LES MODES DE TRANSPORT AU XV® SIÈCLE : UN ANCETRE DU HAQUET
ressentit, dans tout le bassin de la Méditerranée, et même au cœur du pays, les effets de l’attraction exercée par les contrées nouvelles que l’on voyait comme dans un mirage. Alexandrie recevra désormais deux fois par an des flottes équipées par des marchands de Marseille, d’Avignon et même de Lyon. Aux Croisés qui partaient poür l’Orient, dans un élan de foi enthousiaste, se joignirent bientôt des marchands, italiens pour la plupart, qui organisèrent matériellement l’expédition, assurèrent les transports et dirigèrent parfois jusqu’aux opérations mihtaires. Ne redoutaient-ils pas de se voir fermer, par les Turcs, les débouchés du Levant et de ne plus pouvoir faire du négoce dans les ports où ils s’étaient enrichis pendant des siècles de transactions avec les Byzantins et les Arabes ? Pour ces marchands, les Croisades étaient, on l’a dit, de véritables voyages d’étude, et leurs compagnons de croisières n’étaient pas sans ressentir l’influence de cette existence en
LE GRAND COMMERCE ET LE CRÉDIT
commun. Il se formait ainsi un nouveau milieu dans lequel les choses et les gens exerçaient une action durable qui se prolongeait après le retour au foyer. L’Europe sera séduite par les belles et riches étoffes d’Orient, par les verres délicats aux riches coloris. Le midi de l’Italie importera la culture de la canne à sucre et du riz. Dans les potagers on cueillera désormais le melon d’eau, l’échalotte et le safran. Les arts de la teinture, du tissage de la soie progresseront. Les tissus de coton furent aussi acquis par les croisés, mais l’utilisation de cette fibre ne prendra quelque importance qu’au dix-septième siècle.
Les pèlerinages auprès des divers sanctuaires jouèrent un rôle analogue à celui des Croisades. Les routes qui conduisaient à Saint-Jacques de Compostelle ou à Rome ou moins loin, à Saint-Martin de Tours, au mont Saint-Michel, à Vézelay, étaient parcourues par les dévots et les pénitents auxquels se joignaient les marchands. Ces voies étaient bien entretenues, on y trouvait des hospices spécialement destinés à héberger les passagers ; la quahté de pèlerin donnait, à celui qui en était revêtu, ime sécurité presque inviolable. En outre, les lieux de sanctuaires étaient, en général, des marchés nationaux ou internationaux des plus importants, où les affaires, les temporelles comme les spirituelles, trouvaient leur compte. Le lieu nommé « le Lendit » est à la fois le culte du Saint-Clou et de la Couronne d’Epines et le siège d’ime foire importante. Aussi les pèlerinages ont-ils contribué puissamment à établir ou à développer les courants commerciaux qui se créaient en marge des pratiques de dévotion.
A côté du facteur religieux, le facteur intellectuel joua également son rôle en faveur de l’expansion commerciale, et à vrai dire, à l’origine les deux éléments se confondent puisque l’Église est la seule dispensatrice de l’instruction. Or l’Église, internationale, de par son principe même, attire dès le treizième siècle à Paris des étrangers des divers pays, pour leur commimiquer son enseignement. L’Université, créée à cette époque, exerça une influence considérable sur les étudiants de la France entière et des nations voisines. Le Paris universitaire devient ainsi une cité cosmopolite, comme les universités étrangères, et la Faculté des « Arts » se subdivise en « quatre nations » réparties, elles-mêmes, en provinces. Les relations intellectuelles auront pour conséquence de faciliter et d’accroître les relations commerciales. Maîtres et étudiants anglais, allemands, Scandinaves, itaHens viendront à Paris apprendre la théologie ou à MontpelHer la médecine ; et les étudiants français iront d’autre part à Bologne s’instruire en droit civil. Les marchands suivront les étudiants, comme ils ont suivi les pèlerins.
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
Les moyens d’expansion commerciale. Nous avons constaté les tenta- LES transports de la royauté, des autorités
laïques et ecclésiastiques pour assurer la sécurité des transactions, mais ces efiforts auraient été vains si la matérialité des transports n’avait pas été améliorée. Les routes, par suite de la persistance des guerres féodales, étaient mal entretenues, les rares ponts existants étaient en ruines ou en mauvais état. Si l’action du pouvoir se traduit par la création des premières routes royales, celle de l’Église se manifeste
par divers effets bienfaisants.
Des confréries de constructeurs de ponts sont constituées : saint Bénezet édifie les arches d’Avignon. Le petit pont de Paris, ceux de Lyon, de Saint-Esprit sont dus à l’action ecclésiastique ou charitable. En outre, de nombreux hospices, créés par l’initiative des corporations monastiques, recueillent les voyageurs. Au quinzième siècle, on compte en France 25 000 kilomètres de routes. Les marchands, venant d’Italie, passaient par le Mont-Cenis, le Petit Saint-Bernard, le Grand Saint-Bernard ou le Saint- Gothard; ceux qui allaient de Flandre en Champagne empruntaient également la voie de terre. Paris était relié au Languedoc par trois routes importantes et l’approvisionnement en marée, de la capitale, se faisait également par cette voie, à dos d’animal, en chareste », ou autrement. Des accords sont signalés entre voituriers et marchands de poissons de mer. Des services de roulage fonctionnent réguhèrement. Des contrats interviennent entre marchands et voituriers pour le transport des marchandises, dans les lieux où se tenaient foires et marchés, et de véritables lettres de voiture sont rédigées.
La voie d’eau était en général préférée, comme plus sûre sinon plus rapide et se prêtant mieux au gros trafic. La navigation fut améhorée par diverses mesures, notamment par la construction de barrages, de « levées » et de digues. L’importance des transports par eau, la nécessité de mettre en commun les frais qu’entraînaient
LES MOYENS DE COMMUNICATION AU XV« SIECLE (D’après une miniature de l’époque).