MOULIN A PALETTES
{D’après l’ouvrage : Deux grands moulins, par Buhler fils).
L’ÉCONOMIE RURALE
seigneurs, devenue précaire par suite de leurs habitudes de vie fastueuse, et des dépenses de guerre, hâta le morcellement des grands domaines au profit des populations nouvellement émancipées, qui payaient aux seigneurs, comme prix de leur affranchissement, des sommes importantes avidement recherchées. La classe bourgeoise trouvait dans le sol un emploi fructueux des gains qu’elle avait acquis grâce aux opérations commerciales. De cet ensemble de faits résulte la formation d’une classe de petits propriétaires, dont l’importance s’accentue avec la décadence du régime féodal. On estime qu’aux quatorzième et quinzième siècles elle possède un tiers du sol. En face de cette plèbe rurale, le roi et l’Éghse maintiennent et même accentuent leur caractère de grands propriétaires fonciers.
Les résultats de La période qui précéda la guerre de Cent
L’EXPLOITATION AGRICOLE époque de grande prospérité agri¬
cole. Le retour de la sécurité, et les longues années de paix relative, à l’intérieur et à l’extérieur, le développement de la population, poussaient les propriétaires fonciers à obtenir du sol un rendement supplémentaire. On chercha tout d’abord à étendre la superficie cultivée et l’on procéda à un défrichement systématique des landes et des forêts. La main-d’œuvre monastique eut ime large part dans l’exécution de ce programme ; les « hôtes », d’autre part, y contribuèrent puissamment, soit par la mise en œuvre du sol, soit par la construction des villages. Les marais furent desséchés sur une partie importante du territoire.
Bien que les procédés traditionnels de culture restassent en vigueur, on commença à inaugurer les méthodes nouvelles. On chercha à amender le sol, on pratiqua dans certaines régions, comme celle du Nord, la culture intensive. Les céréales tiennent la première place, mais la vigne prend une extension considérable. Les Croisades firent apparaître, dans le Sud de la France, des plantes orientales : le sarrasin, le riz et les arbres fruitiers comme l’abricotier, l’oranger, le citronnier. Les cultures industrielles se développent, notamment celle des plantes oléagineuses et des plantes textiles. L’élevage joue toujours un rôle important, les prairies gagnent du terrain, le petit bétail est toujours très abondant ; les landes sont assez étendues pour nourrir de nombreux moutons, les forêts pour faire vivre les porcs ^ les vaches et les chevaux se trouvent dans de nombreux domaines.
Au début de la féodalité, les produits agricoles sont consommés sur place. Le régime de l’économie fermée continue à prévaloir, chaque exploitant cherchant à produire tout ce qui lui est nécessaire même quand le sol s’y prête mal ; c’est ainsi qu’on s’obstine à cultiver la vigne en Normandie. Néanmoins, on a constaté dès ce
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
moment une tendance de la production à dépasser les besoins de la consommation locale et à se déverser au dehors. Plusieurs facteurs, dérivés de l’organisation féodale, interviennent ici.
Parmi les droits fiscaux appartenant au seigneur, les banalités semblent avoir joué un rôle économique important. Le service du four, du pressoir, du moulin était devenu un monopole que l’on cherchait à étendre, étant donné les profits qui en découlaient. Aussi, dans un rayon de plus en plus étendu, les paysans devaientils apporter leurs produits au seigneur qui se payait en nature. Ils profitaient de ce déplacement pour vendre le fruit de leur travail au marché le plus voisin de la seigneurie, d’autant plus qu’il n’était pas rare qu’ils dussent attendre le caprice du seigneur pendant plusieurs jours qu’ils employaient à entrer en rapport avec des acheteurs possibles.
De même le ban, c’est-à-dire le monopole de la vente dont jouissait pendant un certain délai le seigneur désireux d’écouler les produits de ses terres, à l’exclusion de tous autres, avait pour conséquence de créer im courant d’échanges, artificiel il est vrai, qui dépassait la consommation locale. L’existence d’un fonctionnaire chargé spécialement par le seigneur de vendre les produits non utihsés par l’économie privée est la preuve que la surabondance de la production n’est pas un fait exceptionnel.
Ainsi il existait, dans le régime féodal même, un certain nombre de faits qui tendaient à la création d’un courant d’échanges en dehors du centre domanial ; pour que ces éléments prennent corps et aboutissent à la constitution d’un marché véritable, il manque un facteur décisif qui puisse servir de base aux tendances ainsi manifestées : ce facteur, c’est l’organisation urbaine.
L’ORIGINE ET LE RÔLE DES II est difficile d’établir une distinction
AGGLOMÉRATIONS URBAINES tranchée entre les agglomérations urbaines et les agglomérations rurales, au début de l’époque féodale ; c’est moins leur étendue, et leur importance qui peuvent servir de critérium que l’aspect qu’elles offrent au point de vue militaire. Leur rôle essentiel, dans cette période d’insécurité, est un rôle de protection. Une ville, c’est avant tout un groupement d’habitations, ceint de murailles, un centre défensif. Ce qui distingue le Paris du dixième siècle de la campagne environnante, ce n’est pas tant le mode d’activité des populations agricoles, à l’intérieur et à l’extérieur de la ville, que le point d’appui offert, par ses fortifications, aux hommes en quête de sécurité.
L’origine des villes est multiple. Tantôt ce sont d’anciennes cités gallo-romaines.
L’ÉCONOMIE URBAINE
comme Paris, Lyon, Marseille, Nîmes, Toulouse, Bordeaux ; tantôt ce sont des agglomérations construites autour d’un château fort, comme Montpellier ou Perpignan, tantôt le caractère religieux domine dans les cités, elles portent alors le nom de sauvetés ; elles constituent des lieux d’asile et sont sous la dépendance étroite de l’Eglise. Enfin, les villes nouvelles sont parfois construites pour l’intérêt des seigneurs qui cherchent un avantage économique ou politique dans leur création. Il s’agit souvent d’établir un marché dans une position favorable au développement des échanges. On peut citer Poligny et Saint-Claude comme exemples de villes édifiées dans un but économique. Le sol des villes neuves était divisé en trois parties : les terrains de construction, les jardins potagers et les terres dépendant de l’agglomération réparties entre les habitants, que l’on cherchait à attacher par divers avantages. Ces vüles étaient remarquables par leur symétrie ; la place occupait le centre, au carrefour des voies principales. Une volonté directrice organisait les divers éléments de la cité.
La royauté poursuivit, au douzième siècle, des fins politiques ou financières dans la création des vüles. Elle y voyait un moyen de soustraire des sujets aux puissances seigneuriales, ecclésiastiques ou laïques, où simplement d’augmenter les revenus royaux, en faisant payer aux « communes » ainsi formées des redevances importantes en espèces ou en nature. Louis VII et Philippe Auguste ont été de grands créateurs de villes. Le mouvement se continua aux treizième et quatorzième siècles, et dans le Sud-Ouest de la France, un grand nombre de viUes, fortifiées en bastides, furent constituées pour faire échec aux seigneuries locales dont on voulait ruiner l’influence.
Les besoins des populations urbaines Le besoin de sécurité est na- LE DÉVELOPPEMENT DU MARCHÉ turel, chez le citadin comme chez
le paysan. Il ne s’agit pas seulement de la sûreté des personnes et des biens que dorment les fortifications, du maintien de la paix et de l’ordre public, mais de la sécurité des transactions nées de la formation des marchés à l’abri des villes.
Le développement du commerce est la manifestation la plus caractéristique de l’activité des agglomérations urbaines. L’importance militaire des vüles avait groupé dans leurs murs une population nombreuse qui nécessitait un centre de production et d’échange pour la satisfaction de ses besoins essentiels ; à cette masse fixe venait se joindre la population flottante des campagnes dès qu’un événement menaçant la faisait affluer vers l’enceinte fortifiée. Une certaine spécialisation se produisit de bonne heure et ainsi les gens des villes se livrèrent à la production industrieUe, qu’ils échangeaient contre les produits agricoles des campagnes.
Cette spécialisation avait des causes diverses : l’insuffisance des cultures dans les faubourgs des villes, une certaine surabondance de la production agricole, le groupement naturel des artisans autour de la demeure urbaine des évêques et des officiers royaux qui avaient besoin du concours de nombreuses industries, enfin les visites des marchands qui se faisaient fréquentes, dès que la paix semblait assurée
pour un certain temps. Des étrangers venaient de loin offrir des matières premières à travailler et des produits fabriqués à imiter ; tous ces faits contribuèrent à créer dans les villes des centres d’artisans industriels qui échangeaient, avec les habitants des campagnes, les produits de leur activité réciproque.
Au début, la vente directe du producteur au consommateur fut le seul procédé employé et le commerçant fut longtemps considéré comme un intermédiaire inutile, mais, ainsi que nous le verrons, le marché urbain ne put se passer complètement des services du marchand et l’on vit se développer un négoce local qui ne fut jamais considérable, étant donné le régime restrictif des corporations, mais auquel vint s’ajouter, pour certaines villes importantes, le trafic du grand commerce.
Le maintien et le développement des courants d’échanges dans les villes nécessitaient l’intervention de ceux qui détenaient la puissance de protection, au moyen âge ; l’Église, les seigneurs, la royauté.
L’Église s’efforça d’assurer la régularité de l’activité économique dans les villes, comme elle l’avait fait et ne cessa de le faire, dans les domaines ecclésiastiques.
EUe joua un rôle considérable dans l’organisation des marchés qui se constituèrent souvent sous la protection des monastères ou des évêques. La foire de Lendit, d’origine religieuse, devra à l’abbaye de Saint-Denis une partie de son développement. Les abbayes de Saint-Germain-des-rrés et de Sainte-Geneviève ont provoqué la naissance d’agglomérations où l’activité industrielle s’est ajoutée à l’activité rurale Dans les villes neuves, qui sont dues pour une large part à l’action ecclésiastique,