COSTUME DU SIÈCLE DERNIER
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Wisigoths, Charles Martel celle de Poitiers sur les Sarrasins et saint Louis en 1242 celle de Taillebourg sur l'armée anglaise. Sous l'ancien régime et jusqu'en 1789, la Saintonge et l'Angoumois étaient réunis en un seul gouvernement militaire.
2. Languedoc (Toulouse, Montpellier). — Le Languedoc s'est étendu des rives de la Garonne aux rives du Rhône ; il figure par excellence l'état politique composé de territoires disparates unifiés par la haute signification économique et humaine de zone de liaison et de circulation, de l'Aquitaine atlantique à la Méditerranée.
Ancienne Septimanie, habitée par les Volces, le Languedoc n'apparaît avec son nom qu'à la fin du treizième siècle. Le Languedoc, en tant que zone de liaison, a été de tout temps partagé entre deux influences, l'une occidentale incarnée dans sa capitale, Toulouse, et l'autre orientale incarnée dans Montpellier et Nîmes, toutes trois grandes villes situées aux extrémités opposées (voir le chapitre xviii, qui sera le premier de la Troisième partie et par conséquent du Deuxième volume de notre Géographie humaine). Nous avons déjà noté plus haut qu'au dix-huitième siècle, l'intendance unique Fig. 121. - une narbonnaise. du Languedoc se trouvait divisée en deux géné- (R. Broders ) ralités, celle de Toulouse et celle de Montpellier.
3. Bourgogne (Autun, Dijon), à laquelle on peut ajouter le Nivernais (Ne vers). — Zone de liaison, la Bourgogne le fut certes aussi et l'est encore. La Bourgogne comprend une grande part du Morvan, c'est-à-dire de l'ancien pays des Ëduens qui, placés à cheval sur les trois régions de la Saône, de la Seine et de la Loire, ont joué un tel rôle dans l'histoire de la Gaule et de la conquête par César. La grande Bourgogne des sixième, septième et huitième siècles, s'étendait du Rhône jusqu'en plein milieu du Bassin Parisien sur la Seine aussi bien que sur la Loire ; elle était beaucoup plus restreinte comme province en 1789, mais on sait quel centre d'agglutination politique elle fut sous l'autorité de ses ducs. Il faut distinguer nettement la Duché de Bourgogne de sa Comté ou Franche-Comté dont la destinée et la signification géographique sont autres. La Bourgogne est essentiellement la région de morceaux disparates qui correspond aux lignes naturelles de communication entre le bassin de la Saône et le vaste ensemble du Bassin de Paris ; elle est en ce sens une
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articulation capitale de la France, puisque la France géographique et historique exprime elle-même la facile et rapide circulation de la Méditerranée à la Manche
FlG. 122. — LE SITE DE VÉZELAY, QUI FUT L'UN DES GRANDS POINTS DE RASSEMBLEMENT DES FOULES AU MOYEN AGE (i). (A. Lepère.)
et aux pays-bas riverains de la mer du Nord. Tant que la Bourgogne resta indépendante, la France ne pouvait avoir son rôle décisif dans les destinées de l'Europe. La capitale était d'abord au mont Beuvray (Bibracte) du temps des Gaulois, puis à Autun du temps des Romains ; les ducs de Bourgogne d'abord, et ensuite les. voies de circulation modernes l'ont définitivement fixée plus au Nord à Dijon. De Cluny (frontispice par Lepère), de Vézelay (fig. 122), de Cîteaux partirent quelquesuns des plus grands mouvements religieux, artistiques et intellectuels du monde chrétien. La Bourgogne rayonna en tous sens parce qu'en venant de toutes directions on passait par elle. A la veille de la Révolution, des lettres patentes du roi, datées du 11 décembre 1785, confirment « à Messieurs les cÔtoe' mÎTemmes É1us généraux des Etats de Bourgogne » tous leurs droits et de maçon. (R. Broders.i pouvoirs sur les chemins, ponts, chaussées, digues, etc., ainsi
(1) La rivière et la vallée de la Cure s'échappent du massif de roches cristallines du Morvan à Pierre-Perthuis (roches figurées par Lepère au premier plan) pour s'avancer vers les plateaux calcaires jurassiques qui s'aperçoivent tout à fait à l'horizon, au dernier plan. Tandis que la rivière et la vallée s'étalent doucement et largement sur les argiles du Lias, les calcaires durs qui sont placés au-dessus de ces assises molles ont été attaqués par l'érosion et ne subsistent plus que sous la forme de hauts
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que sur la navigation des rivières de Saône, Doubs, Arroux, Yonne, Seine et affluents » (i). La Bourgogne est avant tout la maîtresse des passages et des routes de terre et d'eau. — Tout naturellement, à la Bourgogne ainsi comprise nous pouvons adjoindre le Nivernais, grand gouvernement militaire en 1789. Cette province (ancien pagus Nivernensis) avait été constituée de deux parties : l'ancien comté de Nevers et la baronnie de Donzy. Plus tard, les ducs de Nevers ont maintenu le Nivernais dans les limites d'une vie beaucoup plus régionale que générale. Mais la situation du pays, accolé à la Loire, et la position de Nevers déjà signalée dans les itinéraires romains doivent le rattacher étroitement, comme signification géographique, à la Bourgogne.
4. Champagne (Troyes et Reims). — En son sens géographique, la Champagne est, nous l'avons vu, le pays découvert de la craie, grande zone faite pour le passage et dont les foires durant tout le moyen âge furent si renommées et si achalandées. Rappeler les foires de Troyes ou mentionner les champs Catalauniques ou le seul nom de Reims indique quelle fut la circulation économique ou l'importance à la fois stratégique et politique des territoires champenois. Mais il existe entre la Champagne historique et la Champagne géographique une sorte d'antinomie. Vidal de la Blache, en exagérant l'idée que la Champagne n'a pas été le site d'un véritable établissement politique, avait pourtant noté avec justesse que de tout temps il y a eu un certain « dualisme », Reims et la Champagne du Nord étant orientés vers la Picardie, la Champagne de Troyes étant beaucoup plus tournée vers l'Auxois et la Bourgogne. Le problème est encore plus complexe et nous y reviendrons à propos de Reims dans le chapitre qui suit. En réalité, la Champagne géographique, en vertu de son homogénéité même, ne s'est jamais suffi à elle-même ; elle n'a développé ses prédispositions qu'en formant un assemblage hétérogène et surtout en enveloppant une partie des territoires d'âge tertiaire de l'Ile-de-France. Cela est aussi vrai de l'ancien comté de Champagne lors de son apogée sous le comte Henri le Libéral, à la fin du douzième siècle (2), que du gouvernement général militaire de
tertres et de buttes isolées ; la colline de Vézelay est celle qui se dresse si nettement sur notre dessin au fond et à gauche ; elle est dominée par l'incomparable église romane au célèbre narthex, dédiée à sainte Madeleine. Il sera parlé à nouveau de Vézelay dans notre Troisième partie, au chapitre qui sera consacré à deux phénomènes humains, étroitement liés dans le passé : les pèlerinages et les foires.
(1) Vicomte de Romanet, les Provinces de la France, p. 159.
(2) Voir le carton Domaines et fief s du comte de Champagne, par Auguste Longnon, dans Y Atlas de géographie historique de Schrader, notice de la carte 22.
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l'ancienne monarchie sous Louis XIV, comme encore à la veille de la Révolution, gouvernement militaire qui était intitulé « Champagne et Brie ». Il n'en reste pas moins que les plaines de Champagne sont avant tout un grand passage où déferle le flot et où se décide le sort des invasions (les deux batailles de la Marne).
5. Picardie (Amiens, fig. 124), à laquelle on peut ajouter Y Artois (Arras). — Voici
FlG. 124. — AMIENS. (A. Lepère )
une autre province-carrefour. Elle s'étend sur les plateaux des limons riches qui recouvrent la craie à l'Ouest et au Nord-ouest de l'Ile-de-France. C'est la région de la Somme, mais ce ne sont pas les tronçons en zigzags du cours d'eau qui donnent les directions principales des voies de communication, ce sont au contraire des lignes droites coupant hardiment au plus court sur le plat de la vaste plaine découverte. C'est là aussi que se sont assemblés et affrontés de 1914 à 1918 quelques-uns des éléments les plus vitaux des armées en présence. D'après Albert Demangeon, qui a
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consacré vin beau livre à la Plaine picarde, «la vraie Picardie n'a jamais eu les limites capricieuses d'une circonscription administrative ; elle n'a jamais eu sa place sur une carte politique ; elle forme une région linguistique » ; prise en ce sens très vaste, elle est par excellence le seuil de liaison entre l'Ile-de-France et les Flandres et Pays-Bas. On doit y rattacher cette division conventionnelle et très variable que fut l'Artois. « Rien n'est moins définissable que l'Artois... La notion d'Artois n'a pas cessé de varier, elle n'a jamais eu que la valeur temporaire d'un assemblage administratif. » Elle est, en tout cas, cette suite de la Plaine picarde, qui s'étend jusqu'à la Lys, et que distinguent d'une part le bourrelet des hauteurs dites collines d'Artois, et de l'autre l'important nœud de routes d'Arras, étape obligée de l'ancienne route de Flandre. La Picardie, dans son sens large, s'est exprimée par cette réalité humaine qui a porté si longtemps le nom de nation picarde. Même si nous considérons la Picardie dans son sens plus restreint de «gouvernement»
de l'ancienne Fr ance,nous voyons qu'elle comprenait en 1789, non seulement le Ponthieu, l'Amiénois et le Santerre, mais encore le couloir et seuil si important du Vermandois ; et cela confirme à coup sûr, en petit comme en grand, la signification essentielle que nous donnons à l'ensemble de cette province.
Troisième groupe. — Centres d'ancienne importance