COMMENT S'EST FORMÉ LE SOL DE LA FRANCE L'ARCHITECTURE DU PAYS
|e Massif central est l'îlot le plus andennement émei^ de tout ce qui omstitue aujourd'hui le sol de la France. Ce vieux socle, au loi^ de tant de siècles, a été le témoin de toutes les périodes et de toutes les 1 péripéties de la formatioa de notre pays ; et c'est enccne lui, le plus ! vieux, qui porte les reliefe les plus jeunes et les plus frais sous les espèces des volcans quaternaires de la chaîne des Fuys. Disons son histoire j ce sera comme un bref résumé typique de la genèse de la terre française, et par rapport à cette histoire, nous conterons celle des autres montagnes, des autres plaines, des autres vallées qui composent une incomparable bigarrure ordonnée.
Durant les séries d'événements et de catastrophes dont nous allons ^poser la succession, les mers ont souvent mené l'assaut contre la vieille île du cœur de notre
OÉOORAPHIE HUKAIHE DE LA FRANGE
pays, elles se sont ten^ratrement étalées sur telles ou telles de ses parties, comme les Causses, la Limagne ou le Morvan; pourtant moies nunguam mergitur; cette masse est aussi « antérieure à tout » dans son dessin général que les plus antiques relief de notre planète, que les continents consolidés du nord de la Russie, de la Sibérie et du Canada, que la plate-fimne du Centre et du Sud de l'Afrique. (F^. lo et ii.)
ROCHES XT MASSES Du Morvau au Nord jusqu'à la Montagne Noire
LES Pins ANCIENNES gu Sud, du Umousïn à l'Ouest jusqu'au long talus des Cévennes, apparaissent parfois en simples pointements, le plus souvent en masses énormes, des roches dites « schistes oistallins » : gneiss, micaschistes, leptynites, schistes chloriteux, séridteux, micacés, etc. On les appelle « archéennes », doublet du mot arclmque, parce qu'elles passent pour les plus andeones de notre croûte terrestre, et qu'on n'y a trouvé aucun fossile, aucime empreinte de plante, aucune trace de vie animale ou végétale même rudimentaire. Elles sont semées et coupées de roches éniptives également très vieilles : granits, granulites, microgranulites.
Dans le Massif central, les granits sont généralement alités par laiges bandes, de même orientation. A première apparence, ces alignements semblent représenter des plis montagneiix, parallèles les uns aux autres, qu'on aurait coupés au ras du sol, et dtmt seules les racines seraient visibles. L'apparence ne ment pas. Ce n'est pas que les niasses granitiques aient formé par elles-mêmes des chûnes, ni même qu'elles aient été plissées ; mais elles se sont élevées, par cette montée lente et cachée qui caractérise leur ascension, jusqu'au creux des plis qui s'étaient produits dans les premiers âges ; elles se sont moulées sur le contour intérieur du pli amvexe, dles en ont peu à peu formé le noyau, en absorbant les roches plus tendres. Puis l'érosion a dispersé, ou démoli, en maints endroits, les roches moins dures que celles-là ; et de ces plis, qui lurent les premières montagnes de notre sol, il ne resterait rien, si ces traînées de granit, alternant avec les bandes des schistes cristallins
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FiG. lO. — atOQUIS SCHÉMATIQUE
DE LA FCntMATION DB tA FRANCE
(d'ipcti A. de Lapparccit)^
FiG. II. — CAKTl CtoLOGIQUE GÉNÉRALE DE LA FSANCE (i : 15 ooo ooo).
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
n'en dessinaient la très antique trame : ainsi les traînées granitiques du Massif central et de ses annexes, alignées du Sud-ouest au Nord-est ou du Sud-est au Nord-ouest, sont, par rapport aux anciennes diaînes, des témoins irréfutables.
L'association des deux types de roches cristallines caractérise par excellence non seulement le centre du massif, la Margeride, le Cézallier, le Luguet, la G)mbrailles ; mais son rebord oriental, les Cévennes, son îlot méridional, la Montagne Noire, son contrefort avancé vers le Nord, le Morvan, et son large renflement vers l'Ouest, le Limousin. Ainsi cet énotme massif en forme de triangle couvre 85 000 kilomètres carrés, et occupe près du cinquième de notre sol.
Nous verrons pourquoi il présente vers l'Est, vers la vallée du Rhône, son bord relevé, les Cévennes ; et pourquoi vers l'Ouest au contraire, vers le Sud-ouest, vers le Nord-est, il s'abaisse par une série de mamelons, de bosses et de buttes de moins en moins hautes qui finissent par ne plus se distinguer, au moins par l'altitude, des pays plus jeunes qui l'enveloppent. Parfois ceul^d, au delà de « dépressions périphériques », sur lesquelles on a justement attiré l'attention (i), se dressent même en petits escarpements dominant « la France du massif intérieur ». Ainsi, au Nord du Morvan, au delà de la dépression liasique de l'Âuxois, c'est au pourtour du massif, c'est aux plateaux calcaires de l'Âuxerrois qu'appartient l'avantage de l'altitude et des fortes pentes. De même, au delà de la bordure méridionale des granits limousins, le petit bassin de Brive est dominé par la frange des calcaires du Causse (château de Turenne).
Le Massif central va se dresser longtemps, comme une vaste bome solitaire, comme le premier continent consolidé, dans l'attente de ce qui devait, par une série d'annexions successives, composer le sol français. Cependant la grande île était accon[ipagnée dllots, parsemés à la surface de notre territoire comme des pierres d'attente qui indiquaient les constructions futures : trois îlots surtout, tous trois au Nord de la « pierre angulaire ».
Deux de ces îlots sont situés sur l'emplacement de la Bretagne actuelle : l'un dans le Sud, dirigé du Sudrest au Nord-ouest, plus large vers le Sud-est, allant en se rétrécissant vers le Nord-est ; il correspond à peu près à la zone côtière bretonne méridionale, mais grossie des territoires qu'elle a perdus et dont les îles de Groix, Belle-Ile, etc., sont des lambeaux séparés ; l'autre, dans le Nord, correspond à la zone côtière septentrionale ; orienté Est-Ouest, il converge par conséquent vers le premier, et jadis il allait sans doute le rejoindre sur l'emplacement d'un <c Finis- Ci) Emm. DE Martonne, Traité de Géographie physique^ 2« édition, Paris, 1913, p. 552.
L'ARCHITECTniU: DU PATS
terre » situé bien plus à TOuest, bien plus à la a fin des terres » ; il était aussi plus large que ne l'est aujourd'hui la bande cristalline, et comprenait les îles Anglo-normandes qui en ont été détachées depuis lors « par la fureur des flots ».
Au Nord-est im autre îlot, le troisième, devait déjà, semble-t-il, appandtre sur remplacement de ce qui est aujourd'hui les Vosges.
U fendrait ici remarqua la solidarité qui unit ces amorces de continent, oitre elles, , et avec le Massif central, la « terre centrale » : les bandes alternantes de gneiss et de granit sont orientées de même.
Les plis Sud-est à Nord-ouest de la Br^agœ méridionale continuent les plis de l'Ouest du AUssif central, dirigés Sud-est à Nord-ouest à partir de l'axe de l'Allier, et l'alignement Sudouest à N(nxl-est des bandes vo^ennes omtinue les alignements de la moitié orientale du Massif : Vivarais, Lyonnais, Beaujolais, Morvan. Mieux enccxKt le pointement de gneiss et granit du massif de la Serre, pris de Dôle, semble attester la liaison sou^raine du Massif central et de l'îlot vosgien.
Tout est jeune sur notre territoire en comparaison de ces masses primitives. Elles ont subi l'influence de toutes les longues et multiples actions de démotition de ces agents sculpteurs du relief terrestre : [^uies ruisselantes, qui arrachent et entraînent les particules du sol, eaux coalisées qui forment les cours d'eau, et qui par la foite même de leur coalition acquièrent un pouvoir singulier pour creuser les vallées et pour feçonner leurs versants, glaciers enfin qui aux âges de .refroidissement de notre dimat sesont installés sur les plus hauts de ces retiefe et les ont travaillés à leur mamire.
Ce n'est pas en vain qu'aux jours de violence les eaux se précipitent toutts jaunes de linum et toutes chargées de blocs qui s'usent en roulant et deviennent des galets. Les montagnes qm dominent les autres sont attaquées, creusées, déchiquetées (Jig. 12), puis démolies et nivelées ; les niasses qui les composaient sont, par ce mécanisme des
FiG. 12. — RAVINEMENTS DANS LES ALPES, PRÈS DE GAP (A. Lepère).
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eaux, étalées sui les plaines ou amduites jusques à la mer. Tous les reliefs s'adoucissent en vieillissant ils s'airondîssent, ils prennent des formes assez régulières et vermoulues. On a donné à ces anciens relief rabotés et nivelés, qui ressemblent maintenant à de hautes plaines, à des plateaux, le ixnn de « pénéplaioes ». Dam la Bretagne, dans les Cérennes et le Massif cential (fig. 13), les exemples scmt nombreux de ces formes vieillies dont Taspect seul nous révèle l'âge et nous dit à la fois : résistance et décadence. De mÊme les Vosges granitiques présentent des formes
FiG. 13. — VERSANT MÉDITXRRANÉEN DE tA « PÉNÉPLAINE » DSS CÉVHNNES (A. Ijipire).
harmonieusement usées et façonnées dont les sommets apparaissent comme approximativement tangents à un même plan supérieur (Jig. 14).
Entre les trois antiques bornes mont^neuses du Centre, de l'Ouest, et du Nordest de la France, et œnune envelqipées par le bel hémicycle discontinu de ces masses émanées, les eaux des mers primaires, secondaires et tertiaires se sont étalées, selon des vicissitudes très variées, dans un énorme golfe qui correspond à ce que nous désignons actuellement sous le nom de 0 Bassin parisien ».
TABLEAU RÉSUMÉ DES ÈRES ET PÉRIODES PRINCIPALES DE LA CLASSIFICATION CHRONOLOGIQUE DES TEMPS GÉOLOGIQUES
ÈRE ASCHÉBNKB (Rochcs Ics plus aiicieimes de la teire).
i Période Cambrienne.
^ I Période Silurienne.
Exe primaire, . \ «^ ■ j r»x.
j Fénodc Devomeime.
f Période Anthracolithique.
/ Période Triasique.
ËRZ SECONDAIRE. . Période Jurassique.
' ( Période Crétacée (ou Créudque).
PwP TCTTi.iBR i P*™^« Eogine (ou Nummulitique). tw! TERTIAIRE. . j p^^^ Néogènc (Miocine et Pliocène). ËRB qdaternaub (La plus lécente et qui dure encore).
L'ARCHITECTURE DU PATS
EU PKZMAOtx KT FORMATION Lcs géologues divisent rëie primaire en
OK LA HOUILLE péiiodes, dont voici les noms : Pcécambrien et
Cambrien, Silurien, Dévonîen, Carbonifère, Fermien. On groupe volontiers ensemble les deux dernières pàiodes ; c'est ce qu'a &it entre autres £mile Hai^ qui, dans son Trmté de g&>logiej\'SS r£unit.sous Je nom d'Anthracx>Iithique.
Le mfcsif breton, ou armoricain, va d'abord se constituer, avec ses annexes du Sud, — la Vendée — et du Nord, — leCotentin et une partie de la Normandie.—
Fia. 14. — LES SOMMETS DES \OSGSS MÉRIDIONALES (A. Lqiin).
Ainsi délimité, il s'étend sur treize de nos actuels départements. Nous avons vu qu'il existait deux îlots anciens I^m sur l'emplacement de la Bretagne septentrionale, pays de Léon, l'autre de la Bretagne méridionale, Comouaille. Aussitôt émergées, ces deux terres o&ent prise à l'érositHi qui tes démolit, charrie les produits de la démolition dans la fosse intermédiaire et la comble avec les dépôts dits Cambriens, puis avec ceux du Silurien. Ce sont successivement des conglomérats grossiers, attestant la pnœimité d'un riva^, puis des grès plus fins et des sables, enfin des vases, doimant des schistes par compression. Dans chaque étage, la même série recommence, et les sédiments se déposent dans le même ordre. Parmi les plus durs sont les grès, grès
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blancs dits armoricains^ et les quartzites^ qui sont des grès plus durs encore; les grès armoricains dessinent^ à travers la péninsule, des rides, alignées généralement 4e TEst à l'Ouest, qui, à défaut du relief qu'elles érigent, se reconnaîtraient dans le paysage par leur absolue stérilité. Ces sédiments ne restent pas horizontaux ; ils se redressent, ils se plissent; des montagnes s'ébauchent et deux chaînes se forment : au Nord, les monts d'Arrée ; au Sud, les Montagnes Noires, que prolongent les Landes de Lanvaux et le Sillon de Bretagne.
La Bretagne restera constituée, au cours des âges, par ces trois parties : sur les deux bords, deux bandes plissées en chaînes, saillantes, moins fertiles, plus rudes ; au centre, des schistes moins anciens, plus tendres et plus fertiles, dans lesquels se oeuse une série de bassins, où se réunissent les âisceaux de rivières. Tandis que sur les deux bords, c'est la lande qui domine, lande de bruyères, de fougères, de genêts et d'ajoncs, à l'intérieur, ce sont les cultures, encloses de haies ou de levées de pierre. Enfin, là où cette bande intérieure déprimée et plus tendre aboutit, vers l'Ouest, à l'Océan, les flots y ont creusé des indentations, des golfes, des « rades », comme celle de Brest, des « baies », comme celle de Douamenez, prolongées au loin dans la terre par ces « rivières » où pénètre la marée : l'Elom par exemple et la rivière de CMteaulin.
ll'Ârdenne primaire est une terre nouvelle; il n'en existait rien à l'époque archéenne ; c'est au Cambrien que se forment sur son emplacement les premières taches qui deviennent des îlots; et autour de ces îlots s'adjoignent peu à peu les dépôts très étendus laissés par la mer Dévonienne. L'Ârdenne est presque entièrement dévonienne, et c'est cette imiformité de composition du sol, jointe à son altitude (ce plateau de 300 à 500 mètres vers l'Ouest — le point culminant de l'Ârdenne firançaise est à 504 mètres — s'élève dans l'Est jusqu'à près de 700 mètres), qui explique son caractère monotone, désolé, infertile. De quelque nom que l'on désigne ces régions, Famennes, Ârdenne propre, Hohe Venu, Eifel, Hunsruck, cet immense territoire, qui s'étend jusque bien au delà du Rhin, fait partie de ce qu'on appelle le Massif schisteux rhénan. A la sur&ce des schistes sans forte pente, et imperméables, s'étendent des tourbières, et de vastes marécages, nommés des Fagnes (pour Fanges) ou des Rièzes : le mot Fagnes, Hautes-Fagnes, Hohe Venn revient très souvent dans la nomenclature. Pourtant ce plateau, assez uni en apparence, a été plissé, comme la Bretagne, mais là encore il ne reste que les racines des plis rabotés jusqu'à la base ; et l'aspect extérieur ne laisserait pas aisément découvrir Pandenne existence de chaînes de montagnes qui furent peut-être aussi hautes que les Alpes, si telles et tdles couches du terrain n'étaient fréquemment redressées jusqu'à la verticale.
L'ARGHITEGTUBE DU PAYS
Enfin, autour de lHot archéen et granitique des Vosges, tout à la fin des temps primaires, des couches, d'âge Carbonifère et Permien, des conglomérats^ des schistes, des grès, se sont déposés, et la terre émergée représente à peu près ce qu'on appelle aujôurd^ui les Hautes-Vosges. Mais cette apparition au jour, cette émersion, n'^t que provisoire et prochainement la mer secondaire du Trias va recouvrir de ses flots ce qui fut lHot vosgien.
G)mme la Bretagne, comme TArdenne, les Vosges ont été plissées à la fin de la période primaire ; il est fiaidle de reconnaître que tous ces plissements ont été contemporains. Le branle a été donné à tout l'ensemble de ce qui représentait alors la France. Une immense diaine de montagnes se fi^rma sur l'emplacement du Massif central ; ette comprit non seulement le massif firançais, mais les massifs qui existaient à la même époque sur l'Europe centrale (Forêt-Noire, Bohême) et sur le Sud des territoires Britanniques. Les géologues ont appelé a chsûne hercynienne » cette antique chaîne, qui a couvert de ses plissements toute l'Europe émergée, du nom du Harz, massif allemand qui en fit partie (Hercynia silva). G)nmie âge, il est Êtdle de- la dater, elle se place à l'époque Anthracolithique, vers la fin de l'ère prinoaire. De cette chaîne, il ne subsiste aucune hauteur très saillante ; mais void ce qu'il en survit : les racines rabotées, racines des plis schisteux, comme nous l'avons vu dans l'Ârdenne ; il en reste aussi les bandes de granit, orientées parallèlement aux schistes cristallins, et qui avaient, pendant leur ascension, rempli le creux des plis saillants de la chaîne en formation. C'est en somme l'alternance, soit des alignements schisteux, soit des bandes de gneiss et de granit qui nous permet de reconstimer l'existence et la double direction de cette antique chaîne de montagnes.
Au voisinage de la vallée de l'Allier apparaît une ligne de rebroussement des plis, qui sera une des lignes particulièrement faibles de l'écorce terrestre, prédestinée à jouer et à rejouer comme ligne de fracture, à s'ouvrir et à se fermer bien des fois.
Ces convulsions et ces dislocations de la fin des temps primaires furent accompagnées ou suivies de deux ordres de phénomènes, dont les conséquences devaient être si grandes pour l'épiphénomène qui surgira plus tard et qui sera le peuplement humain.
Le premier fut la formation de bassins houillers, dans les creux et dans les replis de la diaîne (c'est à cause de la présence de la houille que la période carbonifère ou houillère a reçu le nom qu'elle porte). L'érosion est surexcitée par la surrection de cette haute du^e, ses morsures en sont décuplées, et, dans la France centrale, les torrents charrient, sur les bords du plateau, ou dans les dépressions de l'intérieur, les détritus de l'exubérante flore houillère, séparés par des lits de graviers et de sables, précédés
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FBANCE
pai des conglomérats à âiments énormes. Ainsi se forment les bassins de Com-
mentry, Champagnac, Decazeville, Biassac^ Carmaux, Saint-Ëtienne, Alais ijig. 15).
Dans le Nord et le Nord-est de la France, les bassins houillers sont de même
rangés s^moétiiquement, de part et d'autre du Massif scfaisKuz rhénan et de ses rai-
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FiG. 15. — 1£S GISBMBNTS DB HOUILLB ET LE " COMPAS » DES PLIS (ANXICXINAUî:) ET DBS SILLONS (SYNCLINAUX) DANS LA FRANCE CENTRALE (d'mprès Depènt).
longes. Au Nord, ce sont les bassins du Nord et du Pas-de-Calais, qui se prolongent d'une part, dans le Boulonnais, à Hardinghem, puis sous la Manche et dans le bassin anglais de Douvres, nouvellement découvert ; d'autre part, en Allemagne et en Belgique, par les bassins d'Aix-la-Chapelle, de la Campine, eu;. Phis à l'Est, ces dépôts remplissent d'anciens golfes ménagés dans les terrains anciens, et où pénètrent les alluvions en place de la mer, golfes de Westphalie, de Saxe et de Silési^ qui sont devenus les grands bassins houillers de mêmes noms (i).
(ï) Voir Jean Brunhes, la Géographie
diap. V.
L'ARGHITEGTnRE DU PATS
Au Sud de TArdenne et du Massif schisteux^ se trouve le bassin houiller de la Sarre.
En dehors de ces grands bassins, existent en France de plus petits bassins houil- 1ers, à Ronchamp, à Ëpinac, à Sincey-les-Rouvray ; on remarquera que ceux d'entre eux qui datent de l'époque Carbonifère, qui sont de la houille et non pas des lignites, sont tous disposés de même, pinces dans les plis concaves, dans les « synclinaux » de la chaîne hercynienne.
Ce qui rend par ailleurs si difficile la redierche et l'exploitation de la houille dans nos Alpes (bassins de la Mure, de Maurienne et Tarentaise), c'est que les plissements postérieurs, les plissements tertiaires ont disloqué de fond en comble les anciens plis hercyniens.
En second lieu, à côté du plissement proprement dit, se produisirent des cassures ou fractures, par lesquettes s'épanchèrent en quantité les matières profondes, le magma intérieur. Cette fin de l'époque primaire est donc marquée par la sortie de laves compactes, plus récentes que le granit, plus anciennes que celles du tertiaire et du quaternaire, basaltes, phonolites, trachytes. Ces laves compactes sont par exemple des porphyrites, et nous dirons plus loin le rôle que jouent dans le paysage du Beaujolais notamment ces porphyrites et ces tufs porphyriques. Si l'on remonte la Loire, tout le seuil rocheux compris entre la plaine de Roanne et celle de Montbrison est Mt de ces roches éruptives de l'époque houillère. Ce sont aussi des accumulations de cendres et de scories, et comme l'érosion a dispersé ces matières sans consistance, on ne reconnaît plus la place des appareils de sortie qu'aux filons et aux dykes plus résistants ou restés en saillie. En Bretagne pareillement, on suit des alignements de diorite et de diabase, reconnaissables à leur teinte sombre, et formant habituellement saillie, pareils à des murs, sur des idlomètres et des lieues. Cette phase énQ>tive se continue pendant l'époque permienne, donnant lieu à la sortie de porphyres et de mélaphyres, sortes de basaltes caractéristiques de l'époque primaire, formant aujoiflrd'hui dans la campagne des buttes qu'on exploite en carrières.
Les eaux thermales et minérales ont dû jaillir en même temps, et ce sont les mêmes cassures qui, dans le Massif central et sur son pourtour, ont joué à l'époque primaire et joué à nouveau à l'époque tertiaire.
"«> RX SKCOMDAiBK : Pendant l'ère primaire fut donc délimité le Bassin de
1> LX« GRAND HUIT » Paris, qui sc tTouva définitivement endos par le Cotôntin, la Bretagne, la Vendée, le Massif central, le Morvan, les Vosges et l'Ârdenne. Dans ce demi-cerde vont se déposer des sédiments, qui sont presque tous d'origine marine.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
c'est-à-dire que le Bassin parisien formera un golfe immense^ occupé pat la mer.
On connaît sa disposition en cuvettes concentriques, si nette sur les cartes géologiques même à petite échelle. Plus tard, lorsque chacun de ces affleurements sera souligné par l'érosion, lorsque le rebord externe aura été rongé sur son pourtour par les rivières qui en longent le pied, chacune de ses assises se dressera en « façade » dominant plus ou moins l'avant-pays déblayé. Comme le centre du Bassin n'a cessé de s'approfondir, les couches ne sont pas restées horizontales ; elles plongent vers le centre, vers Paris ou, plus exactement, vers le Sud-ouest ; elles se relèvent vers les bords, présentant leur biseau vers l'extérieur. Qui ne comprend l'importance de cette disposition pour la défense du pays, et du réduit central, Paris!
Nous assistons, pendant les temps secondaires, à la répétition du même ordre de succession dans la nature physique des dépôts, soit marins, soit lacustres ou lagunaires. Le début de chaque période est marqué en général par un affidssement de la terre ferme, à l'intérieur de laquelle s'avance profondément la mer, formant une « transgression ». Chaque continent devient donc comme une île battue par le flot sur tous ses rivages, et ce sont des dépôts de rivage, conglomérats et grès grossiers, qui se forment les premiers, dépôts dits élastiques^ comme ceux qui naissent encore sous nos yeux, au pied des Êdaises du pays de Caux, par suite de l'attaque de la mer. Puis, le mouvement d'af&issement du fond continuant, — on appelle, avec le géologue £m. Haug, « géosyndinaux » les grandes aires de l'écorce qui s'affaissent ainsi sous le poids des sédiments qui les chargent, — ce sont des dépôts d'eau plus profonde qui s'accumulent continûment et inlassablement au fond de la mer : dépôts très fins qui constituent des marnes et des argiles semblables aux schistes des époques les plus lointaines. La fin du cycle approche; le fond de la mer s'exhausse ; les eaux sont de moins en moins profondes, la terre émerge peu à peu. L'eau séjourne encore dans des dépressions, qui deviennent le plus souvent des lacs d'eau douce, ou dans des lagunes, qui restent salées ou saumâtres parce qu'elles demeurent en communication avec la mer, et à la surface desquelles se cristallisent par évaporation le sd marin, le gypse, etc. Le pays devient terre ferme, le cyde est achevé.
On divise les temps secondaires en trois périodes : le Trias, le Jurassique, le Crétacé ou Crétadque, ou âge de la craie.
Les temps triasiques sont importants parce que c'est d'eux que date la constitution du sol de la Lorraine. Le massif vosgien, qui, avec les Vosges actuelles, comprenait, ne l'oublions pas, la Forêt-Noire, a dû être recouvert en entier par les mers du Trias, lentement et progressivement, et c'est pourquoi les mêmes dépôts
L'ARCHITECTURE DU PAYS
affleurent dans le même ordre^ à l'Ouest des Vosges et à l'Est de la Forêt-Noire. Le bassin de Souabe et de Franconie £ût pendant aux plaines de Lorraine. La mer du Trias vint d'abord battre le pied des Vosges^ et les produits de cette démoH* tîon se retrouvent sous forme de grès et de conglomérats rougeâtres qui caractérisent sous le nom de grès vosgien, grès bigarré, etc., le passage de cette lisière occidentale des Vosges, parente, par certains côtés, de la Suisse saxonne. £lie de Beamnont a fiût remarquer le premier l'opposition de formes que présentent les montagnes tabulaires de la région gréseuse, au sommet aplati, au profil de forteresses, par rapport aux formes usées, rabotées, doucement mamdonnées du granit des « Ballons ».
Après les dépôts de rivage correspondant aux horizons de grès, se formèrent, selon la marche que nous avons indiquée plus haut, des sédiments, aujourd'hui tassés en <c calcaire coquillier ». Geux-d constituent les grandes plaines agricoles et découvertes de la Lorraine, qui s'étendent entre Jussey, sur la Saône au Sud, et Sarreguemines et Deux-Ponts au Nord. Enfin la mer se retire, le pays s'assèche petit à petit, des lagunes se forment un peu partout là où la mer avait des fosses, et dans ces lagunes s'évaporent le gypse et le sd, dont la pureté et l'abondance vont donner lieu à une exploitation intense, d'autant plus rémunératrice, aux époques de communications difficiles, qu'on était plus loin de la mer. Ce pays du sel, pagus saUnensisy en a retenu le nom de Saulnois ; nombre de localités, CMteau- SaUns, Rosières-aux-Salines, etc., tirent leur nom de la présence du sel, anciennement exploité, qui avait dû provoquer là, dès les temps préhistoriques, comme dans le Salzkammei^t, un afflux de population et un noeud de relations commerciales.
Au Trias nous associerons le Lias, bien qu'il fiisse déjà partie des auréoles jurassiques, et que ce soit la première et la plus extérieure des bandes ou auréoles concentriques continues, ou presque, qui enveloppent le Bassin de Paris. Car c'est l'assodation du Lias et du Trias qui constitue notre « marche » firontière par excellence, la Lorraine {fig. i6) ; Metz et Nancy sont sur le Lias, Mirecourt et Château-Salins aux limites du Lias et du Trias, Lunéville sur le Trias. Au point de vue du paysage, comme au point de vue agricole, la bande liasique, généralement sans relief, fait suite aux horizons déprimés et aux plaines agricoles du calcaire coquillier et des marnes irisées. De loin en loin surgit, au-dessus de cette plaine basse, une « côte » calcaire, promontoire détaché en avant de la bande jurassique, plus dure et plus résistante, qui forme façade à l'Ouest. Ces îlots sont des témoins qui subsistent de l'andenne couverture déblayée par les - eaux. Telle cette butte isolée ou « Montagne »
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
de Vaudémont (i), qui a été pour la Lorraine ce que le Mont Sainte-Odile fut pour TÂlsace, une montagne sainte, demeurée sacrée poiu: toutes les religions qui s'y sont succédé. A l'Est s'aperçoit une autre « côte » dominante, la côte^ d'Essey,
Légende de la Coupe
Lias
JOatptr
Muschakalk-
Grès bigarrif
Orét des Voagms
Subisiretiiim,her^fntefv (l^mûaivcompri^
-=-— <-vC--J)
FiG. I6. — SntUCTURE DE LA LORRAINE VUE EN PERSPECTIVE (d'après le commandant Barré) (2).
mais celle-ci est formée de basalte : c'est un culot de lave d'un ancien volcan. Le terrain jurassique est un de ceux qui occupent en France l'étendue la plus grande, et, dans le langage courant, quand on parle d'un sol calcaire, c'est au Jurassique qu'on pense. A la vue de ce développement, £lie de Beaumont, qui, vers 1840, établit la première carte géologique du sol français, nota le dessin de ces dépôts jurassiques qui enveloppent d'un huit presque complet le Bassin de Paris (boucle septentrionale) et le Massif central (boucle méridionale).
(i) Maurice Barrés, la Colline inspirée. — Le signal de Vaudémont est le point culminant (545 m.) de la montagne de Vaudémont qui domine de 200 mètres le plateau lorrain et mérite par son aspect le nom de « montagne ». La crête la plus longue qui part du signal se termine par un beau cap à 495 mètres qui est la ooUine sainte de la Lorraine et porte le sanctuaire de Notre-Dame de Sion.
(2) Voir aussi et comparer plus loin la fig. 31 du chapitre n, p. 96 : Meuse et Moselle, Côtes de Meuse et Côtes de^iosdle.
L'ARCHITECTURE DU PAYS
Cette double boude, ce huit est resté, depuis lors, classique, mais encore &ut*il l'expliquer. Au Nord, dans le Bassin de Paris, la cuvette a été remplie tout entière par les dépôts des mers jurassiques, et si ces dépôts ne sont pas plus étendus en largeur, c'est qu'ils sont recouverts, dans le centre du Bassin, par des sédiments tertiaires plus récents. Ces dépôts existent en profondeur. Si l'on supposait enlevés par la pensée le Tertiaire et le Crétadque, on devrait découvrir le Jurassique sur toute l'étendue du Bassin de Paris. Au contraire, la mer jurassique n'a presque pasenvahileMassifcentral, sauf en
quelques régions au Sud et au Nord ; die l'entoure, en remplissant au Sudouest le Bassin d'Aquitaine, qui est le pendant du Bassin deParis et dont les dépôts jurassiques sont également recouverts par la Craie et parle Tertiaire. On voit que les destinées de la boude septentrionale du huit ont été toutes différentes de celles de la boude inférieure {fig. ii et^. 17).
En un très beau langage, — et très précis, — Dufirénoy et £lie de Beaumont, auxquels revient le mérite d'avoir les premiers fixé par le dessin cartographique et par la description, les traits essentiels de l'ar-
géologique de notre pays, ont
FiG. 17. — LA BOUCLE SEPTENTRIONALE DES AFFLEUREMENTS DU JURASSIQUE INFÉRIEUR
(d'après Paul Lemoioe).
Vlllllll «41
ces Êdts dans Vlntroductian à cet ouvrage capital, malheureusement resté inachevé : V Explication de la carte géologique de la France (i). Ces pages ont eu une telle influoice qu'elles appartiennent en toute vérité à l'histoire des idées ; exactes dans leur ensemble, elles ont singulièrement exagéré l'opposition entre le « pôle attractif » et le « pôle répulsif », et nous noterons tout à l'heure pourquoi cette notion simpliste doit être modifiée ; mais leur texte fut aussi fécond qu'il est souvent inconnu dans sa teneur originale; ce sera fisdre œuvre juste et belle que d'en dter id la plus grande part :
« Si les deux boudes supérieure et inférieure que présente la figure analogue à celle d'un 8 qu'elles dessinent sur la surfiice ont entre elles une sorte de corres-
(i) Paris, Imprimerie Nationale, tome I«r, 1841 ; tome n, 1848 ; tome ni, 1873.
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pondance^ elles présentent en même temps une opposition con^lète dans la manière dont les couches jurassiques y sont disposées relativement aux masses qui occupent les deux espaces qu'elles entourent vers le Nord et vers le Sud ; en effet, la boucle inférieure ou méridionale circonscrit un massif proéminent en grande partie colorié en rose et formé principalement de terrains granitiques. C'est le massif montagneux de la France centrale couronné par les roches volcaniques du Cantal, du Mont-Dore et du Mézenc. Cette partie méridionale est ainsi moins élevée que l'espace qu'elle entoure, tandis que la boucle supérieure ou septentrionale qui forme le contour d'un bassin dont Paris occupe le centre, est en grande partie plus élevée que le remplissage central de ce bassin.
(( L'intérieur de ce bassin est occupé par une succession d'assises à peu piès concentriques comparables à une série de vases semblables entre eux qu'on fiût entrer l'un dans l'autre pour occuper moins d'espace.
« La différence la plus essentielle des deux boucles opposées de notre 8 est que l'une recouvre et que l'autre supporte la masse minérale qui occupe l'espace qu'elle entoure. La boucle inférieure et méridionale est formée par des couches qui s'appuient siu: le bord du massif granitique qui leur sert de centre et, en quelque sorte, de noyau ; la boucle supérieure et la plus septentrionale est formée, au contraire, par des couches qui s'enfoncent de toutes parts sous un remplissage central auquel elles servent de support, de base, de récipient et dont elles excèdent généralement la hauteur.
« La disposition des couches jurassiques dont nous venons de donner l'indication est liée de la manière la plus intime à la structure tant intérieure qu'extérieure de la plus grande parde du territoire français. Nous pouvons le fiûre comprendre dès à présent en exposant rapidement les traits extérieurs par lesquels sa stracture intérieure se décèle.
« Les deux parties principales du sol de la France, le dôme de l'Auvergne et le bassin de Paris, quoique circulaires l'un et l'autre, présentent, comme on vient de le voir, des structures diamétralement contraires. Dans chacune d'elles, les parties sont coordonnées à un centre, mais ce centre joue dans l'ime et dans l'autre un rôle axnplètement différent.
« Ces deux pôles de notre sol, s'ils ne sont pas situés aux deux extrémités d'un même diamètre, exercent en revanche autour d'eux des influences exactement contraires ; l'un est en creux et attractif, l'autre en relief et répulsif.
« Le pôle en creux vers lequel tout converge, c'est Paris, centre de population et de civilisation ; le Cantal, placé vers le centre de la partie méridionale, représente
L'ARCHITECTURE DU PATS
assez bien le pôle saillant et répulsif; tout semble fuir en divergeant de ce centre élevé qui ne reçoit du del qui le surmonte que la neige qui le couvre pendant plusieurs mois de Tannée. Il domine tout ce qui l'entoure et ses vallées divergentes versent les eaux dans toutes les directions. Les routes s'en échappent en rayonnant comme les rivières qui y prennent leur source ; il repousse jusqu'à ses habitants qui^ pendant une partie de l'année, émigrent vers des climats moins sévères.
« L'un de nos deux pôles est devenu la capitale de la France et du monde dvi* lise, l'autre est resté un pays pauvre et presque désert. Comme Athènes et Sparte dans la Grèce, l'un réunit autour de lui les richesses de la nature, de l'industrie et de la pensée ; l'autre, fier et sauvage au milieu de son âpre cort^, est resté le centre des vertus simples et antiques, et, fécond malgré sa pauvreté, il renouvelle sans cesse la population des plaines par des essaims vigoureux et fortement empreints de notre caractère national. » {Introduction^ p. 22-24.)
Faisons remarquer id que le Bassin géologique de Paris, ainsi défini par son pourtour Jurassique, qui est la seule auréde qui en dessine à peu près le tour, — le Trias ne le borde qu'à l'Est, en Lorraine, — ne concorde pas avec le bassin actuel de la Seine ; il le déborde grandement vers le Nord et vers le Sud. Au Nord il se continue par le Bassin de Londres, où les mêmes couches, les mêmes auréoles se présentent dans le même ordre et s'envdoppent pareillement les unes les autres ; Londres est au centre de la cuvette et en son point le plus déprimé, dans une position correspondante à celle de Paris ; c'est la Manche, mer peu profonde et ouverte tardivement, qui a rompu la continuité des affleurements émergés, mais la pensée en imagine le raccordement ; ils se continuent efifectivement sous la mince pellicule d'eau salée qui s'est installée là où le continent avait fléchi.
LB BASsiAr Une seule grande unité géologique, hypsométrique et topogra-
PABisiBN phique se dégage donc de toute cette histoire ; la double ou triple bande des terrains déposés par les mers du Jurassique inférieur, moyen et supérieur commence au Nord au pied de l'Ârdenne et borde toutes les Vosges et s'étale dans le hiatus qui sépare les Vosges du Morvan, et s'infléchit en hémicycle au Nord du Massif central, et rejoint le Massif armoricain. Elle est interrompue là seulement où se sont produits les grands déblaiements de la Loire et de ses affluents, depuis Chinon sur la Vienne et Saimiur sur la Loire jusqu'à la Flèche sur le Loir et jusqu'au Mans sur la Sarthe. Elle reparaît s'incurvant autour de la Basse-Normandie et va finir en luttant contre les marées et les vagues de la terrible Manche, éparpillant au delà du rivage les écueils des rochers du Calvados.
OtOOft. HUMAIMB, T. I. 49 4
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
Quelle ceinture pour encadrer Tunité du Bassin parisien! Il n'y a pas un de la Loire et un bassin de la Seine, il n'y a qu'une magnifique architecture qui enve* loppe la Loire moyenne et toute la Seine ; le long de ce double ou triple contrefort auréolé, l'histoire géologique a préparé les bastions ou les refuges de l'histoire humaine : Mé2dères au pied de l'Ârdenne^ Verdun^ Metz, Nancy et Toul à l'Ouest des Vosges, Langres et Chaumont dans l'intervalle entre le massif primaire du Nord-Est et le Morvan, Bourges au Nord du vieux Massif, Caen sur la bordure de l'Armorique. Au milieu, tout se relie sans effort et sans peine, la contrée de Tours et d'Orléans à celle de Chartres et de Paris, la contrée de Bourges à celle de Troyes par Gien, la contrée de Paris et de Meaux à celle de Reims, Laon et Amiens {fig. i8).
Entre l'Ârdenne et la Mer du Nord les terrains jurassiques manquent, et à cette interruption correspond la grande zone naturelle de pays plats qui s'étend jusqu'à la Flandre, jusqu'au Brabant, jusqu'au Zuiderzée, et qui Ëdt du Bassin de Bruxelles une province comme afiGJtiée au Bassin de Paris. Ce n'est que vers l'Ouest, au delà de cette porte toute grande ouverte de plus de 150 kilomètres, que la résistante et pittoresque auréole du calcaire repanut en bordure de la mer, dressant en l'ouvrant im noyau si résistant que la direction du rivage est changée et qu'à une côte marécageuse de bas pays Est-Ouest succède momentanément ime ligne Nord-Sud de littoral vigoureux ; c'est encore un point fort, im point de rayonnement et un point de refuge : c'est le Boulonnais et c'est Boulogne-sur-Mer.
La carte géologique vient de nous révéler que la ceinture jurassique du Bassin de Paris (lias compris) s'élargit en deux endroits, au Sud-est vers Langres (où elle intercepte complètement les dépôts du Trias et les massi& pkis anciens) et au Sudouest, vers Poitiers. Ces épanouissements correspondent aux détroits, par lesquels la mer parisienne communiquait avec les mers du même âge de l'Aquitaine et du Bassin de la Saône : les eaux étaient là peu profondes et les détroits se fermaient parfois pour se rouvrir ensuite. Ces détroits géologiques correspondent aujourd'hui à des parties du sol plus unies^ déprimées par rapport aux petites hauteurs qui les enserrent, et ils sont restés des détroits au sens géographique du mot, ouvrant entre le Bassin de Paris^ la vallée de la Garonne et la plaine de la Saône des commtmications faciles. Beaucoup d'armées, bien des invasions ont passé par là, beaucoup de noms de champs de batailles, Vouillé, Poitiers, Âlésia^ rappellent les assauts de masses humaines qui s'y sont livrés, tandis qu'aujourd'hui ces campagnes riches sont parcourues par des voies de communication servant aux échanges pacifiques : routes, canaux, chemins de fer.
Ces deux détroits empiétaient sur les prolongements du Massif central au Nord-
L'ARCHITECTURE DU PAYS
est et au Nord-ouest ; en réalité dans la partie Nord-est du Massif, les dépôts liasiques et jurassiques se sont avancés beaucoup plus loin vers le Sud qu'ils ne s'étendent aujourd'hui : sur le Morvan, le Beaujolais, le Charolais, etc. ; et <x scmt les
Ternaire \ \
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Juratîufus et LtaJ WÊÊ^
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érosions ultérieures, aidées par les disIocati(His qu'a subies le Massif, qui Tout débarrassé, et d'ailleurs incomplètement, .de cette couverture sédimentaire continue. Dans la partie méridionale, cet empiétement des mers jurassiques aux dépens du Massif central a été plus considérable encore, et les dépôts, à cause de leur épaisseur considérable, 1 500 mètres au moins, sont restés, et remplissent aujourd'hui ce qu'on poiirrait appela les deux a golfes des Causses », comprenant les grands Causses de la
Lozère et les petits Causses du Quercy. C'était là un détroit quis'étendait sur tout la largeur du Massif central ; des causses minuscules, isolés, restés perchés à de grandes hauteurs, attestent l'ancienne continuité de tous ces dépôts jurassiques. Sur les grands Causses, de par la puissance des dépôts, le paysage jurassique typique a pu se développer, et dans ce terrain ultra-perméable, les rivières, en s'approfondissant, ont creusé des gorges ou canons de plusieurs centaines de mètres de profondeur. Ces causses sont comme de vrais filtres où tout ce qui tombe d'eau à la surface disparaît immédiatement par des milliers de fissures et par ces curieux entonnoirs appelés avens ou tindauls.
Enfin, dans le Nord de la ceinture du Bas»n de Paris, un autre golfe jurassique, le golfe du Luxembourg, dont l'emplacement était préparé par un golfe de la mer du Trias, fait pendant au golfe des Causses.
Sur cette grande épaisseur, et sur cette grande largeur, les dépôts jurassiques ne sont pas homogènes. Le Jurassique moyen (dit Oxfordien et Callovien) est presque entièrement mameux. C'est lui qui procure la ligne de sources dont la plus belle est celle de Châtillon.
Le Jurassique inférieur (Bajoden et Bathonien), presque entièrement calcaire, fournit, lui, les belles pierres de taille des environs de Nuits (Comblanchien) et de la Campagne de Caen ; la pierre de Caen a été transportée par delà la Manche pour la construction des ^;lises anglaises et l'art firançais a suivi la pierre. L'étage le plus bas du Jurassique inférieur, formé de débris pétris ensemble, est dit calcaire à entroques, et cette association du calcaire à entroques, couronnant les talus du Lias comme des bastions de forteresse, caractérise le paysage bourguignon qui avoisine l'Àuxois. Plus haut dans la série ce sont des calcaires dits oolithiques (constimés de petites concrétions semblables à des « oeufs » de poisson).
Quant au Jurassique supérieur, dont les termes ou étages sont multiples, il est lui aussi exploité en carrières, et les pierres dites « pierres de Tonnerre » en proviennent. À différentes hauteurs reparaissent des calcaires dits « coralliens », qui sont effectivement des calcaires « construits » par les coraux d'anciens récifs. Ainsi ces mers jurassiques étaient à une température que présentent seules les mers tropicales de notre globe, et comme les coraux ne peuvent vivre que dans des eaux peu profondes, c'est dans les hauts-fonds et dans les détroits de ces mers que ces organismes ont édifié patiemment leurs puissantes assises.
Au-dessus des calcaires jurassiqiies (i), se sont déposés les calcaires crétadques,
(i) Les calcaires oolithiques du Jurassique jouent un tel rôle dans les paysages et dans la géographie hydrologique de la France que Ton dit souvent, par abréviation, pour les d&ngner : YooUthe^ VoolitMque.
L'ARCHITECTURE DU PATS
marneux aussi par endroits. En hauteur, leur position est naturellement partout la même, mais en étendue, on œmprend d'après ce que nous avons dit de la constitution du hidt jurassique, qu'ils soient placés tout autrement. Dans la boude supé* rieure du huity qui enclôt le Bassin de Paris, c'est à l'intérieur que se sont déposées les formations crétadques, et là encore, si l'auréole crétadque n'est pas plus large, c'est qu'elle est recouverte en son milieu par les dépôts plus récents du Tertiaire. Dans la boude inférieure, qui entoure le Massif central, c'est à l'extérieur que se sont disposées les masses crétadques, remplissant le Bassin d'Aquitaine et la vallée du Rhône.
Rien de plus différent, en fait d'aspect et de paysage, que la Champagne « pouilleuse », ou Champagne plate entre Reims et Châlons-sur-Mame, et la Champagne humide que jalonne, à l'Est, la vallée de l'Aisne par exemple, l'ime nue . et découverte, l'autre vêtue de forêts (forêt du Der). Cette différence d'aspect correspond à ime différence de sol : la Champagne humide est imperméable, la Champagne sèche très perméable, perméable non par fissuration, comme le calcaire jurassique, mais par porosité (i). La Champagne huinide est formée par le Crétadque infë^ rieur, la Champagne sèche par le Crétadque supérieur, mais comme la Champagne sèche est la plus étendue d'un seul tenant, c'est d'après elle que l'on juge des caractères de la craie et du Crétadque en général.
Cette porosité par conduits minuscules du Crétadque supérieur s'explique par la nature du terrain dominant, la craie, qu'on aperçoit à perte de vue dans les tranchées du chemin de fer, près de Sens par exemple. Cette craie n'est pas homogène ; elle contient en plus ou moins grande abondance des silex, que l'on peut voir disposés en lits horizontaux, dans son domaine occidental, sur la tranche des Êdaises de Normandie, et qui ont eu, dans les premiers âges de l'humanité, une si grande influence sur la dvilisation. C'est le silex qui, par ses étincdles, a fourni le feu aux premiers hommes ; c'est le silex qui, taillé en coups de poing, outils, pointes de flèches, lui a fourni les premiers instruments de travail et des armes.
La craie, âdlement accessible au travail de l'érosion, forme un pays à peine mamelonné, à l'Ouest comme à l'Est, en Picardie (fig. 19) comme en Champagne. Le
(i) « La craie blanche est par exceUence une roche zoogène, quoique les éléments minéraux n'y fiosent pas entièrement défiiut... L'ancienne attribution de la craie aux formations abyssales résulte d'une assimilation erronée à la boue à globigérines des océans actuels. L. Cayeux, qui s'est livré à une étude très approfondie des organismes fossiles de la craie, est arrivé à la conclusion que ceux-ci, sauf de très rares exceptions, ne vivaient certainement pas dans les eaux dont h profondeur était supérieure à 150 brasses. » (Emile Haug, Traité de GéoU^y p. 1161.)
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA PRAHGE
mot Champagne, qui n*est autre que le mot Camp^ne (Catt^amOf dérivé de campus), dés^e précisément ces plaines nues et découverts, et qm sont le plus souvmt — la Pouilleuse elle-même le devient ! — des plaines agricoles. Aussi ce mot Campagne n'est-il pas unique en France, et nous le retrouvons souvent encore, dés^nant des plaines à sol jurassique, dont lliorizontalité est soutenue par une plate-forme calcaire. II y a, en France, une série de Campagnes : Campagne de Caen, Can^agae de Neubourg, Campagne mancelle. Campagne du Berry, sans compta les terres de
I Champagne » foumisssant les eaux-de-vie de Cognac. De tels noms ne sont pas donnés au hasard : ils dénotent ou une certaine ressemblance topographique ou une communauté de sol fricote.
Pourquoi Tauréole crétadque semble-t-elle sur beaucoup de cartes moins continue que la bande jurassique par exenqile ? pourquoi donc, çà et là, semble-t-elle plus réduite dans le paysage, et n'apparaît -elle guère qu'en
FlG, 19. - PAYSAGE TYPIQUE DE PICARDŒ (A. L.p*,c, j^^ ^^^j^^ ^j^ j^ j^^^
des vallées ? Il s'est produit, à la fin du Crétadque et au commencement de Tère ter^ tiaire, un travail d'altération superficielle, de dissolution sur place des couches crayeuses, si bien que les silex seuls sont restés, empâtés, « emballa », dans ime gangue argileuse et compacte. On appelle argile à silex, conglomérat éocène à silex, ce sol qui provient de la destruction de la craie et qui représente l'épaisseur de plusieurs étages. Ce sol n'est guère propre à l'agriculture ; là s'étendent, au Sud de la Normandie, à l'Ouest de lIle-de-France, de vastes forêts.
E*' RI TKRTiAiRB : PTBtNtxs, Cependant les mers s'étaient tour à tour avan-
AtPis ïT jimA cées et retirées ; elles avaient eu, çà et là, pour
leur succéder, de grands lacs d'eau saimiâtre ou même d'eau douc^ tds : le lac de la Beauce, le lac de la Sologne, les lacs du Forez (plaine de Montbrison et plaine de
Roanne).
L'ARCHITECTURE DU PATS
Pourquoi ces lacs se sont-ils vidés, et pourquoi les mers ont-elles été chassées du territoire qui constitue aujourd'hui la France? Ce ftit, par-dessus tout, le contrecoup du soulèvement de la grande chaîne des Alpes, qui se poursuivit pendant toute la seconde moitié de l'ère tertdaireé
C'est durant ces temps que se sont produits, à l'Est et au Sud du Massif central, les prodigieux événements d'où devaient sortir le plan essentiel de cette seconde partie de la France^ la plus jeune et la plus hardie de formes, plus hardie parce que plus jeune : la France des Pyrénées et des Alpes.
Sur l'emplacement d'une Méditerranée plus étendue que celle d'aujourd'hui, des chaînes de montagnes se sont préparées, amorcées, puis dressées. Des vagues gigantesques de pierre ont marché vers le Nord à l'assaut des continents déjà consolidés; et buttant contre ces socles anciens, les séries de plis de ces chaînes se sont, incurvés pour dessiner entre le Massif central français, le Massif des Vosges et le vieux Massif bohémien l'arc majestueux et magnifique des grandes Alpes. Les terres ainsi amoncelées et ployées ont été poussées vers le Nord avec une telle puissance que des plis venus du Sud se sont couchés sur les plis déjà formés et ont projeté leurs matériaux charriés et brisés jusqu'en avant des chaînes ; par places s'est étalée sur le front Nord des Alpes une bouillie de roches de divers âges, telle que la brèche du pays savoisien appelée la brèche du Chablais (i).
Jusqu'alors c'était le Massif central qui avait été le motif principal de l'architecture de la France, le centre autour duquel s'étaient agglutinés ses bassins ; ce sont maintenant les Alpes qui passent au plus haut plan; non seulement, avec leurs annexes' des Pyrénées et du Jura, elles dressent au Sud et à l'Est de la France un bourrelet montagneux constituant la meilleure des « fircmtières naturelles », mais elles ébranlent à leur façon d'autres parties du sol français, depuis longtemps émargées et consolidées (2). C'est un nouveau type d'architecture, une « architecture plissée )), qui va se juxtaposer et se superposer parfois à l'architecture soit ondulée soit tabulaire des anciens
(i) Voir le livre si remarquable d'un géologue suisse-français qui est l'un des nudtres incontestés de récole française : Maurice Lugeon, la R^ion de la Brèche du Chablais (1896). « Un flot d'idées hardies » ; ainsi s'exprime Emmanuel DE Margerie, le savant traducteur de la synthèse du professeur SuESS, la Face de la Terrey pour résumer les théories novatrices si fécondes sur l'origine des chaînes de montagnes que contribuèrent à créer, à démontrer ou à propager nombre de géologues français de tout premier rang : Marcd Bertrand, Pierre Termier, Albert de Lapparent, W. Kilian, Emile Haug, Léon Bertrand, Jean Boussac, etc.
(2) Voir, pour les Pyrénées, les Alpes et le Jura, les chapitres sur nos frontières dans la Troisième partie
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
Les Alpes (dont font partie nos Alpes fi:ançaises) ne sont elles-mêmes qu'mi anneau d'mie immense chaîne plissée qui &it presque le tour du monde, et qui comprend non seulement les Alpes sensu stricto, depuis Nice jusqu'à Vienne, mais la Cordillère Bétique et le Rif, les Pyrénées, les Apennins, le Balkan, le Caucase, les chaînes de l'Asie centrale, et le géant de nos montagnes actuelles, lUimalaya.
Ce n'est pas sans difficultés ni sans douleurs que la vieille terre a enânté cette dernière venue de nos dudnes de montagnes, la plus grande de toutes, peut-être la plus haute qui ait été dressée. Pour se faiit leur place au soleil, les Alpes ont dû bouleverser tout autour d'elles et bien loin d'elles des compartiments de l'écorce qui paraissaient définitivement stables et assis. Les vagues de pierre qui, figées, constituent nos Pyrénées et nos Alpes n'ont pas été que des vagues de surface ; ce furent des vagues de fond qui entraînèrent dans leur élan de fiiçomiement jusqu'aux roches les plus vieilles de la croûte terrestre et qui firent réapparaître en plein milieu des montagnes nouvelles les schistes cristallins et les anciens granits comme cette « protogine » qui constitue la majeure masse dii plus haut massif fi:ançais, celui du Mont-Blanc (sommet : 4 808 mètres).
La première de ces chaînes qui apparut au. jour, ce furent les Pyrénées. A la fin de la première subdivision des temps tertiaires, dite Eocène par les géologues, à l'heure même où dans les lagunes de la région parisienne se déposait le gypse avec lequel on devait fabriquer le plâtre de Paris, surgissait entre la France et l'Espagne cette étonnante « Sierra », nuageuse et pluvieuse, verte et boisée au Nord, avec les austères et grandioses à-pics de ses cirques (fig. 20), plus liunineuse et plus dépouillée au Midi. Cette surrection se propagea de proche en proche, comme se propagent les ondes dans un milieu liquide, et ces ondes, en venant déferler contre le Massâf central, y déterminèrent des cassures, tandis que le bassin d'Aquitaine en était agité pour longtemps. Puis ce fut le tour des vraies Alpes, qui se soulevèrent au cours des divisions suivantes de l'âge tertiaire (Eogène et Néogène). La complication de cet effort orogénique dut être immense, et sa propagation très lointaine, puisque tous les types de mouvements du sol y furent représentés ; plissements et conq)ressions latérales, effondrements et soulèvements, déplacements par-dessus ou par-dessous les masses existantes. On a dit parfois que les montagnes s'étaient amusées à jouer entre elles « à saute-mouton » ; à peine y a-t-il une exagération dans cette imag^ Les mots de désordre, de « chaos » sont bien en deçà de la vérité. (Planche IV.)
Le beau désordre fut à son comble en Provence, là où les Alpes se heurtèrent aux restes d'un vieux massif archéen mêlé de porphyres ratilants, — cehii des Maures et de l'Estérel, « roches rouges » de l'Estérd, — modestes débris d'une terre
L'ARCHITBCTimE OU PATS
plus vaste, aujourd'hui engloutie, autour de laquelle se disposèrent les plissements et les lumineux ielie& calcaires de la basse Provence.
Aux Alpes occidentales s^adjoigni^ au Nord-Ouest, une annexe, le Juta, chaîne si simple à contempler sur la carte et dans la réalité, où tous les plis convexes sont
- LE CIRQUE DE GAVARNIE (A. Upire).
restés des bourrelets montagneux parallèles, et tous les plis concaves sont demeurés des a vais ». Le Jura se poursuit bien au Sud du Rhône, et ses plîs viennent s'accoler à ceux de la Grande-Chartreuse, dont la ressemblance d'aqject révèle la parenté.
Quels furent, sur les parties de notre tetrîtoîre déjà existantes, les conséquences et les contre-coups d'un tel bouleversement? Quand on pénètre dans Tétude géolo- ^que du passé de notre pays, on s'aperçoit qu'ils furent plus destructif et plus lointains qu'on ne pouvait !e soupçonner d'abord.
Nous avons dit que les Vosges et la Forêt-Noire formaioit un massif unique, peu
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
à peu arrondi et nivelé par Térosion^ et sur lequel les mers avaient déposé leurs sédi* ments. Cette masse de terrains anciens se souleva à nouveau, et Ton vit un dôme réapparaître, portant sur ses flancs, sous forme de terrains bariolés, les traces des submersions antérieures. Mais le dôme se trouva porté trop haut dans les airs, la voûte se rompit, et au milieu du massif surhaussé, le long de cet effondrement, s'établit une plaine alluviale, dont une partie n'est autre que la plaine d'Alsace et qui livre aujourd'hui passage au Rhin.
Quelque éloigné que fat le Bassin parisien, il fut ébranlé lui aussi. Tous ont remarqué l'allure rectiligne et parallèle des petits fleuves côtiers du Nord, Somme, Canche, Âuthie, des rivières comprises entre la Somme et la Seine, et de la dernière partie de la basse Seine elle-même. C'est que le Bassin parisien subit un commencement de plissement, il se courba en ondulations parallèles, et c'est au fond de ces rides que se sont logés les cours d'eau. En même temps la partie Nord du Bassin se relevait ; c'est pourquoi les mêmes assises tertiaires des meulières de Beauce, que Ton rencontre près de Paris à 150 mètres d'altitude environ, se trouvent portées à 200 mètres à la butte de Montgé près de Dammartin et à 255 mètres près de Villers- Cotterets (i).
On a peine à croire que les régions occidentales de la Loire elles-mêmes aient ressenti les atteintes de contractions aussi lointaines. C'est pourtant la vérité. On ne pouvait parler jusque-là d'im bassin de la Loire distinct d'un bassin de la Seine ; il n'y avait qu'im Bassin de Paris. Alors, par ime sorte de choc en retour, la r^on »tuée au Sud du massif breton s'abaissa, laissant la mer pénétrer librement sur cette surface au-dessous de son niveau, et s'avancer jusqu'aux portes de Blois, presque au cœur du Bassin. Cette invasion ne fut que temporaire, mais lorsque la mer se ftit retirée, elle laissait, tracé derrière elle, im sillon que le lit du fleuve n'eut plus qu'à suivre ; ainsi la Loire, « soutirée », prit son cours vers l'Atlantique.
Mais c'est sur le Massif central, situé en &ce des Alpes et tout à fait à leur portée, que les effets de leur surrection furent le plus soudains et le plus grandioses. Le Massif central avait été aplani, et dans ses parties les plus basses pénétraient librement les golfes de la mer, ou s'installaient lagunes, lacs d'eau douce, marécages. Du coup son relief précédent lui fut presque rendu, en même temps qu'im mouvement de bascule, agissant sur toute la masse à la fois, en relevait le bord à l'Est et au Sud-est, et présentait le bord abrupt au Rhône et aux Alpes. Mais c'étaient trop d'efforts,
(i) Dans le deuxième chapitre de la deuxième partie (chap. xiii) seront décrits et expliqués les principaux « pays p et les principales régions qui composent Tensemble des territoires d'âge tertiaire de rile-de-France. Voir aussi Au cœur du Bassin parisien^ la Seine, ses affluents et la Somme (chap. vi).
L'ARCHITECTORE DU PAYS
plus que cette niasse rigide ne pouvait en supporter. Comme les Vo^es, le Massif central se disloqua et se fissura ; par toutes les cassures à la fois les laves débordèient. Ce dernier épisode fut comme une illumination générale prédestinée à jeter la lumière sur toute l'œuvre accomplie. Des Coirons au Cézallier, au Luguet, au Cantal, à rAubfac» du Puy de Dôme et du Mont-Dore au Velay, au Vivrais, et
LU â Traàofiar et phjtnoUUf
FiG. 21. — KECCHtSTrnmON THiOUQUB PAS MAKCELUN BOULE DU GRAND VOLCAN DU CANTAL (l).
même à la onilée de la montagne d*Agde,'au Sud, les cratères flambaient (Jig. 21), Il dut sembler que toute la France œntrale prenait feu.
Les épisodes qui suivirent ce véritable cataclysme durèrent et durent jusqu'à nos jours ; de plus jeunes volcans succédèrent ou se juxtaposèrent à leurs aînés ; la chaîne des Puys constitue im ensemble de relief volcaniques très jeimes, très frais, et pourrait-on dire encore en activité ; car le Puy de la Poix laisse suinter sous nos yeux im produit qui paraît être éniptif.
Le Massif central, qui se présente sous la forme de plateaux usés, aux ondulations douces, porte donc en son centre des volcans ou débris de volcans ; appareils pos-
(i) Cette Ëguie est id telle qu'elle a été reproduite par le Service gé<^raphique de l'armée dans la fon belle publication en deux volumes in-4* du généisl Berthaut, Topologie. Ole repiéseote deux. coiq)cs théoriques qui se coupent i angle droit, l'une Noid-ouest-Sud-est et l'autie Sud-ouest- Nord-est
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
tiches 8i^)erposés à Tanden système (voir frontispice du chap. i", la diaîne des Puys, avec au centre le Puy de Dôme, vus de la Limagne, et voir aussi j^. 22), vrais postiches mais qui tmt modifié l'allure générale du relief, introduit des sols de
FiG. 22. — LES KOCHES IXIILIÂKE ET SANADOISE, MASSES PHONOLITIQUBS DE 3OO MËIKES DE BAUIEim, DANS LE MASSIF DU MONT-DORE (A. Lq)«re).
qualité supérieure, accru la pluviosité, et, par voie de conséquence, transformé l'économie de l'activité humaine.
LIS HEBs ET Une fois les temps actuels survenus, les mers s'étaient
LES CÔTES retirées, mais — privil^ heureux pour le pays qui devait ^tre la France — en aucun point elles ne s*étaient éloignées. Les grands fimds de Tooéan Atlantique dessinent des courbes de 2 000 mètres et plus à quelque 200 kilo-
L'ARCHITECTURE DU PATS
mètres du massif amiorico-vendéen^ à quelques dizaines de kilomètres de la chaîne pyrénéenne. De plus^ tous les territoires de l'Europe Nord-occidentale, Irlande,. Grande-Bretagne, Belgique et Hdlande, Allemagne, Danemark et Scandinavie>. demeurent portés sur une sorte de haut socle continu, mais dont les parties à peine déprimées ont été envahies et couvertes par les eaux de la mer. La Mer du Nord est une nappe qui a presque en tous ses pdnts une profondeur inférieure à loo mètres ; de hauts bancs sableux comme le Dogger-Bank s'élèvent presque jusqu'à fleur d'eau,, et créent cette combinaison qui est favorable au firai des poissons et qui tente et attire les pêcheurs Cest ime mer presque terrienne que notre Mer du Nord.
Pour compléter, vers le Nord, l'encerclement de la France par les mers, void que se dessina entre la France et l'Angleterre, à une époque très proche de la nôtre, probablement au début des temps quaternaires, une fosse peu déprimée, à peine ime ondulation du sol, qui suffit pourtant à solliciter les eaux salées à venir s'y loger. Une mer, la Manche, prit possession de la dépression, et elle coupa en deux morceaux^^ le Bassin de Paris et le Bassin de Londres, dont nous avons indiqué la continuité géologique. Vers l'Est, elle communique petitement, par un détroit qui n'a pas fini de s'élargir, le « Pas de Calais », avec la peu profonde Mer du Nord ; vers l'Ouest, elle s'ouvre largement sur l'Océan Atlantique, lequel est une profonde cavité Nord-Sud qui va d'un pôle à l'autre, toute semée dans ses abîmes de roches éruptives et à sa surface d'Ses volcaniques (i). DéscHinais, de par cette mince pellicule des eaux de^ la Manche, qui atteint loo mètres en son fond le plus creux, au large d'Âuregny^ et a 50 mètres à peine en moyenne, Paris et Londres auront des destinées séparées,. l'Angleterre et la France une histoire différente.
Au Sud, une mer profonde, constituée de cavités indépendantes de plus de 3 000 mètres, s'étend, parsemée d'îles et entrecoupée de presqu'îles ; elle est le reste^ de la grande mer de l'âge secondaire appelée Thétys par les géologues; elle est étroitement liée dans l'histoire de notre globe à la formation des chaînes alpines ; elle est enveloppée de terres et celui qui vogue sur elle aperçoit de partout de grandes montagnes ou de petits îlots émergés : elle est dite « Méditerranée ». Elle touche aux Alpes firançaises, elle touche aux Pyrénées ; et son rivage n'est qu'à 50 kilomètres de la bordure de notre Massif central. Le littoral français de la Mer du Nord n'est séparé du littoral méditerranéen que par ime distance de i 100 kilomètres ; l'océan Atlantique n'est qu'à 370 kilomètres de la Méditerranée.
Peu de pays sont dotés d'une position maritime aussi avantageuse que la France :
(i) Lire la très éloquente conférence de Pierre Texmier, PAtlamide, dans le Bulletin de Plnstitut océàm^apkique, n9 256, 20 janvier 1913.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
elle possède une large façade sur toutes les mers ouvertes de l'Europe. À l'heure où tant d'Ëtats anciens ou nouveaux r^;ardent œnune indispensable à leur respiration politique et économique d'avoir une fenêtre sur la mer, on saisit toute la valeur de cette originelle situation si privilégiée. La mer du Nord est la plus firéquentée de l'Europe septentrionale : la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark, la Norvège, l'Ecosse et l'Angleterre l'enveloppent en même temps que la France; quant à la Manche avec son annexe le Pas de Calais, elle représente le département des nappes océaniques qui est soumis à la plus intense circulation et les Anglais la dénomment expressivement le « Canal » (Chamiel). Par l'Atlantique la France fait vis-à-vis aux Ëtats-Unis et à toute l'Amérique. Par ses côtes méditerranéennes elle a part à la vie de cette mer intérieure où s'est déroulée toute l'histoire du monde jusqu'aux temps modemes ; elle appuie et étend son action sut l'une des plus belles îles de la Méditerranée, la Corse, l'antique Cymos, et sur toute la Berbérie ou Afrique mineure.
Dans la configuration générale de la France on ne saurait donner trop d^attention, ni accorder trop d'importance au dessin général des côtes. Tandis que les variations des frontières continentales ont souvent atteint jusqu'aux traits distinctifs de sa physionomie normale, les fronts de mer beaucoup plus stables que tous les fronts de terre ont fixé de tout temps sa silhouette la plus disdnctive. Et ces rivages fcxit de notre pays un pays harmonieux entre tous.
Une figuration classique, bien plus exaae depuis la recouvrance de l'Alsace- Lorraine, enferme les contours de la France entre les six côtés d'un hexagone : des six faces les fronts de mer en occupent trois ; la côte de Dunkerque-pointe de Saint-Mathieu fait pendant à la frontière du Nord-est ; la côte océanique jusqu'à la Bidassoa fait pendant à notre frontière avec la Suisse et l'Italie : au rentrant de la Charente correspond le rentrant du Léman ; enfin le front de la Méditerranée correspond au front pyrénéen ; en tout, trois façades maritimes et trois fronts terrestres : ime masse bien équilibrée.
Sur im développement de 5 500 kilomètres, 3 000 environ sont en bordure de la mer. L'essor d'un pays n'est pas en rapport absolu avec la longueur des côtes, mais bien avec celle des côtes « utiles », c'est-à-dire naturellement propices à la navigation et au cabotage (i). Les côtes d'érosion, très découpées, qui ont le caractère vraiment « maritime » s'opposent aux côtes d'alluvion, en général rectilignes ou régulièrement arrondies au long desquelles prédominent les phénomènes de
(i) Marcd Dubois, Râle des arncidatiam littorales. Étude de géographie comparée (Annales de géo^ graphie^ I, 1891-92, p. 131-142).
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œmblement. La France est riche en côtes articulées et « utiles » ; ses foyers de vie
maritime se trouvent répartis sur toutes ses façades océaniques : abris du Boulonnais, <c valleuses » du pays de Caux, Cotentm et Bretagne, îles et golfes des Pertuis breton et charentais, extrémités pyrénéennes du pays Basque et du RoussiUon, Languedoc et Provence.
La côte de la mer du Nord (72 kil. de Zuydcoote à Calais) est plate, basse, sablonneuse et rectiligne ; les courants côtiers ont édifié un cordon littoral qui fait l^èrement saillie au-dessus des marécages de l'intérieur et qu'acddentent les dunes ; en avant de ce bourrelet de sable sont établis les villes et les ports : Dunkerque (Duyn-Kerque, TégUse des dunes), Gravetmes et Calais avec son vieux port des pêcheurs, le Gourgain. En arrière, marais et moëres, golfes et baies de la mer (l'anden golfe de Saint-Omer, par exemple) ont été repris peu à peu aux flots par l'industrie humaine.
Puis, à partir de Sangatte, la côte se dresse en falaises blanches — Blanc-Nez (134 m.) et Gris-Nez — qui correspondent à celles de la côte anglaise — <( la blanche Albion » — et qui attestent l'ancienne continuité du continent et de l'antique « Bretagne ». La fosse du Boulonnais, ouverte par l'érosion, correspond au Weald anglais. Passé Boulogne, la côte redevient basse et sablonneuse avec des dîmes ; elle a été régularisée par les apports des petits fleuves côtiers, Canche, Âuthie, Somme : c'est le Marquenterre et ce sont les Bas-Champs.
Le littoral descend droit au Sud du cap Gris-Nez jusqu'à l'estuaire de la Somme. Elle présente ensuite, jusqu'à la baie de la Seine, une convexité qui correspond aux alaises de craie de la Haute-Normandie, hautes de 100 mètres au cap d'Antifer et de la Hève, partout rongées et minées par le flot, partout en recul, comme celles du Pas-de-Calais. Les ports, Dieppe, Fécamp, Yport, Ëtretat, trouvent abri dans l'ouverture des « valleuses ». De la Seine à l'embouchure de la Vire dans la baie d'Isigny ou des Veys, — côte du Calvados, — alternent les falaises (Villerville et Bessin), les bancs de rochers à fleur d'eau (Calvados et Grand-Camp), les plages de sable fin (Trouville et Deauville).
Les deux presqu'îles, l'efflée, celle du Cotentin, la massive, celle de la Bretagne, n'en faisaient qu'une jadis. C'est l'érosion marine, ce sont les violents courants de marée, dans le Raz Blanchard et le passage de la Déroute, qui ont isolé du continent les îles Anglo-Normandes, Jersey, Guemesey, Auregny, Sercq et Herm (i) et creusé le rentrant dont la pointe est à la baie du Mont Saint-Michel ; là, le flot de
(i) Voir Camille Vallaux, F Archipel de la Manche, Paris, 1913. On prononce dans le pays même Auregny et non pas Aurigny
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
marée s'élève parfois jusqu'à 13 et 14 mètres ! Les alignements du Cotendn, bandes granitiques ou gréseuses en saillie sur les schistes, sont orientés, non pas Nord-Sud, mais Est-Ouest, selon la direction générale de ce qui fut autrefois la plus grande presquHe armoricaine. À l'extrémité du Cotendn, entre les deux pointes granitiques de Barfleur et de la Hague, se dessine la rade militaire de Cherbourg, coupée du large par sa digue longue de 3 720 mètres.
La sculpture littorale de la Bretagne correspond à sa structure géologique ; les roches dures donnent des saillants ; les roches tendres des rentrants et des baies. Les bandes de schistes moins résistants se creusent, à leur extrémité occidentale, en découpures profondes : rade de Brest, baie de Douamenez, que sépare la presqu'île de Crozon dans le prolongement des quartzites des Montagnes-Noires. Le long de la côte Nord aux roches dures, des îles représentent une ancienne extension de terres brisées et envahies par la mer ; les baies de Saint-Michel, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de Morlaix se suivent entre mille indentations, petites ou grandes. Les schistes cristallins de la pointe de Saint-Mathieu s'éparpillent en îlots jusqu'à Ouessant ; et de même au Sud, les granits de la pointe du Raz se continuent par l'essaim des îles de Sein. Le long de la côte méridionale, d'autres baies comme celle d'Âudieme, des. estuaires fermés comme ceux de l'Odet et de Lorient, des bassins 4 intérieurs comme la «petite mer » du Morbihan sont flanqués vers le large de deux I chaînes d'îles et d'îlots (Groix, Belle-Ile) témoins, selon Qiarles Barrois, d'une ^ ancienne bande de territoires aujourd'hui ennoyée et dont les parties les plus élevées sont restées au-dessus des flots. D'innombrables petits fleuves côtiers débouchent dans la mer par de profonds estuaires ou « rivières » que remonte la marée, et à la tête desquels s'est bâtie une ville, grande ou petite, pont et port tout à la fois. Entre la Vilaine et la Loire, s'avance en mer le pays de Guérande, ancienne île rattachée au Sillon de Bretagne (91 m.) par la Grande Brière, une tourbière et un marécage, qui est une sorte de Morbihan comblé.
À cette côte d'érosion succède, de la Loire à la Garonne, une côte en voie d'alluvionnement. Ce n'est d'ailleurs qu'à la Pointe de l'Aiguille, proche des Sablesd'Oloime, que finit la côte granitique de Vendée, appendice, comme le Cotentin, du massif ancien de l'Ârmorique. Les alluvions des deux grands fleuves et celles de la Charente, de la Sèvre Niortaîse, du Lay, ont empiété sur la mer, réduit et presque supprimé d'anciens golfes : au Nord, celui du Marais Breton, situé en arrière de l'île privilégiée et fortunée de Noirmoutier et restreint aujourd'hui à la baie de Bourgneuf ; au Sud, celui du Marais Poitevin, l'ancien golfe du Poitou, réduit à l'Anse de l'Aiguillon. Pourtant, là aussi, les rivages primitifs ont été emportés ou
L'ARCHITECTURX: DU PATS
démolis ; la côte dans rensemble a reculé ; on peut aisément ai reconstituer les ligius, grâce à des îles qui subsistent comme des piles de pcmts détruits : d'abord lUe d^Yeu &itt comme TArmorique de gneiss, de granits et de quartz (Jig. 23) ; puis, fennant la mer des Pertuis, les îles de Ré et d'Oléron.
La côte des Landes, au Sud de l'estuaire de la Gironde, est tout entière rectiligne, cxHiune tirée au cordeau. Des dunes hautes de 75 à 90 mètres étaient jadis en
FiG. 23. — cous GRANrnQDBS IS L'ILE D'yBU (A. Upin).
marche vers l'intérieur, ensevelissant les villages, avant que Brémcmtier ne les eût fixées par des plantations de pins maritimes. Derrière la chaîne élevée de ces sables sont enfermées d'anciennes baies, réduites à la condition d'étai^ ; seul l'étai^ du Bassin d*Arcach<ni a maintenu libre sa communication avec la mer.
Au Sud de l'ancien estuaire, aujourd'hm submergé, du Gouf de Cap-Breton et de l'estuaire présent de l'Adom, les Pyrénées viennent aboutir à la côte, et l'accidentent en pays Basque d'une série de baies : Biarritz, Saint- Jean-de-Luz, Bidassoa.
A leur extrénûté orientale, les Pyrénées font aussi à la côte méditerranéenne un
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
rivage d'abord tourmenté (baies de Banyuls et de Port-Vendres)) tandis que les fleuves côtiers issus des Corbières, des Albères et même des Pyrénées intérieures (Tech et Têt) ont travaillé par leurs apports à r^^lariser la côte du RoussiUon. Au Cap Leucate^ au Sud de la montagne de la Qape, commence la côte du Languedoc, qui s'étend jusqu'à l'avancée prononcée du delta du Rhône ; elle se courbe en un quart de cercle presque régulier, correspondant au Golfe du lion. La montagne d'Àgdç (115 m.), la montagne de Cette (180 m.) forment des saillies auxquelles s'accrochent des arcs et des cordons littoraux ; ces sables forment, eux aussi, un chapelet d'étangs, qui est à peu près continu entre Âgde et Aigues-Mortes (i). Le comblement dès golfes et le progrès des alluvions ont isolé de la mer et fait péricliter un certain nombre de ports intérieurs, ports de lagunes comme Narbonne et Magudonne, ports de rivières, comme Montpellier, sur le Lez, ports fluviaux comme Beaucaire et Saint-Gilles sur le Rhône ; quant à Aigues-Mortes elle fut déjà fondée, par delà les sables, comme son nom l'indique, parmi les « eaux mortes ».
La côte de Provence est rocheuse et escarpée, découpée comme celle de Bretagne, abondante en criques, en calanques, en anses profondes, en rades doses ; elle est plus pittoresque même, puisque les rivages se dressent çà et là d'un seul jet à 500 mètres au-dessus de la mer (comme au cap Roux dans l'Estérd, 453 m., et à la Tête-de-Chien au-dessus de Monaco, 573 m.) ou tout au moins à 300 ou 500 mètits (chaîne de l'Estaque, 279 m., Marseilleveyre, 397 m., Becrde-l'Âigle, à la Qotat, 375 m.. Cap Sidé, dans la presqu'île de la Seyne, 359 m.). L'Etang de Berre est même une sorte de mer intérieure ; le tunnel de Roves (7200 m. de long), terminé pendant la guerre, le met en communication avec le port de Marseille, qui derrière ses îles aligne ses bassins sur im front de 6 et bientôt 10 kilomètres entre le Vieux-Port et l'Estaque. Toulon fournit à notre « grande flotte » un abri magnifique que complète et parfait pour les manœuvres navales la double rade d'Hyères, fermée par la presqu'île de Giens et par le groupe de ses îles. Le golfe de Saint-Tropez échancre le vieux massif des Maures que le golfe de Fr^us sépare de l'Estérel ; plus loin le golfe de Cannes s'ouvre derrière les îles de Lérins. Après l'embouchure du Var, les montagnes plus hautes et plus accidentées que sont les Alpes Maritimes tombent à pic dans la mer, et dans leurs anfractuosités prot^ées se nichent une série de stations d'hiver, entre Nice et Menton : côte merveilleuse-
(i) n s'agit id de « parties de la mer isolées par des cordons littoraux et transformées en lagunes » et non, conmie en Gascogne, de « nappes d'eau douce provenant de l'arrêt par les dîmes de petits cours d'eau » : après Delebecque, le commandant O. Barré a fortement et justement souligné cette différence dans le remarquable chap. viii, les Côtesy dé son Architecture du sol de la France.
L'ABCHITECTUBE DU PATS
ment articulée et pittoresque (Jig. 24) que dentellent les saillants du mont Boron, du cap Ferrât, du cap Martin, et qui dessine le joli port d'Hercule au rocher de Monaco ainsi que la splendide rade dominatrice de Ville&anche.
La Corse, île allongée que proloi^ au Nord la presqu'île effilée du cap Corse, est séparée de la Sardaigne par les Bouches de BoniÊido, que garde la position italienne de la Maddalena. Elle présente à la mer deux façades très différentes : la
FiG. 24. — LITTORAL « ARTICULÉ u DES ALPES MARITIMES (A. Lepin) (l).
côte orientale, au Sud de Bastia, basse, marécageuse et insalubre r^ularisée par le dépôt des alluvions littorales ; la côte occidentale, rocheuse et découpée, échancrée {ur une série de golfes profonds, ceux de Porto, de Sagone, d'Ajacdo, de Valinco.
Tels sont les nets délinéaments auxquds par excellence la France a dû le tracé extérieur de sa figure propre. Tout ce qui établit le contact de mer et terre s'est révélé d'une telle variété, et par la nature, la forme et la couleur des roches
(i) Vue prise au-dessus de Menton de l'Ouest veis l'Est ; au demiei plan la ligne de la oôte
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
littorales, et par l'allure des fonds marins dans le voisinage des terres, et par la direction, par. la puissance ou par l'absence des courants et des marées, et par la richesse de la. faune marine, ^poissons et coquilles comestibles, que les côtes de France ont été, pour les hommes, facteurs d'utilité et de fécondité tout autant que de charme et de beauté (i).
L'ARCHiTECTUAX La terre qui sera la France et qui est sortie peu à peu
DU PAYS ^eg eaux apparaît ainsi bordée et figurée par des rivages qui
demeurent proches les uns des autres. H nous est maintenant loisible de la <c survoler » tout entière, et de juger d'un seul coup d'odl synthétique l'architecture du pays.
Entre les dnq masses montagneuses de différents âges — celle du centre, celle de l'Ouest et du Nord-est et les deux chaînes méridionales beaucoup plus jeunes — se dessinent très vigoureusement trois dépressions : le Bassin de Paris, le Bassin d'Aquitaine et le Bassin de la Saône.
L'arc des Alpes avec son avant-chaîne du Jura sont venus serrer de si près les anciennes ossatures que de ce côté-là les formes n'ont plus la belle ampleur des deux premières grandes dépressions : le Bassin de la Saône n'est qu'un tout petit bassin à côté de l'harmonieux et magistral Bassin de Paris ou même à côté du Bassin dé la Garonne-Gironde; mais c'est une dépression qui mérite encore le nom de Bassin, tandis que plus au Sud il n'existe point à vrai dire de « bassin du Rhône » ; entre le rebord des Cévennes et les avant-chaînes des Alpes, un couloir seul marque la limite entre les deux territoires, et c'est ce couloir que suit et qu'a partieUement fiiçonné le Rhône.
Trois Bassins, et non point quatre. Quant au prétendu bassin du Rhin, il est encore moins une unité naturelle ; il y a une région supérieure du Rhin ; toutes les eaux du plateau suisse se trouvent drainées d'une manière si habile qu'elles viennent toutes passer sous les ponts de Baie. Il y a ensuite la plaine de notre Alsace et un bassin de Mayence qui correspondent aux zones effondrées. Puis le Rhin entre dans une longue rigole à méandres, à travers le Massif schisteux rhénan, et seulemeQt après cette traversée il rencontre un vrai bassin, celui qui va de Cologne à son embouchure.
C'est ce bassin inférieur qui communique aisément et directement avec le Bassin de Bruxelles, et, par là, plus au Sud, avec le Bassin de Paris.
(i) Notre Cinquième partie comprendra une étude des côtes et des pêcheries. Voir J. Welsgh, les Ressources de la zone de balancement des marées (Ann. de Géogr.y 15 septembre 1917).
L'ARCHITECTURE DU PATS
Les trois Bassins occidentaux français sont en rapport avec les trois bassins maritimes qui enveloppent la France. Le Bassin de Paris touche à la Manche^ au Pas de Calais et à la Mer du Nord ; sa limite terrienne septentrionale est comme une plaine continue ouverte à toutes les circulations, c'est-à-dire à toutes les invasions et à toutes les conquêtes. Le Bassin d'Aquitaine s'ouvre large vers l'Àdantique. Le Bassin de la Saône s'étend géographiquement jusqu'à Lyon; il est relié à la Provence et à la Méditerranée provençale par le sillon du Rhône.
La France, marqueterie de territoires si divers, a existé parce que ces territoires ont été (n assemblés » ; de là le sens exceptionnel des zones de passage qui ont permis à ces trois Bassins d'être d'abord et progressivement imis deux à deux, puis de finir par être unis en une seule unité. Ces zones de passage et de rapprochement correspondent à trois r^ons historiques dont le nom seul évoque à un si haut degré le passé de la France parce que leur sens est issu de la géographie. Entre le Bassin de Paris et le Bassin de la Saône et la voie du Rhône : la Bourgogne. Entre le Bassin de Paris et le Bassin d'Aquitaine : le Poitou. Entre la Provence et le monde de la Méditerranée et le Bassin d'Aquitaine : le Languedoc.
Qu'on considère comme nous le ferons plus tard les plus antiques voies de circulation de la Gaule et de la France, elles passent par ces larges détroits terriens ; elles les soulignent et leur ont conféré leur valeur propre.
La géologie met au premier plan les massifs montagneux que les événements de l'écorce terrestre ont fait surgir les uns après les autres. La géographie physique Êdt ressortir le travail d'élaboration progressive exécuté par les agents du modelé terrestre et surtout par les cours d'eau. La géographie himiaine et l'histoire placent au contraire en vedette ces grands ensembles harmonieux qui sont les Bassins naturels et leurs naturelles zones de traits d'union. C'est parce que ces véritables centres et bandes de concentration, de cristallisation et de rayonnement ont fini par créer une sorte de texture continue, parce que, tout autour des montagnes et les joignant les unes aux autres, la civilisation a dessiné un grand cerde d'enveloppement humain que les massifs montagneux ayant acquis au point de vue historique leur vrai sens, leur vraie valeur par rapport à l'ensemble, sont devenus des morceaux essentiels du tout.
L'antithèse, partiellement juste et partiellement erronée, dont nous avons rappelé le texte original, a fait trop souvent et trop fortement opposer le « Plateau central » « centre de répulsion » et le « Bassin parisien » « centre d'attraction ».
Le Massif central n'a jamais été et est moins que jamais td qu'on puisse d'un
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
seul mot le qualifier de centre de répulsion; de tout temps la bordure de la Limagne par exemple a constitué une de ces r^ons heureuses où s'alignent les centres urbains. Aujourd'hui^ en plein centre du « Plateau central » un groupe minier et industriel tel que celui de Saint-Ëtienne ou même vers le Sud ceux de Carmaux et d'Àubin-Decazeville se manifestent conune points d'élection, ayant une si attrac* tive valeur humaine qu'ils sont figurés par des maxima sur une carte de la densité de population. Le Limousin, transformé, est devenu une très riche province, et même de petites contrées anciennement pauvres conune le Segala du Rouergue ne sont phis, malgré le nom qui subsiste, maigres pays à seigle^ mais, grâce aux mamages, féconds pays à froment. Par ailleurs, à l'inverse, toutes les régions du Bassin parisien sont loin d'être des zones d'attraction.
La vérité est plus délicate et nuancée. La géologie et la géographie physique aident certes à expliquer la géographie humaine et l'histoire, mais elles ne les déterminent point fatalement. L'on serait presque tenté de dire, en rappelant une expression pascalienne : par rapport à celles-là, celles-ci sont d'un autre a ordre ».
D'abord entre l'ordre de la géologie et l'ordre de l'histoire, c'est-à-dire entre l'ordre de la terre et l'ordre de l'honmie, il y a des différences d'âge qui créent, en somme, deux types de chronologie
Avant l'apparition de l'honmie sur la terre, les périodes dont nous avons parlé se mesurent par des dizaines et des centaines de mille ans, tandis que, depuis les trente mille ou cinquante mille ans que l'homme nous paraît être sur la terre, les millénaires constituent des unités formidables comme fractions de l'ensemble^
Cela devait être dit en ce premier chapitre, car lorsque nous parlons, en géologues et en géographes, d'âges andensy de formes vieilles ou de formes jeunes, cette vieillesse et cette jeunesse se rapportent à une série de Mts qui ii'ont presque aucune commune mesure avec ce que nous appelons l'histoire ancienne ou l'histoire moderne. Un volcan jeune, un territoire jeune, un système de montagnes rajeuni sont des expressions qui peuvent représenter ime ancienneté très lointaine par rapport à tout ce que l'humanité compte de plus vieux ; nous nous servons des mêmes mots, mais ils ne correspondent pas à la même échelle.
En outre, et surtout au point de vue des hommes et en faveur de leur activité, les faits naturels se présentent tout autrement qu'ils ne sont en eux-mêmes ; leur étendue matérielle et leur caractère propre ne fournissent pas la mesure direae de leur valeur humaine.
De grandes étendues planes comme celle de l'immense plate-forme russe, de longs chapelets de tourbières et de lacs perdus au milieu des landes et des forêts
L'ARCHITECTURE DU PAYS
d'une grande suiÊice sans aucun relief saillant comme le Norddeutsches Plachland, la plaine de V Allemagne du Nord sont plutôt rebdles à l'installation des hommes. Par ailleurs3 de grandes régions plissées, de forts rdiefs montagneux de 3 000 à 4 000 mètres, avec des versants très raides, se dressant de toutes parts pour notre admiration, ne peuvent être qu'hostiles à notre établissement. Ces domaines qui ofl&ent aux recherches géologiques un intérêt si passionnant et qui couvrent, sur la surface de la terre, des superficies qui les font d'une telle importance, sont le plus souvent moins pour les honunes que de petits reliefs brisés et variés, aux formes douces et ténues.
Or la France est riche en « petits versants » : dès le chapitre liminaire, nous avons signalé ce trait, l'un des plus caractéristiques (i).
La « côte » ou le « coteau » n'est pas la colline, et le peuple de France ne s'y est pas trompé. Côtes et coteaux, formes charmantes que souligne l'activité industrieuse du laboureur et du vigneron. Ce sont des modelés modestes en comparaison des essentiels et massifs compartiments de l'écorce terrestre ou de ses bossdures les plus grandioses; mais ils sont devenus l'im des faits de relief les plus utiles et les plus féconds au point de vue de la géographie humaine : tantôt espaliers continus parsemés du haut jusques en bas des rubans de cultures qui les rayent comme de lanières ; tantôt longs glacis festoimés ; tantôt simples facettes éparses et multiples ; tantôt enfin versants un peu plus raides, mais décomposés en gradins cultivés, en c terrasses méditerranéennes », qu'étagent et soutiennent les murs de pierres sèches.
De même, ce n'est pas au centre d'un territoire regardé par les géologues comme homogène que les combinaisons de l'activité humaine et de la terre se présentent sous les aspects ni les plus importants, ni les plus typiques.
L'extrémité d'une coulée de lave ou d'un plateau fait de petites coulées basaltiques est plus attractive pour les hommes que tout l'ensemble géologique; la Planèze cantalienne, peu riche et peu peuplée, se termine vers l'Est par un médiocre promontoire qui domine de 100 mètres la vallée de l'Ander ; mais à la faveur des à-pics et sur les « orgues » verticales des noirs basaltes a été bâtie la très vieille cité forte de Saint-Flour, ime des rares dtés de notre sol qui n'ait jamais pu être ni prise d'assaut, ni prise d'astuce.
En avant d'un des saillants rebords concentriques qui enveloppent vers le Nord et vers l'Est l'Ile-de-France, un croissant de calcaire grossier a maintenu une île au-dessus des marécages d'alentour, et là-haut, sur le terre-plein de la butte
(i) Voirp. iict>(?. 3.
OÊOOBAPBIB BUHAXNÇ DE LA FRANCE
dure, se dressent les toits de la ville et les six tours massives de la cadiédrale de Laon.
Au Sud et tout près de Paris vient finir la traînée des grès et des sables de Fontainebleau i dans la r^ion verdoyante et douce de la Bièvre, de l'Yvette et de l'Orge, presque toutes ces roches ont été emportées par les eaux... Dans la zone ainsi déblayée a subsisté pourtant un modeste bloc de grès qui n*a pas zoo mètres de diamètre; cela suffit; il a fixé en un îlot dominateur la r^;idité de ce relief minuscule ; et tandis que toutes les pittoresques corniches et les « monts » et les a chaos » multiples et étendus de la forêt de Ffmtalnebleau ont été de tous temps des déserts pour les hommes, le socle gris qui est à 20 kilomètres de Paris a jadis pc»té les enceintes, les terrasses et les tours du formidable château des sires de Montlhéry.
A qud point ce poste naturel était prédestiné à surveiller et garder l'antique route capitale Nord-Sud qui passe à son pied (la route de Paris à Ëtampes- Orléans-Toulouse), les voyageurs des grands express qui des gares d'Orsay et d'Austerlitz s'élancent tous les soirs vers les contrées du Midi en ont la saisissante intuidon, lorsque dans l'illumination du couchant, ils aperçoivent, presque menaçante encore, la silhouette grandiose de k seule toui dâabrée qui subsiste...
LA TOUR DB MONTLHÉRY (A. Lepère).