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(Patissou.)
(1) « La linguistique laisse intact le domaine de l'ethnographie... L'ethnographie et la linguistique ne coïncident pas », dit André Lefèvre, au début du chap. vin de son livre : les Races et les Langues, p. 158.
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exterminés par César (région de la ville de Tongres, au Nord et à l'Ouest de Liège), Tacite constate que ce furent eux les premiers des peuples d'outre-Rhin, connus sous le nom de Germains, qui s'installèrent dans les Gaules : Ceterum Germaniœ vocabulum recens, et nuper additum : quoniam qui primi Rhenum transgressi Gcdlos expulerint, ac nunc Tungri, tune Germant vocati sint; ita nationis nomen, non gentis. (Germania, II). « Germains », nom de nation, mais point nom de race!
Aussi bien l'étymologie de « Germains » est discutée; la plus probable ferait dériver ce mot d'un radical celtique qui aurait le sens de vicini, « les voisins ». En tout cas il faut rejeter l'origine germanique, longtemps admise : werhmann, « homme de guerre ». Ce sont là de fausses ascendances linguistiques recherchées, proposées et imposées par les Allemands, et qui doivent être aujourd'hui exclues au même titre que tant de prétendues ascendances ethniques et pseudo-historiques !
De fait, on a mêlé toutes choses, parce qu'on a toujours voulu faire cadrer les dénominations ethniques avec les délimitations linguistiques ou politiques. Il y a dans notre France deux types physiques nettement distincts : les brachycéphales bruns et les dolichocéphales blonds. On a voulu les séparer, alors que la masse dite celtique comprenait déjà, en vérité, par droit de conquête ou par fait d'assimilation, un complexe des deux éléments. Si l'on identifie avec rigueur les Celtes et les Gaulois, c'est qu'on est disciple de César : Qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur (De bello Gallico, I, i) ; mais si l'on considère en outre que les Gaulois et par conséquent les Celtes sont avant tout les dolichocéphales blonds, on suit trop étroitement, à notre sens, les idées de César et des auteurs anciens ; on se rappelle évidemment la flava et aurea caesaries, la chevelure blonde et dorée des Gaulois d'Italie décrite par Virgile dans Y Enéide (VIII, vers 659-661), ou la flava Gallia, la Gaule blonde du poète Claudien. Mais parce que les Celtes-Gaulois-Galates portaient des chevelures bien lavées, soignées et teintes, parce qu'ils se teignaient avec du savon et de l'eau de chaux ; parce qu'ils décoloraient leur chevelure et leurs longues moustaches retombantes avec de la cendre (Pline parle expressément d'un mélange de graisse et de cendres qui accroissait le ton rutilant de toute cette auréole flamboyante, XXVIII, 53), cela ne veut pas dire qu'il n'y eût parmi eux que de vrais et authentiques blonds. Les Romains, eux, portaient les cheveux courts; ils étaient en général bruns et sales ; mis en face de ces populations aux longs cheveux, à la peau blanche, claire et propre, ils ont été saisis par le contraste extérieur encore plus que par des traits ethniques différentiels d'une grande précision (1). Même de
(1) TacitEj toujours dans ses Histoires, IV, 61, nous a raconté comment Civilis, prenant les armes
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nos jours, dans nos jugements et descriptions de races, nous mettons souvent en vedette des traits de coutume (port de la barbe, coupe de la moustache ou des cheveux, tête rasée, natte) qui nous paraissent plus importants que des traits de contexture physique : ces faits, presque postiches, deviennent pour nous non seulement un caractère, mais comme un emblème. Ainsi devons-nous expliquer l'effet général produit sur les peuples du Midi par ces peuples du Nord qui se faisaient artificiellement plus blonds et plus uniformément blonds qu'ils n'étaient. Rien que leurs chevelures flottantes ou tressées avaient produit une telle impression sur les Romains que, d'après Pline encore et de nombreux auteurs, on appelait couramment la Gaule transalpine, Gallia comata, la Gaule chevelue.
Gaule chevelue et Gaule fauve! Les hommes décorent et colorent le pays. Pourtant cela n'implique point l'homogénéité physique de la race.
Au vrai, toutes les descriptions et analyses consciencieuses de la race celtique (et l'on peut encore relire les pages d'Ernest Renan dans la Revue des Deux Mondes du i" février 1854, et dans les Essais de morale et de critique, 1889, 4e édition) s'appliquent à tous autres peuples que les dolichocéphales blonds !
De telles difficultés, conformes à la réalité, mais inconciliables avec un besoin exagéré de claire logique, ont même amené certains savants et non des moindres, tel Alexandre Bertrand, l'ancien conservateur du Musée de Saint-Germain, à distinguer les Celtes d'une part et les Galates de l'autre (1).
Les Galates, étant séparés des Celtes, étaient, en compagnie des Belges d'ailleurs, placés parmi les Germains. Les Galates Kimmériens étaient rapprochés des Cimbres et comme les Cimbres ont pendant un temps marché avec les Teutons et qu'ils se sont fait écraser en 101 avant Jésus-Christ par Marius à Verceil, peu après que leurs anciens compagnons d'invasion, conduits par le colosse Teutoboch, s'étaient fait anéantir par le même consul romain près d'Aqua; Sextiae (Aix), on ne voulait pas plus distraire de la souche germanique les Cimbres que les Teutons ; comme s'il eût suffi que des peuples combattissent ensemble et s'associassent en une commune migration dévastatrice pour démontrer qu'ils appartiennent bien à des
contre les Romains, laissa pousser son abondante et blonde chevelure, selon le vœu cher aux barbares, voto barbaro ; puis quand il fut battu, il se la fit couper.
(1) Un de ceux qui ont le plus brillamment et abondamment défendu cette thèse, aujourd'hui périmée, Gustave Lagneau, ancien président de la Société d'Anthropologie, est l'auteur d'une Anthropologie de la France, publiée dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales en 1879, et qui reste une des très utiles compilations, un des bons travaux de synthèse consacrés à l'ethnologie de notre pays : nous rejetons toute sa classification, mais nous avons puisé dans cet ouvrage de précieuses informations.
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races sœurs ou à la même race ! Les faits de la guerre de 1914-1918 prouvent avec assez de clarté la vérité inverse !
Après de telles pérégrinations belliqueuses à travers toute l'Europe et à travers la Gaule, du Nord jusqu'au Sud, que pouvait bien être devenue l'homogénéité ethnique des Cimbres? Le rapide rappel de cet exemple typique doit nous garder de toute systématisation outrée.
Notre seul devoir est de considérer les réalités ethniques, essentielles et indiscutables.
Or il est grand temps qu'on se débarrasse et qu'on nous débarrasse à toujours de ces expressions extensives de « Germains » et de « germanique » que, durant ces dernières décades, on avait généralisées et appliquées à tort et à travers, sous l'influence directe ou indirecte des savants allemands, — sous l'influence aussi, avouonsle, de nos grands poètes et historiens romantiques, mal informés.
Au heu de dire « langues indo-européennes », ce qui est l'expression correcte, on s'était pris à dire — pourquoi? — « langues indo-germaniques ». — Tout le Panthéon Scandinave et nordique avait été capté et usurpé au profit du Panthéon germanique. — Surtout que de fois et par combien d'écrivains et historiens avonsnous entendu parler des « races germaniques »! Certains, et non des moindres et parmi les contemporains, avaient même commis, nous l'avons rappelé, l'incroyable erreur de placer les Celtes sous l'étiquette générale des races germaniques. Terme vague qu'on accolait donc indistinctement à toutes les populations du Nord et de l'Est, voire les Scandinaves ou les bataves !
Quel abus de mots et quel abus d'idées ! C'est à dénoncer l'abus et à démontrer l'erreur que tend l'un de nos principaux efforts dans le présent chapitre.
Un grand fait, encore actuel, doit être signalé tout d'abord : la présence dans tout le Nord-ouest et le Nord de l'Europe d'une race blonde de très haute taille et dolichocéphale, les Scandinaves, distincts des Germains vrais, des Germains de l'ancienne forêt hercynienne ; c'est la race que Deniker, dans ses Races et Peuples de la terre, appelle la race nordique; Broca l'a appelée race kimrique, Lapouge Yhomo Europaeus et les Allemands l'ont précisément appelée, en viciant par là toutes les classifications, la race germanique.
Aux Germains vraiment Germains se rattachent, — cela d'une manière qui nous paraît certaine, — les Suèves ou Allamans ; et encore les Lombards, ainsi que toute une série de petits groupes qui seront mentionnés tout à l'heure. Le nom de Suèves a eu, comme toutes les dénominations de cet ordre, un sens d'abord restreint, puis qui, peu à peu, a été étendu à toute une confédération. Pour Strabon, les
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Suèves constituent la plus grande nation germanique ; ils s'étendent des sources du Danube et des bords du Rhin jusqu'à l'Elbe, duo toû Pwou ^ék^toû AXSioç (i). Ce sont bien là des occupants des régions boisées ou marécageuses de l'Allemagne moyenne, Germains proprement dits. C'est du mot de Suevi, Suèves, Suevia, que sont issus « Schwaben », « Souabe », qui est encore, dans tout le Sud-est de l'Europe, le nom générique par lequel les paysans appellent les émigrants allemands, quelle que soit leur résidence (Serbie, Dobroudja, etc.) et le mot si caractéristique de « Schwob » par lequel le paysan alsacien désigne l'Allemand, pour s'en distinguer (2).
Le mot d'Allamans, Alamanni, est devenu, lui aussi, un terme extensif et il a pris un sens analogue à celui de Suèves. Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, le dit de la manière la plus nette (Historia Francorwn, II, 1).
Nous pouvons aussi considérer comme Germains : les Cattes, Catti, que Tacite place sur la bordure de la forêt hercynienne : Catti initium sedis ab hercynio saltu inchoant (Germania, XXX); les Tenctères et les Usipètes, voisins du Rhin; les Chérusques, qui vainquirent, grâce à Arminius (Herrmann) (3), les légions de Varus dans la forêt de Teutobourg, enfin les Angrivariens qui paraissent avoir occupé les bords de l'Ems. Les Lombards que Tibère rencontra en Germanie peuvent être aussi regardés comme de vrais Germains. Du sixième au dixième siècle, ils ont eu, aux yeux de tous les autres peuples, une mauvaise réputation ; ils ont passé pour être les propagateurs de la lèpre et lorsqu'en 770, Charlemagne voulut épouser Berthe, la fille de Didier, roi des Lombards, le pape Etienne III menaça le roi des Francs d'excommunication, en se faisant l'écho de cette conviction populaire.
Mais en opposition avec les Germains, ou du moins, si l'on peut dire, en séparation d'avec eux, nous devons placer d'abord comme représentants des grands nordiques blonds et dolichocéphales : les Goths ou Go thons. Ceux-ci sont indiscutablement venus des régions de la Scandinavie et de la Baltique. Ptolémée, au milieu du deuxième siècle de notre ère, déclarait que la partie méridionale de la Scandia était occupée par les rw«!. Toute une contrée de la Suède méridionale s'appelle encore la Gothie.
Les Goths ont dirigé leurs premières migrations et invasions vers l'Est et le Sudest de l'Europe et c'est de là qu'ils sont ensuite venus en Italie sous Alaric ; ils occupèrent et se firent céder par Honorius toute la partie des Gaules comprise entre la
(1) Liv. IV, cap. vi, % 9, et liv. VII, cap. i", § 3. — Voir de même Cœsar, De bello Gallico, IV, 1.
(2) Voir Vidal de La Blache, la France de l'Est, Paris, 1917, p. 21.
(3) Arminius n'était pas un chef germain ; c'était un « romanisé » ; devenu chef d'une cohorte romaine, il attira ses compagnons d'armes dans un vrai guet-apens. Étonnant prototype de traître.
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Loire et les Pyrénées; ils passèrent ensuite en Espagne où ils s'opposèrent aux Suèves et d'où ils expulsèrent les Vandales (i).
Les Wisigoths, utiles adeptes et colporteurs de la civilisation et de l'art de Byzance, devinrent les grands maîtres incontestés de la Gaule méridionale jusqu'à ce que Clovis et les Francs battirent les armées d'Alaric II à Vouillé en 507. Ils essaimèrent à travers toute la Septimanie, entre Rhône, Garonne et Pyrénées. Là où ils subsistèrent, leurs descendants ont souvent tranché par leur stature, par leur chevelure, par leur allure sur les peuples qui les entouraient, et l'esprit comme le langage populaires ont traduit, tantôt en bien, tantôt en mal, cette singularité éclatante : le cagot, le « chien de goth », est le paria méprisé des Pyrénées occidentales.
Au même groupe que les Goths, au même groupe de la race nordique doivent être, à notre sens, ralliés :
2° Les Saxons qui se révélèrent d'abord aux populations de la Gaule comme marins envahisseurs tout le long du littoral atlantique ; ces pirates habiles et audacieux naviguaient sur de simples barques rapides faites de peaux (Sidoine Apollinaire). Ils venaient des rivages septentrionaux, de la région du Sleswig-Holstein, où Ptolémée les situe au deuxième siècle de notre ère, et non point de la grande forêt hercynienne, dans le voisinage de laquelle, et dans laquelle ils devaient plus tard s'implanter en conquérants. Ils s'installèrent dans les îles de la Loire, dans l'île de Batz, dans le pays des Bajocasses (Bayeux) qui devint celui des Saxons-Bajocasses (Bajocassini Saxones, dit Grégoire de Tours), etc. : ils ont sûrement laissé des traces de leurs migrations répétées. Sous la domination romaine, tout notre littoral de l'embouchure de la Loire jusqu'à l'Escaut portait le nom officiel, très significatif, de Littus Saxonicum, Littoral Saxon.
3° Les Normands (Normanni, Northmann), qui vinrent beaucoup plus tard au neuvième siècle, encore par la voie de la mer, assaillirent les côtes de la Gaule et pénétrèrent par les fleuves, jusque dans l'intérieur de notre pays. Ils campèrent et se fortifièrent tout spécialement dans certaines îles, l'île d'Oissel de la Seine et l'île de Noirmoutier. Ils donnèrent à la France non seulement des hommes, mais ils
(1) Le destin des Goths est pour ainsi dire accompagné par le destin de leur langue. A. Meillet, dans son livre Caractères généraux des langues germaniques (Paris, Hachette, 1917), constate d'abord que les langues germaniques (proprement germaniques, qui ne sont qu'un des groupes des langues indoeuropéennes) comprennent elles-mêmes trois groupes : le gothique, le Scandinave et le germanique occidental. Il ajoute : « Mais les Goths, de tempérament conquérant, se sont dispersés loin de leur domaine originel. Ils ont créé des royaumes en Espagne, en Afrique, en Italie, dans les Balkans. Aventurés au loin, ils se sont fondus, après des succès brillants, dans les populations sur lesquelles ils avaient établi, pour un peu de temps, leur domination. Leur langue a ainsi disparu partout. » (P. 5.)
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apportèrent sur notre sol de nouvelles races animales : grands chevaux à chanfrein arqué ou busqué, bœufs et vaches laitières du Danemark qui ont formé la race cotentine, moutons des mêmes pays.
4° A la race nordique, enfin, qui est à la fois Scandinave et batave, il faut rattacher la plus grande partie des Francs qu'on a trop aisément et trop fréquemment rangés, sans plus de discernement, parmi les Germains.
Voici d'abord que ce nom de Francs n'apparaît que vers le troisième siècle après Jésus-Christ : il n'est ni dans Tite-Live, ni dans César, ni dans la Gennania de Tacite, ni dans Strabon ou Ptolémée, et c'est en second lieu un nom qui s'applique non pas à une race, mais à une confédération, sans doute même à plusieurs confédérations ; le sens extensif et compréhensif en a donc naturellement varié.
Des peuples qui en ont fait partie, quelques-uns ont été signalés bien avant le troisième siècle, comme les Sicambres, et placés par les historiens comme César parmi les Germains. Les Sicambres ont incarné par delà le Rhin la résistance aux armées romaines ; ils ont refusé à César de lui livrer des cavaliers Usipètes et Tenctères réfugiés sur leur territoire {De bello Gaïïico, IV, 1 6) ; ils ont échappé au plus illustre des stratèges romains qui ne put les atteindre, malgré tous ses efforts, malgré la construction, en 55 avant Jésus-Christ, du célèbre pont sur le Rhin, près des Ubiens, anciens habitants de Cologne (IV, 17, 18, 19). Ils furent plus tard vaincus et massacrés par Tibère et Drusus ; au dire de Suétone et de Tacite, les survivants furent transportés en Gaule. De tout ce qui précède, il résulte que les armées romaines les trouvèrent en face d'elles au cours de ces longues et dures campagnes, auxquelles on avait donné le nom général de « campagnes » ou de « guerres de Germanie ». Cela sans doute les fit « germaniser » (1).
Les Francs, dès leur apparition dans l'histoire, nous sont donnés comme habitant
(1) Les Romains n'ont jamais été très exactement fixés sur le sens et l'extension du mot Germania, et ils ont eux-mêmes contribué, si l'on peut dire, à « brouiller les idées ». De la Gaule belgique, pays proprement celtique, fut détachée, probablement par Tibère, la Germanie romaine, qui forma deux provinces : la Germanie supérieure et la Germanie inférieure. Ainsi ne devons-nous jamais perdre de vue que Germania, Germant étaient des mots qui avaient tour à tour et simultanément un sens plus précis et un sens plus extensif. Durant tout le moyen âge, le mot « Sarrazins » a été appliqué à tous les infidèles mahométans : Maures d'Espagne, Arabes, Berbères, etc. Encore aujourd'hui le mot « Américains » a tout à la fois un sens extensif s'appliquant aux habitants de toutes les terres que nos pères appelaient les Amériques et un sens beaucoup plus restreint désignant les seuls citoyens des États- Unis de l'Amérique du Nord. De même, il y a certes de nombreux « États-Unis » parmi toutes les Républiques fédératives du nouveau monde, mais «États-Unis », United States, tout court, est une expression qui ne s'applique couramment qu'à la plus grande et à la première de ces républiques. Toujours, coexistent un sens extensif plus vague et un sens restreint plus précis.
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les pays plats et marécageux du Rhin inférieur et du littoral de la mer du Nord. Ils se divisent eux-mêmes en Francs Saliens et en Francs Ripuaires. Si les Francs Ripuaires sont plus rhénans, s'ils ont comme ville principale Colonia Agrippina (Koeln, Cologne), ils occupent du moins déjà la rive gauche du Rhin, le pays entre Meuse et Rhin. Quant aux Francs Saliens, ils sont bien des Bataves, ennemis des premières confédérations germaniques des Suèves et des Allamans ; et ce sont ces Francs Saliens, orgueilleux avec raison de leur solidarité ethnique, fiers comme des Gaulois de leur beauté physique, confiants en leur force, qui ont signé le Pactus legis Salicae, la fameuse loi Salique, et qui ont pris la part de beaucoup prépondérante à l'invasion des Gaules au commencement du cinquième siècle.
Us furent, dans la suite, les vainqueurs de deux grands peuples dont les invasions en Gaule furent à peu près contemporaines de la leur (cinquième siècle) : les Wisigoths, que nous avons déjà mentionnés, et les Burgondes que nous n'avons pas encore nommés, et c'est à dessein ; car les Burgondes ou Burgundions, comme les appellent de préférence les textes anciens, ont été, à l'origine, des Slaves. Pline les met nettement au nombre des peuples Vandales. Partis de l'embouchure de la Vistule, ils s'avancèrent à travers toute la Germanie ; et s'étant sans doute mêlés de plus en plus à des tribus germaniques, ils vinrent s'installer entre le Rhin, la Moselle et les Vosges ; puis, gagnant le Sud, mélangés encore davantage d'éléments ethniques nouveaux, les Burgundions, de haute taille, à la chevelure graissée de beurre rance, débonnaires, quoique d'humeur belliqueuse (Ammien Marcellin), grands ancêtres des Bourguignons, occupèrent surtout le bassin de la Saône, la vallée moyenne du Rhône et une partie de l'Helvétie.
Toutes ces migrations ont été plus ou moins accompagnées et suivies de massacres ou de déportations. Les envahisseurs ont troublé le peuplement antérieur par leur présence ; ils l'ont aussi troublé par le déplacement forcé de ceux qui les ont fuis dans l'épouvante. (Voir fig. 51, les Fugitifs, de Lepère.)
Les Vandales, qui sont de toute évidence des Sarmates ou des Slaves, ont été groupés par Pline et par Tacite parmi les peuples germaniques, ce qui démontre, une fois de plus, quelle serait l'erreur qui ferait accorder une valeur ethnique à de telles désignations antiques. Les Vandales, avec leurs frères slaves, les Alains, franchirent le Rhin, d'après Prosper d'Aquitaine, la veille des calendes de janvier de l'an 406 après Jésus-Christ; ils traversèrent la Gaule, pillards et dévastateurs; et au mois d'octobre 409 ils passèrent les Pyrénées pour se rendre en Hispanie; ils s'emparèrent des Baléares, puis de la Corse, occupèrent la Bétique, qui prit et conserva depuis lors le nom de Vandalusia (Andalousie), et gagnèrent la Mauritanie où
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ils furent arrêtés par Bélisaire. Lors de leur passage terrifiant, mais rapide à travers les Gaules, ils laissèrent sans doute plus de souvenirs que de descendants : notre mot de « vandalisme » date de cet événement, et peut-être aussi quelques noms de lieux rappelant les Sarmates : Sermaize (Haute-Marne) ou Sermages (Nièvre).
Notre glorieuse ville de Verdun a été souvent, depuis le quatrième siècle, désignée sous le nom d'urbs clavorum; cette expression a fait couler beaucoup d'encre. Or, il ne s'agit point des « clefs » de la France, ni moins encore de ce prétendu commerce
Fig. 51.
LES MIGRATIONS HUMAINES CONTEMPORAINES, SOUS LE COUP DE I, INVASION DE I914 LES FUGITIFS. (Composition de Lepère.)
d'esclaves imaginé pour les besoins de l'étymologie voisine que l'on devine, mais, d'après la plus récente communication faite par M. Prou au nom de l'abbé Carrière à l'Académie des inscriptions et belles-lettres (i), on doit bien interpréter urbs clavorum comme une déformation d'urbs sclavorum : témoignage de l'établissement en la cité celtique de Virodunum d'une colonie de Slaves, probablement de Sarmates, venus en Gaule, au temps de l'empire romain, vers le quatrième siècle.
D'autres Slaves moins importants, les Taïfales, se seraient installés dans une part de la France atlantique; et sans qu'on puisse faire sûrement descendre d'eux
(1) Séance du 27 octobre 1916.
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quelques-uns des irascibles et cruels huttiers, cabaniers et nioleurs de Maillezais et des marais mouillés de la Sèvre-Niortaise et du Lay, on peut attribuer à leur migration d'une manière assez légitime la dénomination de Pagus Tiofalgicus et de la Tifaugia, autour de la petite ville qui s'appelle encore Tiffauges (Vendée).
Les races tatares, mongoles, ouralo-altaïques ont été représentées, parmi les envahisseurs de la Gaule, par les trop célèbres Huns d'Attila (frères des Ougres, Ogres, Hongrois), écrasés en 451 dans les Champs Catalauniques et qui ne paraissent pas avoir eu une forte influence sur le peuplement de notre pays. Les invasions hongroises postérieures (X' siècle) eurent de plus importantes conséquences historiques.
Mais ce n'est pas tout. Les Sémites eux-mêmes ont apporté leur contingent. Les Arabes, mêlés aux Berbères sous le nom de Sarrasins, sont parvenus jusque dans les plaines du Poitou où Charles-Martel les écrasa en 752. Vers le même temps, ils remontèrent les vallées du Rhône et de la Saône, dévastèrent la Bourgogne et ne furent arrêtés que devant Sens.
Après leur défaite, ils restèrent nombreux dans la Septimanie, ils se répandirent dans la région des Alpes ; ils sont devenus chrétiens et leur sang, presque partout, s'est mêlé à celui des autres peuples. Gustave Lagneau, dont nous avons déjà signalé la remarquable étude sur l'Anthropologie de la France (1879), raconte (p. 669) : « Un peintre du Midi de la France me disait reconnaître l'origine sarrasine des femmes lui servant de modèles à leur teint uni et bistre et à la forme conique, non hémisphérique, de leurs seins. »
Parmi tous les villages où l'on a prétendu signaler ou reconnaître l'influence ou la persistance des Sarrasins (à commencer par Castelsarrasin, Tarn-et-Garonne, dont l'étymologie trop simple paraît douteuse), on peut du moins noter le village de Vendays dans la Gironde qu'avait spécialement étudié Elisée Reclus. C'est surtout au long du littoral du golfe du Lion que nous rencontrons encore les plus nets vestiges des groupes dits Sarrasins, soit à Martigues et tout autour de l'étang de Berre, soit dans les Alpes Maritimes. Dans le massif des Maures (quelle que soit l'étymologie de ce nom bien antérieur à l'arrivée des Sarrasins), les pirates musulmans s'étaient fortement installés du neuvième au dixième siècle — notamment dans leur repaire central de Fraxinet — jusqu'à leur défaite définitive de 975 ; et l'opinion générale dans le pays même est qu'il y existe aujourd'hui un type distingué et fin, au teint bronzé et mat, au nez busqué, aux lèvres fortes, qui représente un élément d'origine sarrasine.
QfcOOR. HCUAINt, T. I. 145 IO
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Les Juifs, malgré leur petit nombre, ont aussi joué un rôle dans le peuplement de la France. Il importe de distinguer de la manière la plus nette les anciens Juifs français venus depuis de longs siècles d'Espagne et de Portugal (une part s'est convertie au christianisme) et les Juifs dits allemands dont l'arrivée est beaucoup plus récente.
Les premiers se sont installés principalement à Bordeaux et à Bayonne (Bourg- Saint-Esprit-lès-Bayonne) et, d'autre part, dans le comtat Venaissin, notamment à Carpentras, et aussi dans la Provence, à Aix. Les seconds sont nombreux dans les provinces de l'Est ainsi qu'à Paris ; ceux-ci descendent de Germains, de Slaves ou de Tatares, qui furent convertis au judaïsme lors de la grande croisade juive à travers toute l'Europe orientale, du sixième au neuvième siècle de notre ère. Les premiers, qui sont de vrais Sémites, ont de grands yeux noirs, le nez courbe et le visage plutôt allongé et étroit ; les seconds, au contraire, ont souvent une figure large et épaisse, des yeux bleus et une chevelure plus ou moins blonde.
Enfin, les curieux groupes de nomades appelés Tsiganes (Gitanes et Bohémiens) ont poursuivi leurs incursions et l'on devrait dire leurs migrations sur notre territoire jusqu'à nos jours. Çà et là, des colonies bizarres, comme les Cascarotacs de Ciboure dans les Basses-Pyrénées, leur sont attribuées. Encore aujourd'hui plusieurs milliers d'entre eux, provenant de diverses contrées de l'Europe, se rejoignent et se rassemblent autour de la belle église-forteresse des Saintes-Maries-de-la-Mer, dans le delta du Rhône, pour les jours du mois de mai qui précèdent la fête traditionnelle des Saintes ; ils sont là, pendant que la châsse des reliques, descendue de la cella supérieure, est exposée ; ces nomades partent par petits groupes indépendants, avant que les reliques ne soient remontées dans leur cachette ; certains d'entre eux élisent leur roi chez nous, à l'occasion de cette fête, et tous ces migrateurs paraissent si bien échapper aux réseaux de lois et de règles sociales des grands Etats européens, passant entre les mailles des sociétés policées, que durant les années mêmes de la terrible guerre européenne, ils ont été en grand nombre fidèles au rendez-vous ancestral.
f\ A la lumière de pareils faits contemporains, combien doit
Vxonclusion s'éclairer la reconstitution imaginative de ce que furent les sociétés des hommes aux époques lointaines ! A tout ce qui a été dit et su, il faut ajouter tout ce que l'on ne connaîtra jamais. Les masses les plus homogènes se sont vite dissoutes et démembrées soit par des assimilations, soit par des migrations nouvelles. Au tableau si brièvement récapitulatif que nous avons dessiné, il faut ajouter tous les retours en arrière, tous les voyages inattendus, en un mot tous les mouvements tourbillonnaires humains*
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Le rappel de deux exemples significatifs éclairera notre pensée : celui des Volces Tectosages, des environs de Tolosa (Toulouse), qui allèrent un jour, d'après César et Strabon, s'installer en Germanie sur des terres fertiles, dans le voisinage de la forêt hercynienne, et celui de tous ces Celtes devenus Bretons de la Grande Ile (plus tard Grande-Bretagne) et qui, dès le quatrième siècle, refluent vers la Gaule, viennent avec Ruinall se mêler aux premiers Bretons de l'Armorique ou même plus tard, fuyant les envahisseurs Angles et Saxons, au témoignage d'Ëginhard, vont se joindre aux Curiosolites et aux Vénètes de l'Armorique méridionale.
Quelques-uns de ces facteurs ethniques n'ont pris, en vérité, qu'une part infim: à l'élaboration de notre collectivité ; aussi avons-nous eu le primordial souci d'accorder à des groupes, tel le groupe Celtique, l'importance originelle qui leur revient. Cette double réserve faite, quelle conclusion tirer de l'immense revue bigarrée que nous venons de passer ? Des historiens, comme Augustin Thierry, Guizot, Henri Martin ont construit l'histoire de la France sur le principe d'une lutte gigantesque et continue entre deux races opposées, la dominatrice et la dominée. On doit savoir que la vérité n'est pas là tout entière. Presque partout, et notamment dans les grands centres et le long des plus importantes avenues, des mélanges ethniques ont été amalgamés par des affinités religieuses ou linguistiques et surtout refondus par des habitudes pareilles, par des obligations collectives, par une commune nécessité de vivre, de vaincre, de rayonner et d'espérer, qui est à la base de toute formation politique méritant le nom de nation.
Jusque dans les recoins très reculés de notre territoire, des éléments ethniques divers coexistent et fusionnent. Non seulement toutes nos grandes agglomérations urbaines sont des agrégats physiques hétéroclites qui sont peu à peu façonnés en masses plus ou moins cohérentes; mais dans la ruelle la plus humble d'une des moindres cités du vieux pays celtique, de l'Auvergne, par exemple, on rencontre souvent, côte à côte, des dolichocéphales blonds aux yeux bleus et des brachycéphales, trapus et bruns, aux bosses frontales saillantes; bien mieux, ces deux types, dont nous avons vu pourtant les origines si disparates, réapparaissent tantôt mêlés, tantôt distincts, et l'un et l'autre nettement marqués, jusque dans la même famille.
C'est que les faits humains sont autrement complexes qu'une archéologie ou une histoire trop simplistes ne nous les avaient souvent dépeints.
Le règne de la pierre éclatée, on l'a dit plus haut, n'a pas fini au moment où s'est introduit l'usage et le progrès de la pierre polie. Ce n'est même que dans toutes les dernières phases de l'âge de bronze que la tradition de tailler la pierre par éclats
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s'est définitivement perdue (Déchelette, II, p. 223.) A son tour, la hache polie a subsisté longtemps, même après qu'on eut découvert les métaux.
Cette compénétration et cette coexistence de traditions humaines diverses ne sont que des expressions tangibles de la compénétration et de la coexistence des groupes humains dont elles ont été pour un temps les caractéristiques.
De même, à l'époque historique, les invasions violentes dont nous avons relaté les effets essentiels ont été précédées et pour ainsi dire amorcées par des invasions
lentes. Dans une excellente page de l'Atlas de géographie historique de Schrader, Paul Guiraud a écrit très justement :
« Bien que l'empire romain fût encore intact à la fin du quatrième siècle, les barbares avaient déjà commencé à y pénétrer... D'après la Notitia, il y avait des Sarmates dans toute l'Italie : en Apulie et en Calabre, en Lucanie, à Padoue, Crémone, Turin, Novare, Verceil, Bologne, Pollentia, etc. D'autres Sarmates tenaient garnison dans le territoire de Paris, d'Amiens, de Reims, de Langres, de Rodez, du Velay et enfin de Poitiers où ils se mêlaient aux Taïfales ; il y avait des Germains à Chartres, à Bayeux, à Coutances, au Mans, à Rennes, à Arras, à Senlis, à Reims, à Langres, à Noyon, à Clermont... On nous signale encore... des Saliens, des Bructères, des Ampsivares en Gaule ; des Saliens en Espagne... des Taïfales en Bretagne. Une grande partie de l'armée, même de ses chefs, se recrutait parmi les barbares, mais ceux-ci étaient considérés comme des mercenaires, et quelle que fût leur indiscipline, ils ne songeaient nullement à détruire l'empire, ni même à le démembrer. Leur présence n'en était pas moins un grave danger ; elle invitait, en effet, les barbares du dehors à offrir aussi leurs services, à les imposer même par la violence quand on faisait mine de les repousser, et c'est ainsi que la lente immigration des barbares dans les provinces romaines prit peu à peu le caractère d'une véritable invasion. »
Quelle œuvre, à la lettre inimaginable, fut donc celle du ferment spirituel qui parvint à façonner toute cette masse confuse en un tout indestructible!
Il n'importe. En vertu des mêmes causes qui ont fait la mixture totale, la mixture ne résulte point partout ni des mêmes facteurs ni des mêmes dosages ; et c'est pour-
FlG. 52. — UNE BRETONNE. (Patissou.)
ORIGINES DU PEUPLE DE FRANCE
quoi la bigarrure humaine de la France révèle une collection si exceptionnelle et si variée d'importants types régionaux : Lorrains et Flamands, Picards et Bourguignons, Normands et Allobroges, Bretons et Auvergnats {fig. 52 et 53), Gascons et Provençaux, etc. Ceux-ci ont contribué puissamment à mettre en valeur les affinités naturelles de contrées qui sont devenues les « pays » et les « provinces ».
Et puis, çà et là, très inégalement répartis et comme semés en de modestes cadres géographiques qui ont laissé germer, qui ont conservé des « endémismes » humains, dans ces « îles naturelles » (qui sont les îles de l'Océan, ou les îles des hautes vallées fermées des Alpes ou des Pyrénées, ou les îles des zones marécageuses), toutes également propices à protéger des îlots d'humanité, nous découvrons avec une curiosité aiguë : les Andorrans et les habitants du Baïgori (Bigorre), et ces groupes morvandiaux au type tatar, et les Portingalais de l'île de Ré, et les étranges habitants d'Ouessant, à l'extrémité du Finistère, et les Bigoudens d'Audierne qu'a figurés avec une si réaliste et forte vérité le grand peintre Lemordant, et les jolies petites Alsaciennes d'Hansi aux tresses blondes et aux joues roses, et les si belles Sablaises des Sables-d'Olonne coiffées de leur « papillon », et ces femmes de Plougastel dont le corps et les yeux éclatent de vie comme leurs costumes éclatent de couleurs...
Les écrivains anciens ne nous ont jamais ou presque jamais parlé des femmes. Silence presque absolu sur les mobiles politiques ou les modalités sociales et religieuses qui ont déterminé les unions primitives. Pourtant, le principal problème de l'évolution de la race est là. Dans quelle mesure les Gaulois furent-ils amenés à chercher, à accepter ou à tolérer les femmes des autres races ? Dans quelle mesure les femmes de leur propre race consentirent-elles à s'unir à des Ligures, à des Ibères, aux descendants des Phocéens, aux conquérants amenés par les légions romaines? Dans quelle mesure peut-on concevoir que se préparait ainsi cette force d'assimilation qui reste une des caractéristiques essentielles des Français d'aujourd'hui ? Comment furent accueillies ou prises les femmes de tous les barbares qui survinrent parmi les anciens peuples, durant les premiers siècles de l'ère chrétienne?
FlG. 53. — UN PAYSAN DE LA PLANÈZE, HAUTE-AUVERGNE. (G. Hanotaux fils.ï
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
Voilà toute une série de questions et de problèmes sur lesquels il nous est impossible de rien savoir de précis ; et pourtant, tandis que certaines hordes de barbares se transportaient sur notre territoire suivies de leurs femmes, les femmes autochtones continuaient à vivre sur ce même sol. Combien d'autres barbares sont arrivés avec beaucoup moins de femmes que d'hommes ! Les femmes celtes, une fois installées, sont restées accrochées à notre terre. Quels qu'aient été les troupeaux d'hommes qui circulaient, les femmes ont donc représenté un facteur de permanence et d'unification. Elles ont contribué dans une très forte mesure à former et à maintenir l'unité de ce qui devait être un si grand peuple. Elles ont été par excellence la puissance d'assimilation et la puissance de conservation ; c'est par cette part féminine de notre peuplement que s'explique sans aucun doute la société composite mais une, qui devint nous.