CHAPITRE III
LES CONSEQUENCES ECONOMIQUES DE LA CONQUÊTE GALLO-ROMAINE
La paix romaine, les grandes routes romaines en Gaule. — Les villes, leur développement. — V organisation de la vie économique dans la cité : les collèges. — Mise en valeur du sol. — La grande propriété. — La production industrielle; le commerce. — Les influences artistiques et religieuses. — Les dépenses publiques; Vimpôt. — Les nouvelles formes de V activité économique; la ptdssance de V argent.
A conquête de la Gaule par les Romains produisit des modifications profondes dans le milieu que nous venons de décrire ; il serait excessif, toutefois, d’y voir, avec quelques historiens, le point de départ d’un état de choses entièrement renouvelé. En réalité, comme nous allons le constater, les éléments anciens subsistent, et la paix romaine aboutira le plus souvent à une adaptation des Gaulois aux conditions nouvelles.
Le premier soin des vainqueurs fut d’assurer leur sécurité ; bien que la soumission de la Gaule ait été achevée en quelques années, elle pouvait être considérée comme précaire et des insurrections restaient possibles. L’armée romaine qui avait fait la campagne était inférieure à soixante-dix mille hommes. Il était nécessaire qu’elle pût être transportée très vite d’im point à un autre, la mobüité devant compenser son insuffisance numérique. Pour cela un réseau de routes, rationnellement conçues
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et solidement construites, était indispensable. Le fait qu’ime cohorte (i 200 hommes) semblait suffisante pour assurer l’ordre en Gaule prouve autant en faveur de son système routier que de son système politique (i).
Les Gaulois, nous l’avons vu, avaient des voies de terre nombreuses et très fréquentées, mais c’étaient des sentiers, tout au plus des chemins accessibles à des isolés, piétons ou carrioles. Sous Auguste, Agrippa entreprit la construction d’un réseau de voies de communication, suivant tm plan méthodique. Quatre grandes routes aboutissaient à Lyon, en partant des extrémités du pays : le Rhin, la Bretagne, l’Océan, l’embouchure du Rhône. Cinq routes reliaient l’Itahe à la Gaule, celle du Grand Saint-Bernard, celle du Petit Saint-Bernard, celle du mont Genèvre et celle du col de Largentière, plus la route de côte qui longeait la Méditerranée. Arles était le centre routier le plus fréquenté du Sud-est ; Trêves, Metz, Reims, Orléans étaient des nœuds de routes remarquables ; Bordeaux commandait aussi plusieurs voies importantes. La plupart de ces routes existaient déjà sous une forme plus ou moins rudimentaire, avant la conquête, mais c’est dans l’exécution matérielle que Rome sut innover. Les voies romaines, la plupart du temps pavées, voyaient leur solidité augmentée par im soubassement de composition variable selon les terrains : le temps a consacré la valeur du procédé. Certains travaux existent encore; les méthodes sont toujours employées (2).
y ES VILLES, LEUR Daus ce domaine comme dans tant d’autres, les Ro- DÉVELOPPEMENT mains tirèrent admirablement parti des efforts antérieurs et des résultats déjà obtenus. Il est rare que les villes n’aient pas une origine gauloise. Elles furent construites sur l’emplacement d’un sanctuaire, d’un marché, d’une agglomération plus ou moins importante, mais la civilisation romaine fit prendre un essor remarquable à la vie urbaine. On retrouve, en cette matière, les préoccupations d’ordre militaire qui s’imposaient à l’esprit des vainqueurs. Les positions stratégiques furent souvent déterminantes pour l’étabhssement des nouvelles cités. Marseille, condamnée pour des motifs politiques, céda à Fréjus sa puissance militaire, à cause de la situation dominante de cette ville ; la même cause explique le développement de Béziers et d’Orange ; par contre, on abandonna Gergovie et Bibracte, trop isolées, pour Clermont et Autun, d’un abord plus facile. Il y eut même des villes proprement militaires comme Mayence.
(1) Cf. JULLIAN, Histoire de la Gaule.
(2) Jean Brunhes, Géographie humaine, t. II.
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Le choix de la capitale de la Gaule est très significatif. Ce qui valut cet honneur à Lyon fut certainement, en grande partie, un motif de sécurité. Lyon, nœud de routes et de voies fluviales, commandant les accès de la Gaule du Nord, fut choisie comme un poste d’observation sans égal. Mais ces considérations d’ordre militaire ne devaient pas tarder à s’atténuer et le développement des villes galloromaines se fit dans un sens pacifique. Lyon, par exemple, eut bientôt figure de grande cité commerciale ; cent ans après sa fondation, la dté comptait 200 000 habitants ; c’était un centre d’importations et d’exportations unique en Gaule, un marché où étaient représentés tous les peuples et tous les produits. En outre, Lyon était, au premier chef, ime ville administrative qui rassemblait les services de toutes sortes, nécessaires à la gestion de la Gaule par les Romains.
Dans la Narbonnaise, les grandes villes étaient nombreuses. Narbonne, Nîmes, Arles, Vieime comptaient de 80 à 100 000 habitants. Toulon, Aix, Béziers, Orange, Fréjus en avaient de 40 à 50 000. A l’Est, Trêves ; à l’Ouest, Nantes, Bordeaux, et telles autres villes prenaient un développement considérable. Paris, au centre, eut pendant longtemps une existence obscure. Dans le Nord de la Gaule, Flandre, Brabant, Campine, la vie urbaine n’existe pour ainsi dire pas.
Ces villes, particulièrement celles de la Narbonnaise, subirent l’influence décisive de la civilisation romaine, et l’imitation de Rome dans l’architecture est manifeste. On voit apparaître le forum, la basilique, qui servait de tribimal, de bourse de commerce et de lieu de réunions publiques, les temples, les thermes, le théâtre, les arènes. Il manquait seulement des espaces libres ; les monuments et les maisons étaient juxtaposés, sans idée d’ensemble, sans plan préexistant. Dans les demeures des particuliers, on retrouvait la même inspiration, le même aménagement que dans les maisons romaines, avec les seules différences que le climat rendait nécessaires, notamment les dispositifs de chauffage, parfois même l’emploi des vitres. L’aménagement intériem: rappelait le style de Pompéi, et la mosaïque faisait le fond de la décoration.
Bien que l’action de la civilisation romaine s’atténue, à mesme que l’on pénètre plus avant dans la Gaule, il est remarquable de voir combien une ville comme Trêves, située dans une région differente des régions méditerranéenne, a subi l’empreinte latine.
L’ ORGANISATION DE LA VIE ÉCONOMIQUE Dans les grandes villes gallo-ro- DANs LA CITÉ : LES COLLÈGES maines le groupement des commer¬
çants et des artisans^ par quartier, semble avoir été une règle assez générale. C’est
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ainsi qu’à Lutèce on trouve les potiers rassemblés sur le versant de la montagne Sainte-Geneviève. Ce groupement était le signe visible d’ime organisation véritable^ celle des collèges.
Ces derniers avaient à Rome une origine ancienne. Après avoir été mêlés aux querelles politiques, et être restés longtemps suspects pour cette raison, ils avaient reçu d’Alexandre Sévère xme consécration légale. La Gaule emprunta à Rome cette institution, et l’on signale, dès le premier siècle, des collèges dans notre pays. Au troisième siècle, avec le développement du commerce et de l’industrie, ils étaient
devenus très nombreux.
Avant de parler des collèges professionnels, il convient de les distinguer d’une institution à caractère religieux et philanthropique qui portait le même nom, les collèges funéraires, ayant pour objet d’assurer aux membres affiliés une sépulture convenable et un service religieux.
Les collèges professionnels avaient également l’habitude de pourvoir aux funérailles de leurs membres. Ils constituaient par ailleurs des organisations distinctes.
Quelle était leur composition? La réponse à cette question ne peut être donnée avec certitude. Ils comprenaient, le plus souvent, les personnes exerçant la même profession, ou, comme dit la loi française sur les syndicats, des professions connexes. C’est ainsi que les utriculaires, qui fabriquaient des outres pour recevoir l’huile et même le vin, avaient souvent dans leur groupe des nautes (armateurs et bateliers), transporteurs du produit. Il n’était pas rare d’y voir des membres d’une profession toute différente, à qui l’on voulait peut-être témoigner une sympathie particulière. Quelquefois l’association n’était pas limitée à une vüle, mais englobait des commerçants d’une région étendue, ayant entre eux des intérêts communs ; les étrangers y étaient admis. On s’est demandé si les collèges comprenaient à la
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fois des maîtres et des ouvriers ; les renseignements précis manquent sur ce point, mais étant donné que les travailleurs, si Ton excepte les esclaves, étaient presque tous des travailleurs à leur compte, la question n’a qu’un intérêt médiocre.
Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’avant le troisième siècle, le collège n’était obligatoire pour auctme profession ; nous indiquerons, plus loin, la transformation qui s’opéra sur ce point.
L’organisation extérieure des collèges reposait sur le principe de liberté, et l’autorisation était facultative car on tolérait les collèges illicites, c’est-à-dire ceux qui ne jouissaient pas de la personnalité civile. Cependant l’État intervenait exceptionnellement lorsqu’il estimait que l’intérêt public était en jeu. Il nommait le chef des Hautes du Rhône en raison de l’importance de la navigation sur ce fleuve et des dangers qu’elle comporte. Grâce à cette organisation, l’État jouait son rôle protecteur de l’intérêt pubhc, en empiétant au minimum sur les libertés du groupe et des individus.
Le collège comprenait une assemblée générale qui éhsait le personnel dirigeant, votait les statuts et le budget, prononçait l’admission des adhérents, déhbérait sur les questions d’administration. Les magistrats , au nombre de deux le plus souvent, étaient élus poiu: im an, pour cinq ans, parfois à vie ; ils dirigeaient le groupement, assistés par les curateurs qui avaient plus particuhèrement des attributions financières. Enfin, au sommet de la hiérarchie, \ç, patron^ sous l’égide de qui était placé le collège, avait des fonctions honorifiques, d’ailleurs dispendieuses ; il donnait des festins, faisait des libérahtés, jouait un rôle de protecteur et de concüiateur. Aussi les collèges recherchaient-ils avec soin un haut personnage, sénateur, chevafier, qui pût payer en avantages de toutes sortes les marques d’estime et de considération qu’on lui donnait.
Si l’on possède des détails assez circonstanciés sur l’organisation de ces associations, on est très mal renseigné sur l’objet de leur activité. D’après les indications qui nous ont été transmises, les cérémonies rehgieuses et les fêtes corporatives jouaient un rôle prépondérant. Chaque collège avait son culte particulier, qu’on célébrait soit dans les temples, soit dans la schola ou maison commune. Les banquets, les distributions de vivres étaient fréquents. En outre les collèges figuraient en corps dans les cérémonies publiques, avec leurs bannières et leurs insignes. Nous avons dit qu’ils s’occupaient également des funérailles de leurs membres ; non seulement les derniers devoirs étaient rendus avec solennité, mais encore des cérémonies commémoratives perpétuaient la mémoire du défunt. On sait aussi qu’ils se préoccupaient des intérêts professionnels de leurs membres, mais on n’a aucun document précis à ce sujet. Il semble qu’on se réunissait
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surtout, Hans les collèges, pour jouir de la satisfaction d’être entre camarades, heureux de se retrouver, en dehors de leurs occupations professionnelles. Ces institutions devaient se rapprocher de nos sociétés philanthropiques et corporatives, plus que des corps de métiers du moyen âge ou de nos syndicats actuels.
Quelles étaient les ressources des collèges ? Tout d’abord les cotisations de leurs membres, le produit du travail des esclaves, les revenus du patrimoine, enfin les dons et legs, qu’üs étaient capables de recevoir dès qu’ils étaient autorisés, et qui atteignaient souvent des sommes considérables. Les membres obtenaient fréquemment des libéralités importantes de la part du patron qu’ils avaient choisi.
Telle était la physionomie des collèges au troisième siècle de notre ère ; ils étaient très inégalement répartis en Gaule. La région qui en possédait le plus grand nombre était la Narbonnaise ; on en trouvait aussi beaucoup dans la vallée du Rhône et en particulier à Lyon. On constate que l’importance du mouvement corporatif, en Gaule, diminue avec l’influence romaine; dans les régions du Nord, les collèges semblent avoir été peu répandus.
Parmi les collèges dont le souvenir nous a été transmis, citons ceux des diverses industries de la construction : fabri tignarii (ouvriers du bâtiment), fabri navales (ouvriers des constructions navales), fabri ferrarii (ouvriers en fer) ; les collèges des dendrophores, marchands de bois de construction; citons encore les collèges des industries du vêtement : sagari (fabricants de blouses en soie), centonarii (fabricants d’étoffes grossières), etc. Nous avons déjà parlé des fabricants d’outres, utricidarii^ qui avaient des relations fréquentes avec les negodatores vinarif les marchands de vins.
Une mention spéciale doit être faite pour les naviculaires, qui assuraient le commerce maritime, et les nautes, spécialisés dans les transports par rivières ou même par terre. Les collèges de nautes les plus réputés étaient ceux du Rhône et de la Saône, d’Arles et de Lyon. La navigation de la Seine était confiée aux nautes parisiens. Dans le Nord même, on trouvait des nautes sur le Rhin et sur la Moselle.
Une transformation profonde s’opéra dans ce régime sous le Bas-Empire. Le pouvoir central qui avait toujours eu, jusqu’alors, ime certaine défiance des collèges, cherche désormais à les multiplier; il voulut même les rendre obligatoires. C’est sans doute une raison fiscale qui le détermina à agir ainsi. Ces organismes étaient chargés de répartir et de percevoir l’impôt, dû par les commerçants et les industriels. Il était donc nécessaire que le collège englobât l’ensemble des membres de la profession ; c’est ce que décida la loi. A partir de ce jour, les
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artisans et les commerçants furent attachés à leur profession par un lien indestructible, et le collège ne fit qu’im avec le métier.
Les associations qui, à Rome, étaient chargées d’tm service public, comme le service des vivres, le transport par mer des blés, étaient vite tombés dans la dépendance complète de l’État ; les fonctions de letus membres étaient considérées, plus ou moins, comme des fonctions publiques, dont ils ne pouvaient se démettre et qui passaient à leius héritiers. Par contre ces collèges jouissaient du monopole de la profession. On manque de renseignements précis sur la manière dont étaient assurés, dans la Gaule romaine, les services d’intérêt général, mais on peut supposer qu’ils étaient dans la main du pouvoir. Il semble qu’il ait existé des naviculaires en Gaule, pour le transport des blés, sur le modèle de ceux de Rome. Les collèges étaient devenus au quatrième siècle des institutions plus ou moins ofiScieUes en Gaule comme dans tout l’Empire (G. Bloch).
Les nécessités d’une organisation commerciale centralisée, pour assurer le ravitaillement régulier des populations et des armées, avait fait naître une sorte de régime économique autoritaire, nous dirions, aujourd’hui, d’interventionisme, d’étatisme.
A MISE EN VALEUR DU SOL. La paix romaine fut très profitable à l’agri- LA GRANDE PROPRIÉTÉ cultuTe gauloise ; le blé devint tm produit d’exportation, la vigne se répandit dans la Narbonnaise. La grande propriété, sur laquelle reposait la société gauloise, ne fit qu’accentuer son importance. Les domaines gallo-romains étaient d’une étendue supérieure à ce que nous nommons les grandes propriétés ; un domaine de i 050 arpents passait pour petit.
Le domaine comprenait la villa urhana et la villa rustica. La première était la demeure du propriétaire et des esclaves attachés à la personne. La villa rustica se composait des bâtiments de l’exploitation, concentrés autour d’une vaste cour. Cette exploitation était assurée par des esclaves qui semblent avoir eu des tâches spécialisées ; on ne se contentait pas de leur faire exécuter les travaux agricoles proprement dits ; ils fabriquaient les outils, confectionnaient les draps, les vêtements de tout le personnel. Le grand propriétaire avait également à son service des esclaves artisans qui se livraient à des productions industrielles, en utilisant les matières premières que fournissait le domaine : bois, laine, métaux, argile, etc.
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La petite propriété disposait de ressourœs inférieures en capitaux et en maind’œuvre ; accablée d’impôts, elle ne devait pas tarder à péricliter ; le patronage, dont nous avons signalé l’existence dans la Gaule indépendante, prit un développement nouveau et amena la disparition des petits exploitants ; de même le précaire, concession de terre sans engagement de part et d’autre, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir bientôt, fut une cause d’extension de la grande propriété.
L’esclavage formait toujours la part la plus importante de la main-d’œuvre agricole; la condition des esclaves fut améliorée non seulement par l’aflEranchissement qui se généralisa, mais encore par la coutume qui s’afifirma de leur assigner un lopin de terre dont ils recueillaient les fruits, moyennant redevance Si le sort des esclaves tendait à s’élever, celui des fermiers se rapprochait de la servitude. Les difficultés rencontrées par ces derniers, dans leur exploitation, eurent pour conséquence de les mettre à la discrétion ^ ^ O ^ ties propnetanes qm les attachaient
(D apres une stele de provenance locale de Sens, Yonne). ^ ^ ^
à la glèbe. L’ensemble de ces éléments augmenta la prédominance de la grande propriété et prépara le régime féodal.
Les grands propriétaires ne se contentaient pas de détenir la suprématie de la fortune et du rang, ils avaient également la puissance politique ; parmi eux se recrutaient les décurions qui avaient le gouvernement de la cité.
A la fin de l’empire, le riche tenancier délaisse la campagne pour la ville, et hvre l’exploitation à son intendant ; celle-ci devient de plus en plus difficile avec le poids grandissant des impôts.
La production industrielle. Le propriétaire foncier constituait seul LE COMMERCE l’aiistocratie, et c’est dans la plèbe qu’ü faut
ranger les industriels et les commerçants ; pourtant, grâce au développement de l’activité économique, la situation des gens de négoce ne tarda pas à s’améliorer notablement.
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FER A CKBBVAL GAULOIS /Collection Pierre Méguin).
Nous avons vu que la Gaule possédait les éléments d’une industrie prospère ; elle avait des matières premières abondantes et ime main-d’œuvre exercée. Rome sut lui donner ce qui lui manquait : la sécurité, l’assurance d’une paix prolongée sans laquelle les grandes entreprises sont impossibles ; enfin des débouchés apparurent, dus à des communications meilleures et à la création de nouveaux marchés extérieurs.
La métallurgie gauloise fut une des industries qui s’affirmèrent le plus victorieusement sous la domination romaine, et celle du fer tenait indiscutablement le premier rang. Les engins de guerre, notamment la fabrication des épées, la firent connaître au loin, mais l’utilisation du métal pour les usages agricoles, professionnels, domestiques se généralisa également. Le bronze servit, en particulier, à la fabrications des fibules, — petites épingles utilisées pour fixer les pièces du vêtement, — que l’on exportait en tous pays ; à la fabrication des pièces de harnachement, d’ameublement. Grâce aux exemples des grands propriétaires romains, le domaine des riches Gaulois devient un centre de production de laines. La toison des moutons de la Narbonnaise acquit la réputation d’être la meilleure de l’Europe.
L’industrie textile, déjà prospère avant la conquête, devint largement exportatrice ; les saies et les cagoules gauloises envahirent tous les marchés du bassin de la Méditerranée. Les diverses régions se spécialisèrent ; les draps de Saintes, de Langres,
de Reims, de Rouen, d’Amiens, de Bourges étaient réputés, de même que les toiles à voiles de Normandie et d’Artois pour navires. Les toiles de Cahors, pour la literie, furent adoptées par les Romains. Une immense fabrication occupait les femmes dans ces divers centres. Les produits étaient exportés dans tout l’Empire et servaient à vêtir les armées de Rome. Le cuir fut utüisé pour des usages de plus en plus nombreux; la fabrication des outres, en peau de bouc et chèvre, était très active.
Les industries du bâtiment prirent un développement considérable avec la fièvre de construction qui s’empara de toute la Gaule ; bien qu’on ne renonçât pas à la construction en bois, les pierres furent employées partout, soit pour la pavage des rues, soit pour les bâtiments privés ou publics.
L’industrie céramique se spécialisa en partie dans la fabrication de la vaisselle