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CHAPITRE PREMIER

LES DEUX ASPECTS GÉNÉRAUX DE L’ÉCONOMIE L’ÉCONOMIE RURALE; L’ÉCONOMIE URBAINE

La condition des classes rurales. — Amélioration de la situation des paysans. U affranchissement. — La condition des terres; les modalités d"" exploitation. — Les résultats de r exploitation agricole. — ü origine et le rôle des agglomérations urbaines. — Les besoins des populations urbaines. — Le développement du marché. — La physionomie des villes. — ü émancipation des villes. — La classe bourgeoise. — La royauté et les nouvelles classes sociales. — Les antagonismes sociaux dans les deux parties de VEconomie. — La formation nécessaire de deux couches sociales.

NVISAGEONS l’aspect général de la société économique, au cours du moyen âge qui existe et se développe dans le cadre de la féodalité. Le régime féodal est une organisation sociale, économique et politique qui correspond aux besoins profonds des populations d’alors, et dont l’évolution s’est faite conformément à celle de ces besoins.

Il est né de l’aspiration de l’individu dans les civilisations en voie de formation.

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

vers la sécurité. C’est elle qui, à l’époque des invasions, a groupé les hommes autour du seigneur capable d’organiser la résistance autour du château surtout construit pour tenir tête aux envahisseurs. La soudaineté des attaques rendait nécessaires les moyens de défense locaux et immédiats. C’est ce qui provoqua la formation d’un grand nombre de petites seigneuries autonomes, sous la dépendance du maître, à qui les hommes s’en remettaient du soin de protéger leurs personnes et leurs biens. Les besoins de la consommation étaient également satisfaits par cette organisation. Etant donnée l’insécurité, l’absence de rapports réguliers entre les divers centres de production, il était indispensable de pouvoir se procurer sur place tout ce qui est nécessaire à la vie.

Du dixième siècle à la fin du treizième siècle, la société féodale se présente de la manière suivante : l’organisme essentiel est le fief^ c’est-à-dire la terre, qu’un vassal tient de son seigneur, à titre de bénéfice ; il y a ainsi entre eux un lien personnel et un lien réel. L’institution entraîne des devoirs féodaux de la part du vassal qui se résument principalement en services mihtaires et en soumission à la justice du seigneur qui, de son côté, doit le protéger. Les divers vassaux d’un suzerain constituent, avec ce dernier, un groupement politique autonome, qui revêt d’aujxe part la forme d’un groupe économique distinct par l’adjonction d’un certain nombre de personnes chargées de subvenir soit en nature, soit en argent, à la vie économique de la collectivité. Ces personnes, placées dans une situation subalterne, sont les vilains et les serfs ; moyennant la protection qui leur est accordée, ils exploitent les terres à eux concédées et produisent les choses nécessaires à l’existence de tous.

Les fiefs ne sont pas, malgré leur caractère de groupement unifié, nécessairement isolés. Il arrive souvent que le seigneur, possesseur d’un fief, relève lui-même d’un fief plus considérable, lequel est dans la même situation par rapport à un fief supérieur, et l’on peut remonter ainsi jusqu’au roi de France, qui est simplement le titulaire du fief le plus étendu ; mais à l’origine, la hiérarchie est loin d’être établie d’une manière continue et les groupes indépendants sont nombreux.

La seconde institution de la féodalité est la seigneurie. L’affaiblissement du pouvoir royal a eu pour conséquence, nous l’avons vu, la désagrégation de la puissance publique, dont l’héritage est recueilli par les seigneurs. On distingue, ici encore, une hiérarchie de fait, au début assez lâche, sans rapport avec les titres ; les ducs, les comtes, les barons, jouissent à des degrés divers des prérogatives de souveraineté. Celles-ci consistent essentiellement dans les droits de fiscalité et les pouvoirs de justice. A l’époque d’effacement de la puissance du roi, la seigneurie

L’ÉCONOMIE RURALE

est en racœurci l’image de l’administration centrale devenue plus théorique qu’effective.

Cette organisation n’est pas stabilisée durant toute la période féodale; elle a évolué avec les besoins de ceux qui y étaient soumis et avec les nécessités du moment. La fin des invasions rendait moins indispensable la protection des seigneurs qui cherchèrent à utüiser les forces du groupement féodal, dans leur intérêt exclusif, sans égard pour les populations rurales; les guerres privées étaient pour les habitants une source de maux sans nombre ; l’exercice des droits seigneuriaux se traduisait par un accroissement des charges qui pesaient sur l’élément passif du groupement, de telle sorte que la féodalité née du besoin de protection devenait un principe d’oppression. C’est ce qui explique le mouvement d’émancipation et d’association dont nous aurons à rendre compte, mouvement plus actif dans les vüles, mais se manifestant aussi à un certain degré dans les campagnes.

L’existence d’un nombre croissant de fiefs, divisés à l’infini, avec un démembrement parallèle des droits de souveraineté, après avoir atteint son apogée au onzième siècle, subit un temps d’arrêt. Le fief, à l’origine simple tenure viagère, devient héréditaire, et comme son individualité se maintient, grâce au droit d’aînesse, il en résulte une tendance à la création de seigneuries fortement ccmstituées. La suzeraineté perd de sa force au profit de la propriété du vassal, sur sa terre, qui finit par comporter le droit de libre disposition. Les légistes, jurisconsultes empruntant au droit romain sa terminologie, distinguent deux droits de propriété : l’un, le domaine direct ou domaine éminent qui subsiste en faveur du seigneur et qui lui laisse certains pouvoirs sur la terre (services, profits pécuniaires, droits de refus, etc.), l’autre, le domaine utile qui appartient au vassal.

Après une période de luttes amenant le triomphe des plus forts, certaines seigneuries ont pris au cours des siècles une importance particulière ; autour de l’Ilede-France, domaine du roi capétien, se sont formées, sous l’influence féodale, de puissantes principautés : comté de Flandre, duché de Normandie, comté de Blois et de Champagne, comté d’Anjou, duché de Bretagne, duché de Bourgogne. Le midi de la France avait moins profondément subi l’empreinte féodale; on y trouvait des différences sociales moins marquées, la persistance plus grande des institutions libres, une survivance du droit romain ; pourtant on y distinguait de grandes seigneuries ; le duché d’Aquitaine, le duché de Gascogne, le comté de Toulouse, la marche d’Espagne. Le mouvement de stabilisation et de concentration que nous avons signalé se retrouve ici ; l’hérédité joue un rôle impor-

tant dans la constitution de ces grands fiefs : en outre, l’affaiblissement du lien qui rattache le vassal au suzerain rendit les grands vassaux pratiquement autonomes et indépendants par rapport à la puissance royale. Ces grands fiefs qui, à l’origine, n’étaient qu’une juxtaposition de terres, sans lien entre elles, changeant sans cesse de titulaires, se divisant et se subdivisant à l’infini, vont prendre, par

suite de certains événements, une cohésion, ime unité plus grande. Les croisades, en déplaçant au loin les hommes de chaque province, exposés aux mêmes dangers, sous la même bannière, ont renforcé le lien qui les unissait entre eux et qui les rattachait au seigneur (Luchaire).

L’ordre et la stabilité qui ont tendance à s’imposer à l’organisation féodale ont pour conséquence d’établir une hiérarchie qui apparaît formée au treizième siècle. Depuis les arrière-vassaux, jusqu’au roi, souverain fieffeux du royaume, il existe toute une gradation de dépendances foncières, qui ne laissent en dehors d’elle aucune terre, aucim individu. Cet état de choses dans lequel le domaine royal, au début, ne diffère des autres fiefs qu’en ce qu’il occupe le sommet de la hiérarchie, profitera à l’autorité monarchique, car il a discipliné les forces féodales d’abord éparses et, lorsque la puissance du roi sera suffisante, le monarque fera son profit des progrès réalisés par les grands vassaux.

M. Imbart de La Tour a dit les efforts que fit la royauté pour redonner au pays l’ordre et la sécurité ; la substitution de la protection royale à la protection seigneuriale défaillante marque la décadence de l’organisation féodale ; dans le domaine administratif, judiciaire, fiscal, la lutte entre la royauté et la féodalité se poursuivit pendant plusieurs siècles , il n’y a pas lieu d’en retracer ici les épisodes. Nous voulons seulement noter que, dans un domaine particulier, le domaine militaire, les progrès réalisés par l’autorité royale eurent pour effet de supprimer ce qui avait été l’une des raisons d’être du régime féodal. Le jour où Charles VII créa l’armée permanente, il supprima le rôle militaire de la féodalité. L’invention des armes à feu, l’adoption de périodes militaires régulières affaibhssent le pres-

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