‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 45 sur 64 · Provence {hix · texte numérisé non relu

Provence {hix

et Marseille), à laquelle on peut joindre le Comtat Verutissin(Aviffum) et le C(mtté de Nice (Nice). — Ce fin, avant tout, la côte hdléniséej de ces I^emieis comptoirs commerciaux, l'hellénisme pénétra au loin dans la Gaule (nous l'avons dit, chapitre m), mais non sans avoir . d*abord impx^né

de civiljsati(m méditerranéenne d*une manière toute ^)éciale, la zone immédiate* ment voisine de la mer ; ainsi préparée à recevoir la culture romaine, la Provence constitua la Seconde Narbonnaise et plus tard fut appelée la Provinda teut court, c'est-à-dire la Province devenue romanisée par excellence.

Elle forma par la suite le Comté de Provence (voir, pour Aix et Marseille, p. 284, 286).

Type des provinces qui stmt entrées dans l'unité française comme « co-Ëtat »,

FiG. 131. — SIXIÈME GROUPE DS PROVINCES : EXTKâMTriS MARITIMES.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

selon les expressions mêmes des Ëtats de i486 qui fomiulèrent leur volonté au nom de la Nation provençale. Le dernier des comtes de Provence, Charles m, mort en décembre 1481, avait Êdt le roi de France son héritier : mais, en raison de l'esprit d'indépendance sans doute issu de la vieille culture classique, ce furent les Ëtats qui sanctionnèrent la réunion ; et les Provençaux d'aujourd'hui, plus fiers que jamais de leur langue et de leur littérature, apportent au mouvement r^onaliste l'incomparable appoint de leurs très vivaces traditions.

Par la langue comme par la géographie, le Comtat Venaissin et la Souveraineté d'Avignon, qui appartinrent aux papes depuis 1348, — peuplés comme diverses parties de la Provence d'un assez grand nombre de jui& et d'anciens sarrasins ^ doivent être naturellement unies à cette grande région méditerranéenne qui s'étend de la rive gauche du Rhône jusqu'aux sommets des Alpes.

La continuité du littoral de la Provence fut comme complétée par l'incorporation du Comté de Nice en 1860. Mais le Comté de Nice comprend aussi une assez vaste zone montagneuse par laquelle il peut s'orienter vers le Dauphiné. Il a toujours oscillé entre ses afiSnités alpestres (rattachement à la Savoie) et ses affinités maritimes (rattachement à la Provence, voir p. 341).

2. Bretagne (Rennes et Nantes). — La Bretagne est un confin maritime; la Manche, zone de circulation, doit être conçue géographiquement comme un arrièrepays au delà duquel se trouve le plus grand et véritable arrière-pays des Breton^ la Grande-Bretagne. Les dnq peuples Gaulois armoricains du temps de César avaient été assimilés par les Romains ; lorsque les Celtes — Bretons de la Grande Ile — aux sixième et septième siècles revinrent s'installer dans la péninsule continentale, ils refoulèrent les Armoricains romanisés vers Vannes, Rennes et Nantes; de là deux Bretagnes qui subsistent encore : la bretonnante, qui est celle des Celtes derniers venus, et celle des Marches de Bretagne, qui est peuplée d'un complexe de Bretons, de Gallo-Francs et de Scandinaves (i).

L'une a d'ailleurs raffermi l'autre et toutes deux se sont associées pom: constituer après la victoire de Nominoë sur les troupes franques de Charles le Chauve, à Ballon, en 845, et la paix signée en 846, une nation bretonne indépendante. C'est la

(i) « Tout ce qui est à l'Est de la ligne (baie de Saint-Brieuc-Morbihan) constitue les « Mardies de Bretagne ». Historiquement, c'est un morceau ajouté à la région bretonne. Le bas-breton n'y est parlé nulle pan;^ sauf dans l'îlot linguistique du bourg de Batz. » (C. Vaixauz, la Bretagney dans les DhisUms régionales de la France, Paris, Félix Alcan, 1917, p. 118.) Voir la limite précise p. 326. (Ne pas confondre BatZy proche du Crotâç, avec 111e très bretonne de Batz au Nord du Finistère.)

PROVINGE8 ET PAYS

maison de Rennes avec Geoffiroy-Bérenger au onzième siècle qui établit l'unité du prindpat de Bretagne qu'incarna après lui la maison de Comouaille. « Mais d'autre part, la maison de Comouaille prépara, sans en avoir conscience, une stricte sujétion à la monarchie anglo-nomtiande, d'où allait dériver, conséquence inattendue, l'incorporation féodale à la France. » Ces fûts montrent le caractère « frontière »

FiG. 132. — PEUT POBT ET BASQUES DE PÊCHE. (A. Lepère.)

de la Bretagne, qui de duché devint province et garda non seulement jusqu'en 1789 ses Etats, sa coutume, son Parlement, son unité administrative, tant militaire que financière, mais encore jusqu'à nos jours, sa tenace personnalité, double et une tout à la fois, d' « extrémité » paysanne et maritime.

3* Normandie (Rouen et Caen). — Le territoire de la Normandie fut paiement une vraie zone frontière de la France, mais aussi riche que fut longtemps pauvre

GÉOGRAPHIE HUKAINE DE LA FRANCE

la Bretagne (i). Elle avait été envahie durant plusieurs siècles par les Saxons, par les Danois^ enfin par les Normands (le 25 juillet 885, une grande flotte normande de 700 barques et de 40 000 hommes s'empare de Rouen et va mettre en novembre le si^e devant Paris), jusqu'à l'établissement ferme et reconnu de Rollon et de ses compagnons « les Normands de la Seine » au traité de Saint-dair-sur-Epte en 911 ; ce fait marqua la constitution décisive d'un prindpat ou Etat normand et d'une nation normande. — Elle devint ensuite duché sous la suprématie de la France. Puis ses ducs, après la victoire remportée à Hastings, par Guillaume II, surnommé d'abord le Bâtard, puis le Conquérant, devinrent rois d'Angleterre. La longue rivalité entre les deux royaumes de France et d'Angleterre eut pour ptnnt de départ et souvent pour théâtre de lutte la Normandie. Le duché, conquis par Philippe- Auguste après la prise d'assaut du formidable ChâteaurGaillard, entra définitivement dans l'unité française (à l'exclusion des trois belles îles anglo-normandes Jersey, Guemesey et Auregny).

La Normandie garda toujours, du Pays de Cata et du Vean jusqu'à l'Avrandiin, une apparente cohésion, laquelle est cependant d'origine non pas naturelle;, mais politique (2) ; et c'est pour txae raison qu'ont subsisté de telles différences entre les habitants de ses divers « payi ».

4. Corse (Ajatxdo et Bastia). — Cette ttrre, en pleine mer, est maritime sans que sa population le soit. (Voir chap. ZVI.) Elle a une valeur singulière non pas tant comme &ont de mer que par son or^;inaUté propre. Achetée par Louis XV aux Génois, elle ne fut jamais une province ; mais comme « isle de Corse » elle fut convoquée par le roi (en langue italienne) aux Etats Généraux de 1789. Elle est enose une de ces zones frontières où les conflits de civilisation et de

FiG. 133. — UNE jBUKE IsQgue développcut le sens naticmal et le sens politique : FILLE ct«sH. (R. B.) moïns d'un demi-siècle après le rattachement de la Corse à la

France, le génie d'un Corse était parvenu à dominer la France, l'Europe et le monde.

(1) Voir G. HanOTAUX, la h'rana en 1614, p. 30 et 31.

(2) fAùa de tous » les pays gaulois, de tous les pagi [divers qui anapossieot l'cxtnoidiiiure bigartuie de la région qui devait êtic la Normandie] Rome avait déjà fait une unité administrative, la n* Lyonnaise qui est devenue la province ecclésiastique de Rouen, cadre qui a reçu les Normands et que les chefs des Normands de la Seine ont voulu remplir et ont rempli ». Ainsi s'exprime le piinciptl historien contemporain de la Nomiandie> Henri Prentout (les Régions de la France, VII, la Normandie, publications de la Revue de synthite historique, Paris, 1910, p. 7).

PROVINGES ET PAYS

5* Aunis (La Rochelle). — L'Âiinis^ que les mentiaiis courantes unissent à la Saintonge, correspond au contraire à une véritable individualité physique, celle de la mer des Pertuis et des îles de Ré et d'Oléron, que gouverne Tandenne république municipale de La Rochelle. Cest un ancien pagus carolingien^ pagus AUonmsis. En 1372, Charles V sépara ce territoire de la sénéchaussée de Saintonge et en fit une sénéchaussée nouvelle, qui ne cessa de conserver son caractère propre jua» qu'en 1789 ; sous Tanden r^ime, TÂunis constituait à lui seul un gouvernement militaire et précisément à cause de son indépendance religieuse (protestants) et surtout de son importance maritime, de tout temps manifestée par ses relations avec la Hollande et l'Angleterre.

FI6. 134. — UN MAim DB BOU- LOGNE. (R. Broders.)

6. Boulonnais (Boulogne-sur-Mer). — Le Boulonnais correspond à une unirë physique qui résulte de la réapparition, en pleine zcme de la craie, d'une série de terrains qui lui sont de beaucoup antérieurs. Pays verdoyant de bocage surgissant au milieu du plateau découvert et qui a toujours exercé son action sur les districts du plateau les plus voisins. Ce fut là le territoire de Tandenne civitas des Banomenses; elle fut le cadre d'un Comté féodal, plus tard d'une sénéchaussée et d'un gouvernement général militaire. Elle a été englobée dans la province de Picardie, mais non sans que les Ëtats particuliers du Boulonnais fissent entendre des protestations (ce fut le cas lors de l'Assemblée provinciale de 1787). A l'origine comme à l'époque moderne, le rôle de Boulogne-sur-Mer fut considérable : sous l'Empire — et nous parlons id déjà de l'Empire romain — Boulogne était « port de guerre et de commerce, passage commode vers la grande île, tête de trois voies vers Bavai, Cambrai et Amiens, étape des soldats » (A. Demangeon) ; il devint en outre et depuis lors dté de missionnaires, d'explorateurs, d'industriels, de finanders, d'armateurs et de pêcheurs et marins.

CONCLUSION Cette simple vue. sommaire nous jette dans la méditation

du problème souverain de la géographie humaine, ou mieux de cette partie de la géographie humaine qui est au sens exact du mot la « géographie politique » : comment se constiment les Etats ? et comment peuvent s'expliquer, en géographie, sous leurs formes si diverses, les rapports qui répondent à ces trois chefs :

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

l'Etat et le territoire, l'Etat et la frontière, l'Etat et la capitale? (i), A coup sûr, il ne s'est agi dans l'espèce que de « concrétions » politiques beaucoup moins étendues et beaucoup moins condensées que ne le sont les grands Etats modemes ; on vient pourtant de constater qu'à propos des « pays » et des « provinces » de la vieille France, c'était déjà toute la géographie politique qui s'y trouvait nouée. Tantôt des territoires limités et relativement homogènes ont fixé des groupes humains : Limousin, Vday. Tantôt au contraire, et c'est le cas le plus fi:équent, des vouloirs humains ont assemblé des territoires très différenciés et les ont comme dressés en unités politiques persistantes : Normandie,* Franche-Comté. Tantôt enfin, des noms d'origine proprement humaine se sont longtemps promenés au-dessus du sol, au gré des vents et des tempêtes de l'histoire : Bourgogne, Lorraine ; ils étaient comme d'énormes nuages dont l'ombre allait recouvrant sans cesse des superficies variables vers le Nord ou vers le Sud, vers l'Ouest ou vers l'Est ; puis le nuage s'est un jour résolu en une pluie qui a fécondé un district limité ; et voilà que, par une sorte d'imbibition mystérieuse, les hommes avec leurs choses terrestres en ont été si intimement impr^és que ces noms anciens, liés aujourd'hui à des caractères très fermes et précis, sont devenus les emblèmes de parcelles définies de l'humanité française : Lorrains, Bourguignons !

(i) Voir Jean Brunhbs et Camille Vallaux, la Géographie de PUstoire^ Gé^gra^ la guerre sur terre et sur mer, Paris, Alcan> 1920.

de la paix et de

EN PROVENCE. (A. Lepère.)

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