TRANSPORT DU POISSON PAR EAU ET PAR TERRE
(D’après les Ordonnances de la Prévosié des marchands, 1501).
L’ÉCONOMIE URBAINE
les marchands affluent, attirés par les immunités et les privilèges de toutes sortes que l’autorité religieuse obtient de l’autorité civile. Au seuil des cités nouvelles expire tout autre pouvoir que celui du prieur ou de l’évêque ; en matière financière, judiciaire, militaire, tous les droits sont réservés à l’Ëglise. Elle sait n’en user qu’avec mesure afin d’attirer les populations commerçantes. Le monastère était souvent propriétaire de la plus grande partie des terres et des maisons.
La difficulté des communications et les risques des voyages faisaient parfois hésiter les marchands à se déplacer. L’Église cherche à assurer leur sécurité en faisant bénéficier de la paix de Dieu ceux qui s’adonnaient au négoce, en considérant comme des infractions à cette paix toutes les violences commises contre des personnes sans défense ; en créant des congrégations dont le but était de protéger et de secourir les voyageurs, notamment la congrégation des frères hospitaliers qui avait des établissements en Provence et en Dauphiné.
Les seigneurs jouèrent également un rôle important dans la création et la protection des marchés. Ceux-ci étaient à l’origine une institution essentiellement féodale, les grands en établissaient sur leurs domaines, en créaient dans les villes, ou même, comme nous l’avons vu, bâtissaient des cités sur l’emplacement des marchés. Des sauvegardes seigneuriales étaient fréquemment accordées aux négociants, leur assurant, à l’aller et au retour, la protection pour leurs personnes et leurs marchandises, mais cette tutelle n’était pas toujours d’une efficacité suffisante, d’autant plus qu’il était parfois nécessaire de se défendre contre les protecteurs euxmêmes ; ceux-ci, en effet, laissaient, dans certains cas, leurs subordonnés piller et rançonner les voyageurs, quand ils ne leur en donnaient pas l’ordre. Aussi la royauté, dès le douzième siècle, intervint-elle à plusieurs reprises pour imposer aux chefs féodaux l’obligation, soit d’assurer la sécurité des communications, soit d’indemniser les victimes en cas de dommages. Philippe Auguste, en particulier, n’hésita pas à prendre parti pour les commerçants français, et même étrangers, contre les seigneurs.
Ce n’était pas seulement l’insécurité qui formait un obstacle à l’approvisionnement des marchés, mais les droits multiples gênaient considérablement le trafic. Les seigneurs, les villes, les monastères en avaient établi un grand nombre, sans aucune raison légitime, dans un intérêt purement fiscal, et il n’était pas rare que l’on forçât les marchands ou les voyageurs à prendre tel itinéraire pour qu’ils fussent soumis aux taxes. La variété et la complication des droits, autant que leur taux élevé, étaient une gêne au commerce ; tantôt il s’agissait de droits en argent, tantôt de droits payés en nature, et des modifications étaient souvent apportées dans
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
les taux ou les modalités. Il y avait des péages sur les routes, sur les ponts, avec des taux différents, selon le moyen de locomotion adopté, la qualité du voyageur, suivant que l’on était ou non suivi de troupeaux ou d’animaux. La royauté, tout en reconnaissant ces droits, chercha à les atténuer et à les simplifier.
La physionomie Si l’on observe l’activité urbaine à une époque de pros-
DES VILLES périté, comme celle qui précède la guerre de Cent ans, on se rend compte du changement survenu depuis l’époque carolingienne. Certes, on constate encore des vestiges des préoccupations primitives. A Paris, le souci de la défense militaire et le besoin de sécurité se retrouvent dans les ouvrages fortifiés comme l’enceinte aux cent tours de Philippe Auguste ; la Tour du Louvre, les portes de la ville, les nombreuses tourelles avancées qui sont autant de postes d’observation, l’étroitesse des rues, les chaînes qui en ferment les extrémités, les grilles qui masquent les fenêtres des maisons. Mais l’activité économique se manifeste d’une façon éclatante. Les marchands ambulants se répandent par les rues, offrant des produits divers; les enseignes pittoresques des boutiques attirent les acheteurs. La Seine est une voie commerciale de premier ordre et, sur ses rives unies par quatre ponts, se déchargent des bateaux apportant les marchandises des diverses contrées. Si la rive gauche est par excellence le centre universitaire, la rive droite est le quartier des commerçants. I.e Pont au change, ou Grand Pont, groupe les boutiques des changeurs et des ciseleurs de métaux précieux. Les Halles sont au milieu du quartier des affaires, et nous verrons que les principaux commerces y étaient représentés. On constate une répartition des professions par rues ou par quartiers, qui s’était faite, tout d’abord, par suite des affinités naturelles aux gens des mêmes métiers, mais qui par la suite devient, dans certains cas, une obligation. Les bouchers, pressés d’abord dans la Cité, se rassemblent ensuite autour de Saint-Jacques de la Boucherie. La Grande Boucherie groupait non seulement les bouchers proprement dits, mais les tripiers, les tueurs, les écorcheurs dans des ruelles dont l’odeur pestilentielle était proverbiale. Les Lombards occupaient la rue Saint- Martin ; les merciers la rue Saint-Denis, les selliers étaient en nombre dans une partie de la rue Saint-Denis nommée rue de la Sellerie. Le Paris commerçant se masse, au douzième siècle, entre le Châtelet, l’église Saint- Merry et l’église Saint- Gervais ; mais dès le treizième siècle, on trouve une dissémination des marchés à travers la ville entière, on en signale devant le parvis Notre-Dame, à la Porte de Paris, près du grand Châtelet. Le commerce a glissé sur la rive gauche, et l’on voit un marché place Maubert. Le commerce de la boucherie se répand
L’ÉCONOMIE URBAINE
également dans divers quartiers ; on Tobserve près de Saint-Gervais et même au delà de la place Saint-Antoine. Les rues sont encombrées par les auvents des boutiquiers et les éventaires des marchands ambulants qui vendent surtout des denrées alimentaires.
L’activité commerciale des villes se manifeste dans toute l’étendue du pays, au Nord, comme au Sud, le Nord étant plus particulièrement tourné vers l’industrie