D'UN FAISCEAU DE RIVIÈRES DIVERGENTES
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
Loire). La Garonne reçoit ainsi le Salât, l'Arize et l'Ariège et, à Toulouse même, le canal du Midi représente l'ancien lit de l'Hers. Celui-ci (l'Hers mort ou le Lhers, par opposition à l'Hers vif que boit l'Ariège) contourne la ville, se trouve encore, telle une « fausse rivière », le long du fleuve principal sur sa droite, et ne s'unit à lui qu'en face d'une ancienne « bastide » de la Save, Grenade (dont le nom atteste comme celui de Pampelonne, près du Viaur, — même mot que Pampelona, Pampelune de la Navarre — les relations avec l'Espagne des habitants de ce versant Nord).
Entre les quais, trop resserrés, de Toulouse la ville de briques, charmante, savante, bab illarde et rose, la Garonne n'est plus qu'à 120 mètres d'altitude, à peine 20 mètres de plus que la Loire à Orléans (102 m.), 10 mètres de plus que la Seine à Troyes (110 m.), tandis que dans ses faubourgs viennent expirer, sous forme de dos ramifiés, les dernières hauteurs de cailloutis qui l'accompagnaient à distance. Toulouse est au nœud, au point de convergence de tout le faisceau des affluents pyrénéens, le plus abondant en été, le seul qui s'alimente à des neiges et à des glaces.
A Toulouse également la Garonne scelle son destin et se dirige vers l'Atlantique.
L'altitude, 120 mètres, porte aussi son enseignement ; c'est, pour le cours d'eau du Sud-ouest, l'altitude critique. On voit là se confondre, en un flot unique, toutes les eaux pyrénéennes et sous-pyrénéennes comprises entre Néouvielle et Carlitte, Carlitte et Montagne Noire ! Ces eaux, en temps de crue, s'écoulent grâce à la pente relativement forte de tous les cours d'eau à profil en long redressé. Le flot d'inondation du haut fleuve.ne met que huit heures de Muret à Toulouse, celui de l'Ariège neuf heures depuis Foix. Mais, à partir de Toulouse, la pente du fleuve s'affaiblit, elle est insuffisante pour soutenir la vitesse des eaux et assurer leur écoulement rapide, et l'onde pyrénéenne, lorsqu'elle débouche en trombe par tous les affluents à la fois, ne peut que s'étaler, submerger le lit majeur, inonder toute la plaine. De Toulouse à Agen le même flot de crue, qui -n'avance que sous la pression des eaux d'amont, met vingt-six heures. C'est en pire la situation de Paris à la convergence des eaux d'amont et au point de brisure du profil en long. De là viennent les terribles inondations qui, trop souvent (1875 et 1879), submergent Toulouse.
Les fameux moulins du Bazacle, fiers jadis de leurs trente-quatre paires de meules, mettent à profit les restes de ce courant qui va s'amortir. En aval, la pente étant désormais à peine sensible, la Garonne se double jusqu'à Castets d'un cours d'eau artificiel, le canal latéral, suite du canal du Midi dont il n'a pas été tiré jusqu'à ces dernières années tout le parti souhaitable. Ce canal du Midi est au vrai le canal du Languedoc, primitivement des Etats de Languedoc.
LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
Au-dessous de Toulouse, la Garonne parcourt sa grande plaine alluviale, entre des collines de cailloutis qui ne sont autres que des terrasses quaternaires étagées. Les riverains de la Garonne continuent à appeler la plaine la « Rivière » (« Castelnau-de-Rivière »).
La Garonne coule donc, serrée à petite distance par d'humbles collines, qui sont des « coteaux », mais qui simulent dans la brume matinale des berges élevées, où se plaît la vigne, où poussent, parmi les ceps, les plus beaux arbres à fruits de France, pruniers aux prunes géantes (dites d'Agen), pêchers, abricotiers, etc. Si la Touraine est le « jardin de la France », cette « Rivière » de Garonne, qui devient Gasconne en dessous de Toulouse, mériterait d'en être appelée le « verger ».
En entrant dans la « Rivière », les affluents se couchent toujours parallèlement au fleuve, se mêlant à lui comme à regret, en réalité repoussant le confluent par la masse d'alluvions qu'ils apportent ; c'est à partir de Toulouse que ce parallélisme se manifeste surtout, d'abord par l'Hers, pendant 2 ou 3 lieues, puis par le Tarn, dont, à partir de Moissac, le canal latéral emprunte même la vallée.
Ce n'est pas que villes et villages recherchent le voisinage du fleuve, trop soudain dans ses crues, trop violent dans ses caprices. Quelques localités sont pourtant sises sur le fleuve lui-même ou très près de lui : d'abord le paisible Agen, qui n'est qu'à 43 mètres d'altitude et qui tient sa situation du « passage », comme l'indique le faubourg du Passage situé sur la rive gauche; — et Port-Sainte-Marie, où s'achève la grande courbe ; la Garonne va de là s'échapper vers le Nord-ouest, n'étant plus contenue, sur sa droite, par les petites collines du Bas-Quercy et de l'Agenais. Ces hauteurs de droite, elle les a d'ailleurs rongées infatigablement, et c'est pourquoi il n'y a plus, entre Tarn et Lot, de « fausse rivière » sur cette rive.
Parmi les villes les plus nombreuses se tiennent prudemment à distance (Castelsarrasin) et souvent sur la hauteur, sur la terrasse prochaine, sur ces coteaux qui s'appellent déjà des « Graves » : Castelnau-d'Estrétefonds, Grisolles, Verdun-sur- Garonne, Bourret, Auvillars, Layrac... Quelques-unes restent dans le Val, mais le long de l'affluent, non sur le fleuve : Grenade, sur la Save ; Moissac, sur le Tarn ; Valence-d'Agen, sur le canal.
Affluents La Pique est une troisième Garonne, plus occidentale que
pyrénéens celles des Yeux de Jéou et formée à son tour de trois torrents» Pique, Lys et Onne : elle arrose la vallée de Luchon et les thermes de Bagnèresde-Luchon.
Puis la Neste, seconde branche mère, qui, longue seulement de 65 kilomètres
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
(Garonne, 85 kilom.), égouttant 91 000 hectares (Garonne, 128 000 hect.), a pourtant de l'eau autant que la Garonne ; elle est formée de trois Nestes, — « Neste » est un nom générique, comme Gave, Doire, Doron, Gurra, désignant un torrent de montagne, — et elle descend des neiges de Néou vielle par l'intermédiaire de deux lacs, Cap de Long et Orédon, (c'est-à-dire « l'arrondi ») que l'on est en train de capter; un petit glacier de 36 hectares seulement, le glacier de Barroude (sur Troumouse), alimente l'une d'elles; toutes ces Nestes forment la Neste d'Aure, émissaire du petit bassin d'alluvions, ancien lac comblé, dit la Vallée d'Aure ; elle est grossie à Arreau de la Neste de Louron, qui garde le nom d'une vieille divinité pyrénéenne, du dieu topique Iluro ; à Labarthe, la Grande Neste heurte le pied des cailloutis du Lannemezan et tourne brusquement à droite (à la hauteur du coude que le Gave de Pau forme à Lourdes, pour tourner à gauche); elle atteint la Garonne à Montréjeau. Mais elle a été saignée au préalable par un canal d'irrigation, le canal de Sarrancolin, qui prend naissance à 650 mètres, pour déboucher sur le plateau à Capvern à 630 mètres ; long de 29 kilomètres, il devrait déverser 10 mètres cubes par seconde dans les lits à sec du Lannemezan, auxquels il n'en donne guère plus de 5, répartis entre dix cours d'eau.
Les deux derniers affluents des Pyrénées, les plus importants, viennent de droite : le Salât et l'Ariège. Cours d'eau salé, comme le dit son nom, le Salât passe au port de Salau, aux thermes de Saliers, à Salies de Salât ; il arrose surtout Saint-Girons, qui est la ville basse de Saint-Lizier, ancien oppidum des Ibères perché sur un rocher (autre Lyon, Lugdunum Consoranorum, de la peuplade des Consorani, dont le nom revit dans le Couserans ou Conserans) ; ancien évêché, comme Saint- Bertrand, Saint-Lizier garde encore les ruines de ses remparts gallo-romains. Un pont d'une seule arche, du douzième ou du treizième siècle, enjambe le torrent.
L'Arize, qui se cache un temps dans la célèbre grotte du Mas d'Azil, se jette dans la Garonne entre le Salât et la Lèze.
L'Ariège, longue de 163 kilomètres, naît limitrophe de la minuscule République d'Andorre, et débouche, à Ax-les-Thermes, dans le fossé rectiligne, orienté Sud-est-Nord-ouest, qui limite au Sud la chaîne des Petites Pyrénées et qui donne un instant sa direction au Salât ; elle y coule d'Ax, par les thermes d'Ussat, à Tarascon où finissent ses défilés fameux ; à Foix, au pied d'un rocher de 58 mètres couronné par le vieux château comtal, elle débouche en plaine, par 380 mètres ; le rocher, « barre » ou îlot sculpté par les anciens glaciers, ferme la vallée, et Foix, jadis capitale d'un petit pays, le « Pays » ou Comté de Foix, appartient à la lignée des villes sous-pyrénéennes, placées au débouché des vallées, à l'entrée dans la plaine, telles
LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
que Mauléon, Oloron, Lourdes, Bagnères-de-Bigorre, Saint-Bertrand, Saint-Lizier, Limoux, Prades. Désormais apaisée, l'Ariège coule en plaine, dans sa « Rivière » à elle, par Pamiers, Saverdun, Cintegabelle ; elle reçoit, en face des ruines de l'abbaye de Boulbonne, l'Hers, qui est l'Hers vif.
L'Hers vif ou Grand Hers a lui-même ses petites gorges à travers la chaîne de Tabe, en avant des Petites Pyrénées, puis à travers les blancs rochers de la chaîne de Plantaurel ; il arrose enfin la vallée de Mirepoix, qu'un cataclysme, le débordement subit du lac de Puyvert, inonda et ravagea en 1279. Il s'alimente, chemin faisant, à l'antre de Fontestorbes, fontaine intermittente, qui lui envoie de 500 litres à 3 mètres cubes par seconde.
L'Ariège connue dans la Garonne à 2 lieues en amont de Toulouse, par 138 mètres d'altitude. Elle lui verse 15 mètres cubes à l'étiage, 40 en eaux ordinaires.
Cours d'eau Cet immense éventail de cours d'eau simule les
du lannemezan génératrices d'un cône de déjections gigantesque; il représente l'étalement des anciennes érosions et destructions pyrénéennes, alors que la chaîne surgissait peu à peu sous l'effort du plissement, et qu'elle était usée au fur et à mesure qu'elle se dressait.
Toutes ces rivières ont un caractère commun ; elles se traînent pauvres et sans eau à travers un pays aride dont le sol de cailloutis boit l'eau du ciel à mesure qu'elle tombe. Comme les rayons trop rapprochés d'une demi-circonférence, elles ne laissent pas entre elles assez d'intervalle pour posséder de nombreux et vrais affluents (fig. 56).
Ces gouttières, dont le dessin d'ensemble est si harmonieux, sont aujourd'hui régénérées quelque peu par l'apport des eaux fraîches, pérennes, de la Neste.
La Louge tombe dans la Garonne à Muret.
Le Touch débouche en aval de Toulouse.
La Save, très maigre, passe par une série de localités connues, l'Isle-en-Dodon, Lombez, l'Isle- Jourdain, l'ancienne « bastide » de Grenade, l'une de ces cités murées