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CHAPITRE VIII

FLEUVES, RELIEF ET VILLES, VUE GÉNÉRALE (fin)

5. LE SILLON RHODANIEN ET LE BASSIN DE LA SAÔNE COURS D'EAU MÉDITERRANÉENS

E bassin du Rhône est con^iosé de deux systèmes juxtaposés : celui ■^MH du Rhône propre et le bassin ou -plaine de la Saône^ unité indépendanK^ séparée du Rhin par le Jura, et par ailleurs bornée en demi-cercle par la Côte d'Or, le liteau de Langres, les Faucilles (qui n'existent pas plus dans le parler populaire que les « Cévennes septentrionales i) et les Vosges; ces hauteurs laissent entre elles une série de brèches qui peimenent de passer sans difficulté dans les quatre bassins condgus : Loire, Seine, Meuse et Moselle, HI et Rhin.

Passages vers la Loire : l'un, que suit la ligne de Chagny à Nevers parallèlement au canal du Centre, longe la Dheune et la Bourbince, lesquelles sont reliées, vers Montchanin et Montceau -les- Mines, par un seuil de 301 mètres seulement d'altitude ; l'autre utilise la pénétrante vallée de la Grosne et permet de passer, par de petits cols, dans celles de la Bourbince et du Somin.

Plus grande est actuellement l'importance du passage par Dijon, qui trace sa voie à la « grande ligne >, Faris-Laroche-Chagny. Par la dépression passe aussi une voie d'eau, le canal de Bourgc^nci qui franchit le faîte au tunnel de

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Pouilly. Le tracé d'Auxerre à Chagny par Saulieu» plus direct sur la carte, mais de 100 mètres plus élevé, était suivi par la voie romaine.

Vers Langres convergeaient treize voies romaines ; la vallée de la Marne reste le tracé d'une des grandes lignes de l'Est, Paris-Belfor^ qui firanchit le fsute par le tunnel de Culmont-Chalindrey, proche d'une bifurcation importante. Par là passe aussi le. canal de la Marne à la Saône, qui remonte la Vingeanne, et traverse le souterrain de Heuilley-Cotton, dit de Balermes (4 820 m. de long).

Au Nord, la route qu'on appelle à tort des Faucilles suit, le long de la haute Meuse, le niveau calcaire du Trias. Puis, les aflSuents supérieurs de la Saône, le Coney, la Lantemè, etc., touchent presque au Madon par le seuil de Lorraine (361 m.) ; par là> les Romains avaient déjà projeté de creuser un canal; par là, on a fait passer, après la guerre de 1870, le canal de l'Est tout entier situé sur le territoire qui nous restait. C'est cette région, qui commence à la forêt de Damey, qu'on appelle dans le pays la « Vôge », et qui répond au Vogesus Mansy d'où Jules César fidsait descendre la Meuse.

Enfin la large (30 kilomètres du Nord au Sud), la magnifique trouée de Betfor^ à peine plus basse (345 m.), par laquelle passent routes, chemin de fisr, canal (canal du Rhône au Rhin), et qui fut, non seulement depuis les premiers temps historiques, mais depuis la préhistoire, — il faut le répéter, — l'ime des plus naturelles et des plus importantes voies de circulation, de colonisation ou d'invasion.

LB BHÔNS Le Rhône a ime surface hydrographique totale de 98 885 kilo-

WK SUISSE mètres carrés; la Suisse, en amont du Léman,en détient 5 382 kilomètres carrés, à peu près la surface d'un département firançais (voir^. 91).

Ces questions de superficie, un temps trop n^ligées, ont repris leur importance depuis que les hydrauUdens supputent la surface des « bassins versants », au point de vue de la quantité d'eau disponible ; ce qui importe plus encore, c'est la proportion qu'occupent les glaciers dans cette surface ; le Rhône est à cet égard des mieux partagés, puisque les deux cent soixante glaciers du seul Valais occupent environ i 000 kilomètres carrés (i 037 km*), presque le double de la surface du Léman (582 km') : glaciers du Rhône, Âletsch, Gomer, glaciers des vallées de Zermatt, de Saas, d'Ëvolène, de Bagnes, etc. ; même piar rapport au Rhin, le Rhône est le fleuve le plus richement alimenté d'Europe, et il l'est au bon moment, lors des chaleurs estivales, lorsque faiblissent la Saône, la Seine, la Loire, la Garonne.

Le Rhône (Rhodanus) a un nom celtique, ou préceltique : il a le thèiûe a dan » qui appartient aussi à Danube, Ëridan, Don, Dniestr, Dniepr, etc.

BHÔHE ET SA6N£, TER8ANT HËOITERRANËEH

Le Rh&ie sort, comme le Rhin, du Saint-Gothard, et participe à la richesse hydraulique de ce château d'eau de l'Europe. Il atteint le Léman avec un débit d'^ en grande crue, lorsqu'il roule des flots laiteux, de i 700 mitres cubes. Il rencontre cette nappe lacustre à 375 mitres d'altitude, ayant dévalé de i 400 mitres.

Le Léman est à moitié français, piiisque sa rive Sud est savoyard^ de Saint- Gingolph aux envircHis de Genève. Il a eu l'hcmneiu' jadis, comme le Bodan l'a encore, d'être partagé entre ime série de souverainetés, Savoie, République de Genève, pays de Gex, Berne souveraine du Pays de Vaud, Valais. C'étaient les vins.

FiG. 91. — L8 RHONE DU SAINT-OCXTHARD A LYON.

la pêdie, l'espace que l'on omvoitait si avidement entre riverains. Ce lac est une petite mer ; il apparaît comme tel du Signal de Lausaime : long de 70 kilomitres, lai^ au maximum de 13 en &ce d'Ëvian, éttndu de 582 kilomitres carrés, profond de 309 mitres.

On le divise en deux et même trois lacs : le haut lac, le grand lac, le petit lac ; celui-ci, orienté Sud-ouest-Nord-est, est d'origine jurassienne; il remplit im Val, parallèle à ceux du Jura ; il est séparé du grand lac par une barre sous-lacustre, celle d'Yvoire, bien connue des pêcheurs, qui n'est autre qu'une moraine de retrait de l'ancien glacier du Rhône.

La rive savoyarde laisse à la rive vaudoise l'expositicm méridionale, le soleil et les vignobles de la Côte et de la Vaux ; en revanche, elle possède des arbres fruitiers, des châtaigniers géants et les forêts grandioses de sapins et de hêtres, qui, vers les rochers de Meillerie, chantés par J.-J. Rousseau, se mirent dans le lac.

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Elle a les stations thermales, ou estivales : Thonon^ coquette sous-préfecture, dominant de haut son port de Rivaz ; Âmphion ; Ëvian, dont le nom (Aquarium) indique que ses sources guérîsfsantes étaient déjà en vqgue du tenxps des Romains (papndeuse pourtant est cette vogue : cette ville, dont les Palaces, brillamment illuminés, s'aperçoivent le soir de Lausanne, avait subi une éclipse au-diz-huitième siède, qui ne connaissait que les Bains d'Âmphion).

Sur la rive Sud débouche le seul affluent notable du lac,àpartleRhûne, laDranse dite du Chablais (pour la distinguer de celle de Mardgny) ; elle draine la r^on i^pelée par les géologues « région de la brèche », et qui est restée longtemps pour eux ime énigme (chap. i, p. 55) ; elle a raviné la chaîne, et les produits de cette démolition se retrouvent dans le grand delta qui empiète sans cesse sur le lac ; là, près de la rive, se trouve l'ancien château de Ripaille, dont le nom est resté symbolique de la bonne chère que Ton aima toujours en ce pays de cocagne ; de là est originaire le pape Félix V, pour qui fut inventé le « gâteau de Savoie ».

Le lac bku sert à toutes les fins : il sert de modérateur du climat ; il sert à la pêche et à la navigation de plaisance ; il sert surtout de r^ulateur et d'épurateur aux eaux du Rhône, qui s'y décante et s'y purifie (i).

LE BHÔRB DB oxNftVB Le Rhôue à Lyon n'est qu'à 166 mètres d'altitude ;

A LTON de Genève il a donc 206 mètres à descendre en un cours

de iio kilomètres en ligne droite, et qui, développé, a 215 kilomètres. Le Rhône, dans cette si pittoresque traversée des plis du Jura, se coude plusieurs fi^is à angle droit ou même aigu.

Le fleuve, au sortir de Genève, possède une pente rapide, qui est mise à profit par une série d'usines hydro-électriques. Immédiatement en aval, à La Jonction, il reçoit l'Arve, qui en été double son débit ; il mêle ses eaux d'émeraude aux eaux troubles, boueuses, du torrent émissaire des glaces du Mont-Blanc ; il butte ensuite contre la première chaîne du Jura, la plus importante, cdle du Reculet, qui longe la plaine suisse ; il l'aborde dès son entrée en territoire firançais, au pont de Savoie, construit par Sadi-Camot. Il la traverse entre le Crêt-d'Eau (écrit faussement Credo) et le Vuache, par ime gorge étroite, la Quse (nom défiguré en Léduse). Un peu plus bas, il se perd, ou du moins se perdait jadis sous le toit d'une couche de adcaire dur que les tourbillons d'eau avaient, aux jours de crue, taraudée par

(i) Dans un rapport récent, le savant ingénieur de La Brosse a proposé d'augmenter Tamplitude des variations de niveau du lac Léman, pour en fiadre un plus grand réservoir et pouvoir augmenter ainsi le débit du Rhône durant les basses eaux d'hiver.

ri

BBÔNE ET 8AÔNS, VERSANT UËOITEBRAHÉEN

places en grands trous drculaîres, mais qui, aux basses eaux, recouviait tout le cours ; depuis 1828, on a fait sauter tout le toit de cette célèbre « Perte du Rhône ■. En aval, le Rhône reçoit la Valserine qui a, elle aussi, dans le calcaire, ses « ouïes » ou marmites et son « Pont des Oule^ » 3 au confluent est placé Bellegarde, station frontière où se tient la douane ; là furent faites, peu après 1S70, les premières appUcadtms du transport de la force hydraulique, sur câbles et poulies, essai anticipé d'utilisation de la houille blanche.

Le canon, que nous connaissons bien grâce aux études préliminaires et aux avant-

FlG. 92. — MALPHRTUIS, ENTTtE BBLLECARDE ET CÉNISSIAT : TOUT LE RHÔNE PASSE PAS CVT «ÉntOITn (lAKGEUK minimum, I- 62). (J. Patiuoii.}

projets des sociétés industrielles, se poursuit en aval sur une vingtaine de Idbmètres, et se resserre en certains endroits, à Malpertuis, à la Planche-^'Arlod, à quelques mètres ; il semble que l'on pourrait franchir d'un saut l'étroite fissure où mugit le fleuve, qui se [Hédpite d'un a>urs rapide, profond parfois d'une trentaine de mètres (/ig. 92). U n'en sort que près du château de Génissiat, où l'on projette d'utiliser toute cette force perdue en élevant un gigantesque barrage, qui sera un des plus grands du monde, haut de 100 mètres au total, rdevant de 70 mètres environ le niveau de l'eau, qui fournira 100 000 HP et enverra sur des câbles la force motrice jusqu'à Paris. Cet oiivrage fera refluer les eaux jusqu'à la frontière suisse en un lac sinueux, long d'une vûigtaine de kilomètres et no3nmt les usines même de Bell^arde sous plusieurs mètres d'eau. Le barrage sera acconq>agné d'un escalier d'écluses ou, d'un ascenseur pour navires, de sorte que les chalands pourront passer du bief de Seyssel dans celui de Bellegarde, et que le principal

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obstacle, en apparence insurmontable, à la navigation entre Genève et Lyon, aura disparu. (Carte de Taménagement total du Rhône, à la fin du chapitre.)

Le Rhône coule désormais Nord-Sud entre deux chaînons parallèles du Jura, celui du Colombier à l'Ouest, celui du Gros-Foug et de la montagne des Princes à TEst. Il entre à Culoz dans une plaine d'alluvions encore marécageuse, marais de Cbautagne, de Lavours, etc., dont le lac du Bourget occupe la partie la phis déprimée. Cette plaine si proche de Tétat lacustre représente une ancienne dépression où a longtemps stationné le glacier du Rhône. Du milieu de Talluvion ânergent des mamelons arrondis, des « molards », usés, émoussés par la friction de la glace et qui contrastent avec le profil anguleux de la Dent du Chat.

Culoz est à un carrefour de routes et de voies ferrées qui était indiqué par une rencontre de vallées : de là à Chambéry et à Montmélian, dans le Graisivaudan, s'ouvre une dépression continue et de plain-pied, remplie d'eau ou comblée par Talluvion ou les moraines, que suit la ligne du Mont Cenis, et par laquelle débouchait un bras du glacier du Rhône, qui allait rejoindre celui de llsère.

Le Rhône, allant toujours vers le Sud, franchit la deuxième chaîne, Colombier- Dent du Chat, puis la troisième, mont Toumier, au défilé pittoresque de Pierre- Châtd, sous la Montagne de Parves, gardé par un vieux fort, et contoume par le Sud la quatrième, qui fait aussi partie des plis du Bugey, celle du Molard de Don. Il atteint ainsi Saint-Genis-d'Âoste, Tandenne ville romaine d'A^igusta (sous le parallèle de Givors). Quant à la voie ferrée, elle traverse le Jura plus au Nord, profitant d'une ouverture naturelle qui, de Culoz à Âmbérieu, coupe successivement tous les plis, et qui n'est autre qu'un anden passage du Rhône parcouru aujourd'hui par le Furan et l'Âlbarine, atteignant seulement 370 mètres aux Hôpitaux.

Le Rhône remonte dès lors, vers le Nord-ouest. Sur sa rive gauche, une dépression marécageuse, qui se relie à la Bourbre de Bourgoin, et dite « les terres basses », représente un de ses andens lits de la fin de l'époque glaciaire.

Le fleuve, contournant la Balme pierreuse, redescend au Sud avant de réprendre son cours directement à l'Ouest, et parcourt une plaine caillouteuse, limitant vers le Nord l'arc des moraines terminales de l'ancien glacier de l'Isère, de Saint- Quentin à Heyrieux. Ces cailloux roulés constituent le sol de la Valbonne, dite ainsi par ironie, et qui est avec le grand camp de Sathonay un des trois camps d'instruction de Lyon. Il reçoit l'Ain. Au Nord, il est contenu par le rebord de la Dombes, la Côtière, qui le domine d'ime centaine de mètres ; au Sud, il se répand librement en fiiux bras, en « lônes » qui enserrent des îles, des grèves ou « brotteaux ». Toute cette force vive était perdue jusqu'à ce qu'on eût dérivé une partie

RHÔNE ET SAÔNE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

des eaux dans le canal de Jonage, pour la transformer en force motrice qu'on distribue à domicile aux « canuts » et aux autres travailleurs de l'agglomération lyonnaise. Le fleuve^ en aval du coteau de la Croix-Rousse^ s'unit enfin à la Saône, au delà des quartiers marécageux du confluent, consolidés au. dix-huitième siède par ringénieur Perrache, non loin du bourg celtique de Condate.

DE LTON A II reste encore au Rhône près de 400 kilomètres à parcourir

lA BBR jusqu'à la Méditerranée et 166 mètres à descendre, ce qui ferait une pente de o m. 40 environ par kilomètre, si celle-ci était paiement répartie; en réalité, la pente n'est pas égale partout, elle varie selon les parties du cours, et elle n'est même pas régulièrement décroissante d'amont en aval, comme le voudrait la théorie du profil d'équilibre. La pente moyenne étant, d'après Breittmayer, dé o m. 46, elle est de o m. 50 entre la Saône et l'Isère, de o m. 53 entre llsère et la Drôme; elle se relève à o m. 81 entre celle-ci et l'Ardèche; elle est de cm. 49 de la Drame à la Durance et ne tombe à presque rien qu'en dessous de Fourques, là où le. lit s'est exhaussé lui-même, à travers ses propres alluvions.

Pourquoi cette forte pente, alors que les autres fleuves français sont tellement « évolués », la Seine à Paris n'étant qu'à 26 mètres, la Loire à Orléans à moins de 100, la Garonne à Toulouse à 123 (voire même te Danube à Belgrade à 66)? L'histoire récente de la Méditerranée en est responsable. A la fin du Totiaire (période Pliocène), celle-ci projetait jusqu'aux approches de Lyon un golfe étroit en forme de fjord. Le niveau de base, qui était celui de la mer, était si proche : il se forma un cours d'eau qui atteignit promptement cet isthme de terrains anciens sur lequel est le substratum de Lyon, vidant le lac pliocène de la Bresse. La Bresse tertiaire, l'actuel domaine de la Saône, devint ainsi tributaire du Rhône.

La Méditerranée, par ime série d'oscillations, finit par se retirer, ce qui signifie que son niveau s'abaissa de 150 mètres environ, et le fleuve qui s'installait à sa place, jalonnant d'ailleurs l'axe d'une vallée fluviale plus ancienne, que la mer pliocène avait envahie, dut suivre la mer dans son retrait, allonger son cours et adapter sa pente à cette énorme dénivellation. Ces épisodes sont de date si récente, relativement, que le fleuve n'a pas eu le temps d'égaliser sa pente et de l'ordonner selon une courbe décroissante.

La vallée du Rhône ne correspond point à un pli concave de l'écorce, c'est un couloir, donnant issue à la plaine de la Saône, très étroit si on le suit sur notre carte hypsométrique et qui n'a pas partout la même largeur : certains des étranglements sont de vraies cluses, comme celle de Donzère, en face de Viviers.

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La direction est franchement Nord-Sud, presque rectiligne, avec deux coudes vers l'Est : celui de Vienne, imposé par le Mont Pilât, celui d'Avignon, par les Garrigues de Nîmes. Entre Givors et G)ndrieu, le fleuve a mordu sur le Massif Central, comme ailleurs le Danube sur le massif de Bohême. Le paysage alors devient sévère; les ébouUs grisâtres, les pitons arrondis (portant parfois des ruines de châteaux, conune ce mont Salomon qui domine Vienne), la vallée soudain rétréde font connaître au moins averti que Ton est sur le granit, et Ton pense aux gorges de la Loire et de l'Allier.

Vienne, au nom celtique, ancienne métropole des Âllobroges et restée dans le Dauphiné (Vienne-en-Dauphiné), est ime ville d'origine romaine ; elle crut pouvoir balancer la fortune de Lyon ; elle fut ensuite la dté des « dauphins » du Viennois, titre que prit l'aîné des rois de France. Elle s'était résignée à n'être plus avant la guerre qu'ime ville d'industrie, aux rues noires et aux eaux salies, continuation, par Givors, du couloir industriel de Saint-Ëtienne, le Jarez. Pourquoi la ville riveraine de la Gère n'a-t-elle pas réussi à devenir l'^ale de Saint- Etienne? C'est que la proximité de Lyon, à laquelle elle se relie par des agglomérations d'usines telles que Chasse, a gêné son développement industriel cc&nme jadis son développement politique. Ville un peu endormie, manquant de place pour se développer. Vienne ressuscite depuis que les industriels du Nord envahi y ont transporté leurs usines, pour longtemps sans doute, car la proximité des Alpes leur assure la force à bas prix.

La houille elle-même ne manque pas sur la rive gauche du Rhône. La vallée du Gier est un synclinal hercynien, qu'on reconnaît à sa direction Sud-ouest-Nord-est, parallèle à tous ceux que nous avons décrits ; il contient en son fond de la houille, jusqu'à Givors. On se doutait que l'affleurement du charbon ne s'arrêtait pas là ; les sondages de Commimay, près de Chasse, l'ont atteint, et dqpuis la guerre de nouveaux puits, aujourd'hui en pleine e^qploitation, ont révélé son existence plus au Nord-est, à proximité de Lyon.

A Saint-Rambert-d'Albon, le Rhône traverse des plages de cailloux roulés, la Valloire. Par là s'écoulait un <( effluent » du glacier de llsère, du temps que ce glacier formait im bras vers la Côte-Saint-André (la Bièvre), en même temps qu'un autre vers Saint-Marcellin et l'Isère actuelle. Tandis que la Bièvre est sans eau, les sources reviennent au jour en Valloire.

En face, le Rhône reçoit la Cance d'Annonay, qui participe, comme le Gier, le Furens, à la richesse en eaux du Pilât, et fait toumer les roues et les moulins de cette vieille dté industrielle, qui est déjà du Vivarais. A Toumon, en face de Tain

RHÔNE ET SAÔNE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

et de la Côte-Rôde^ lui arrive un second affluent cévenol^ le Doux (qui a le même nom celtique que le Doubs); ses caprices sont terribles^ et annoncent ceux de l'Ërieux (c'est-à-dire le Rieux^ de rivus)y qui conflue à la Voulte, et surtout de la menaçante Ârdèche, qui tombe à Pont-Saint-Esprit.

A la suite de la Valloire, nouvelle plaine d'alluvions que les gens du pays appellent parfois la Bayane, du nom d'un château; fertile, ensoleillée, bien arrosée par la dérivation du canal de la Boume, c'est déjà une de ces huertas en miniature du Comtat; là conflue llsère magnifique, semblable à la Saône par le volimie des eaux, mais plus semblable par le régime et le débit au Rhône valaisan et à TArve.

Le paysage va changei: : le dd d'im bleu plus vif, rarement traversé de nuages, le vent déjà déchaîné préparent la transition du Nord au Midi ; les habitants, parlant de leurs compatriotes d'au delà Valence, disent les « Frandots » ; en &œ de Valence, la roche de Qussol, couronnée des ruines d'un château, rappelle qu'on entre dans le pays des guerres de religion; c'est le premier éperon calcaire qui domine le Rhône et la Saône, depuis le Mont d'Or lyonnais. Vers Montélimar, apparaissent, souffreteux, mais caractéristiques, les premiers oliviers, annonçant que l'on pénètre, par la porte de Donzère, dans le Midi méditerranéen. Il £iut descendre encore vers le Sud d'une cinquantaine de kilomètres pour que la transformation soit complète, et que soient mêlés tous les traits et aspects saisissants de la Provence : transparence de l'air, netteté des lignes, précision du paysi^e, crudité des ombres, étés étouflEmts et bruissement des cigales, ludoles qui illuooiinent de leur traînée les nuits chaudes, cultures de huertas^ flore spontanée ou cultivée qui trahit la soif rien qu'à la voir, arbres au feuillage plombé et aux ramures • courbées vers le Sud par l'impétueux mistral, arbres de cimetière, comme le cyprès, l'if, le mya, garrigues incultes et délideusement parfumées, buissons de chênes verts ou de chênes nains (les kermès), couche de poussière à demeure au long des routes, du printemps à la Saint-Michd, manque de rosée le matin et manque d'eau du del trois mois au moins l'an... C'est déjà la Grèce et c'est l'Orient, parce que c'est la Provence.

Le r^ime des petites plaines d'alluvions, fermées, comblées par les apports des affluents de la rive gauche, se continue vers le Sud, au moins sur cette rive gauche, car sur la rive droite le fleuve ronge le pied du Massif Central, qui là n'est pas constitué par des terrains andens, mais par les calcaires qui se sont appliqués contre eux, <c Gras » (c'est-à-dire « degrés », gradus)^ ou par les plateaux qu'entame l'Ardèche, chaînes du Bas-Vivarais, ou par les épanchements basaltiques qui ont édifié les Coirons, en fiice de Montélimar*

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Au confluent de la Drôme s'élargit une de ces plaines^ à Livron et Loriol; plus bas celle de Montélimar est fonnée par la réunion du Roubion (dont un aflBuent sort de la curieuse forêt de Saou) et du Jabron de Dieulefit, deux cours d'eau de r^ime très méditerranéen^ qui n'ont d'eau qu'en hiver. En Êice, contraste du noir et du blanc : Rochemaure, ce qui signifie la « roche noire » (le basalte)^ et plâtrières du Teil et de Laârge, campagne blanchie à perte de vue par la poussière que dégage le broyage des roches calcaires^ de cette c chaux du Teil » qu'on embarque sur les bateaux du Rhône.

Enfin le long défilé, au delà duquel la vallée s'élargit définitivement et devient tout à fait méridionale, le « robinet de Donzère » (où le fleuve descend de 78 mètres à 48 mètres) est dominé par la vieille ville épiscopale et féodale de Viviers, qui a laissé son nom au Vivarais. Les calcaires crétadques d'un blanc éclatant ne laissent qu'un étroit passage au fleuve, au chemin de fer, à la route, et dès lorsles oliviers se montrent en plantations r^ulières.

Pierrelate fût fact à Bourg-Saint-Andéol. Pont-Saint-Esprit, au confluent de l'Ardèche, fut jadis, à l'époque historique et même préhistorique, le grand passage du Rhône ; c'était le point d'où partait la route des Cévennes par le col du Pal, et cela e^qplique pourquoi fut construit le fameux pont, long de 840 mètres, par des confiréries pieuses (i).

Là commencent les plaines du Comtat Venaissin, qu'on ne peut comparer qu'aux « oasis » ou a huertas » espagnoles, soigneusement irriguées, où l'herbe pousse si dru qu'on la coupe plusieurs fois l'an, où les arbres à fiuits croissent comme dans une Terre-Ptomise ; ces «Palus », telle la plaine de Carpentras, sont la terre des légumes, des primeurs, des fruits qu'on expédie, à la saison, en milliers de caissettes, à Paris et à Londres. Dans une fertile plaine. Orange VAransb des Romains, s'enorgueillit à juste titre de son arc de triomphe et surtout de son antique théâtre, rendu à la vie, devenu théâtre national. Cq>endant, les lits souvent à sec se succèdent, Berre, Lez, Eygues, Ouvèze, qui avait jadis sa corporation de nautes, et qui reçoit tout un faisceau de lits aflBuents, Mède, Âuzon, Nesque, les deux Sorgues ; mais la Sorgue de l'Isle est firaiche, daire, abondante.

(i) La route de Montpézat au Béage, aujourd'hui rectifiée (c'est la route de TAigeQtiftre au Puy)» firanchit le col du Pal à 1 194 mèties. C'est la seule voie qui fiuse communiquer directement l'Aidèdie et la Loire. Le col du Pal resta le grand chemin entre Vivarais et Velay, jusqu'à ce que le col de la Chavade (i 271 m.) eût été utilisé, au dix-septième siècle, par l'ouverture de la grande route des États du Languedoc, d'Avignon au Puy. Les voies se sont multipliées dans cette région du Tanargœ, gctœ à la correspondance entre les hautes vallées par une série de cols.

RHÔNB ET SAÔNE, YERSANT MÉDITERRANÉEN

parfois surabondante; car elle naît de la célèbre fontaine de Vauduse, celle de Pétrarque et de Laure de Noves : elle reçoit par des conduits souterrains toutes les eaux tombées à la surface des monts arides et chauves. Aussi bien Teau des innombrables canaux d'arrosage qui sillonnent la plaine est prise à la Durance, le fleuve fécondant» qui joue un rôle agricole et humain supérieur à la plupart des rivières de notre pays, et qui est pour notre Midi méditerranéen» d'Orange à Avignon» d'Arles à Marseille» des collines Baussenques» c'est-à-dire des Alpilles» à l'étang de Berre» un Nil en miniature.

Cette partie du cours du Rhône est la région des violents affluents : à droite» l'Ardèche» la Gèze de Bess^es et le Gard; à gauche» la Durance (Druentia)» dont le nom ressemble à Doire» Douro» etc. Fleuve jadis indépendant» la Durance s'écoulait par le Pertuis de Lamanon» à no mètres» proche d'Eyguières» vers la Crau» et c'est elle qui l'a recouverte de ses cailloux roulés de quartzites. Avignon est la ville du confluent de la Durance» bien qu'elle se soit établie sur le Rhône à 3 kilomètres en amont pour se soustraire à ses caprices {fig. 93).

Avignon» dté papale et un instant capitale de la chrétienté» en même temps qu'ime des villes du gai savoir» fière de sa cathédrale» Notre-Dame-des-Doms» du château des papes» de ses remparts malheureusement mutilés» faite de milliers de petites bâtisses aux toitures d'un rouge cendré» ne justifle pas du tout comme séjour la fâcheuse réputation de ce dicton :

Avenio ventosa^ sme vento venenosa, cum ventofastidiosat Avignon, ville du vent, sans le vent empoisonnée, désagréable par le vent.

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Dqpuis les Coirons» les grandes montagnes se sont écartées définitiv seul le Ventoux» à 40 kilomètres au Nord-est d'Avignon» dresse sa croupe altière» superbe dans son isolement. D n'y a plus» bordant le fleuve» que des collines blanchâtres» pierreuses» pelées» la Montagnette» qui fait face au mamelon de mollasse de Beaucaire» cachant dans ses landes parfumées la vieille abbaye de Saint-Michdde-Frigolet ; puis les anciennes îles» qui pointent de l'alluvion dans la plaine d'Arles» Cordes» Montmajour» dominées par les collines des Alpilles portant la vieille dté de ruines» les Baux (Jig. 94).

Tarascon et Beaucaire» qui sont reliées par un pont de 400 mètres» constituent la dernière agglomération importante avant la fourche» avant Arles : Tarascon» la ville du roi René» groupant ses maisons autour du Donjon» fut une des anciennes capitales de la Provence» au même titre qu'Aix ; Beaucaire (c'est-à-dire le « beau Caire »» bellum quadratum^ le fort château)» située en face» fut la ville de la foire

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE X.A FRANCE

médiévale la phis importante de la chiédenté, à Tendroit où le Rhône d(»mait

FlG. 93. — LE BHÔNB D8 LYON A LA MBR El TOUS SES AFFLUENTS ALPIKS ET CEVENOLS.

encore accès aux galères, aux felouques, aux tartanes, aux mahonnes, aux prames et autres batelets de la flotte méditerranéenne. Pourquoi cette importance tradi-

RHÔNE ET SAONE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

donnelle des deux villes jumelles ? Ce fut le passée historique duRhftne pour la voie romaine venant dltalie et menant en Espagne, franchissant les Alpes au Mcmt Ge* nèvre, puis les Pyrénées au Ferthus. Z>e là aussi partent des canaux importants : de Beaucaiie, le canal de navigation d'Aigues-Mortes, qui se relie au canal des Ëtangs ; de Tarascon, le canal d'irrigation.

Arles fut une des capitales gallo-romaines des Gaules et un instant la capitale

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