ROUE EN BOIS
Mercurago, près Arona (Piémont) (Moulage du musée de Saint-Germain-en-Laye).
drap gaulois était d’une qualité exceptionnelle en laine du pays, d’un tissu serré. On en fabriquait un peu partout, en Saintonge, en Franche-Comté, en Artois.
Avec les étoffes gauloises on faisait les braies, pantalon ajusté, les saies qui servaient de manteau, la « caracalla », sorte de tunique. D’après Pline, les Gaulois tissaient des étoffes feutrées particulièrement résistantes. Les vêtements avaient des tons voyants, car la teinture, végétale et animale, était d’tm emploi courant. Les auteurs anciens parlent d’étoffes à pois qui devaient \ v¥.|' \ être semblables à nos tissus imprimés. En
outre, le cuir fut travaillé de façon remarquable, et utilisé soit pour la chaussure, soit pour l’ornement et le harnachement.
Nous avons déjà indiqué la richesse de la Gaule en produits miniers ; l’exploitation se faisait méthodiquement par des galeries couvertes et par des excavations à l’air libre.
La production du fer se répandit sur toute l’étendue du territoire, et chaque peuplade avait ses forges pour assurer la satisfaction de ses besoins militaires. Si le fer était de bonne qualité, la technique des artisans paraît plus correcte qu’inventive; ils utilisaient le métal non seulement pour les armes elles-mêmes mais pour les accessoires : le fer servait, dans la marine, à forger des chaînes pour les ancres ; dans les travaux de charpente, à faire des tiges de fer, des marteaux, des pinces, des clous. Le charronnage fut une industrie indépendante. Les roues des chariots étaient trapues, afin de surmonter, sans brisure, les difficultés des fondrières. On les garnissait de bandes de fer et d’énormes
ROUE EN FER DE CHAR GAULOIS (Musée de Saint-Germain-en-Laye).
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boulons, dont il nous est resté de nombreux vestiges. On employait aussi le fer dans la fabrication des instruments agricoles, des objets de cuisine.
Le bronze était d’un usage très fréquent, aussi bien dans les arts de la guerre que dans les arts de la paix, mais la fabrication de cette matière, alors précieuse, existait surtout chez les peuples riches et dans les centres industriels importants. Des colporteurs répandaient les articles de bronze sur tout le territoire et l’on signale même l’existence de fondeurs ambulants qui se déplaçaient avec leur matériel.
Pline cite l’étamage comme une découverte des Bituriges ; l’argenture et la dorure étaient pratiquées à Alésia. La Gaule eut le monopole d’un art industriel, inconnu en dehors de ses frontières, l’art de l’émaillerie. Les produits locaux en étaient si parfaits qu’on a de la peine à les distinguer des objets en coraü. On a retrouvé à Bibracte des ateliers d’émaillerie, ainsi que des mosaïques décorant les maisons. L’humanité, désormais, a des loisirs. Le goût du luxe se développe, le sens de l’art, de la décoration va jouer un rôle civilisateur et économique.
La verrerie, spéciahsée dans les articles de luxe, était fort en honneur chez les Gaulois, qui fabriquaient en particulier des colhers de boules de verre ou des pendeloques de diverses couleurs ; les verriers avaient trouvé des tons particulièrement déhcats, notamment le bleu égyptien.
En céramique, les Gaulois n’ont guère dépassé une technique médiocre, tout entière tournée vers les objets usuels : jattes de grandes dimensions, écuelles de terre ; ils aimaient les poteries peintes et réussissaient assez bien à reproduire certains motifs de couleurs uniformes.
La simpHcité des maisons gauloises réduisait à peu de chose l’art des constructions. C’étaient, en général, des huttes circulaires, avec des murs en bois ou en argile, recouvertes d’un toit de chaume, avec un orifice pour l’échappement de la fumée ; on les a comparées à des gourbis arabes. La pierre n’était guère utilisée que pour des fins mihtaires ou pour les sépultures. De même, le mobilier se composait uniquement de tables basses et de coffres où l’on déposait parfois les têtes des ennemis vaincus ; mais l’on trouvait, assez communément, des matelas et des tapis qui étaient des produits indigènes.
Une industrie dont l’activité était indispensable à la vie économique comme à la puissance militaire de la Gaule était l’industrie de la construction navale. Les navires gaulois furent rationnellement conçus et solidement charpentés, et les tribus qui occupaient les côtes avaient des flottes redoutables, témoin celle des Vénètes qui était fameuse. L’Armorique fournissait des matelots excellents.
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Le commerce et les voies La navigation maritime et fluviale jouait, au DE COMMUNICATION seul poûit de vue commercial, un rôle considérable. Par mer, la Gaule pratiquait des échanges actifs avec les pays étrangers, et des bords du Tibre aux rivages de l’Elbe, avait lieu un trafic régulier. — La Grande-Bretagne envoyait de l’étain, des peaux, des chiens de guerre, et recevait du bronze, des bijoux, de la verroterie et des étoffes de laine. La mer du Nord portait des cargaisons d’ambre, la Méditerranée apportait du vin, du corail, des objets de parure, des poteries ; elle emportait des instruments agricoles, de la carrosserie, des vêtements destinés à l’Itahe, ainsi que divers produits d’alimentation, spécialités gauloises. Le commerce des porcs et des salaisons était des plus importants entre la Gaule et Rome.
Les routes fluviales, très développées, prolongèrent les voies maritimes; elles constituaient un réseau des plus complets et utUisé à plein rendement ; non seulement les grands fleuves, la Seine, la Loire, le Rhône, la Saône, servaient au transport des marchandises, mais encore des dispositions étaient prises pour qu’on pût, grâce à une organisation méthodique de porteurs, de muletiers, passer d’un système fluvial dans un autre. De Marseille à la Bretagne circulaient ainsi les produits des diverses contrées.
Les routes de terre étaient également très fréquentées ; une des principales rehait la vallée du Rhône à celle de l’Aflier et de la Loire ; de Marseille on gagnait Cavaillon et le Pont-Saint-Esprit, qui était un point de pénétration très important vers les contrées du centre, à travers le Gévaudan, le Vivarais et le Velay, pour atteindre la riche plaine de Limagne. Des routes escaladaient les cols des montagnes du Sud et de l’Est, dans les Pyrénées et les Alpes, et mettaient la Gaule en communication avec l’Espagne et l’Itahe. Sur tout le contour des rivages de la Méditerranée, les hommes et les produits circulaient sans cesse, allant, par cette voie facile, hbre d’accès en toute saison, d’Itahe en Espagne. Des ponts, ou à défaut des gués, permettaient de franchir les rivières, de telle sorte qu’il n’y avait pas de solution de continuité dans les relations de ville à ville, de peuple à peuple. Les frontières n’interrompaient pas le trafic ; on se contentait d’y percevoir des taxes douanières ; d’autre part, on créait, sur certains points, des centres de contact entre les marchands des diverses tribus qui se rencontraient dans des foires mi-rehgieuses, mi-commerciales. On utüisait, pour circuler, des charrettes analogues à celle de nos paysans.
Les communications, par terre ou par mer, étaient également rapides. D’après M. Camille JuUian, on ne mettait que sept jours de navigation pour aller de Port- Vendres au fond du golfe de Gascogne ; le transport par terre de l’étain, depuis la
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Manche jusqu’à la Méditerranée, se faisait en trente jours, pour une distance supérieure à I ooo kilomètres. Les vaisseaux grecs faisaient de 157 à 185 kilomètres par vingt-quatre heures.
L’APPARITION DE Un couimerce de cette importance exige im instrument
LA MONNAIE monétaire plus perfectionné que la poudre d’or ou les lingots de bronze. Les Gaulois montrèrent à cet égard ime grande facilité d’adaptation, jointe à une invention artistique médiocre. Ils empruntèrent l’usage de la monnaie
LES COMMUNICATIONS PAR VOIE DE TERRE (D’après une stèle provenant de Langres, ii* siècle après J.-C.).
à plusieurs sources, dont la première fut la source massaliote. — Marseille avait une monnaie commune avec diverses villes d’Asie Mineure, de Grèce et d’Italie, et ses pièces circulaient dans tout le bassin de la Méditerranée. Elles remontèrent même la vallée du Rhône et pénétrèrent en Gaule. — La Gaule connut aussi la monnaie mi-espagnole, mi-hellénique de Rhodes, qui pénétra en Aquitaine et même au delà. C’était, comme celle de Marseille, ime monnaie d’argent. La monnaie de bronze reste exceptionnelle et d’une circulation limitée à la région comprise entre l’Hérault et les Pyrénées. Vers le milieu du quatrième siècle, les statères, ou philippes d’or, dont le métal était tiré des mines de Thrace, furent importées en Gaule par le Danube et gagnèrent le centre du pays à travers la tribu des Arvemes, qui détenait plusieurs voies importantes, tant fluviales que terrestres.
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— Les pièces macédoniennes connurent une vogue considérable, et dès le troisième siècle, la Gaule frappait des monnaies locales, copies assez exactes au début, mais qui ne tardèrent pas à se déformer ; on y retrouve la répugnance des Gaulois à la représentation de Thomme et des animaux, ce qui s’explique par des motifs religieux, ou par la crainte des méfaits de mauvais génies, dont l’esprit s’incorpore à toutes représentations d’un être vivant. Pendant longtemps les monnaies ne reproduisirent que des motifs d’une ornementation plus étrange qu’harmonieuse. Les pièces gauloises se multiplièrent très rapidement, chaque tribu, chaque cité, presque chaque chef de grande famille ayant le droit de battre monnaie (i). Une circulation monétaire aussi complexe devait fatalement faire naître la spécialisation du commerce des monnaies, sur les rives du bassin de la Méditerranée. En Grèce, en Italie, à Marseille apparaissent les trapézites, qui échangent les jetons, contrôlent leur qualité et leur degré de fin et ensuite opèrent, entre clients, des règlements par jeu d’écritures. La nécessité impose la pratique de la compensation des dettes et des créances, et ainsi naît la banque.
Les diverses formes de la La monnaie ne constituait pas la seule RICHESSE. — LA FISCALITÉ richesse mobihère des Gaulois ; on doit compter, comme un capital important, le capital humain formé par les esclaves, car ils constituaient la plus grande partie de la main-d’œuvre, notamment de la main-d’œuvre agricole. Tel riche Gaulois disposait de dix mille esclaves. Ils provenaient soit de la conquête, soit des transactions commerciales, car on les achetait, on les échangeait sur les marchés comme des marchandises ; le commerce des esclaves était très important entre l’Itahe et la Gaule. On a voulu conclure au peu de valeur des esclaves du fait qu’on les échangeait contre ime mesure de vin, mais comme dit M. Camille Jullian, cela prouve que le vin était cher.
A côté des richesses mobüières, il faut placer le capital immobiher. La propriété privée existait à n’en pas douter chez les Gaulois. Était-eUe strictement individuelle ou familiale ? On ne le sait, mais il est certain qu’étant donné les progrès agricoles, elle constituait une part importante de la fortune. La culture, notamment la culture du blé et des céréales (orge, seigle, millet), était très répandue, de même celle du fin, du chanvre. Les herbes tinctoriales étaient très recherchées. Les procédés agricoles avaient réalisé des progrès considérables, on connaissait l’art d’amender les terres avec de la marne ou de la chaux. On se servait pour labourer d’une charrue
(t) Cf. A. Blanchet et A. Dieudonné, Manuel de Numismatique française, 1. 1, p. i à 76.
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à contre et avant-train, on utilisait la moissonneuse à dents de fer, la herse, les faux, les faucilles. Un charronnage très perfectionné était utilisé, dans les grands domaines, que possédaient les nobles gaulois. Les écrivains latins font allusion à des tenanciers à qui les propriétaires confiaient des terres et du bétail, et qui constituaient la cHentèle de Taristocratie.
L’organisation sociale de la Gaule comporte, à la base, la famille qui groupe autour d’elle les clients, sorte de vassaux, unis au chef, soit par une obligation militaire, soit par un lien de dépendance sociale, et qui, en revanche, obtiennent la protection du chef. Cette famille élargie, c’est le clan. Plusieurs clans formaient un canton (pagus) et plusieurs pagi une cité. Les chefs de clan détiennent le pouvoir par eux-mêmes ou par des magistrats. Le Sénat était sans doute composé des chefs de clan, c’est lui qui devait avoir le droit de décision pour les questions importantes, notamment pour l’étabHssement des impôts.
Les renseignements, sur le système fiscal des Gaulois, sont rares. On sait seulement qu’il existait un impôt direct et des impôts indirects multiples qui sont appelés par César portoria et vectigalia. Il est assez savoureux de constater que la seule indication qu’on possède sur le premier de nos impôts directs est son caractère d’inégalité ; il pesait lourdement sur la plèbe, mais l’aristocratie, l’aristocratie religieuse en particulier, trouvait le moyeu de se soustraire à la loi commime et pa5^t sous une autre forme : services ou dons. Nous n’avons pas d’indications
FAUX GALLO-ROMAINE PROVENANT D’AUROMONVILLIER (vOSGES)
Long. : I m. 15 à I m. 20 environ. (Musée lorrain de Nancy).
précises sur ce dernier point. Les portoria furent surtout des droits de douane, perçus aux frontières, ou dans les ports, et semblent avoir été assez lourds, ainsi que les péages sur les ponts et les routes. Les vectigalia auraient constitué l’impôt indirect proprement dit, qui comprenait, notamment, ime redevance pour l’exploitation des terres. Les impôts étaient affermés par les
CHARRUE A ROUES d’ORIGINE GAULOISE (D’après une amulette romaine en jaspe vert).
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nobles qui en tiraient de gros profits. Ainsi Dumnorix, pour réaliser des ambitions politiques, avait affermé, à un prix dérisoire, le recouvrement des impôts et grâce au bénéfice qu’il en avait retiré, il avait pu répandre l’argent dans les rangs de la plèbe, en vue de son accession au trône. — L’organisation politique gauloise, avec la faiblesse du pouvoir central, se prêtait mal à un système régulier d’impôts, et il est probable que ceux-ci se composaient, essentiellement, de contributions extraordinaires et que les taxes qui correspondaient au paiement immédiat d’un service étaient les plus régulièrement perçues.
Tel nous apparaît l’état économique de la Gaule, au moment de la conquête romaine. C’est un mélange de barbarie et d’organisation. Cependant ce pa5rs offrait des éléments de stabilité et des possibilités de développement que Rome allait mettre en œuvre.
G. Ripart.