OUVRIERS ET SOLDATS FRAPPANT DU MARTEAU SUR DES CISEAUX A BOIS
(Colonne Trajane).
d’importation et d’exportation traitaient les affaires avec l’Italie. Des armateurs tenaient prêts les navires pour les destinations voulues et centralisaient les expéditions (Jullian).
Les foires, qui rassemblaient souvent les commerçants de plusieurs pays, même éloignés, avaient un caractère mi-religieux, mi-commercial. Les marchés de Narbonne, de Nîmes, de Lyon, surtout étaient célèbres.
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
Les influences artistiques L’art en Gaule, sous la domination romaine, ET RELIGIEUSES ne dérive-t-ü pas directement de l’influence exté¬
rieure ? Qu’il s’agisse de l’arc de triomphe d’Orange, des arènes d’Arles, de la maison Carrée de Nîmes, des temples, des forums, des basiliques, des théâtres, qu’il s’agisse encore de morceaux de sculpture comme la Vénus d’Arles ou le guerrier d’Autun, il ne faut voir là que des manifestations d’im art étranger. L’art gaulois proprement dit apparaît surtout dans les bas-reliefs des monuments funéraires ; les souvenirs qui subsistent ne témoignent pas d’un sens artistique très développé, et la maladresse de l’exécution peut faire tenir comme néghgeable la production de la Gaule à cette époque. C’est seulement dans les arts industriels que les Gaulois, comme nous l’avons vu, ont fait preuve de goût et parfois d’originalité.
La religion subit, elle aussi, l’emprise de Rome. Le polythéisme gaulois ne pouvait rivaliser avec la richesse et le raffinement de la mythologie latine, et ce fut le plus souvent sous la forme habituelle des dieux gréco-latins que les divinités furent reproduites. Les religions orientales exercèrent également une influence sur les croyances, et l’on trouve fréquemment des vestiges du culte de la Cybèle phrygienne, la Grande Mère, dans les bas-reliefs du Sud de la Gaule.
Il faut attendre l’épanouissement de la religion chrétienne pour constater tme influence profonde du sentiment religieux sur l’art et sur l’ensemble de l’activité.
TT ES DÉPENSES PUBLIQUES. Les bienfaits de la paix romaine étaient, à n’en ltmpot pas douter, extrêmement coûteux; l’amélioration
des voies de communication, à elle seule, exigea des sacrifices énormes, un mille de routes revenait à looooo sesterces, soit 25000 francs-or, et l’on sait le soin avec lequel l’entretien en fut assuré ; d’autre part, les constructions d’utilité publique, telles que le pont du Gard et les nombreux édifices qui ornaient les villes galloromaines, arènes ou arcs de triomphe, entraînaient des dépenses considérables; mentionnons aussi les traitements des hauts fonctionnaires, qui étaient souvent élevés, les fêtes et les réjouissances dont étaient prodigues les empereurs ou les pouvoirs locaux. Il ne semble pas cependant que ces dépenses publiques fussent pour les contribuables une charge excessive. Il faut remarquer tout d’abord que si Rome fit beaucoup pour les routes, elle négligea les canaux, sauf celui du Rhin, et s’inquiéta peu de l’aménagement des rivières; les ports, à l’exception de celui de Narbonne, ne furent pas l’objet de travaux importants. D’autre part, le pouvoir central se montra très généreux pour doter les villes des embellissements néces-
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saires et les collectivités firent souvent appel aux ressources de leurs membres. Ceux qui détenaient les fonctions publiques donnaient souvent plus qu’ils ne recevaient, et les simples particuliers consacraient parfois ime partie de leur fortune à des œuvres d’intérêt commim. Aussi le poids des impôts frappant la masse ne semble-t-il pas avoir excédé les facultés contributives.
La Gaule, en tant que province romaine, était soumise à des impôts directs et indirects.
L’impôt direct par excellence était l’impôt foncier ou tributum^ fondé sur le droit de conquête, qu’il achetait en quelque sorte. Il était perçu sur les bases fournies par un cadastre général des biens. Ce document, qui était constitué d’après les déclarations détaillées des assujettis, fut très long et très difficile à établir, les Gaulois montraient une répugnance qui semble instinctive à se prêter aux investigations du fisc. On attribue même certaines révoltes, comme celle de l’an 21 avant Jésus-Christ, à ces investigations. Le montant de l’impôt variait entre le tiers et le dixième du revenu, fixé d’après l’estimation contrôlée des redevables ; il était établi pour quinze années, au bout desquelles avait fieu une nouvelle taxation basée sur la révision du cadastre.
L’impôt personnel, ou trîbutum capitis, atteignait ceux qui n’avaient pas de propriété foncière.
Les impôts indirects, comme dans la Gaule indépendante, étaient alimentés en partie par les droits de douane. La « quarantaine des Gaules » était un droit d’entrée et de sortie de 2,5 pour 100 sur la valeur de toutes les marchandises destinées au commerce. La Gaule formait, au point de vue douanier, une circonscription unique et les bureaux étaient étabhs aux frontières du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, ainsi que dans les ports. Il convient de remarquer que les droits de douane avaient im caractère exclusivement fiscal et nullement protecteur de la production nationale, comme nos droits modernes.
Il faut rapprocher des droits de douane les droits d’octroi perçus par les villes comme ressources particuhères et qui, au début, se substituaient à l’impôt d’État. Plus tard, le pouvoir central mit la main sur les deux tiers du produit des octrois, ne laissant qu’un tiers aux finances commxmales. Les droits de péage que nous avons déjà rencontrés dans la Gaule indépendante s’étaient mtiltipliés sous la domination romaine.
Dans les impôts indirects, il faut faire rentrer le « vingtième des ventes », qui visait sans doute les ventes à l’encan ; le « vingtième des affranchissements » et le « vingtième des ventes d’esclave » témoignent de l’ingéniosité du fisc à multipher les ma-
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tières imposables. En outre on percevait le « vingtième des héritages », qui frappait d’un droit de 5 pour 100 les successions d’une certaine importance, lorsqu’elles étaient dévolues à des étrangers ou à des parents éloignés ; il n’atteignait pas les citoyens romains.
La perception des impôts à Rome était établie différemment suivant qu’il s’agissait d’impôts directs ou indirects. Les premiers étaient recouvrés par l’intermédiaire des gouverneurs, lesquels s’adjoignaient des procurateurs. La Gaule était administrée par un procurateur unique, établi à Lyon; plus tard, il y en eut deux. Les impôts indirects étaient affermés aux publicains, sous le contrôle des procurateurs.
La rentrée des impôts, tout au moins avant le Bas-Empire, s’effectuait normalement et le mode de perception n’excita pas de mécontentement grave, sauf à l’époque où Licinus était procurateur en Gaule. Ce favori d’Auguste, qui pressura les contribuables de scandaleuse façon, avait imaginé, pour augmenter le rendement d’impôts perçus mensuellement, de porter l’année gauloise à quatorze mois, pour un total de trois cent soixante-cinq jours.
Une modification profonde du système fiscal eut lieu au quatrième siècle. Elle fut provoquée par la nécessité d’augmenter le rendement des taxes, afin de subvenir aux besoins grandissants de l’Empire.
Les bases de l’impôt foncier furent modifiées. Au heu d’établir cet impôt d’après le nombre et la valeur des terres, on prit comme matière imposable une valeur de terre fixée, sans se préoccuper de savoir si elle correspondait à la propriété d’une ou de plusieurs personnes. La répartition par propriétaire se faisait ensuite. Ce système ne donnait heu à aucun aléa, au point de vue du rendement, la difficulté était dans la répartition.
On apphqua une méthode analogue à la capitation, qui s’appela capitatio pleheia. Elle ne frappait ni les plébéiens des villes, ni les propriétaires des campagnes, mais uniquement la plèbe des campagnes, colons et artisans ; il est vrai que pour assurer la rentrée de l’impôt, on en rendait responsables les propriétaires.
La plèbe urbaine fut soumise à un impôt particuher, le chrysargire^ qui atteignait le produit du travail autre que le travail agricole, et que notre patente rappelle.
Les classes supérieures étaient redevables de contributions spéciales : les décurions en payaient une, les membres de l’ordre sénatorial en payaient une autre, ainsi qu’un impôt foncier supplémentaire.
Il faut également tenir compte des prestations en nature qui étaient exigées des
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diverses classes de la société : agriculteurs, artisans, commerçants, et des corvées auxquelles on eut de plus en plus recours.
Le vice du système fut l’extension prise par les immunités fiscales de toutes sortes, au profit de tous ceux qui détenaient le pouvoir ou l’influence ; la charge de l’impôt retomba de tout son poids sur ceux qui ne disposaient pas de moyens d’y échapper, et particuhèrement sur la plèbe urbaine, que le chrysargire écrasait.
Les curiales, membres des sénats locaux, qui avaient la charge de responsabi- Uté de l’impôt foncier et de sa répartition, poursuivaient le remboursement avec la rigueur impitoyable qu’ils se voyaient appHquée à eux-mêmes.
UN ATELIER DE FORGERONS (Musée d’Aquileia).
Ainsi, par suite de la mauvaise répartition et des procédés de recouvrement, le poids des impôts avait fini par devenir insupportable. Nous n’en voulons pour preuve que les remises énormes que dut consentir l’État à des régions entières et pour plusieurs années. Un régime fiscal trop lourd, et comportant de nombreuses exemptions affaiblissait les facultés de résistance de la Gaule et par ses effets désorganisateurs favorisaient les prochaines invasions des barbares.
Les nouvelles formes de l’activitê économique. Nous venons d’ana- LA PUISSANCE DE L’ARGENT lyser brièvement les con¬
séquences de la domination romaine en Gaule au point de vue économique. L’influence latine ne se traduisit pas seulement par une extension considérable des formes d’activité existantes, elle eut pour effet, et c’est peut-être là son principal trait, d’augmenter dans ime proportion énorme la puissance de l’argent. Autour de la propriété foncière, autour des entreprises de commerce et d’industrie.
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on vit surgir tout un monde de prêteurs, de courtiers, de commissionnaires, d’hommes d’affaires, qui spéculaient sur les besoins d’argent des particuliers ou même des collectivités. Déjà, dans la province transalpine, la conquête romaine avait été suivie d’ime exploitation systématique du pays par les capitalistes romains. Les usuriers, venus en foule d’Italie, où leur industrie était interdite, s’abattirent sur la Gaule.
Petit à petit, un nouvel objet fut fixé à l’activité humaine : le commerce de l’argent. Il revêtit des formes diverses ; c’est lui qui créa les comptoirs de change, de crédit que l’on rencontrait dans les foires et marchés ; c’est lui qui contribua à la fondation des maisons de prêts et des banques hypothécaires des grandes villes d’affaires de la Gaule.
Comme nous l’avons déjà indiqué, la multipHcité des monnaies, les absences de contrôle dans leur fabrication et leiur circulation, favorisaient la pratique des règlements par compensation, chez un changeur, qui devenait le centralisateur des comptes de ses différents clients. Ainsi la nécessité créait de toute pièce l’organisation perfectionnée des règlements internationaux, sans déplacement d’instruments monétaires.
Enfin, il n’est pas jusqu’au régime fiscal lui-même qui ne fut la cause de cette emprise croissante de l’argent et des manieurs d’argent. Le mode de perception des impôts et leur répartition, les exemptions des uns, les charges écrasantes des autres firent que les fonds dus à l’État furent eux aussi un objet de spéculation et de combinaisons de toutes sortes.
Au moment de la désagrégation de l’Empire romain, la Gaule, comme les diverses provinces, était livrée à la domination de l’argent et aux spéculations des hommes d’affaires.
Les vainqueurs avaient cependant essayé de doter le pays conquis d’un régime monétaire sain. Ils concentrèrent la frappe dans deux ou trois grands ateliers, et adoptèrent des types peu nombreux. Mais lorsque l’autorité des derniers empereurs fut très affaiblie, la multiplicité de fabrication reparut. « Sur de nombreux points de notre sol des imitations de la monnaie légale sortirent d’officines, établies chez des particuliers qui s’improvisaient faux monnayeurs surtout par nécessité commerciale (i). »
(i) Blanchet et Dieudonné, Manuel de Numismatique, 1. 1, p. 93.
G. Ripart.