‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 23 sur 112 · BANNIÈRE DE LA CORPORATION DES CORDONNIERS ET SAVETIERS D’ISSOUDUN · texte numérisé non relu

BANNIÈRE DE LA CORPORATION DES CORDONNIERS ET SAVETIERS D’ISSOUDUN

L’ORGANISATION DU TRAVAIL DANS LA CITÉ

rendre clandestines les réunions d’ouvriers qui persistèrent pendant tout l’ancien régime.

Aux quatorzième et quinzième siècles, les confréries se multiplièrent. Elles profitèrent de la renaissance des affaires et du goût de l’époque pour les cérémonies fastueuses et les déploiements du luxe sous toutes ses formes. Les bannières, les draps mortuaires, les targes des cierges étaient l’objet de rivalités entre les divers groupements. Les manifestations extérieures de l’activité de ces organismes prirent une place prépondérante : les fêtes corporatives, comme les événements particuliers aux membres de la confrérie, mariage et même décès, fournissaient le prétexte à des chômages prolongés et à des écarts de toutes sortes. Les processions solennelles rassemblaient souvent la confrérie tout entière, groupée derrière la bannière où figuraient les armoiries du métier : hache du charpentier, alêne du cordonnier, coupes ou couronnes d’or des orfèvres. Les luttes n’étaient pas rares entre les diverses confréries. Certains affiliés, qui faisaient également partie des compagnonnages dont nous allons décrire la structure, se réclamaient de rites différents. Les uns prétendaient se rattacher au père Soubise, les autres au maître Jacques, personnages légendaires dont il est difficile de préciser le caractère ; d’autres invoquaient le patronage de Salomon et des conducteurs des travaux du Temple. Il y avait encore le classement entre Gavots et Dévorants qui vivaient sur un pied de guerre continuelle. De plus les querelles de préséance nécessitaient parfois l’intervention de l’autorité. A Paris, on voulut honorer particulièrement six corps de métiers, qui prirent place en tête des autres dans les cortèges ou même représentèrent l’ensemble des confréries. C’étaient les drapiers, les épiciers, les pelletiers, les merciers, les changeurs et les orfèvres. On les a comparés aux arts majeurs de Florence. Les rivalités entre ces corps privilégiés durèrent pendant plusieurs siècles ; malgré les arrêts successifs du prévôt, épiciers, merciers et pelletiers prétendirent à la préséance et avaient parfois recours à la violence pour en décider.

La formation du prolétariat Les principes économiques sur lesquels URBAIN ET LE COMPAGNONNAGE reposaient le régime corporatif et l’organisation du corps de métier, tel qu’il fonctionnait à l’origine, ne laissaient pas de place aux oppositions de classes. La corporation est rme institution d’équité qui tend à concilier, au nom de la justice, les intérêts des apprentis, des valets et des maîtres, comme elle cherche à concilier ceux des producteurs et des consommateurs. D’ailleurs les trois échelons de la hiérarchie sont plus des états successifs, par les-

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

quels passent les mêmes personnes, que des catégories composées d’un personnel distinct. De fait, au treizième siècle, il n’y a pas, en général, entre les valets et les maîtres d’antagonisme profond ; la maîtrise est largement ouverte, les gains du maître ne sont pas sensiblement plus élevés que ceux des compagnons, d’ailleurs leur genre

de vie est souvent le même, puisque l’ouvrier est presque toujours logé et nourri par le patron ; grâce à ce système paternaliste, les salariés connaissaient un bien-être relatif et la sécurité du lendemain.

Cet état de choses se modifia, profondément, lorsque la corporation évolua vers une forme d’organisation restrictive. La transformation de l’épreuve exigée des candidats à la maîtrise joua, en la matière, un rôle important. Le chefd’œuvre, qui devint plus important, n’était pas seulement un ouvrage demandant des connaissances techniques approfondies, il exigeait beaucoup de temps et d’argent.

Non seulement le compagnon n’était pas payé pendant son élaboration, mais il devait verser des indemnités et faire des libéralités à diverses personnes : jurés chargés de l’examen, maître chez qui le travail avait été fait, ouvriers de la corporation. Enfin le compagnon qui voulait garder la propriété de son travail devait le racheter, La généralisation du chefd’œuvre ne fut qu’une des manifestations de la tendance, qui se fit jour, de réserver l’accès de la maîtrise à un petit nombre de privilégiés, choisis parmi les fils, les gendres des maîtres, ou les compagnons jouissant d’un certain revenu. La multiplicité des obstacles opposés aux valets désirant s’établir, l’obligation qui leur était souvent imposée de faire des cadeaux au corps de métier, d’offrir des banquets, de distribuer des aumônes aux pauvres, la prolongation de la durée des stages qu’on exigeait d’eux, le rôle passif qu’ils jouent dans la corporation.

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