‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 34 sur 64 · LA SAÔNE, SES AIFLUENTS ET TOUS IBS · texte numérisé non relu

LA SAÔNE, SES AIFLUENTS ET TOUS IBS

COURS d'eau jurassiens.

RHÔNE ET SAÔNE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

est submergée comme aux temps quaternaires^ et un flot jaime^ large de 3, 4^ 5 kilomètres^ vient noyer la base des grands saules {Planche IX) et mouiller le pied des anciennes terrasses de cailloutis^ que bordent en file continue les villages.

Les petites villes qui s'échelonnent au long des rives sont en. général des têtes de pont : Pontailler; Âuxonne^ ville héroïque (couvrant jadis Dole vers l'Ouest et aujourd'hui Dijon vers l'Est) ; Saint- Jean-de-Losne, fière aussi de son sumom de a Belle-Défense d, qui est la croisée des chemins fluviaux d'où partent le canal de Bourgogne et celui du Rhône au Rhin ; Seurre, jadis Bellegarde^ ce qui indique son importance militaire ; Verdun-sur-le-Doubs, oppidum celtique comme l'indique son nom de Dunum, né dans une île du Doubs, là où il rejoint la Saône en im dédale de bras. On approche du centre de l'anden lac, la pente tombe à son minimum, la surface de l'eau est un miroir ; le milieu du lac pliocène était vers Chalon-sur-Saône ; et, à défaut de la profondeur des alluvions lacustres que révèlent les sondages (marnes de Saint-Come), le moins prévenu s'en apercevrait à voir sur la carte, entre Saint- Jean-de-Losne et Chalon, la convergence des cours d'eau, venant de tous les coins de l'horizon : du Sud-ouest, Dheime et Grosne; du Nord, Meuzin ; de l'Est, Doubs et plus bas Seille ; à Chalon aboutit le grand canal du Centre, qui abandonne la Dheune à Chagny. La prairie s'élargit ; il n'y a pas, entre Chalon, centre de la navigation dès les temps celtiques, alors que les Ëduens et les Séquanes se disputaient les péages de la Saône, et Mâcon, ville celtique aussi (Matisco), d'autre ville que l'abbatiale de Toumus (voir au frontispice du présent chapitre sa silhouette avec les tours élancées de l'église romane de Saint-PhiUbert). Les villes de la Saône sont doublées d'un Êiubourg sur l'autre rive : Gray et Arc, Chalon et Saint-Marcel, Mâcon et Saint-Laurent. Mâcon est (comme Beaune au pied de la Côte d'Or) im centre pour le commerce des vins : crus réputés du Maçonnais et du Beaujolais poussés là où les coteaux de la rive droite bordent le fleuve; ces coteaux, plantés en vignes (Thonn, Moulin-à-vent), animés par des châteaux, indiquent que l'on est là, comme en Touraine, dans un « jardin de la France »; ils annoncent aussi la proximité de Lyon, notre seconde capitale.

A ViUefranche, et déjà à Belleville, on est dans la zone d'attraction manufacturière de Lyon ; ViUefranche est par rapport à Lyon dans une situation analogue à Vienne ; les Jésuites y tenaient jadis le collège de Montgré ; en face, l'une de leurs anciennes citadelles intellectuelles fut la vieille ville de Trévoux.

Le cours du fleuve s'étrangle, rétréci par le Mont d'Or Lyonnais à droite, et le courant se hâte davantage ; la pente du lit, sollicitée par le voisinage du confluent, augmente entre la Côtière de Dombes, à gauche, le Mont d'Or (Mont Verdun,

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Mont Ceindre), à droite ; les localités s'appellent Saint-Romain, Saint-Germain-au- Mont-d'Or. Le fleuve enferme une île, Tlle Barbe qui porta une abbaye; il pénètre dans le Êiubourg industriel de Vaise, au pied de Fourvières, où il baigne les premiers ponts de Lyon (voir plus haut, p. 25, et plus loin, p. 285).

Les affluents de la Saône. — Elle reçoit sur sa rive gauche deux aflBuents principaux, l'Oignon et le Doubs, et des cours d'eau moindres, Seille, Reyssouze, Veyle, Chalaronne, etc.

L'Oignon (nom déformé, c'est encore un Lignon) chemine à travers les forêts ou « Vaivres », sans rencontrer de ville importante ; c'est sa vallée que remonta dans l'hiver 1871 l'aimée française de Bourbaki, tentant de débloquer Belfort ; victorieuse à Villersexel, elle se heurta en vain aux tranchées allemandes vers Montbéliard.

Le Doubs, qui porte le même nom que la Doux cévenole, parcourt 500 kilomètres environ, alors qu'il prend sa source à moins de 100 kilomètres de son embouchure en ligne droite. Le Doubs et ses affluents naissent de sources pérennes du calcaire, dites sources vaudusiennes, qui sont en réalité des « résurgences » : ainsi le Doubs, le Lison, la Loue, le Dessoubre, etc., à l'extrémité de cirques en « bouts du monde », comme le Qeux de la Cuisance, ou Culée de Vaux, près d'Arbois.

Le Doubs coule d'abord, du Sud-ouest au Nord-est, dans une suite de vais parallèles, s'élargissant en un lac jadis unique, aujourd'hui disjoint en deux nappes, les lacs de Remoray et de Saint-Point, passe par Pontarlier, ville en dessous de laquelle il se perd, par Montbenoit, vieille abbaye bénédictine dans le Saugeais, par Morteau, forme le lac de Chaillexon, dont il sort par le Saut du Doubs haut de 26 mètres à travers les roches d'un éboulement; il franchit des gorges pittoresques formant frontière entre la France et la Suisse, pénètre en Suisse par un premier coude à Saint-Ursanne (c'est le Qos du Doubs), rentre dans le pli de Saint-Hippolyte où coulent en sens inverse Doubs et Dessoubre, coupe la chaîne du Lomont à Pont-de-Roide, forme un second coude qui l'amène près de Montbéliard, puis se replie au Sud-ouest par l'Isle-sur-le-Doubs, Qerval, Baume-les- Dames, Besançon, oppidum celtique de Vesontio, jadis inexpugnable dans son méandre que ferme la citadelle de Vauban. Il entre dans la plaine de Franche- Comté, et, par Dôle, ancienne capitale de la province, à travers le Val d'Âmoux, rejoint la Saône à Verdun. Son affluent la Loue, qui passe à Omans et qui près de Quingey se rapproche de lui jusqu'à le frôler, s'en écarte à nouveau, enfermant les alluvions caillouteuses de la forêt de Chaux, une des plus vastes et des mieux individualisées de France (18 000 hectares), qui s'est établie sur des roulés siliceux provenant non du Jura, mais des Vosges.

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Puis vient la suite des affluents bressans, qui sont alimentés, soit en Bresse, soit en Dombes, par des chapelets d'étangs : la Seille qui sort de la grotte de Baume-les- Messieurs, et reçoit à Louhans la Vallière de Lons-le-Saunier ; la Reyssouze, qui passe par une série de gros centres : Bourg-sur-Re3rssouze, qui est Bourg-en- Bresse, la capitale du « bien manger 9, où naquit Brillât-Savarin, Pont-de-Vaux, centre de foires et de marchés, etc., qui communique avec la Saône par un canal de 4 kilomètres, expriment la vocation de ce pays plantureux qu'est la Bresse.

De la Veyle et de laChalaronneles points de passage sont reliés sur la rive gauche de la Saône par une route importante, jalonnée par Châtillon-sur-Chalaronne, Pontde-Veyle, Pont-de-Vaux, et allant vers le centre rural de Saint-Trivier-de-Courtes.

Les affluents de la rive droite, Vingeanne, Tille, Ouche, Dheune, Grosne, Âzergues, ont de l'importance dans la mesure où leur lit ou leur vallée dessine des lignes de circulation transversales qui ont été en plus d'un cas — on l'a déjà mentionné — empruntées ou suivies par un canal.

AFFLUENTS DX 6AUCHS Lisère à Grenoble est un cours d'eau aussi cou-

ds LYON A LA MSB sîdérable que le Rhône Valaisan, grâce au tribut dès champs de glace de la Maurienne, de la Tarentaise, de la Vanoise et du Mont Pourri. Elle est caractérisée par ses coudes à ang^e droit, de sorte que depuis sa source à Val-disère jusqu'au confluent, on peut compter six sections bien individualisées : de la source à Bourg-Saint-Maurice, de Bourg à Moutiers, de Moutiers à Albertville, d'Albertville à Grenoble, avec un coude sensible à Montmélian, de Grenoble à Voreppe, où eUe traverse une cluse entre la Grande-Chartreuse et le Vercors, enfin de Voreppe à Valence. Son affluent l'Arc, qui sort des glaces de la Levanna presque dos à dos avec elle et la rejoint à Chamousset, décrit au contraire un demi-cercle très régulier convexe vers le Sud.

Grenoble est le grand centre de convergence des eaux du bassin : lisère y reçoit un torrent aussi grand qu'eUe, le Drac, qui parcourt le Champsaur ; le Drac est grossi lui-même de la Séveraisse, de la Bonne, et à gauche d'abord de la Souloise, qui est la principale rivière de ce Dévoluy calcaire, — longtemps jugé pays de désolation par les exagérations descriptives de Surell et définitivement réhabilité comme grand parc à moutons entouré d'une belle ceinture forestière par Arbos et surtout par Camille Vallaux (i) — et en second lieu de l'Ebron qui ouvre vers le Buech, affluent Nord-Sud de la Durance, le col fameux de la Croix Haute, à

(l) Le Dévoluy : le pays et Us habitants dans la Géographie^ numéro de février 1920, p. 97-130.

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1 166 mètres ; non loin de Grenoble, le Drac est rejoint par la Romanche, qui est le torrent de l'Oisans, et dont le cours, par Vizille et Bourg-d'Oisans, est suivi par l'ancienne route de Grenoble à Briançon franchissant le col du Lautaret. La multitude des torrents issus de glaciers, par conséquent pérennes et grossissant en été, à mesure que les autres rivières s'assèchent, ont fait de Grenoble la capitale de la houille blanche pour notre pays : depuis l'initiative géniale prise à Lancey par M. Aristide Berges, depuis cette première utilisation de l'énergie d'ime haute chute de 473 mètres d'im modeste torrent du massif de BeUedonne, affluent de l'Isère, ce centre industriel, soutenu par des laboratoires techniques adaptés, étend chaque jour plus loin dans la montagne le rayonnement tentaculaire de ses conduites sous pression et de ses lignes à haute tension (i).

La basse Isère, dont un bras, lors de l'époque glaciaire, se détachant vers Moirans du tronc principal, descendait la vallée aujourd'hui sèche de la Bièvre, coule entre des terrasses de cailloutis qui portent une des plaines les plus fertiles du Bas-Dauphiné, avec Saint-Marcellin et la vieille abbaye de Saint-Antoine. L'Isère passe à La Sône, puis aux deux villes jumeUes de Romans et Bourg-de-Péage.

La Drôme n'est importante que par sa vallée, qui parcourt le Diois, aux nombreuses communautés protestantes ; eUe arrose Luc-en-Diois, Die, Pontaix, Saillans, et ouvre par le col de Cabre une communication vers la vallée du Buech, où le noeud de Veynes reçoit la ligne de Grenoble, et plus loin vers la haute Durance, vers Embrun et Briançon. La Drôme, c'est déjà le Var, c'est-à-dire im vrai torrent au lit encombré de cailloux roulés !

La Durance naît tout près de la vallée de l'Arc, dont elle n'est séparée que par le col du Galibier, où passe, à 2 500 mètres environ, la plus haute route des Alpes Françaises, et se forme du confluent de trois branches, Durance propre, du Mont Genèvre,. Qairée et Guisane, qui se réunissent dans le premier des six bassins étages dont se compose son cours en chapelet, celui de Briançon. Dès lors étroits et bassins se succèdent : étroits comme le Pertuis Rostang (où parvient de la Vallouise la Gyronde), bassins conmie celui de Mont- Dauphin (où conflue le Guil du C^eyras), vallée élargie que domine Embrun (en aval duquel arrive l'Ubaye de Barcelonnette), coude de Tallard (où conflue la Luye de Gap et où le fleuve marche décidément vers le Sud). Avant la cluse de Sisteron, la Durance est jointe par des affluents souvent sans eau, tels le Grand- Buech, qui reçoit le Petit- Buech. La cluse ou Baume de Sisteron, où la

(i) n sera traité de la Houille blanche dans notre Cinquième partie (Second volume).

RHÔNE ET SA6hE, TEBSANT HÉDITEBRANÉBN

Mont^ne de Lure, siiite du Ventouz, vient étrangler la Durance, n'est qu'un premier type saisissant deces «dues» que présentent leVac et le Verdon, et qu'annonçait déjà la cluse de Serres sur le Buech ; c'est la vraie entrée du Midi en cette r^jon et c'est la limite de l'olivier ; au point de vue militaire, là fut placée la porte de la Provence, et les anciennes fortifications se confondent pittoresquement avec la roche. La Durance boit ensuite la Bléone de Digne, l'Asse (« fou qui la passe »), le Verdon enfin, son gros affluent, dont le cours, décrivant une série de coudes, est alimenté par les sources ou 0 foux » du calcaire, engouffrées dans les Plans ou tables calcaires d'entre Verdon, Var et Artuby j de ces foux, la plus abondante, la Font-l'Evêque, est guettée par maints canttms agricoles de la Provence. Le Verdon, après Castellanc, la ville tranquille ornée de belles maisons du dixseptième siècle, s*enf(mce fn un » cantm » profond dans le calcaire, qui resta inexploré jusqu'à ce que Martel Teût révélé à la scienœ et au tourisme(^. 97). La Durance franchit ensuite une troisième porte, à partir de laquelle elle tourne à l'Ouest, le Pertuis de Mirabeau, traverse une s^e de bassins d'alluvions d'une admirable fertilité, Pertuis, Orgon, Cavaillon, et laisse sur la gauche, entre les Alpilles et la Montagne du Défends, à 1 10 mètres, le Pertuis de Lamanon, par lequel, aux temps pliocènes, die se rendait directement à la mer : nous avons dit que la Crau désertique était vêtue de r^>aisse masse des cailloiuE durs de cette andenne Durance.

Cependant, les eaux du fleuve, chaînées de limon et d'alluvions grasses, sont

FiG. 97. — LB CANON DU VERDON. (A. Upère.)

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saignées par une série de canaux d'amsage qui en été ne lui laissent qu\uie bien fidble part de flot : canal de Marseille^ canal des Alpilles, de Cnqponne et autres, aux nom^ breuses branches dérivées du tronc principal, sans compter le canal de Caipentras. A force d'y boire, les riverains arrivent, en année sèche, à tarir le lit, et à se disputer de force jusqu'au dernier filet* Ainsi la Durance fertilise aujourd'hui, par un colmatage rationnel poursuivi depuis le seizième siècle, depuis 1' « œuvre » ou canal d'Adam de Craponne, la Crau eUe-même. La Durance est en même temps qu'une incomparable auxiliaire de l'agriculture une génératrice de force motrice; les eaux de la Gyronde font mouvoir une grosse usine, et plus bas ceUes de la Brillanne distribuent l'énergie électrique à une grande partie du Midi méditerranéen. Jamais ne fut plus faux le vieux dicton :

Le Parlement et la Durance Font la ruine de Provence.

AmusNTs Dx LA Rivx DROiTi Ccs afflueuts ont pour caractères com-

Ds LYOH A LA MXB ^uns d'être des aflBucnts coiuts, à cause de

la proximité des Cévennes qui longent le fleuve de près ; des affluents à forte pente à cause de la déclivité qu'impose une différence de niveau de près de i ooo mètres ; des affluents à régime inégal et torrentiel, soit à cause du régime méditerranéen qu'ils subissent, soit à cause du conflit des vents de l'Atlantique et de la Méditerranée sur les hauts plateaux de la Lozère et du Velay .\les Cévennes sont un des pays les plus arrosés de France.

Nous avons précédemment mis en place la Cance, la Doux, l'Ërieux, la Cèze, qui subissent de façon brutale ces abats d'eau du ciel. Le type de ces cours d'eau est l'Ardèche, d'Aubenas et de Vogué; elle coule un instant vers le Sud, entre les contreforts du Tanargue et la Montagne de Rez (720 m.), et reçoit la Beaume et le Chassezac, encore plus méchants qu'elle ; puis eUe coupe au plus court, au Sudest, vers le Rhône, par un « cafion » profond à travers les plateaux calcaires des « Gras ». EUe débouche à Pont-Saint-Esprit. Telle est la soudaineté de ses crues, les <c coups de l'Ardèche », qu'on l'a vue monter, en octobre 1827, de 21 m. 40 en une nuit à l'étroit de Goumier, de 19 mètres au Pont d'Arc ; on raconte même que ses eaux, roulant des arbres entiers qui font de son flot déchaîné comme une forêt flottante, vont, traversant les eaux plus calmes du fleuve, crever les digues du Rhône sur la rive gauche.

Le Gard est composé de plusieurs tributaires dénommés « Gardons » : le Gardon d'Alais, qui vient de Grand'Combe, le Gardon d'Anduze, etc. ; il passe

RHÔNE ET SAÔNE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

SOUS le triple étf^ d'arches du Poat du Gan^ du pérenne et grandiose monument antique qui portait à Nimes gallo-romaine les eaux de la Font d'Ure ; cette « ftmt • et d'autres sources, ainsi captées, alimentaient TAlzcui au pied du tertre sur lequel sont bflties « la Duché » et la ville dlJzès, le donjon et la tour Fénestrelle de la plus ancienne duché de France. Le Gard a lui aussi ses colères et ses emportements ; rien n'annonce ses mauvais coups, ses « Gardonnades », nommées d'une si exprcsr sive manier^ comme ceux du fleuve côtier qui Tavoisine de l'autre côté de ï^mes, le \^dourle, dont on connaît les « Vidôurlades ».

de O a. 200 m de, 200 a, 5O0 cU.SO0à,JOOO

AtrntiB COURS d'kad Le Tech, d'Amélie-les-Bains et de Céret, et la

MCDiRRBAirftirs Têt, de Prades et Perpignan, s'alimentent sur les bases de granit de la belle pyramide du Canigou (2 785 m.), qui les sépare, et finissent dans les plaines roussillonnaises, irriguées i la manière des hunas (Jig. 98). L'Aude, l'ancien Atax, d'origine pyrénéenne, est soumise aux plus grands écarts de i^ime, variant de 5 mètres cubespar seconde à 3000. Elle prend sa source dans cette r^on granitique des Pyrénées Orientales que domine le pic de Carlitte (2 921 m.) et où voisinent et hittent, pour la conquête des affluents, la Têt, dont la haute vallée s'appelle le Confient l'Ari^ (Donezan), le S^re espagnol (Cerdagne) et l'Aude (Capdr, lequel est un ancien bassin lacustre). Elle s'en échappe par une série de défilés sombres, jadis inaccessibles avant qu'une route ne s'y fût frayé un passée au pic et à la mine : défilé de Carcassières, où se suivent des « eaux b(mnes »

et des « eaïuE diaudes », telles Axât, défilé dePicrre-Lys, défilé de Quillan, au sortir duquel Fig. 98. — les cours d'eau MéDimuuNÉENs.

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eUe baigne Alet^ ancien éyêché^ Lunonx, dont les gourmets apprécient la « blanquette ^ débouche en plaine et atteint loo mètres d'altitude juste à Carcassonne, la perle des « Qtés » médiévales^ où eUe toume à angle droit et va décidément à l'Est, docile à l'appel de la Méditerranée. Jadis eUe rejoignait sans doute la Garonne à Toulouse par le seuil du Lauraguais. La position des deux villes, Carcassonne et Toulouse, au coude de chacun des deux cours d'eau est analogue : le canal du Midi se détache de l'Aude et de la Garonne en ces deux points.

L'Aude a comblé de ses aUuvions pyrénéennes l'anden golfe de Narbonne (sinus Rubresus des Romains) qui bordait Narbonne et d'où sortaient alors des îles telles que la montagne de la Qape. Les étangs de Bages, de Sigean et de Gruissan sont tout ce qui subsiste de cette mer intérieure.

L'Aude fit jadis la fortune de Narbonne, l'anden Narbo-Martius ; les provinces méridionales s'appelaient Narbonnaises. La prospérité de Narboime était fondée sur le commerce par eau : le trafic suivait la chaîne des étangs méditerranéens, évitant les côtes inhospitalières du golfe Ugustique ou L^ure (golfe du Lion). Comme l'a montré Ch. Lenthéric, ime ligne continue de navigation intérieure unissait entre eux tous les étangs jusqu'aux bouches du Rhône, permettant la navigation des barques légères, ruwiculariiy utriculariiy sortes d'outrés gonflées. Narbonne, sur im bras navigable de l'Aude, était à la limite des étangs et accessible par barque, peutêtre par galères. Mais l'Aude, par ses atterrissements (eUe charrie par an envircm I 800 000 mètres cubes de débris), a détruit ce qu'elle avait fait ; en revanche elle a formé et étalé ce limon où maintenant s'étendent les vignobles : « l'Atax a tué Narbonne, mais, sous ime forme nouvelle, il l'a fait revivre » (Morton Fullerton).

Le delta s'ouvre toujours près de Ginestas : ime branche, que les Romains avaient barrée, finit en mer par le Grau ou porte de Vendres et alimentait jadis l'étang de Capestang (caput stagm) aujourd'hui séparé de la « vive eau » ; c'est la première de ces « Aiguës mortes » qui longent le littoral languedocien.

Le bras de Narbonne a été canalisé de toute antiquité ; dans le pays, c'est une

« Roubine », c'est-à-dire im canal, dans lequd les qudques navires (de 80 tonnes au maximum) qui remontent encore jusqu'à Narbonne ne trouvent pas plus de i m. 10 de mouillage ; cette roubine aboutit à l'étang de Sigean, lequd s'ouvre sur la mer par le Grau de la Nouvelle (grau, de gradus ou grao^ c'est une porte) : cette « nouvelle » Narbonne, dans im pays fiévreux, n'a point prospéré.

La digue des Romains avait été emportée par ime crue en 1320 ; dès lors la ville périclita et son territoire devint si insalubre que les habitants firent le projet de se transporter tous à Leucate. Narbonne eut le sort de tant de villes qui furent

RHÔNE ET SAÔNE, VERSANT MÉDITERRANÉEN

des ports prospères sur la lagune, Ravenne, Aquilée, Fréjusj Ostie dans une certaine mesure, Aigues-Mortes, Mauguiot, Maguelonne, le Brouage, etc. ; dès que le courant de « vive eau »

se détourne, dès que la roubine s'ensable, le pa^ se transforme en « Maremme » quasi déserte...

L'HàTiult bénéficie par sa sourœ de ce château d*eau, borne méridionale de la Cévenne, qu'est TAigoual (de aguaUSi le pluvieux).

Loi^ de 40 lieues environ, drainant une sur- ^ce de 2900 kilomètres carrés, et passant d'un lit à sec, ou presque, avec seulement 3 mètres cubes à l'étiage jusqu'à un débit presque ^al à celui de la Seine, lorsqu'il roule sur ses grèves immenses 3 700 mètres cubes, il est le type des Fiimie et Fiumare méditerranéens, ff ouadis M plutôt que cours d'eau pérennes. Il naît dans le pa^ des brusques et formidables abats d'eau, qui est aussi celui du Vidoiu-le et des Gardons. Il se constitue dans le bassin de Gaines, un des centres de la soierie cévenole, par la rencontre de trois cours d'eau : l'Hérault de Valleraugue, qui vient du Nord, des schistes imperméables, l'Arre et la Vis, le plus abondant des

FiG. 99. — ROQUEBRUNE. (A. Lepire.)

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trois, qui s'alimente aux sources profondes, aux «Feux» du Larzac et dont le cours supérieur, à sec dans la Virenque, s'appelle la Vis sèche (Vissée), jusqu'à ce qu'elle devienne, par l'adduction d'une grosse source pérenne, la Vis courante ou Vis de la Foux.

L'Hérault s'échappe du bassin de Ganges par les gorges de Saint-Guilhem-du- Désert, longe vers l'Est la Séranne et descend en plaine, après avoir traversé la zone de cailloux roulés qu'occupe un des vignobles les plus productifs du monde et où les ceps s'étendent à perte de vue. Les localités sont de gros bourgs : le plus connu est Pézenas, où séjourna Molière. Puis vient la plaine alluviale, que le fleuve a comblée de ses apports ; le petit port d'Âgde, ville d'origine grecque, est bâtie au pied d'un piton volcanique de 115 mètres, la montagne d'Agde ou pic Saint-Loup, qu'il ne faut pas confondre avec un autre pic Saint-Loup, de 633 mètres^ au Nord de Monq)ellier.

Un tout modeste frère de l'Hérault, le Lez, passe près de Montpellier, vieille ville d'agréable séjour et d'intense vie intellectuelle, et va finir à Palavas.

Le petit Arc (de Provence) passe à quelque distance de l'ancienne capitale de la Provence Aqua Seoctia, Aix, et va rejoindre l'étang de Berre. L'Argens qui coule en sens inverse, de l'Ouest vers l'Est, a d'abord un cours pittoresque, il disparait durant, quelques mètres sous des rochers formant voûte à la Perte de l'Argens, et s'achève dans les lagunes du golfe de Fréjus.

Le Var est la réplique de la Durance supérieure par son caractère à la fois alpestre et méditerranéen, son alimentation à des glaciers et à des neiges, la largeur du lit où il dévale parfois très violent ; mais souvent aussi il se traîne presque à sec au milieu des galets. L'axe du réseau hydrographique n'est pas le Var supérieur, c'est la Tinée, qui descend Nord-Sud de Saint-Etienne-de-Tinée, au pied du Timbras.

Dans un bassin peu étendu de 2 750 kilomètres carrés, qu'il laboure, rabote et arase sans se donner de cesse, en proportion de ses crues terribles, il ne roule àl'étiage guère plus de 18 mètres cubes, lorsqu'on le traverse à Saint-Laurent-du-Var, où quelques filets d'eau circulent entre des grèves de i 200 mètres de large ; en crue, lorsqu'il passe déchaîné, c'est un fleuve boueux et jaime de près de 5 000 mètres cubes, deux cent quatre-vingt-deux fois l'étiage : c'est un type lui aussi des torrents du pourtour méditerranéen, une sorte dlsonzo.

Dans son bassin supérieur il passe par une série de bassins et plus souvent de défilés, cluses ou « dues », et par de petites villes, jadis la plupart fortifiées : Entraunes, Guillaumes, Entrevaux, Puget-Théniers, aux confins de la Provence et du Comté de Nice ; sur ce dernier « Puget » (c'est-à-dire un puy, une colline) s'est une des {dus petites sous-préfectures de France. Il s'échappe enfin du corar

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de la montagne par le profond défilé de l'Ëchaudan (ou Qaudan), large tantôt de 400 mètres et tantôt de 200 mètres^ au débouché duquel lui parviennent ses trois grands tributaires. La Tinée, qui débouche à la Mesda (c'est-à-dire le « mélange » des eaux% vient du massif central des Alpes Maritimes, celui de TArgentefa, qui porte une série de petits glaciers. La Vésubie descend de ce qu'on appelle la « Suisse niçoise » ; née en Italie et se nourrissant aussi, comme son aflSuent la Gorddasque, à des champs de neiges perpétuelles, autour de la Cima dd Gelas, die passe par Utdle, ou plutôt bien en dessous d'Utelle, village perché à 800 mètres d'altitude, tandis que la Vésubie mugit au fond de son canon, à 270 mètres à peine. C'est la Vésubie qui alimente Nice en eau potable, comme la Durance Marseille ; une dérivation apporte à Nice 4 000 litres pour les fontaines et l'irrigation des vergers d'orangers et de dtronniers. Le troisième des affluents constituants est l'Estéron.

La Roya, que les Italiens écrivent Roja, ramasse les eaux du très important Col de Tende (i 873 m.) ; die naît et finit sur territoire de l'Italie tandis que sur 15 kilomètres du cours moyen ses très belles gorges sont françaises.

Les cours d'eau de la Corse, et les deux plus grands, le Golo et le Tavignano qui vont vers l'Est à la mer de Toscane comme les plus petits, connaissent des violences suraiguës. Valant de très hautes altitudes, ils mènent à si vive allure les eauj^des averses méditerranéennes sur des roches cristallines imperméables qu'une fois les crues passées ils sont misérablement amaigris, voire asséchés.

SiONivicATioir Le sillon rhodanien de direction Sud-Nord et la dépres-

DU RHÔNS sion du Bassin de la Saône ont été la condition et req>ression de tout l'essor méditerranéen, préhistorique et historique, vers les mers septentrionales (voir chap. m).

Le Rhône prend au moyen âge un autre caractère : les Aliscamps d'Arles, les Champs-Elysées, sont routés terre sainte entre toutes, et les cadavres, couchés sur une barque et pourvus de l'obole traditionnelle, descendent le fleuve à la dérive, recueillis au pass^ par les mariniers d'Arles. Le Rhône, bordé, conune le Rhin, de ruines saisissantes, a eu, comme lui, sa légende, mais plus lummeuse et moins barbare : Mistral a conservé beaucoup de ces poétiques rédts soit dans sa Mireille, soit dans son poème du Rhône {Lau Pouemo dau Rose).

Puis le Rhône, comme la Saône et la Meuse, forme frontière entre le Domaine des rois capétiens et le Saint-Empire, et les mariniers — ceux de Condrieu, les Condrillots — disent encore « pique au Riau L., pique à l'Empi !... » (« touche au

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

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