‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 8 sur 64 · BLANCHE DE CASTILLE · texte numérisé non relu

BLANCHE DE CASTILLE

des mères. Saint Louis meurt à Tunis ; c est un conquis- (CoUecdon cugoièr»)

tadar. Louis XIV bâtit Versailles comme Philippe II rEscurial, Les achèvent leur destinée quand ils régnent à Madrid. L'Espagne a colonisé du Sud pour quelle soit latine, et la France a aidé l'Amérique du Nord pour qu'elle ne soit pas exclusivement anglo-saxonne. Comment ces deux ouvriers de la même tâche ne vivraient-ils pas en harmonie?... Pourtant, ils ont la susceptibilité, l'un de son indépendance, l'autre de sa sécurité. Mais, une fois le soupçon écarté, leurs amitiés sont d'im grand poids : elles sont scellées par l'honneur. Quel Français n'aimerait l'Espagne ? Comme Madrid luit d'un dair soleil et des beaux yeux de ses femmes par une matinée de printemps parfumée !

Mais il faut se détoumer et regarder ailleurs. Le problème européen, c'est le problème allemand. Ce qu'il y a d'hostile en Charles-Quint vient d

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ALUEBiAQNX L'Allemagne est la « matrice des peuples ». Sa jeunesse se

lève pour l'aventure quand elle devient trop nombreuse et trop forteo L'insuccès même et la saignée à blanc, comme aux temps où Charlems^e commençait l'histoire européenne en décimant les Saxons, ne la corrige pas. L'Europe a besoin d'une Allemagne prospère contenue au delà du Rhin et entrant, par une sage considération d'elle-même, dans l'engrenage universel; c'est quand cet engrenage fonctionnera bien qu'il y aura vraiment une Europe.

La vie serait possible en y mettant, comme on dit, « chacun du sien ». Mais, alors, se pose le problème russe. C'est en agitant le problème russe que l'Allemagne épouvante les autres peuples, et c'est ainsi qu'elle a amené les républicains de 1848 et les ministres de Napoléon m à accepter l'imité allemande à la prussienne. La Prusse de Bismarck leur disait : « Plus je serai forte, mieux je vous défendrai contre le péril slave. N'est-ce pas le grand péril européen (i) ? » Les faits ont bien montré qu'il y en avait un autre, plus proche et toujours instant : c'est l'étemelle tentation de l'invasion facile et de la descente en Champagne par les tribus germaniques,

(i) Comme c'est ici une des clefs de rhistx)ire universelle, certaines précisions sont nécessaires. Tocqueville, ministre des Affaires étrangères du Prince-président, dit dans ses Souvenirs : « Une question plus sérieuse que je me posai fiit celle-ci : Tintérêt de la France est-il que le lien de la confédération germanique se resserre ou se relâche ? En d'autres termes, devons-nous désirer que l'Allemagne devienne, à certains égards, une seule nation, ou reste une agrégation mal jointe de peuples et de princes désunis? C'est une ancienne tradition de notre diplomatie qu'il faut tendre à ce que l'Allemagne reste divisée entre un grand nombre de puissances^ indépendantes ; et cela était évident, en effet, quand, derrière l'Allemagne, ne se trouvaient encore qu'une Pologne et une Russie à moitié barbares ; mais, en est-il de même de nos jours ? La réponse qu'on fera à cette question dépend de la réponse que l'on fidt à cette autre : quel est au vrai, de nos jours, le' péril que fait courir la Russie à l'indépencîmce de l'Europe? Quant à moi qui pense que notre Occident est menacé de tomber, tôt ou tard, sous le joug ou

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INTRODDCTION

une fois le Rhin firanchi. Il y a deux mille ans, les Gaulois oat appelé César à l'aide contre les Germains d'Arioviste. Us ont préféré la amquête romaine à l'invasùm germaine. On nous a bien mal appris notre histoire!

Un siècle après la conquête de César, la diplomatie des cités gauloises eut encore à se prononcer; le Batave Cîvilis s'était révolté i il avait ^t appel aux Gaulois et leur avait demandé de l'aider à secouer le joug de Rome. Les Rémois convoquèrent une assemblée des députés de toute la Gaule pour en déhbérer. Un Rémois, Julius Auspex, donne les raistms pour lesquelles il était préférable que la Gaule restât attachée à la fortune de Rome ; elles sont admirablement déduites dans -un discours que le général romain Petilius Cerealis prononça quelque temps après, devant les révoltés de Trêves : « Quand nos armées, dit-il, entrèrent dans votre pays, ce fut à la prière de vos ancêtres ; leurs discordes les Ëit^uaient et les épuisaient et les Germains posaient déjà sur leurs têtes le joi^ de la servitude. Depuis ce temps, nous montons la garde aux ârontières du Rhin pour empêcher un nouvel Arioviste de venir r^er sur la Gaule. Nous ne vous

da nKHns sous l'inâueace directe et irrésistible des tsars, je juge que notre premier intérêt est de &votiser l'union de rautes les laces germaniques, afin de l'opposer à ceux-ci. L'état du monde est nouveao ; il nous &ut changer nos vieiUes maximes et ne pas craindre de fortifier nos voisins pour qu'ils KMnt en état de repousser un jour, avec nous, l'ennemi commun. » L'astrologue se laissait choir dans tm puits.

L'ami de Tocquerille, Gobineau, avait annoncé en termes mystérieux, non les conquftes du tsansme, mais une sone de putiéfacnon des races nobles pat le marécage slave : « Immobile comme la mon, actif comme elle, le marais dévoiait dans ses eaux donnantes les principes les plus chauds et les [dus généreux sans en éprouver d'autre modiûcatioii, quant à lui-même, que çà et là une élévation reJatÏTe du fond, mais pour en revenir, finalement, i une corruption générale plus compliquée, n {Inéga- Hté), t. n, p. i8o...

LANSQUBHEIS ALLEMANDS. (J. P&tis*ou.)

HISTOIRE DE LA NATION rRANÇAISE

imposons d'autres trïbuts que ceux qui servent à vous assurer la paix. Sachez supporter les inconvénients si vous obtxnez les avantages. Serez-vous plus heuieux sous la domination germaine? Si l'Empire romain disparaissais ce serait sur la terre la guerre universelle. Et quel peuple serait plus en péiil que vous, vous qui êtes le plus près de l'ennemi, vous qui possédez l'or et la richesse qui ont toujours attiré l'invasion?... » Le général romain n'eut pas à se servir de ses armes. Les Gaulois renoncèrent d'eux-mêmes k suivre Civilis, qui fit sa soumission.

Toute l'histoire eurt^ïéenne est dans cet épisode. Si PAllemagne, profitant de sa situation centrale et se croyant en sécurité sur sa frontière orientale, veut conquérir les pays du soleil et les riches terres méridionales, elle recommence l'étemel duel, d'où elle sort d'ailleurs toujours vaincue. Ce œnstant danger menace les bases mêmes de l'édifice européen. Si, au contraire, les deux pays qui sont les deux pentes du toit commun vivent en paix, le reste est tranquille. Mais il &ut, pour arriver à cda, que l' Allemagne abondante en hommes, se modère elle-même, qu'elle consente à vivre humainement, et non surhumainement, qu'elle domine en elle je ne sais quek bouillonnements de cette méchanceté morale qui, au dire de Nietzsche, « amie dans ses veines avec le sang des ancêtres », qu'elle entre dans la vraie «culture», cdle qui b<Mt aux sources pures de la raison, qu'elle vomisse l'âpre désir « du &r et du sang», en un mot, qu'elle écarte tout systime militariste et impérialiste, toute &mille « fiitale », les Barberousse et les Frédéric. U est de nécessité européenne que la Prusse conquérante ne garde pas la toitation d'une tête de pont sur le Rhin. L'Europe doit aussi veiller à ce que ne s'affiiiblissent pas outre mesure, au revers de l'Allemagne, les m puissances du Nord ». Une Allem^ne s'adaptant d'un ferme propos à l'Europe est la seule voie de salut pour l'Europe et pour l'Allemagne. Le jour où tentes deux auront acquis cette ccmviction, les leçons de l'Histoire auront servi.

AMOUTERBK C'est la mission de l'Angleterre de veiller à ces hauts pro-

blèmes. La Providence l'a placée dans ses îles pour que, un peu retirée, elle puisse garder le sang-froid et donner, à l'heure opportune, le coup de balancier. Marchande et pacifique, qu'elle ne ji^ pas trop sévèrement les peuples guerriers : ils sont si exposés ! Elle a bien vu, en 1914, qu'elle peut rencontrer à l'improviste des périls mortels ; peut-être ne l'a-t-elle pas encore compris jusque dans les moelles, mais elle trouvera, de plus en plus, la lutte sur son chemin. On laisse rarement en repos les Empires < sur lesquels ne se couche pas le soleil ». Pas plus que le canal de Suez, le canal de la Manche n'est une protection. L'Aile-

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siagne aux portes de Calais et aux portes d'Anvers, c'est un grand risque car la sécurité de tout TEmpire d^)end de cette étroite bande de. mer qui n'a jamais été in&anchissable, — qui l'est moins que jamais, — et par-dessus laquelle, même aux siècles passés, l'Angleterre fille des Saxons, des Danois et des Normands, s'est embarquée pour ses îles.

Là question vitale pour l'Angleterre sera toujours la « Question des duchés », c'est-à-dire l'expansion de l'Allemagne dans la Baltique et dans la mer du Nord, visant la Mandie.

Cette eq}ansion ne date pas d'hier.

L'Ang^etene doit avoir relu l'histoire des Villes hanséatiques.Far ces villes, l'Allemagne maritime, pendant de longs siècles, d<v

mina les mers et le commerce européen : « Notre Empire est sur les eaux. • A partir de 1863, la questi(m des duchés et celle de l'unité allemande furent posées simultanément; peut-être avait on conçu, dès lors, le projet du canal de Kiel qui visait TAi^eterre. Si la France et l'Angleterre eussent, à cette heure critique, marché ensemble, peut-être un protocole eût-il réglé ce qui devait êtr^ cinquante ans plus tard, ce conflit de Kiel, par quoi périrent huit millions d'hommes.

La vérité est que, dans tous les conflits universels, l'Angleterre et la France sont solidaires. Au grand jeu de l'histoire, elles misent sur le même tableau. Edouard Vil, qui savait la politique étrangère, disait : « Notre frontière, c'est le Rhin!>

L'Ai^eterre fiit formée par la France des Guillaume; Normands, ils sont Français. Est-ce dans les brumes du Nord qu'ils avaient reçu l'art gothique et la civilisation du droit? Tout cela est romaÏQ, repensé par la France. Le génie anglais, dont la puissante originaUté est d'être insulaire, les repense à s(m tour et &it du Midi le Nord. L'héritage prend alors une valeur nouvelle, une valeur

LONDRES. (J. P«li«iou.)

planétaire; il a reçu Testampe qu'il ùaxt pour avoir cours dans le reste du monde ; mais les origines et l'alliage primitifs sont « continent » et << France k Rien de bon n'est venu d'autres rivages en Angleterre. Toute puissance autre que la firançaise à Qdais serait pour elle la fin de toute paix et peut-être de l'existence même.

L'isolement insulaire a produit la plus magnifique branche de la civilisation européenne, celle qui répand la douceur de son ombre et la richesse de ses fiiiits sur l'univers. L'humanité a progressé longtemps selon les lois britanniques et elle progressera longtemps selon ces lois. L'Angleterre n'a inventé ni la liberté ni les mœurs, mais elle les a répandus et purifiés. L'art des « parlements », c'est-à-dire l'art des opinions et des discussions libres, est anglais. Et, sans doute, cette forme de vie sociale n'a pas dit son dernier mot, puisqu'elle crée aujourd'hui un « parlement des Nations ».

Mais, avec ses qiialités incomparables qui doublent Rome par Cartfaàge, l'Angleterre trouve une faiblesse dans sa force : c'est son mercantilisme. Elle sacrifie beaucoup au préjugé de la richesse, qui n'est peut-être qu'un préjugé. Quand la question trafic est en jeu, l'Angleterre n'écoute plus. Cette incompréhension, selon le mot de M. Qemenceau, fait notre étonnement.

C'est id que notre peuple reprend son caractère et son rang. Non marchand, mais laboureur, artiste et soldat, son métier et son idéal l'amusent. Il ne craint ni la bise qui souffle ni la table dégarnie. Un quignon de pain et de la bonne humeur, cela lui suffit. Le roi Louis Vn disait au chroniqueur anglais, Gautier Map, qui nous l'a rapporté : « Ton seigneur, le roi d'Angleterre, a de tout en abondance, hommes, chevaux, or, soi&i diamants, gibier. Nous, Français, nous n'avons que du pain, du vin et de la gaieté. »

En raison de sa position continentale, la France défendra l'Europe, pour tout le monde et pour l'Angleterre, pourvu que l'Angleterre lui assure ouvertes les voies de la mer. Ainsi, ni l'une ni l'autre ne peuvent se passer l'une de l'autre. Sedey disait : « La France a mis trop de fers au feu à la fois. » Oui, mais c'est la nature et la géographie qui lui ont imposé ces tâches ; et elle les a réussies^ en somme, depuis deux mille ans.

RésumcHis ces extraits de l'histoire européenne : l'Angleterre fait la politique des îles et la France la politique des presqu'îles. Mais qui dit presqu^Ue dit l'Europe même. La France est l'extrémité de la pointe de ce vieux continent aux rivages découpés et entreprenants. Son assiette à la terre et son issue à la mer font son double devoir. L'histoire anglaise est jointe à l'histoire firançaise parce qu'elles sont toutes

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INTRODUCTION

deux les membres vivants du rivage articulé qui a colonisé l'univeis. Cependant le port d'attache et le lieu d*embarquement restent toujours en tene fenne. L*ancie est je^ SUT le roc et jusque dans la force du continent^ au Rhin.

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