
FlG. 50. — UNE TÊTE