‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 52 sur 64 · LEGENDE · texte numérisé non relu

LEGENDE

FiG. 158. — DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE L'ETCHB BASQUE AU TOIT ASYMÉTRIQUE ET DE LA MAISON BÉARNAISE AU TOIT A PENTES RAIDES. (Carte dressée par Pierre Deffontaûnes et dessinée par Besson.)

LA MAISON BocAGtRx Le Limousiu est par exœllence un pays bocager, où

DU LIMOUSIN rélevage du bétail atteint un haut de^ de perfection.

En d'innombrables vallonnements s'étalent les grandes prairies^ bordées de haies d'arbres étêtés. Une savante irrigation féconde le splendide revêtement vert des beaux herbages.

La maison limousine est l'expression intime de ce cadre bocager. Elle est> si l'on peut ainsi s'exprimer, la plus bocagère des maisons de France. Le bâtiment typique qui donne son sens à toute l'association rurale, c'est id la grange-étable, c'est-à-dire une parcelle même du bocage traduit par la maison; on pourrait la définir « une

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

prairie ei^rai^ée et du bétail abrité ». La caractéristique en est l'étroite union de la grange et de Tétable en un seul bâtiment sans même qu*une cloison ou un plancher les sépare.

Le Limousin ne connaît pas la meule, pas plus la meule de paille que la meule de foin (cq}endant bien des pays phis humides en f<mt usage, comme ht Bretagne ou le Pays Basque).

La grange-étable est un rectangle allongé dont une des faces longues est percée de trois portes, une grande encadrée de deux petites. La grande est la porte de la prairie ; die livre passage aux charrettes de foin, tandis que les deux portes latérales servent au bétail rai^ en deux files perpendiculaires à la façade j A /^^/'^ en sorte que le bâtiment est divisé en trois parties : deux étables latérales séparées par un la^ couloir central. Mais ces trois parties se compénètrent intimement ; un simple treillage de petites poutres de bois sépare l'étable du couloir où sont disposées latéralement les mangeoires du bétail ; des œillères carrées {fig. 159), ménagées dans le treillage, permettent aux b&tes, en tournant la tête en oblique pour laisser passer leurs amies, de venir manger leur ration quotidùnne. Au-dessus de Tétable, et disposée sur des madriers espacés, on accumule les foins entassés jusqu'au comble, disposition avantageuse qui permet de donner la nourriture sans entrer dans Tétable. Dans le couloir central, des tas de raves 'et de topinambours servent à varia: l'alimentation. Ainsi la prairie est toujours, été comme hiver, directement à la portée des bêtes. La maison réalise^ autant que le pâturage, l'étroite association de l*hexbe et du bétail.

Les autres bâtiments qui constituent la ferme limousine et qui sont tantôt alignés sur une seule ligne, tantôt séparés et dessinent alors une sorte de cour ouverte, comprennent en général l'habitation, une remise qui sert en même temps de grange supplémentaire, utile en ce pays sans meule, et ime petite bâtisse adjacente pour les porcs.

La maison, en général, n'est pas un bâtiment très caractéristiqtte. Rien id ne rappelle l'intérieur si spécial de la maison bretoime. H faut signaler o^>endant, dans la pièce qui sert de cuisine et salle à mai^er, la grande cheminée avec sa crémaillère

FiG. 159.

- LES MANGEOIRES D'UNE GRANGE-ÉTABLE LIMOUSINE. (G. HanotauK fils.)

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

OÙ sont suspendues les diverses mannites qui contiennent la soupe du paysan et œlle de ses cochons. La maison limousine ne se distingue guère que par un certain dédain de la beauté et de l'agrément : les pierres sont à peine reliées par un mauvais mortier ; jamais on ne blanchit les murs ; la maison est toujours mal tenue et peu soignée.

Aussi le paysan préfère-t-il^ dans les veillées d'hiver> s'établir dans le couloir central de la grange-étable où la chaleur du foin et des bêtes entretient une atmosphère favorable aux longues causeries.

Souvent à côté de la maison se dresse im petit bâtiment très spécial, le « dédier » ou séchoir à châtaignes. C'est un édifice carré avec une porte et pas de fenêtre, sauf une petite lucarne. A l'intérieur, à i m. 50 au-dessus du sol, est posé un treillage en lattes de bois, sur lequel sont étendues les châtaignes. Au-dessous, sur le sol en terre battue, un feu de bruyère est allumé, d'abord au miUeu de la pièce, puis aux quatre coins, de manière que toutes les châtaignes soient successivement desséchées. Jadis, on trouvait, à côté du séchoir, le pressoir à vin. Le pommier a bien remplacé la vigne, mais il est encore là de trop firaiche date pour qu'on ait créé un édifice spécial pour la fabrication du ddre.

La ferme limousine ne se compose pas seulement de bâtiments ; elle a des accessoires qui lui forment cortège, et le plus curieux parmi eux est ce lopin de prairie, planté de quelques arbres fruitiers, qu'on appelle le « coudert k Placé près de la maison, il répond à plusieurs fins ; le plus souvent, on y met les porcs ; aussi le sol y est éventré et défoncé ; c'est en outre un lieu de prédilection pour la volaille ; qudquefois même, on y laisse le gros bétail quand on n'a pas le temps de le conduire jusqu'à la prairie. La ferme limousine n'a pas de mare, mais elle a presque toujours ime fontaine d'eau vive coulant dans de grands bassins monolithes, taillés dans le granit.

Tdle est la métairie typique des environs de Limoges. Qudques formes différentes sont cependant à noter. Ainsi dans tout le Limousin fiiut-il nettement distinguer les grandes métairies, isolées au milieu de leur vaste domaine, des maisons des paysans petits propriétaires. Ces maisons-d constituent souvent les hameaux (voir chapitre xv) ; elles n'ont pas, en général, de fontaine spéciale ; le séchoir à châtaignes est remplacé par im simple tamis suspendu à la porte, et l'opération du séchage est exécutée en plein air.

Dans la a Montagne », im autre type a remplacé la grange-étable. Id r^e en effet la « grange sur tirant » (i), bâtiment qui n'est pas spédal au Limousin et appartient à tous les hauts plateaux du Massif Central (Planèze, Haut-Vivarais, etc.) ;

(i) Demangson, la Montagne dans le Limousin {Ann, de géographUy XX, 191 1, p. 323).

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

rintime union entre Tétable et la grange se relâche ; chacune a son étage : en bas, rétable ; en haut, la grange à laquelle on accède par un tirant ou plan indmé.

Au Sud, dans le bassin de Brive au climat si doux, petit Eden entre les rudes granits et les âpres Causses, les grès et les calcaires ont fait naître ces coquettes petites maisons semées dans les vergers fleuris, au milieu des cultures de primeurs et des arbres fiiiitiers.

RoiTBRGux : TROIS SOU, Le Roucigue, comme beaucoup de nos plus

TROIS MAISONS vivantes provinces, est composé de « pays » très dif-

férents. Il unit les humides' croupes cristallines à d'arides plateaux calcaires, et l'herbeuse montagne volcanique aux fertiles grès rouges des Rougiers. Maisons du Ségala, maisons du Causse, maisons de l'Âubrac s'y succèdent du Sud au Nord.

Le chaulage a de plus en plus transformé les maigres « terres à seigle » du «Ségala » en excellents champs de froment. Mais la maison du S^ala reste ime maison « bocagère », fort semblable à celle du Limousin ; elle est pourtant moins aisée, car le Ségala était naguère encore im bocage pauvre. Les moellons de schiste décomposé et les ardoises grossières lui donnent un aspect teme et gris. Elle comprend deux corps de bâtiment, le plus souvent contigus et disposés en équerre. L'un est l'habitation proprement dite. En sous-sol, une longue cave prot^e le logement contre l'humidité et abrite en même temps la provision de ponunes de terre et retable à cochons. Les êtres humains logent au-dessus en deux pièces : une grande cuisine et une chambre conmiune.

La cuisine est assez vaste pour rassembler toute la vie de la maisonnée. La cheminée est caractérisée par im grand manteau dont la longueur et la largeur sont proportionnelles à l'importance de l'âtre. Au miUeu, la l^endaire crémaillère, et, à chaque coin, deux niches ménagées dans le mur à hauteur d'homme où les fileuses mettaient, dans l'une, les fuseaux vides, dans l'autre, les fuseaux pleins, au temps où la principale occupation de la veillée consistait pour les femmes à filer l'étoupe de chanvre ou la laine du troupeau. L'usage veut que le chef de la maison, l'aïeul, s'assoie de l'un des côtés du foyer, là où le bois est préparé pour alimenter le feu. Le a coffire à sd », la « salinhera ol cantoim » ou, dans les vieilles maisons, un fauteuil en bois de chêne lui sert de si^e.

En quelques r^ons (Villefranche-de-Rouergue), un balcon abrité fait suite à la plate-forme de l'escalier extérieur et sert de couloir : il porte le nom de « bolet > (c'est une survivance de l'ancien « volet », espèce de pigeonnier dont l'usage était autrefois permis à ceux qui ne possédaient pas assez de terre pour jouir du droit

GÉOORAPHU! HUMAINE DE Ui. FRAHOE

de colombier). On retrouve ce type de balcon dans des maisons d'autres régions cristallines ou même volcaniques de l'Auvergne (Jig. i6o). Un grenier couronne la maison : on y place les châtaignes séchées.

Cette réunion, sous un même toit, des honunes, des pommes de terre, des châta^es et des porcs n'est pas sans quelque raison. La pomme de terre et la châta^e servent autant à l'alimentation de l'homme qu'à celle du porc; et le porc constitue la seule nourriture camée de cette Emilie paysanne. Aussi bien, dans ce

pays de châtaignes et de chênes, l'élevage des porcs est-il de plus en plus développé; il dépasse de plus en plus les besoins locaux; les foires en font un trafic croissant ; et par un de ces retours qui mettent dans la maison un reflet de l'économie rurale, la porcherie Knd de plus en plus à quitter son emplacement inférieur et n^Jigé, pour occuper un bâtiment spécial mieux approprié.

La seconde construction est celle qui donne au Ségala son caractère vraiment bocager : la grange-étable qui exprime l'étroite association du bétail et de la prairie. La grange est placée au-dessus de Tétable ; l'on y accède, derrière la maison, par im plan incliné qui utilise la pente du terrain (disposition tout à fait analogue à celle de la « Montagne » en Limousin). Cette nécessité d'étaUir une « montée de grange » détermine bien plus l'orientation des maisons que l'exposition au soleil. H s'ensuit que toutes les fermes sont établies à mi-versant.

11 convient de faire une place à part à certaines maiscms plus belles, plus grandes

qui possèdent une petite tourelle à pignon. Ce sont les maisons de cette curieuse

classe sociale des «pages », espèce d'aristocratie paysanne, très respectée, et dont

les habitations sont souvent, plus que la mairie, le centre des afËûres du village.

A l'angle formé par la jonction des deux corps de bâtiment, sur la cour mal

- LBS BALCONS EXTÉRIELIKS DES MAISONS DU VERSANT SUD DU MASSIF CENTRAL.'

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

pavée s'amoncelle un fumier pauvre et noir fait d'ajoncs^ de bruyères, de feuilles de châtaignier et qui écoule ses eaux dans une prairie en contre-bas. Un petit édicule séparé s'élève enfin dans un coin de la cour, c'est la « sécada » ou séchoir à châtaignes qui rappelle étrangement le « dédier » des environs de Limoges et augmente encore la parenté surprenante qui existe entre ces deux types de maisons. Malgré son exigmté, ce petit bâtiment est le trait distincdf de la ferme du Ségala. Lié aux belles châtaigneraies, il disparait brusquement avec les terrains cristallins. Jamais non plus on ne le rencontre sur le plateau du Causse. Il ne réapparaît que sur cet autre Ségala qu'est, au Nord du Lot, le haut pays de la Viadène, appelé aussi, dans le pays même, du nom expressif de la « Châtaigneraie ».

Autrefois, toutes les bonnes maisons du Ségala avaient vax four qui servait à deux fins : cuire le pain et sécher le chanvre. Il était de dimensions considérables. Les fournées de pain pour de nombreuses familles étaient fiûtes pour ime durée de quinze jours et même, dans certaines régions dépourvues de bois, pour im mois. Le pain étant dur, on le consommait principalement dans la soupe. De nos jours, le boulanger de profession s'installe au canton d'abord, au gros bourg ensuite. D'autre part, le chanvre est de plus en plus rare. Le four, qui donnait à la maison et à la « pagésie » im caractère d'indépendance, finira donc par disparaître à son tour.

Le Causse est un monde différent de celui où sont ainsi éparpillées les maisons des castagnaires. Le caussenard habite soit en de grosses agglomérations du fond des vallées, — soit dans de grandes fermes que l'énergie hardie et tenace des hommes a campées près de quelques « sotchs » au milieu de l'effiroyable aridité des plateaux secs, nus et gris, — soit, à titre exceptionnel, en quelques villages juchés comme les bergeries à la frange même du Causse (Bozovls^fig. i6i). Seul, le mouton se complaît sur le steppe morne ; il est l'agent et le sujet unique de l'exploitation. Tout est organisé pour lui : sentiers de transhumance, points d'eau, réglementation de la vaine pâture ; de toutes les constructions, la part essentielle est la bergerie.

La ferme du Causse se décompose en deux constructions séparées, quelquefois même éloignées : l'habitation et la bergerie. L'habitation paraît, de l'extérieur, un peu analogue à celle du Ségala : elle est surélevée au-dessus d'ime cave ; mais elle n'a plus que très rarement ime loge à porcs, car châtaigniers et chênes ont disparu ; retable, quand elle existe, est fort réduite et n'abrite que deux ou trois vaches; la grange n'a plus de raison d'être et elle est remplacée par un grenier de dimensions modestes, le fourrage étant rare et médiocre ; il n'y a pas non plus de séchoir à châtaignes. Dans le Millavois (Millau), de petits bâtiments accessoires d'un autre type le remplacent : les mazetSy éclatants de blancheur, semés au milieu des vignes sur

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

les coteaux. Sur le Causse du Larzac, à l'altitude de plus de 800 mètres, l'un des coins de France où les conditions de la vie sont les plus rudes, où le vent d'hiver feit rage, soulevant la neige, et d*où Teau, en été, est absente, la maison est âpre comme le sol ; la dalle grise sert uniformément à couvrir les toits lourds et à construire les murs épais. Maisons voûtées en pierre : témoins d'im ancien type d'habitation qui fiit beaucoup plus étendu dans tout le Massif Central et dont il subsiste d'autres spécimens soit dans la c^iaîne des Puys (par exemple à Ordnes), soit dans le Haut-Vîvarais.

La bergerie s'élève à la lisière du Causse, c'est-à-dire à Tentiée du vaste pâturage sec et caillouteux : loi^ bâtiment massif, presque sans ouverture, dmt la coulexir et les matériaux se c(mfondent avec ceux du plateau, gris par ses murs de moellons grossiers, gris par les larges plaques calcaires, dites « téoulos », de son toit. 11 peut contenir jusqu'à cinq cents brebis, et les o pastres » ou bergers y logent avec les bêtes.

Cependant, au Nord du Causse, se dressent les longues croupes âevées qui portent les pustules aplaties des petits volcans de l'Aubrac : le sol de basalte est riche, et les herbages sont propices aux bovins; de ces gazons monotones émergent les maisons dispersées des montagnards signalées par une haute branche portant un imique plumet de feuilles. La maison est basse et concentrée; les appartements ne sont plus surélevés, car, sur le basalte, on n'a pas à craindre l'humidité des terrains cristallins ; un très ample toit en ardoises, à longue pente, très débordant, couvre l'habitation presque jusqu'au sol ; il abrite ainsi un grenier devenu vaste en ce pays de fourn^. A côté, l'étable, couverte d'un chaume épais, entasse à l'étroit, sous une voûte très basse, vingt boeufs ou vaches et trente brebis ; en hiver, les « boquiès » (vachers), qui y couchent, ont l'habitude de boucher avec de la paille pounie toutes

FiG. 161. — LES MAISONS DE BO- ZOULS AU BORD DU CAUSSE.

EN BAS, LE DOURDOU. (R. Brodcrs.)

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

lés ouvertures afin de se garantir du froid ; Ton respire dans ce vase dos et surpeuplé un air invraisemblable... Vers les sommets^ dans la région où les vents d'hiver rendent la vie presque impossible, les bouviers ne séjournent que durant Tété, — durant « l'estivage » des bestiaux, — dans ces « burons » de pierre, couverts de toits de pierre, qui sont en tout semblables à ceux des hauts pâturages des terrains éruptifs du Cantal voisin (i).

Ainsi le Rouergue rassemble trois types de maisons rurales qui chacune appartient à im territoire dont le type géographique s'étend, — entraînant celui de la maison, — bien au delà de la province. Et Ton devrait encore opposer à ces trois échantillons le type des maisons urbaines, celui de la région industrielle de Decazeville : habitations de torchis, hautes et sales, couvertes d'un toit de tuiles d'un brun noirâtre ; elles sont encore plus tristes et plus laides que les « corons » de briques du Pas-de-Calais et du Nord. Entassées dans les vallées profondes du Lot ou du Dourdou dont les flancs ont été ravagés et brûlés par le travail de l'homme, elles contrastent par leur grisaille avec la verdure épanouie des plateaux des « Rougiers ».

EN BBiTAONx, LA MAISON Ds LA TiBRS La Bretagne possède, elle aussi,

«T LA MAISON DS LA MER une maisou ou plutôt des maisons

bocagères ; il ne s'y rencontre point un type uniforme comme celui du Limousin ; car l'Armorique est toute morcelée en pays séparés (ComouaiUe, Porhoet, Léon, bassin de Rennes, etc.). Aussi la maison y présente-t-elle les formes les plus variées. Il y existe cependant deux « familles » de types de maisons, de même qu'il y a deux groupes de pays, les pays d'Armor et les pays d'Ar Choat : les maisons d'agriculteurs et les maisons de pêcheurs. La maison rurale a surtout, comme bâtiment caractéristique, l'habitation ou plutôt la pièce principale de l'habitation : jadis même c'était la pièce unique. C'est là que la Bretagne se retrouve avec tout son pittoresque et son originalité. Autant que les ossuaires et les grands calvaires, la « pièce » de la maison bretonne « figure » le terroir. Elle est à la fois cuisine, salle à mai^r, chambre à coucher, quoique souvent elle ne soit pas une grande pièce : l'ameublement, disposé partout de la même façon, est tel qu'il occupe le minimum de place, comme s'il s'agissait de quelque étroite cabine de ce grand navire immobile, à la proue avançante et déchiquetée, qu'est la péninsule armoricaine. L'aspea du mobilier augmente encore cette impression que l'étroitesse des ouvertures et le plafond bas auraient déjà donnée. Toute une face de la muraille est revêtue de cet étrange

(i) Voir rintéressant volume d'U. hTHKtAiPrichgiografhiqusiudiparteniemder^^

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meuble qui contient les lits dos : en haut, ceux-ci cachés dans leurs annoires dé bois ajourés ; en bas, le banc (« dozd »), qui sert à la fois de marchepied pour atteindre les Uts, de chaise à dossier pour la veillée et de vaste cofEre pour les vêtements. Au miUeu de la pièce, ime table de chêne bordée de bancs réunit, à chaque repas, tout le personnel de la ferme. Près d'un coin, ime autre longue armoire artistiquement sculptée forme le vaissellier ; c'est le <( doustrill », souvent orné d'une statue de la Vierge. Dans le fond, ime grande cheminée à feu de bois où les marmites ne sont pas suspendues à des crémaillères, mais sont placées simplement sur des trépieds. A l'extérieur, im beau plein cintre en pierre couronne la porte. Les mansardes ont des moulures taillées dans le granit.

Telle est cette habitation bretonne très soignée : on y découvre plus que de la propreté comme dans la maison des Flandres, plus que de la gaieté comme dans les mas du pays de Mistral, mais en vérité de l'art*

Les autres bâtiments de la ferme bretonne ont beaucoup moins d'originalité ; le génie breton ne semble pas s'être suffisamment attaché à la terre pour donner aux bâtiments d'exploitation ces formes perfectionnées qui sont toujours l'indice d'ime longue adaptation au sol. Tout près de l'habitation, souvoit même contigue à elle, l'écurie tient le premier rôle dans les pays d'élevage du cheval : en Comouaille et en Léon. Le Breton, qui devient de plus en plus un maquignon, est fier de ses chevaux : son écurie en témoigne, car eUe est en passe de devenir le bâtiment essentiel de la ferme bretonne, du moins en Léon. L'étable, au contraire, ne se distingue que par ses formes rudimentaires ; fidt bizarre, ce pays bocager n'a pas créé de véritables étables; il s'est contenté d'une simple pièce carrée bordée d'auges sur les quatre murs (quelquefois même il n'y a pas d'auges). On s'attendrait à trouver la grange à côté; or, en Bretagne, il n'y a pas de grange : sans doute, au-dessus de l'écurie et de l'étable, s'étendent des greniers, mais on y rentre le grain et non la paille. Aussi la maison a-t-elle toujours comme compagnon le tas de paille ou de foin, non pas la meule ronde, mais le tas rectangulaire abrité derrière la maison et allongé dans l'axe du vent de mer. Malgré l'extrême humidité du pays, la meule est la forme normale. Aussi bien la paille ou le foin ne joue pas le rôle auquel on pourrait s'attendre en ce pays d'élevage. Le blé, une fois moissonné, est aussitôt battu, et la paille souvent vendue ; quant au foin, il est remplacé l'hiver, pour l'élevage du cheval, par la « lande », c'est-à-dire par l'ajonc qui est une des richesses foncières de la Bretagne.

La meule est élevée sur un de ces petits terrains qui entourent la ferme et qui en font partie autant que les bâtiments. C'est le <c liers plouz », sorte d'aire bien

TYPES DE MAISONS ET CARTE DE TOITS

plane en terre battue, généralement un peu surélevée. Jadis, à côté de la ferme, s'étendait le « liers camp », petit champ très favorisé qui recevait récoulement du purin et où Ton cultivait le chanvre. Devant les bâtiments, im manège avec brancards pour quatre chevaux produit la force motrice pour tous les travaux de la ferme (battage du blé, coupage de la « lande »).

Mais la ferme bretonne présente beaucoup de variantes. Différences dans les matériaux de construction depuis le torchis jusqu'aux beaux blocs de granit équarris ; mais surtout différences dans la disposition des bâtiments. L'écurie, par exemple, appartient à la Basse*Bretagne occidentale. Quelquefois, la ferme s'ome d'un nouvel édifice, le bâtiment du' ddre : hangar pour le pressoir, cellier pour les grandes barriques allongées. On trouve çà et là en plein air de vieux pressoirs à ddre composés d'une couronne en granit creusée d'ime snige circulaire, avec grosses meules de granit manoeuvrées par im cheval. Dans le Morbihan jadis, et surtout dans la presqu'île de Rhuis, les petits édifices des vignobles parsemaient la campagne. Aujourd'hui, le pommier supplante le cep mort; peut-être la vigne ne s'est-elle pas évanouie sans qudque espoir de résurrection, car depuis quelques années on replante du vignoble : près de Saint-Gildas, les vagues marines vieiment déchausser les racines des ceps.

La maison du paysan offre à l'observateur comme ime gamme de types hiérarchisés, depuis l'anden manoir du gentilhomme jusqu'à la petite doserie du « pentyer » ou ouvrier agricole ; mais toutes vivent isolément, soit complètement séparées, soit en groupes très modestes.

A ces maisons rurales de cultivateurs, il convient d'opposer les habitations de pêcheurs. Non pas qu'il y ait de démarcation très nette, car bien des « pentyer » sont plus ou moins des pêcheurs et bien des « pentys » (maisons d'ouvriers agricoles) sont des maisons de pêcheurs. En général pourtant, ces deux maisons répondent à deux fins différentes. La maison du pêcheur n'est qu'ime habitation, elle n'a pas de bâtiments d'exploitation. Elle est plus soignée que la maison rurale ; les murs sont souvent blanchis (Le Croisic, Paimpol), et construits en beaux moellons ; à l'intérieur, l'original ameublement breton a peu à peu été remplacé par un mobilier banal ; plus de lits dos, plus de vaissellier ; seul le banc («dozd ») a résisté aux innovations. La maison du pêcheur a atteint son apogée en ce cadre enchanteur de la petite mer intérieure du Morbihan. Dans plusieurs des innombrables petites îles boiséeà qui la parsèment et surtout dans l'île aux Moines, de coquettes maisons propres comme des maisons hollandaises percent la verdure et étalent sur leurs murs les treilles et les glycines. Là vivent de nombreux retraités de la marine. Ces

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vieux coureurs de la mer aiment à finir leurs jours dans la douceur de ce climat et dans l'apaisante tranquillité de la « petite mer ».

Les pêcheurs de sardines sont des pêcheurs aisés ; ils vivent en de gros bourgs (Douamenez, Concameau). Au-dessous d'eux^ les pêcheurs de maquereaux, surtout sur les Côtes du Nord, vivent en des maisons plus arriérées. Souvent même, ils n'en sont pas les propriétaires ; la seule propriété qui est la leur ou qu'ils ambitionnent est leur bateau ; le bateau est leur vraie maison et reçoit tous leurs soins attentifs. Quant à la pêche hauturière pratiquée par les Terre-Neuvas, les Islandais ou les Grésillons, elle n'est pas liée à des types spéciaux d'habitation, car les équipages sont recrutés parmi les « pentyer b.

Les maisons de pêcheurs différait par-dessus tout des maisons de paysans par remplacement qu'elles occupent : la maison du paysan vit plus souvent isolée ; les maisons des pêcheurs vivent associées (voir chapitre xv).

LES DEUX MAISONS La Flandre française est presque en tous points un

Ds rLANDRE pays double : Flandre maritime pauvre, dunes et digues, et Flandre riche, au sol de limon fécond; Flandre très flamingante du littoral et Flandre de l'intérieur ; Flandre des petites maisons en file et Flandre des grandes fermes isolées.

La grande ferme de la Flandre des limons roux est peut-être, avec celle de la Brie, la plus belle des fermes de France. Toutes les parties sont également perfectionnées ; il n'y a pas de bâtiment prépondérant. La ferme flamande est essentiellement une cour ; en pays wallon, c'est la courte (ferme a La Courte » à Bouvines) ou la cens; en pays flamand, le hofstede. On comprend toute la splendide vigueur, toute la vie puissante et plantureuse de la ferme de Flandre, quand on pénètre dans ime de ces cours fermées autour desquelles les bâtiments sont rangés en carré, tournant toutes leurs façades vers l'intérieur — sorte de château fort de l'art cultural (Jig. 162).

On y pénètre par la grande porte au cintre poli par le frottement des charretées de blé et que surmonte un petit beflâroi, commandant avec autorité toute l'exploitation d'alentour. La cour centrale est le vaste atrium de la ferme dose. Elle est pavée pour que soit fitdlitée ca toute saison la circulation intérieure. Au milieu, souvent, im abreuvoir rond borde un large tas de fumier qui s'étale devant l'étable et où ime abondante volaille trouve ime partie de sa nourriture. Fréquemment aussi, un petit bâtiment central abrite les chiens de berger et quelques porcs.

Au fond, et non sur la me comme en Picardie, les vastes granges à la charpente de cathédrale, coiffées de l'immense toit de chaume ou de l'inunense toit de pannes

TTPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

Les portesj grandes comme des portes d'écluse, ont des baireaux qui dépassent» permettant ainsi au personnel de grimper sur les tas des récoltes amassées. Ces portes donnent accès d'un côté sur la cour intérieure et de l'autre sur un petit terrain vague qu'on appelle simplement « derrière-les-granges ». C'est là que sont groupés les meules coniques aux ventres renflés et les tas de &gots pour le four à pain. Là aussi les machines à battre sont installées au jour du battage.

Un bâtiment détaché s-y élève, le « carin », sorte de hangar pour les gros chariots à quatre roues des Flandres. Le silo à betteraves est le «drédier».

Chose curieuse, on ne parle des granges qu'au pluriel, sans doutt à cause de leurs vastes dimensions, et aussi parce que chaque portion a sa fonction spéciale d'engrangément ; l'une est pour le Un : c'est celle où Tair circule le mieux, car k lin s'échauffe; l'autre pour la paille; les autres pour le blé, l'avoine, la luzerne, etc. Chaque partie n'a pas tous les ans le même rôle : la grange étant le résumé du diamp, il y a roulement pour l'o^anisation de la grange, comme il y a roulement pour la culture des champs. C'est tout un art que de savoir combiner l'ei^rangement. Les différentes récoltes n'arrivent pas unîtes en même temps ; certaines sont tôt vendues i d'autres doivent attendre quelque temps que les cours aient monté ; un bon engrai^ement permet de choisir le moment propice pour la vente. H faut aussi qu'arrangement soit pris pour qu'à l'époque du battage une place soit libre oii l'on entasse la paille et que cette place ne soit pas trop élo^née afin qu'on puisse éviter les kmgs transbordements.

L*hal»tation occupe un coin du carré de la a courte » flamande ; elle ccnnprend surtout une grande salle commune où l'on se tient normalement et qu'on appelle

FiG. 162. — vu TÏFB SE FERME FLAMANDE : LA FERME DE « LA COUKTB > A BOUVINBS. (Roger Bradera.}

GÉOGRAPHIE HUMillNE DE LA FRANCE

« la maison ». Deux tables la meublent : ime grande table flanquée de deux bancs solides pour les ouvriers, ime petite table ronde avec chaises pour le maître et sa famille. A côté, une salle d'honneur avec une longue table pour les réunions de famille qui sont fixées et organisées selon im ordre précis. Le plus souvent, il n'y a pas d'étage ; les chambres à coucher sont placées à la suite de la salle donneur.

L'écurie avoisine la maison d'habitation; bâtiment soigné, où sont abrités les gros chevaux flamands et les garçons d'écurie, les a cartons ». Au-dessus, un vaste grenier à grain approvisionné l'écurie en avoine, courte paille et seigle.

Les bergeries sont composées d'une ou plusieurs places carrées avec auge et râtelier. Après la moisson, elles sont souvent inoccupées, car les moutons vivent alors sur les jachères ; elles peuvent alors servir de granges complémentaires.

L'étable est moins perfectionnée ; une simple mangeoire court le long du mur ; elle ne comporte pas ces raffinements des étables bocagères avec auge extérieure. Car l'étable est ici plutôt un accessoire. La ferme de Flandre est surtout une ferme agricole, une ferme de champs, où la grange et l'écurie jouent le premier rôle ; par là elle rentre bien dans cette puissante « famille » des maisons rurales de France qu'on pourrait définir : les grandes fermes isolées à bâtiments disposés en carré autour d'une cour fermée ; types dont s'enorgueillissent pareillement et le plateau de Brie et l'uniforme Beauce.

Autour de la ferme, plusieurs terrains font comme partie de la maison. Derrière l'habitation, le petit jardin où sont cultivés les l^umes et les fruits nécessaires à l'alimentation du fermier. A côté, « la prakie de derrière la ferme » avec quelques arbres, pommiers ou noyers, est souvent enclose par les alignements droits des hauts peupliers.

Vue de loin, cette ferme flamande, avec ses « atours », apparaît comme un véritable petit village. Peu de fermes françaises sont aussi vastes et surtout aussi complètes : à l'inverse de beaucoup d'autres maisons de France, elle ne s'est pas spécialisée dans telle ou telle fonction agricole ; la courte comprend toutes les variétés de bâtiments ruraux et c'est là sa distinctive particularité.

La grande ferme flamande subit une modification importante dans le pays flamingant de la Plaine et de la région sablonneuse de Cassel-Hazebrouck, où elle s'est implantée soiis le nom de hofstede : ce n'est plus la ferme dose, mais la ferme à trois bâtiments séparés, rangés autour d'ime cour ; la porte n'est plus qu'une simple claie en poutrelles de bois. La limite entre ces deux types de fermes suit à peu près la limite linguistique entre le flamand et le wallon. C'est donc une influence ethnique et non géographique qui a créé ces différences. Il s'est développé même sur

TTPE8 DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

la lisière une fonne de transition, où la « courte » n'est plus qu%in assemblage confus de bâtiments de hauteurs différentes, reliés comme artificiellement les uns aux autres par tout un nqnéçage de toits ; on dirait des kofstede dont on aurait bouché les ouvertures (i). ■

Voici, dans la plaine maritime, une autre petite maison flamande, bien différente de ses imposantes voisines. Les petites maisons des Flamands, au lieu de vivre isolément comme la grande ferme, s'allongent en files le long des dîmes ou le long des digues (voir ch^itre zv).

Dans les dunes de la côte, de Calais jusqu'à Knod», elles forment des rainées plus ou moins étirées. Les maisons, basses et sans étage, tournent leur &çade vers le Sud-est ; la pente du ttnt du côté de la mer descend presque jusqu'au sol. Pour of&ir moins de prise au vent, les pannes stmt rejointoyées par un mortier blanc qui tranche sur le rouge cm du toit. Souvent le toit de chaume s'est maintenu ; la partie basse seule est frangée d'ime bande de pannes qui abrite le parvis de la maison {fy. 163). Celle-ci, avec une porte flanquée de deux ou trois fenêtres, ne comprend qu'une seule pièce ; jamais die ne possède de bâtimoits d'exploitation. Un court jardin de sable gris fournit à la maiscm les maigres I^umes qui se contesitent de ce sol l^er. Telle est la demeure de ce Flamand pauvre de la côte, que la terre stérile ne peut nourrir et qui est obligé de demaiider à la mex le supplément indispensable. Population flamande, abondante et vigoureuse, qui peuple le littoral depuis la Frise jusqu'au Boulonnais et qui toujours a déversé, en migrations pacifiques ou guerrières, le trop-plem de ses habitants sur les r^ons avoisinantes.

FiG. 163. — U PffmS MAISON BASSB DE FLANDRE. (J- PatiiMu.)

(i) Blanchard, la Flandre, p. 416.

GÉOGRAPHIE HUMillNE DE LA FRANGE

Le long des digues de la plaine, les mêmes petites maisons basses allongent leurs toits pointus de chaumes bruns ou de pannes rouges (d^e de Fumambacht sur TYser, les deux digues de TAa» en aval de Watten)Jci les maisons sont en quelque sorte accrochées à la digue, non pas qu'elles soient bâties sur la digue (celle-ci est trop précieuse et Ton craint trop de la détériorer pour se permettre d'y bâtir), mais elles s'appuient sur son flanc antérieur comme de gros contreforts espacés.

De telles maisons sont d'ime propreté qui rappelle la fraternité ethnique entre Flamands et Hollandais. Leurs couleurs vives brillent sur l'horizon terne. Les façades sont blanchies à nouveau chaque atmée, ou quelquefois peintes de toutes les couleurs de l'arc-en-dd, les pannes et les briques fréquemment repassées au rouge, les volets pemts en vert, les ébrasements des fenêtres en blanc. A l'intérieur, le sol en carrdage rouge est toujours luisant, les meubles sont drés, des rideaux ornent les fenêtres^

Tenue parfrdte de la maison, minutieuse et méticuleuse, conmrane à toute la Flandre. Nulle part ailleurs la demeure humaine n'est entourée d'autant de vigilance. La maison de Flandre est sans œntredit la plus soignée des maisons de France.

Fait curieux, mais Ic^que : les Flamands conservent loin de chez eux et pendant longtemps leurs habitudes d'extrême propreté : ainsi, des Flamands, ayant été introduits dans les nutfais de l'Âunis au seizième siècle pour y âever des digues, y construisirent de petites maisons à l'image de celles de leur pays : soigneusement bâties et entretenues, elles sont aujourd'hui devenues le type normal de la maison du marais des Charentes et constrastent singulièrement avec la maison grise et beaucoup moins avenante des plaines environnantes : l'Âunis est la seule r^on qui puisse le disputer à la Flandre pour la propreté éclatante de ses maisons.

V'sndCe : BOUBRiNss» Lcs maraîchius (voir>^. 8 et 9, p. 29 et 30) sont

HUTTES «T CABANIS fort diflFéreuts des bocains (de la Vendée granitique) et des paysans de la plaine du Poitou (Fontenay-le-Comte).

Le marais le plus maritime et le plus caractéristique est le « marais occidental » qui s'allonge de Bourgneuf--en-Retz à Saint-Gilles-de*Vie : par les petits canaux bordés d'arbres, on circule en « yoles ». C'est là le domaine de la vieille maison maraichine dite « bourrine ». Les murs ne sont qu'un mélange de roseaux secs et de boue que recouvre im lait de chaux éclatant : une porte basse conduit dans une pièce unique. Le toit est fait d'un épais manteau de roseaux, de « roucbe », qui forme dôme arrondi sans arête médiane {fig. 164, et voir aussi plus haut sur la>^. 103, p. 300, des bourrines en plein Saint- Jean-de-Monts).

Cet ancien type d'habitation est aujourd'hui la maison des pauvres ; mais il sub-

TTPEB DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

siste encore, on le construit encore, voilà le ^t saisissant. Four un nouveau jeune ménage les voisins associés bâtissent même en un jour une semblable habitation. Iji bouirine disparaît : à côté d'elle, on rencontre la petite maison longue, basse, sans étage, couverte d'un toit à tuiles courbes (Jig, 165); c'est celle-ci qui peuple exclusivement les marais méridionaux, aussi bien les « bas-villages » des marais d'Olonne que les marais poitevins ou le marais des Charentes (« Petite Flandre «autour de Rochefort).

FlO. 164. — ONB BODSKINE VENDÉENNE. (A. Leçin.)

L'habitation n'est pourtant pas exactement pareille dans le « marais desséché » et dans le « marais mouillé >. Dans le ■ marais mouillé n, la maison s'appelle la « hutte » ; mais ce n*est plus la hutte de terre d'autrefois, proche parente de la botuxine {fig. 166) ; une population presque sauvage demeurait là jadis : c'étaient les « huniers » ou « coUiberts », très redoutés de leurs voisins (i). Les a huttiers » d'aujourd'hui ont

(i) ■ Connus andennemeat aoua le nom de 0 coUiberts >, les hibttants de ces grands espaces Tivaieut d'une vie toute spéciale et n'avaient aucune idée du travail. Refoulés au loin par les dessédiements successifs, ib ont existé jusqu'à nos jours, et plusieurs de nos conten^xirains les ont vus, au milieu des maiaia mf»n\M^i de la Sévie, tda qu'ils étaient jadis dans les terres, aujourd'hui essuyées, du Petit- PtHtou, de Champagne) de \^lledouz, de Benon, de Chouppeauz, de Maillezais, etc. Ils occupaient, sur les points élevés, des cabanes construites en bois et en roseaux, i moitié fixées dans le sol, à moitié nu|)endue8 aux arbres voisins, et dtmt le rez-de-chaussée n'était habitable que par les sécheresses de l'été; i l'^>oqnc des pluies, une sorte de soupente leur servait de logement. Le foyer ae trouvait au

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE ZJk FRANCE

gardé leur nom sans ressembler à leurs devanciears ; et l'on peut en dire autant de leurs « huttes » qui conservent ce nom traditionnel sans le mérifêr.

Il s'agit d'abord de conquérir et de consolider l'emplacement même de la maison ; une ceinture de fossés, dont les terres ont servi à surélever le sol et à bâtir un « ter-

FiG. 165. — LA MAISON VENDÉENNE, BASSE, SANS ÉTAGE, COUVERTE D'UN TOIT DE TUILES CDUIIBES. (A. Lepère.)

rier » au-dessu5 des plus hautes eaux, entoure la « hutte » et ses dépendances. La maison allonge sur une seule ligne ses diverses parties, séparées par des cloisons en

milieu de la chambie ; deux bois fourebus, solidement enfoncés, soutenaient mie perche placée horizontalement, à laquelle la crémaillère était attachée. La fumée, oe trouvant pas d'issue, recouvrait les parois de la cabane d'une couche de suie ooite et vernie. Les colliberts, appelés déjà n huttiers >, du oom de leurs demeures, élevaient une gramle quantité de canards qu'ils vendaient aux map'ti^ de Marans et de Fontenay ; ils coupaient aussi des bois, qu'ils portaient dans leurs barques jusque sur la terre ferme. Aux époques de troubles, le voisinage des marais était redouté des voy^eurs et des irmrfhanrfa ; leur asile impénétrable qui, sous la Ligue, servit de tepaire à de nombreux malfiùteuis, abrita, pendant les guerres de l'Enqnre, des centaines de ré&actaires. u (E. Risler, Géologie agricole, IV, Paris, 1897, p. 279 et 280.)

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

clayonn^es de roseaux : habimtion proprement dite composée d'une ou de deux piices au plus, laiterie ou fromagerie, écurie (dans ces pays, les animaux de trait sont râne ou le cheval et non le bœuf), enfin cellier. Le « quaireux », espèce de cour empierrée, se termine par un plan incliné et pavé pour l'abordage des barques qui sont attachées à des aulnes. Tout autour de la maison, des arbres fruitiers et des treilles. Les maisons de pierre, appelées plutôt « cabanes », sont de nouvelles venues; dles doivent peut-être leur origine à Tinfluence des Flamands et des Hollandais qui ont été amenés dans ces parages pour entreprendre des travaux de dessèchement

Avec les progrès du yj,,

dessèchement ont pu y i

s'établir de vraies fermes -^^

de cultivateturs ; ces fermes ont parfois plusieurs centaines d'hectares et sont très distantes les unes des autres.

Les cabanes di£Fèrent des huttes par leurs dimensions et par leur plus solide construction en pierre. Si elles n'avaient pas un toit à pente très &ible, à couverture de tuiles courbes, on les prendrait pour des maisons de la Flandre maritime. Sur les murs blanchis se détachent des volets vert tendre ; un carrelage en briques sert souvent de plancher, et la propreté est telle que l'on diange de sabots pour passer de la u souillarde » dans la cuisine. I^es meubles, en noyer, sont drés et les ferrures brillent. A cause de l'humidité du sol, les lits sont tris élevés ; on y accède par un escabeau. Les cours sont très soigneusement balayées et le fumier est porté au dehors des bâtiments dans une fosse creusée pour cet usage. En pleine région des marais boueux et sales, ce ^pe de maison se distille, par sa nette propreté, des maisons d'alentour.

FiG. 166. — ANCIENNES HDTTSS, PROCUBS PARENTES DES BOURKINBS. (A. Lepèrc.)

EN PLiiNi CEAiK : lA Le Séuonais est im vaste plateau de craie blanche,

MAISON DU atNONAis qù l'on pourrait s'attendre à voir sur£^ la maison de pierre en beaux moellons équarris et éclatants de blancheur comme dans les autres pays calcaires. Non sans quelque étonnement, on découvre que la maison de la craie est ime maison d'aiple, dcmt l'aspect d'ailleurs est assez triste. On

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

n'a pu Utiliser la craie à cause de sa perméabilité extrême, de sa fiùble lésistance, et parce que le cr^ ne peut tenir sur elle ; Ton a dû se contenter de Targile à silex qui couvre conune d'une nappe la plupart des plateaux crayeux. Les silex branchus ont fourni le principal matériel de construction ; Targile a été employée sousforme de mortier, de torchis ou de briques. Souvent une carcasse de croisillons de bois soutient la construction, toujours peu élevée, car le sol très meuble ne supporterait pas de hautes maisons.

Cependant le sous-sol calcaire se révèle : le pignon est bâti en craie. Conune le crépi ne peut y adhérer, on laisse nu ce triangle blanc(i).

À l'intérieur, la maison ne comprend qu'une pièce, et si même il y en a deux, on ne se dent que dans une seule, l'autre n'étant qu'ime salle d'apparat. Le sol, carrelé en gros carreaux de Beauvais, couvre une cave qu'on a pu fiicQement creuser dans la craie. En haut le toit d'un grenier à mansarcles coiffe la maison de ces petites tuiles plates à crochets qu'on appelle « tuiles de Bourgogne ».

Une étable est attenante à la maison et s'ouvre comme elle sur la cour qu'une remise borde sur un côté et que ferme de l'autre un petit mur. Au milieu de la cour, le puits représente le point vital de l'installation. Fréquemment, il atteint 40 ou 50 mètres de profondeur. Une couronne de maçonnerie le cerne, soutenant un tour à double manivelle et ime petite toiture qui abrite ce précieux édicule. Précieux est bien le mot qui lui convient, car le puits coûte plus cher à creuser que la maison à bâtir. C'est pourquoi les maisons pauvres se groupent en petits hameaux autour du puits unique, lequel est entretenu à frais communs suivant une coutume juridique tacitement acceptée.

Dans la vaUée de ITonne au contraire, plus rich^ la maison indique plus d'aisance; les bâtiments entourent la cour sur trois côtés et la brique supplante le torchis.

Les TOITS : Dsuz Aiusi Ics maisons de France sont dissemblables

TTPE8, Dsnz ZONES sdou Ics régious, mais elles peuvent être plus aisément groupées si on les considère « par-dessus les toits » : le couronnement de la maison est une des parties les plus difficiles à construire, à entretenir et à réparer. Il échappe davantage, semble-t-il, aux caprices individuels et régionaux.

En France, deux types de toits traditionnels s'opposent l'im à l'autre : dans le Nord et dans l'Ouest, le toit aigu, à forte pente, recouvert d'ardoises, de tuiles plates, de chaumes, de plaquettes de pierre (lavesy lauzesy etc.) ou de bois {fig. 167) ; et

{}) P« Pkivat-Deschanel, rHabitatian humaine dans le Sénanais (La Géografkie^ 15 ooobte 1907)

TTPGS DE MAISONB ET CARTE DES TOITS

le toit du Midi, le toit des vrais pays méditerranéens, bas, à pente modérée, à deux ou quatre pans, et rayé de rangées de tuiles courbes appelées aussi tuiles creuses ifig. i68).

On serait peut-être tonte de croire que la distribution des n»ts à forte pente et des toits à pente Mble est en relati<m avec la distribution des pltiîes. Tout au contraire, plusieurs des r^ons les plus humides de France ont adopté le toit bas (Vendée, r^icm de Linu^es, F&ys Basque). Bien mieux, dans l'un des domaines propres du toit à tuiles courbes, tel que TAquitaine, la maison tout entière pardt s'aplatir encore lorsqu'on va de ITst vers l'Ouest, où il pleut davantage (l). Au delà de Tonneins, les hauteurs qui bordent l'immense Val de Garonne s'aplanissent ; tout est plat et large ; et la maison ellemême s'étale ; elle paraît surtout s'étaler grâce aux appentis à très Êiible pente qui la bordent sur l'un des côtés.

En vérité, les deux genres de tmts français caractérisent ks deux Frances septentrionale et méridionale. La limite de la couverture en tuiles creuses (qui est par ailleurs celle de tout le domaine septentrional de la Méditerranée) tantôt dessine des avancées ^^ ''^*" '

vers le Nord, et tantôt, au contraire, recule en formant des golfes profonds, fiice aux hautes régions du Massif Central ou des Alpes.

A l'Est, la tuile méridionale occupe la Provence et les Alpes de Provence jusqu'au Nord de Digne (suivre la limite sur la carte de la J^. 169). Dans les massif plus septentrionaux, elle ne &ît que se glisser au fond des vallées (Graisivaudan), mais elle n'a pas réussi à s'acclimater sur les sommets, où elle

(i) Voir les canes en couleur qui accompagnent l'étude d'Alfred Angot, R^ime plitaométrique de lapTmttê,r^ioiuStid-OuataSud{AmaU$d*gA^aphU, 15 janv. 1919), et d-dessut^. 30, p. 86.

FiG. 167. — TISnXES MAISONS PICAXDBS A TOITS AIGUS.

GÉOGRAPHIE HOHAINE DE X.A FRANCE

- LES TOITS MÉDITERRANÉEKS COUVERTS DE TUILES : VIEUX MENTON. (A. Upère.)

est remplacée par les toits à longue pente des chalets montagnards couverts en petites plaquettes de pierre ou de bois. Au Nord du Rhdne, le Unt à tuiles creuses longe le rebord occidental du Jura ; les vallées du Jura sont plus étranglées que celles des Alpes, et il n'y a point pénétré; dans la vallée de la Saône, il profite du large coultùr pour étendre ses conquêtes vers le Nord; il atteint Louhans et Chalon; au delàj il se heurte aux grands toits bourguignons dont il at réussit pas à parœr Tobstacle.

Mais TQÎlà qu'il s'étale en une large île entre Moselle et Mamcj dans la Lorraine et dans la Champagne orientale.

Hé très curieuse étonnamment homogène, quoique toute entourée de toits aigus à petites tuiles ou à ardoises : les tuiles courbes ctnnmeiicent aux portes mêmes de Châlons-sur-Mame vers le Nord et vers l'Est; sur la route de Châlons à Sainte-Menehould, Verdun et Metz, dès le petit village de l'Epine, à 7 kilomètres de la viUe, elles r^ent en maîtresses, et sans discontinuité s'étendent jusqu'à la bordure de l'Alsace. Si bien que Verdun,

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

FiG. 169. — LES DEUX rUNOPAUX TYFBS DE TOITS DE FRANCS.

GÉOGRAPHIE HUMAINE OE LA FRANGE

avant son martyre, avait des toits qui étaient pareils à ceux de Sienne» et la tuile creuse y est appelée « tuile romaine» I

A TEst de la Saône, la limite des toits méditerranéens reste hors du Morvanet du Charolais, passe à Massilly entre Saint-Gengoux et Quny, parvient à Cbarlieu près de la Loire, et dépasse Roanne vers le Nord. Ce type de toits peuple les monts du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez et plus de la moitié du massif de la Madeleine.

Maîtresse de la Limagne Qsl limite est à l'Est entre Vichy et Cusset et à TQuest à Âigueperse), la tuile du Midi est paiement maîtresse des lisières orientales des Monts Dôme et des Monts Dore (Riom, Qermont-Ferrand,Issoire, Saint-Nectaire), mais elle se heurte partout au haut pays, après avoir poussé une pointe en Combrailles, vers Chambon et Ëvaux.

n en est de même pour le Cantal dont les hauts rdidEs érupti& gardent leurs toits à pente raide revêtus de plaques de schistes, ou de phonolithes, tandis que la tuile creuse s'avance jusqu'à Saint-Flour d'une part et jusqu'à Aurillac de l'autre. Au delà de cet isthme, vers le Sud, la zone des toits à pente raide s'^Mmouit très largement dans le Rouergue, tandis que les toits à pente fidble, après avoir contoumé la Margeride, occupent tout le Velay ; là, des tuiles courbes d'argile très rouge enveloppent et décorent de leur couleur crue la cathédrale du Puy et toutes les maisons bâties de lave noire. La crête des Gévennes dans le Vivarais et le Tanargue leur échappe et forme une île allongée de toits à grandes plaques phonolithiques dites lauzes. Par l'étroit défilé de Langogne-Villefort, les tuiles courbes et creuses vont rejoindre leur immense domaine méditerranéen.

Le massif de l'Aigoual^es rejette sur les pentes des Gévennes ; la trouée du Vigan les ramène sur le plateau caussenard, où elles occupent Millau et dessinent un curieux promontoire vers Séverac-le-CMteau en suivant le traditionnel couloir de circulation qui conduit aujourd'hui de Béziers vers Paris. Elles laissent au Sud deux îlots de toits montagnards sur les monts de Lacaune et sur la Montagne Noire.

A l'Ouest de Séverac-le-Château, le Levezou et le S^ala du Rouergue, régions de circulation malaisée, les rejettent vers Albi, qui est, lui, dté rutilante de briques et de tuiles. Le bastion du Rouergue est contourné ; le toit méditerranéen s'avance de nouveau au Nord par la dépression argileuse qui borde les terrains cristallins. De Figeac et d'Aubin, il rejcunt Aurillac et pénètre même un peu plus à l'Est. A Vic-sur-Cère ou à Polminhac, au milieu des superbes toits pointus en pierre grise du Cantal, çà et là, quelque toit à tuiles creuses fidt contraste, presque plat et rouge vif.

La limite rebrousse à l'Ouest vers le Quercy, au Sud de Gramat. La splendide vallée de la Dordogne moyenne échappe aux toits plus banals du Midi pour demeurer

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

fidëe aux pittoresques toits à forte pente. Sur sa rive gauche^ perchée au haut de la fidaise, la petite dté de Domme en est tout entière encapuchonné (Planche XI). A Bergerac seulement, les tuiles courbes et creuses frsoichissent la Dordogne; eUes vont dès Iots s'avancer vers le Nord largement jusqu'à Festuaire de la Loire. Périgueux leur appartient; le plateau du Lknousm ne les arrête même pas; elles occupent Chdus, IJmoges, et dirigent œmme un cap vigoureux vers Bow évitent les monts d'Âmbazac, 'reœuvrent entièrement Bellac, en partie seulement Montmorillon. APoitiers, les ttûts à forte pente leur disputent la plupart des vieilles maisons ; mais Parthenay leur appartient. EUes occupent les Mauges sous le nom de tuiles du Fuilet, elles atteignent enfin la Loire vers Oudon entre Ancenis et Nantes ; eUes la traversent et sont encore dominantes dans le pays nantais jusqu'à Savenay.

Dans les Pyrénées^ la tuile creuse est arrêtée au pied des chafnes centrales des hauts sommets ; mais elle est largement installée aux deux portes occidentale et wientale, si largement qu'à l'Ouest, en Pays Basque, eUe occupe même les sommets ; seul le petit pays de la Soûle, on l'a déjà noté, a été conquis par le toit béarnais à forte pente ; à l'Est, les tdts du Roussillon sont, comme il est naturel, du domaine méditerranéen jusque près de Mondouis, et là, ils sont bien près de rejoindre les tuiles creuses de la Cerdagne (Puigcerda, Bourg-Madame) par-dessus les grands toits montt^nards du col de la Perche. Ce sont les tuiles courbes qui r^ent par ailleurs, on le devine, en Catalogne comme dans les Casdlles, dans les provinces basques espagnoles comme dans la plus grande partie de la Navarre (Pan^une, Tolosa, Vitoria).

Dans la Corse, un petit ilôt de toits monti^nards à plaques de pierre, et d'ailleurs à pente faible, entoure le Monte Cinto.

En nageant de séparer des deux types principaux les variée secondaires (toits de la haute montagne, ou tel type local, oomnie le toit flamand couvert de pamies\ nous avons dressé pour la première fois la carte d^ ensemble des toits de France.

Le dessin général en est frappant Un examen, même très rapide, révèle d'abord, d'une manière péremptoire, combien il fut fantaisiste d'aller affirmant — avec une simplicité toute romantique — que la nudson et son toit dépendent directement d'un fiicteur primordial, le climat I

En second lieu, cette figuration géographique parait singulièrement impr^ée d'histoire ; car un fût lié par excellence à la vie sédentaire manifeste les trois grandes zones de circulation par lesquelles s'est avancée vers le Nord la civilisation méditerranéenne : Poitou, hautes vallées de l'Allier et de la Loire, couloir du Rhône et de la Saône. Le curieux ilôt de toits méditerranéens en Champagne et Lraraine est

OÊOOIIAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

lui-même comme un témoin qui exprime, à sa manière, les circulations aisées et répétées au cours de tant de siècles, entre Boui^ogne et Flandre, entre le Midi hispanique, provençal et italique et la mer du Nord.

Bien plus, comme Ta justement remarqué M. Hubert, la tuile creuse — qui est sans conteste en voie de disparition, car on la fabrique de moins en moins et la technique parût s'en perdre — s'est maintenue jusqu'à nous là où les fouilles archéologiques ont révélé de nombreux et renommés ateliers de potiers romains : en Saintxmge, enLiniagne;,enArgonne... Notre seule ambition de géographe a été de figurer la distribution des toits alors qu'il en est tout juste temps encore ; mais on ne peut se défendre de ctmsidérer que sous la forme de ces deux types, si nettement juxtaposés et conmie a£&ontés, sembleiu s'afiEronter l'art méditerranéen de la terre cuite et l'art des audacieuses et solides charpentes lié aux forêts delà France et de l'Europe septentrionales...

UNE FERMB DE BRIE A VILLENBUVB-SUR-BELLOT (SEDŒ-Br-MASNE, VAI (A. Upire.)

DD PEXIT-MCHUN).

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